Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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Tous experts ! Comment les citoyens reprennent le contrôle.

Chaque citoyen est un expert. Expert de son territoire, de ses expériences individuelles ou collectives, de son quotidien, etc. Pour en parler, on emploie généralement les expressions de « savoirs citoyens », « savoirs d’usage » ou encore « savoirs ordinaires ». Quel que soit le terme, l’idée est que chaque citoyen cumule des savoirs dans sa vie quotidienne, qui ne dépendent pas forcément d’études ou de diplômes, simplement du fait de sa vie ordinaire. C’est en ce sens que chaque habitant connaît mieux que personne les réalités du quartier dans lequel il vit, ou comme l’imageait John Dewey dès les années 20, « C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal ».

Suivant cette logique, grand nombre des acteurs politiques nous font parfois croire qu’ils l’avaient compris. On a vu alors émerger une nouvelle tendance, un nouveau vocabulaire et de nouvelles pratiques sous la bannière « démocratie participative ». Des instances, des espaces et des outils ayant pour vocation de favoriser la participation des habitants, en tant qu’experts de leur ville, alors que de nombreux chercheurs, journalistes, citoyens ont démontré les dérives de ces méthodes, et surtout l’hypocrisie qui se cache en fond. On entend souvent les habitants dénoncer un écart entre la réalité et les objectifs annoncés dans les instances de démocratie participative, associant facilement ceux-ci à des simulacres. Comme de belles idées et de dignes valeurs que les pouvoirs publics ne maîtrisent pas toujours ou en détournent les principes. La concertation est, en ce sens, un exemple souvent mis en avant. Les habitants sont peu ou mal informés des conditions, ont le sentiment que leur parole est simplement entendue mais trop peu prise en compte comme le prévoient les principes de la concertation, ou pire, les décisions sont déjà prises à l’avance.

Par ailleurs, la société donne une place toujours aussi importante aux experts. Ces personnes sont reconnues socialement et collectivement comme « expertes » par leurs savoirs, leurs publications, leurs diplômes, leurs années d’étude, leurs expériences, mais également, pour certaines, par leur fréquence d’apparition dans les médias. Pourtant, rapprochement avec la classe politique, scandales alimentaires et affaires de données cachées par les multinationales ne cessent d’éclater au grand jour. Fort heureusement, tous ne nous bernent pas. Certains de ces « experts » ont conscience des savoirs détenus par les citoyens. Ils savent également la richesse et les ressources que cela représente. Ils n’hésitent alors pas à faire appel à ces savoirs d’usage, de s’en saisir intelligemment, transformant leur approche et leurs pratiques professionnelles, remettant en question la place de toutes les parties dans l’élaboration d’un projet. Une véritable collaboration s’installe, avec elle une égalité entre expert et société civile qui, de ce fait, rendent les projets plus justes, plus adéquats, plus adaptés à la réalité.

Au cours de notre tour de France, deux exemples de collaboration entre citoyens et figure experte nous ont marqué : la permanence architecturale et la recherche participative.

La permanence architecturale

Avant de partir sur les routes, nous avions été impliqués dans le projet du Tri Postal d’Avignon. L’objectif : réhabiliter 3000 m² de bâtiment appartenant à la SNCF en friche socio-culturelle. C’est à cette occasion, en 2015, que nous avons découvert la permanence architecturale.

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Le Tri Postal d’Avignon

Deux architectes, Hélène Boucher et Agathe Chiron ont passé une année sur les lieux. Elles imaginaient les futurs usages de celui-ci, en étroite collaboration avec les associations avignonnaises impliquées dans le projet et les habitants concernés. Collectifs, individus et architectes s’interrogeaient mutuellement et conjointement sur les envies et les besoins, comme moteurs du projet futur.

Au quotidien, les architectes rencontraient, discutaient, échangeaient avec différents interlocuteurs de la ville (associations, habitants,…). Elles affinaient ainsi leurs idées concernant les projets possibles dans ce lieu. Une fois par mois, « l’Assemblée des Rêveurs » réunissait toutes les personnes physiques et morales intéressées qui avaient envie de participer, d’écouter ou de proposer. Ce temps ouvert à tous était l’occasion de faire un point sur le mois écoulé, donnait la parole aux architectes pour qu’elles exposent leurs avancées et permettait d’enrichir le projet de nouvelles idées.

Dans cette même démarche, nous avons rencontré à Rennes, Sophie Ricard. Architecte passionnée et passionnante, elle s’est établie à L’Hôtel Pasteur de Rennes. Et quand on dit établie, c’est qu’elle y passe toutes ses journées, voire même ses soirées, depuis 3 ans maintenant.

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L’Hôtel Pasteur de Rennes

Ancienne faculté dentaire en plein centre-ville, le bâtiment allait être vendu par la mairie pour un euro symbolique à un groupe hôtelier. Patrick Bouchain, architecte à l’initiative des permanences architecturales en France, a alors proposé au maire de lui confier le bâtiment pour la même somme, afin de mener une expérience. Sophie Ricard a ouvert les lieux en 2015 et a invité tous les rennais, les collectifs et associations de la ville à proposer diverses actions culturelles et moments partagés. Elle en a fait, avec l’ensemble des personnes intéressées, un lieu d’expérimentation ouvert à tous, tout le temps. Un lieu de test, de rencontres, d’imagination, d’expression, de créativité pour définir les futurs aménagements du celui-ci selon les envies et les besoins réels des habitants et collectifs.

Aujourd’hui, le bâtiment est en restauration à partir des plans des futurs usages du lieu que la permanence architecturale a inspiré collectivement. Ce sont ces 3 années où le lieu a pris vie, qui ont permis à l’architecte de définir les futurs usages de celui-ci et donc de dessiner des plans en adéquation avec les envies et besoins émis.

Les expériences de permanences architecturales ont donc surtout été déployées par Patrick Bouchain et Loïc Julienne en France depuis plusieurs années. Eux-mêmes pionniers du réaménagement de lieux industriels en friche en lieux culturels, ils remettent en question les cadres de l’architecture classique. Ils font sortir l’architecte de son bureau et lui permettent de travailler en coopération avec les usagers. Comme toute expérience, la permanence architecturale se vit plus que ce qu’elle se définit sur papier. Vous l’aurez compris, on peut dire qu’il s’agit d’une expérimentation collective visant l’orientation du projet futur du bâtit. L’expérimentation étant le mot phare et l’essence de cette démarche, elle sous-tend son caractère éphémère et empirique. L’objectif de cette démarche est donc de définir une commande architecturale au plus proche des envies et besoins des usagers concernés. Dit comme ça, cette approche semble tellement logique, importante et prendre tout son sens. Pourtant, pour ce faire, cela demande qu’aucun projet ne soit pensé à l’avance. Il se construit au fur et à mesure des rencontres, des propositions faites par les usagers et des moments créés.

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Autre exemple de permanence architecturale que nous avons rencontré : La Grande Halle à Caen.

La recherche participative

Du 22 au 26 août dernier avait lieu « l’Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens », à Grenoble. Lors d’un atelier, nous avons découvert la recherche participative, une autre approche qui relie les experts aux citoyens. C’est l’association Sciences Citoyennes, référente en la matière, qui était présente.

Cyril Fiorini, doctorant et membre des Sciences Citoyennes, définit la recherche participative comme une démarche scientifique co-construite entre différents acteurs (chercheurs scientifiques, étudiants, citoyens, associations, ONG…) dont la question de départ découle d’une demande sociale. Cette méthode ouvre alors un espace de dialogue et d’action entre citoyens et chercheurs. Ensemble, ils définissent le projet de recherche afin de travailler sur un sujet correspondant à un besoin social et qui relève d’un réel intérêt scientifique. La rencontre de ces différents acteurs a lieu notamment dans les Boutiques des Sciences, nées dans les années 70, aux Pays-Bas. Il en existe deux en France, à Lyon depuis 2013 et à Lille depuis 2015. D’autres ont fermé sur le territoire français depuis mais Sciences Citoyennes œuvre à faire connaître ce modèle au plus grand nombre dans le but de voir s’ouvrir de nouvelles Boutiques.

Sciences Citoyennes s’attache à faire reconnaître la démarche participative, ainsi que l’expertise citoyenne et associative. Elle explique que si la science a permis de grandes avancées et a été le moteur d’émancipation de nos sociétés, aujourd’hui il nous faut revoir notre rapport à la science pour qu’elle soit au profit de la nature et des êtres humains. Pour cela, nous devons nous réapproprier les sciences, à l’aide de la recherche participative par exemple.

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Isabelle Goldringer, chercheuse à l’INRA en génétique quantitative et des populations, ainsi que membre de Sciences Citoyennes, apportait son témoignage éclairant sur la démarche participative lors des Universités de Grenoble. Elle expliquait son malaise et sa remise en question lorsqu’au début de sa carrière de scientifique, elle a rencontré des agriculteurs à qui elle ne savait pas toujours répondre aux questions les plus concrètes. Elle a pris conscience qu’elle ne connaissait pas vraiment les réalités du terrain, les problématiques des agriculteurs. Elle a alors entamé un travail en partenariat et en collaboration avec ces derniers, ainsi qu’avec des collègues scientifiques d’autres secteurs (sociologues, statisticiens …). C’est à ce moment-là qu’elle s’est lancée dans la recherche participative. Elle témoigne aujourd’hui de l’apport considérable de cette démarche, pourtant fortement remise en question dans le milieu scientifique. Elle affirme qu’elle y trouve une pratique à la fois plus fructueuse, plus près des besoins du terrain, également plus stimulante et enrichissante pour elle-même.

Depuis 2006, elle travaille sur la sélection participative de blé. En collaboration avec des chercheurs de domaines variés et des paysans, l’objectif est de créer nouvelles populations adaptées au système agricole souhaité selon une méthode et une stratégie adaptée. Cette méthode permet également aux paysans d’apprendre et s’approprier les techniques. Par ce biais, les paysans acquièrent techniques et compétences qui les rendent autonomes pour améliorer et maintenir leur semences au fil du temps. La démarche participative a l’avantage de tenir compte de tous les aspects du collectif de travail et, par exemple, d’adapter et de faire évoluer le protocole et les outils selon les besoins et les attentes, ou encore de faciliter la transmission de connaissances et d’expériences.

Pour en savoir plus : 

L’image de couverture illustre un temps de partage à la Biennale Internationale d’Architecture actuellement à Venise. Au Pavillon français, 10 « Lieux infinis » y sont représentés, parmi lesquels L’Hôtel Pasteur, Le Tri Postal et La Grande Halle. 

L’Hôtel Pasteur de Rennes

Le Tri Postal d’Avignon

La Grande Halle de Caen

Sciences Citoyennes

Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens

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Créations artistiques ou militantisme happening : la force des habitants des quartiers.

De Grenoble à Metz, du social à la culture, du militantisme au spectacle vivant, de l’ennemi commun à l’ami commun, de la rencontre à… la rencontre aussi. Si différentes par leurs philosophies, leurs modes d’actions et leurs sujets de préoccupation, l’association Bouche à Oreille à Metz et Alliance Citoyenne à Grenoble n’en restent pas moins de proches cousines. Elles font naître des aventures collectives insoupçonnées entre voisins d’un même immeuble ou d’un même quartier. Quand les Lorrains misent sur l’art comme moyen de rencontre, de partage et d’ouverture, les Isérois misent sur le respect des droits, l’égalité et la justice.

Implantés toutes deux dans des quartiers dits « prioritaires », elles rendent accessible la création et la pratique artistique pour les premiers cités, et le pouvoir d’agir ou l’affirmation d’une voix commune influente pour les seconds. Ce ne sont pas des solutions miracles ou des recettes toute-faite au sujet de l’accès à la culture ou à la mobilisation revendicatrice, mais nous tenions à souligner la pertinence, l’ingéniosité et le travail de fond que mènent ces deux associations de terrain. Par cet article, leur montrer également qu’elles ne sont pas seules, que d’autres personnes ailleurs en France, sur d’autres domaines redoublent sans cesse d’inventivité pour donner une place, une voix, et de la confiance à ceux dont la parole et l’avis ne comptent plus, ne sont plus écoutés, voire même méprisés.

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A Grenoble, l’association Alliance Citoyenne est née de la pensée de l’Américain Saul Alinsky. Dans les années 1930 à Chicago, cet Américain fédérait les habitants d’un même quartier contre les propriétaires qui ne prenait pas soin de leurs immeubles, ou contre la commune qui n’organisait pas un ramassage des ordures assez décent, etc. Il en a écrit un ouvrage qui s’intitule « Rules for Radicals », ou « Radicaux, réveillez-vous ! » dans sa traduction française. Ce livre constitue pour l’association grenobloise une base solide tant sur la méthodologie que l’idéologie.

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Toujours à Grenoble, Elies, salarié de l’association, nous raconte le quotidien et la méthode de travail ici. L’objectif est de recréer un rapport de force d’égal à égal entre des individus isolés et un pouvoir uni et organisé. Quand l’ascenseur d’un immeuble tombe en panne 50 fois par an, les premières victimes que sont les locataires sont, de prime abord, tous énervés, mais de manière dispersée. L’un enverra peut-être quelques courriers, et au mieux quelques-uns se réuniront pour afficher leur mécontentement ensemble. Mais ils auront toutes les chances de se heurter à, au choix : 1) un directeur de cabinet qui ne parle pas le même langage qu’eux. 2) un.e secrétaire qui ne cesse de répéter l’absence de M. le Directeur, il est en réunion. 3) au renvoi de la patate chaude entre différentes institutions. 4) des promesses de changement et d’actions qui ne seront pas tenues. 5) Un répondeur interminable. 6) Etc.

Le rapport de force n’est pas égal. Pour le rétablir, les locataires décident de cotiser à l’Alliance Citoyenne pour se payer un organisateur, qui ira toquer aux portes avec eux pour mobiliser les voisins, qui les aidera à formuler des revendications claires et gagnables, les formera aux méthodes de négociation et d’action directe-non violente.

A Metz, l’association Bouche à Oreille est implantée dans le quartier de Borny depuis 2012. Plus précisément dans la grande Cour du Languedoc, entourée de barres d’immeubles. Issus des arts visuels, du spectacle vivant et des sciences humaines, un collectif découvre le site où : « Plus de 30 langues sont parlées couramment dans cet espace grand comme un terrain de foot », explique Julie, l’une des instigatrices du collectif.

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Le projet qui les y mène en 2012, prend la forme d’un spectacle participatif son et lumière dont cette grande cour et les immeubles sont le décor. Simplement en allumant et en éteignant la lumière de chez lui, chaque habitant participe à la chorégraphie de lumière se jouant sur la façade de l’immeuble. L’opération est une réussite et le coup de cœur est immédiat entre l’association et les habitants. L’association se sédentarise alors à Borny. Les projets de ce type se développent, l’équipe grandit et l’adhésion des habitants se renforce.

L’artiste Jepoy viendra, par exemple, y passer trois mois et mettre en place son projet « Manger son quartier ». Il commence par enquêter auprès des habitants sur le ressenti qu’ils ont à propos de chaque rue ou passage de leur quartier. Quel endroit vous semble le plus épicé, le plus sucré, amer, croustillant, fondant, doux, acide, gourmand, etc. Puis il cuisine avec chaque participant et produit un maquette comestible du quartier de 25m². On peut s’y promener, passer entre les rues épicées et sucrées, humer l’amertume d’une autre et finir par en croquer une dernière !

Le dernier projet en date est un roman photo musical et théâtral : Story Bordes. Un metteur en scène et un réalisateur ont travaillé avec 96 habitants volontaires ainsi qu’un musicien et deux comédiens professionnels. L’originalité du projet tient dans le fait que la musique est jouée en direct au moment de la projection sur écrans géants et que les comédiens sortent parfois de l’écran pour jouer des scènes en direct devant le public.

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Les 35 créations de l’association Bouche à Oreille depuis 2012 ont ça de particulier : elles font travailler ensemble des professionnels du spectacle et des habitants du quartier. Ces derniers ne sont pas là que pour la figuration. Ils sont investis dans la réflexion du projet, la création, les répétitions et le jeu. Peuvent en attester notamment les projets musicaux qui ont donné lieu à l’édition de CD où des chants traditionnels sont interprétés et enregistrer dans le studio d’enregistrement de l’association, au cœur du quartier.

Le porte à porte comme première rencontre

Chez Alliance Citoyenne, le procédé est aussi original qu’efficace. Lors d’un porte à porte d’une demi-journée dans tout l’immeuble, Elies ou un autre salarié se présente, présente l’association et pose très vite une première question : « Qu’est-ce qui vous met en colère ? ». Suite à cette entrée en matière, généralement les langues se délient. Les ordures, l’ascenseur, l’entretien ou les fissures en ce qui concerne l’habitat. Les discussions s’étendent également aux transports, à l’école du quartier, au centre social, à la vie du quartier, etc.

Suite à ce temps de porte à porte, les organisateurs de l’Alliance Citoyenne invitent tous les habitants rencontrés à venir faire le bilan des sujets qui ont été les plus récurrents lors d’une grande assemblée citoyenne. Ce moment collectif permettra, dans un premier temps, d’identifier le responsable de la situation, l’adversaire (bailleur, propriétaire, commune, ascensoriste, etc.). Aussi, nous pouvons compter les forces en présence, rencontrer ses voisins, échanger sur le sujet, se rendre compte que nous sommes nombreux, mais surtout programmer la prochaine action. Afin de veiller à ce que la pression ne retombe pas, la première action doit intervenir rapidement après ce premier échange collectif.

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Et la liste d’actions potentielles à l’Alliance Citoyenne est longue. Suivant les principes d’Alinsky, une des pistes possibles à suivre est de faire vivre la situation vécue à son responsable, ou du moins lui exposer directement ce que vivent les personnes Exemple : Face à des ascenseurs sans cesse en panne, les membres de l’Alliance Citoyenne s’organisent avec l’aide d’un salarié de l’association pour faire du porte à porte, des réunions d’immeubles et enquêter auprès du bailleur pour comprendre les raisons du problème. Il se trouve que selon tous les contrats et conventions signées, le responsable n’est pas l’ascensoriste mais le bailleur lui-même. Alors après plusieurs appels, la personne au standard, sans doute fatiguée par la ténacité des locataires, finit par dire « eh ben prenez les escaliers, ça vous fera faire du sport. » Ni une, ni deux, voilà une cinquantaine de locataires qui arrivent quelques jours plus tard dans les locaux du bailleur, en tenue de sport. Bandeaux sur la tête, débardeur, short, baskets. Et c’est parti pour un cours de fitness, du renforcement dans les escaliers,… le tout sous le regard attentif de la presse locale invitée pour l’occasion et friande de ce type de happening ! Le directeur se retrouve alors acculé et dans l’obligation de recevoir la délégation dans son bureau afin d’écouter leurs doléances et de prendre des engagements en conséquence. Le rapport de force est rééquilibré.

A Borny, on fait également du porte à porte. Pour rencontrer de nouvelles personnes et les sensibiliser à une action ou un événement, la rencontre individuelle est un atout majeur. Mais l’association Bouche à Oreille a surtout multiplié les portes d’entrée dans son association afin de fédérer les habitants du quartier autour de leurs projets.

L’association dispose de trois points d’accroche : un studio d’enregistrement, des ateliers de pratiques pour enfants et des ateliers de pratiques pour adultes. Depuis le début, un studio d’enregistrement professionnel est en accès libre pour les musiciens débutants ou confirmés du quartier. A l’occasion de projets précis, ils sont accompagnés de musiciens professionnels.

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Pour les ateliers pratiques pour enfants et adultes, ils sont tout public, et ont pour thème le dessin, la couture, la peinture, etc. On vient se faire plaisir, se perfectionner, découvrir, apprendre, rencontrer.

Des financements adaptés à chaque action

Dans le milieu associatif, la question de l’autofinancement attise toutes les curiosités, les attentions et les ingéniosités afin d’être le plus libre possible de la puissance publique, mais tout en cherchant son soutien potentiel (moral, technique…). Quid des financements privés (fondations ou mécénats) ? Nous tenons ici deux exemples mettant en lumière la singularité de chaque action et de chaque association.

Pour nos amis grenoblois, il va de soi que la commune n’en sera pas le premier financeur, ni même le second, ni même financeur du tout. La liberté totale de ton et d’action est une condition siné qua none à l’action de l’Alliance Citoyenne. On ne se fait pas financer par son (potentiel) opposant. Suivant la même logique, le bailleur et les collectivités territoriales ne peuvent être source de financement pour eux, à l’exception de la région qui les finance à hauteur de 15 %.

La cotisation des membres (5 euros par mois pour se « payer » un « directeur de cabinet ») en représente 20 % supplémentaires, tandis que les formations que les salariés dispensent sur le thème du comunity organizing et de la méthode Alinsky comptent pour 25 %. Les 40 % restant proviennent de fondations privées (« pas la fondation McDo ou Vinci bien sûr », souligne Elies).

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On est souvent d’accord pour dire que l’argent public doit servir à la défense des intérêts et des droits des citoyens, et donc au financement des associations telles qu’Aliance Citoyenne. Pourtant, on comprend aussi que la relation serait ambiguë voire même insoutenable entre l’association et le pouvoir public financeur, dans l’état actuel du pouvoir politique : clientélisme et corruption. Alors comme beaucoup de structures associatives en France, le volet formation vient compléter les cotisations et les différentes aides privées.

Et les associations culturelles, alors ? Comme pour sa cousine grenobloise, les financements privés comptent pour 40 % du budget annuel de l’association messine. Notamment au lancement de l’association, trois fondations (Fondation Abbé Pierre entre autres) les ont aidé à s’installer et à pérenniser leur activité. Le bailleur social figure aussi parmi les soutiens de poids de Bouche à oreille. Présent depuis le début, ce dernier continue d’accompagner la structure dans le développement de ses projets.

Enfin, les 60 % restants proviennent de fonds publics. Les différentes collectivités territoriales et les services étatiques liés à la culture et à la cohésion sociale sont des partenaires majeurs de l’association. Le temps d’élaboration des dossiers dissuade parfois, mais la qualité et la pérennité de leur travail sur le quartier leur offre une confiance non négligeable de la part des décideurs. Une relation de confiance mutuelle s’installe alors.

A chaque activité son financement propre !

En somme, ce que nous disent ces deux associations aux activités et aux profils assez différents c’est que l’action collective, le combat et l’altruisme ne font pas partie du passé. Et ce n’est pas être faussement naïfs de dire qu’ensemble, en se réunissant, nous sommes capables de grandes choses. Et si toutes les voix doivent être entendues, elles doivent trouver l’espace propice à leur épanouissement pour s’exprimer. Et toutes les voix compteront alors.

Pour en savoir plus :

Bouche à oreilles

Alliance Citoyenne Grenoble

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Des ateliers sous terre à La Fabrique de Strasbourg

C’est l’histoire de trois copains qui griffonnent une idée commune sur des dessous de verre, un soir de 2014 autour d’une bière. L’idée qui les unit est celle de créer un « centre de production partagée ». Un lieu qui abriterait différents ateliers (bois, métaux, plastiques, tissus, électronique, etc.) équipés de matériels et machines professionnelles mutualisées. Des professionnels pourraient ainsi y démarrer leur activité sans faire de lourds investissements de départ. Et les amateurs viendraient découvrir, se faire la main et se former à des techniques et des machines, de nos jours de plus en plus éloignées du grand public. Cette idée ne reste pas en l’air et nos trois copains sont rapidement rejoints par une vingtaine de bénévoles qui se lancent dans l’aventure. En 2014, le lieu est trouvé dans le quartier Grüber de Strasbourg… y’a plus qu’à !

Pari tenu, l’aventure prend forme !

La Fabrique s’installe dans une ancienne brasserie industrielle. Avant tout, les fondateurs savent que les dix galeries doivent accueillir du public et donc prendre forme. Alors les six premiers mois demandent beaucoup d’efforts, il faut déblayer l’ensemble, le rendre propre pour y voir plus clair.

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Profitons-en pour faire une escale dans l’histoire singulière de cette brasserie. David Grüber est le premier en Alsace à avoir fabriqué de la bière de manière industrielle et commerciale. Sa brasserie strasbourgeoise a écoulé d’importantes quantités entre 1850 et 1950. Importantes au point que la gare de marchandise se situait quasiment à l’entrée de la brasserie afin de transporter la marchandise vers Paris. Pourtant, cet homme n’était pas vraiment destiné à devenir brasseur. Il a d’abord suivi des études de théologie pendant quatre ans, avant de perdre la foi et de se tourner vers les sciences. Il devient alors pharmacien et s’intéresse aux procédés de fermentation. Il crée ainsi sa propre bière. Ses affaires fonctionnent très bien, pendant de longues années, jusqu’à ce que la concurrence de la brasserie Fisher devienne trop rude et le pousse à arrêter son activité.

Les galeries qui abritent aujourd’hui La Fabrique, étaient à l’époque, les chambres froides de la brasserie. On y stockait la glace pour maintenir la bière à bonne température. Elles conservent d’ailleurs toujours leur 13°C toute l’année. Mais elles sont aussi source d’humidité. Ingénieux, les membres de La Fabrique ont alors une idée géniale pour maintenir le matériel à l’abri de l’humidité et éviter des travaux de rénovation du sol au plafond : ils construisent des cabanes à l’intérieur des galeries. Une cabane par an et par domaine d’activité.

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Les quatre cabanes déjà sur pied, en plus d’une galerie dédiée au travail du métal, forment les ateliers de travail : matière souple pour la couture ; atelier bois sur 100 m² ; électronique-informatique avec imprimantes et petite électronique ; enfin une zone de stockage proposé à la location.

Ici, on apprend à faire. Professionnels et amateurs se croisent, échangent leurs savoirs et créent une émulsion d’idées. De nombreux projets ont été réalisés ou sont en cours de réalisation. Se croisent donc des membres usagers, des membres actifs et des membres résidents. Si les premiers cités viennent découvrir, apprendre, fabriquer, bidouiller, construire, rater, réussir et recommencer, alors les membres actifs sont eux ici pour les y accompagner s’ils le demandent et proposer de petites initiations et formations. Ces temps d’apprentissage par la pratique vont de la maîtrise d’une machine professionnelle au perfectionnement d’une technique spécifique, en passant par une assistance sur un projet précis. La gestion technique et administrative du lieu est également du ressort des membres actifs. Et enfin, des membres résidents ont un accès illimité aux locaux en échange d’un abonnement mensuel ou annuel, dégressif selon la durée.

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L’objectif à La Fabrique est de faire à son rythme, laisser parler ses idées, « ancrer une idée dans la réalité », donner vie à ses envies.

Tout le monde a accès à ces initiations, aux locaux et au matériel. Seule condition : participer aux frais en cotisant à l’association (10€ par an) et en payant en « tickets-sessions ». Cette monnaie locale spécifique à La Fabrique permet d’accéder aux activités et aux ateliers le temps d’une session, soit trois heures. Le ticket coûte 12€ à l’unité, ou bien 75€ par dix. Comme le dit François : « C’est moins cher qu’au ciné, et en plus, ici c’est toi qui fait le spectacle ! »

Une fourmilière associative dans Strasbourg

Très vite, La Fabrique est devenue plus qu’un atelier et un lieu convivial. Elle tient une place centrale dans l’activation du réseau local. Un riche réseau s’est formée autour de l’association, qui continue d’alimenter cet élan.

L’ensemble du matériel à disposition provient d’achats, de récup’ ou de dons. Certains collèges de la région ont fourni le matériel dont ils ne se servaient plus, tout comme des habitants, des professionnels ou encore des associations locales comme la Maison Mimir. Cette dernière, institution historique dans la ville, est un ancien squat autogéré transformé en espace social et culturel par ses membres bénévoles fondateurs et ceux arrivés au fil des années. Actuellement, tous s’activent à rénover la maison petit à petit, selon les moyens financiers disponibles. C’est d’ailleurs en la désencombrant pour laisser place aux travaux, que la Maison Mimir a fait don d’une machine à coudre à La Fabrique.

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Le réseau local se compose de nombreuses associations strasbourgeoises, et si toutes n’ont pas de matériel à donner, elles ont toutes à échanger. C’est en ce sens, que La Fabrique accueille certaines associations dans ses locaux. On y retrouve, par exemple, l’association Stick qui propose un atelier de réparation de vélo une fois par semaine.

Ce réseau est devenu, au fil du temps, une base solide d’entraide. En 2014, quand La Fabrique se lance dans le nettoyage de l’ancienne brasserie, elle fait appel à celui-ci. « Makers du Coeur » est le nom que les membres donnent à ce réseau. L’entraide mutuelle prend tout son sens. Chacun sait que les forces bénévoles d’un collectif vont et viennent, s’usent et se fatiguent parfois. Alors les « Makers du coeur » sont là pour venir appuyer et renforcer les rangs d’une équipe bénévole fatiguée, sur un projet donné et un temps défini. Les forces bénévoles des différentes associations membres apportent leur aide réunie sur une activité ou un chantier. Plus tard, quand la roue aura tourné, les associations qui ont aidé pourront se faire aider en retour. C’est un réseau informel d’associations copines et/ou partenaires qui se donnent un coup de main solidaire quand l’une d’entre elles en a besoin. Les prochains qui devraient bénéficier des « Makers du Coeur » pourraient être les membres de la Maison citoyenne, nouveau tiers-lieux citoyen du quartier en gentrification Neudorf qui souhaite mobiliser les habitants dans un espace de convivialité et de bureaux partagés.

Si vous êtes curieux d’en savoir plus sur La Fabrique et de découvrir ce monde souterrain rempli d’Histoire, laissez vous guider le jeudi par un membre de l’association car tous les jeudis soirs à partir de 18h30 – et aucun de ces rendez-vous n’a été raté ou annulé en quatre ans – une visite guidée est proposée… et quand il fait froid les discussions se poursuivent autour d’un braséro.

Pour plus d’infos :
La Fabrique
Maison Mimir
Maison Citoyenne

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Des jeunes qui ne perdent pas le Nord !

En France, le paysage associatif souffre d’une image vieillotte, animé par des retraités, dirigé par des retraités, pour des retraités. On grossit un peu le trait, mais quelques chiffres tendent tout de même à donner une orientation.

La frange de la population la plus investie bénévolement dans les associations concerne les plus de 65 ans. Ils sont 35 % de cette catégorie d’âge à s’investir dans une ou plusieurs associations, contre 21 % des moins de 35 ans. Du côté des dirigeants, nous retrouvons en majorité des hommes de plus de 50 ans. En ce qui concerne les simples adhésions, elles concernent 26 % des 16-24 ans, contre 37 % des 60-74 ans.

Voilà pour ce qui est des chiffres ! Maintenant cassons cette image pour mettre en avant des jeunes, des super jeunes même, qui créent, imaginent, s’organisent et s’investissent dans des associations sociales, humanitaires, culturelles, environnementales. Exit les phrases toutes faites « Les jeunes, ils se mobilisent pas », les jeunes-ci, les jeunes-là, gna gna gna… STOP !

Les Parasites

Commençons par de jeunes nordistes, issus de l’Avesnois. L’histoire commence il y a quelques années sur les bancs du lycée de Landrécies. Une bande de copains se forme. Ils décident d’organiser un festival, sur leur territoire, près de chez eux. La mission est franchement réussie et le Collectif Parasites vit ainsi depuis 2011, de ses envies les plus folles.

Pour situer le contexte, c’est ici, dans le pays de l’Avesnois, que débute le film « Merci Patron ! » de François Ruffin. Il y rencontre un couple licencié par une grande entreprise de textile du milliardaire Bernard Arnault, suite à une délocalisation en Europe de l’Est. La région est un témoin d’une ère industrielle (dé)passée et ses habitants les victimes. Le constat de ces jeunes adultes surmotivés était donc un isolement croissant des personnes et une perte de confiance en eux et dans leur territoire. Les Parasites veulent dynamiter tout ça !

Trois d’entre eux se sont salariés, petit à petit, de l’association, et avec plus de soixante bénévoles, leurs activités se sont diversifiées. A travers leurs pôles « Animation / Événementiel », « Média », « Environnement et territoire » et « Atelier » , ils organisent des concerts, des ateliers vidéos, des jardins mobiles, des espaces de rencontre, des chantiers participatifs, des initiations, des ateliers de constructions, etc.

Toutes ces activités touchent un public large. Ils créent des partenariats à la fois avec les mairies, les paysans, les centres sociaux, les écoles, les petits producteurs locaux, les centres de loisirs, etc. De cette manière, ce sont toutes ces personnes et ces institutions qui se réapproprient leur territoire, leur fierté avesnoise et redonnent une dynamique propre à un territoire longtemps pensé comme enclavé.

« Ce qui fait la force du collectif, c’est sa diversité ». On ne pourrait trouver meilleure formule qui représente les activités du « Collectif Parasites ». Et ça tombe bien, puisque c’est comme ça qu’ils se définissent ! Ils sont jeunes et fous et ce que nous aimons chez eux, c’est qu’ils font ce qu’ils veulent et ce qu’ils aiment faire !

L’auberge des migrants

Nous étions déjà bien au Nord de la France dans l’Avesnois, mais si nous remontons encore un peu plus, du côté de Calais, on trouve un sacré exemple d’investissement de la jeunesse. Un lieu où on trouve un beau concentré d’énergies !

Que nous soyons en période d’effervescence médiatique, ou non, les personnes migrantes affluent à Calais toute l’année pour rejoindre l’Angleterre. De la même manière, les bénévoles s’activent pour leur fournir un accès aux soins, à l’eau, aux repas et à internet.

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Dans un immense hangar de la banlieue de Calais, ces différents collectifs bénévoles s’organisent ensemble afin de faire front collectivement à tous ces défis communs. Ils y reçoivent et y trient les dons, mutualisent les forces bénévoles, les bureaux, les contacts, les maraudes, l’organisation, etc.

Chaque jour, ils sont entre 80 et 150 à déballer, ranger, trier, porter, organiser, coudre, vérifier, nettoyer, donner, cuisiner, laver, préparer, etc. Des systèmes de rangement permettent de ranger les pulls à capuche, les pulls chauds pour l’hiver, les pulls mi-saison, les t-shirts manche longue, les t-shirts, les pantalons d’hiver des pantalons d’été, tous les types de vestes, les tentes deux, trois, quatre, cinq places, les chaussures par pointure, etc. La somme de travail est colossale afin de pouvoir fournir à chaque personne un équipement en bon état, propre et approprié selon la saison, sa taille et ses conditions de vie. Par exemple, dans le tri à la réception des vêtements, toutes les affaires fluos, ou trop voyantes sont mises de côté et redonnées à une autre association. Le quotidien d’un migrant étant fait de fuites et de cachettes, les habits les plus sombres seront les plus adaptés.

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A l’intérieur de cet entrepôt, simplement à vue d’œil lors de notre arrivée, nous constatons vite qu’au moins 90 % de cette centaine de personnes avait moins de 30 ans. Nous y avons rencontré Laure qui était présente sur les lieux depuis plus de quatre mois. Elle nous disait « C’est dingue, j’ai 29 ans, je suis presque la plus vieille ici ! ».

Tant à Landrécies qu’à Calais, ce sont des groupes de jeunes qui ont su se mobiliser massivement autour d’un projet commun, tout en étant inventifs et innovants. Ils inventent de nouvelles manières de s’organiser, de travailler ensemble et de rassembler. Alors preuve en est que les jeunes savent se bouger et même de manière collective et organisée.

Pour plus d’infos :
Collectif Parasites
L’Auberge des Migrants

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Sources : https://recherches-solidarites.org/media/uploads/la_france_associative-25-09-2017.pdf

Au Transfo, un bouillonnement de bonnes idées !

On savait que l’on allait à la découverte d’une recyclerie singulière, quasi unique en son genre. On savait que c’était dans une ancienne usine dans la Chartreuse, en Savoie. On savait qu’Elodie nous accueillerait. Mais on a vite compris que l’air y était bon et qu’il serait difficile d’en partir ! Le Transfo, c’est une réunion d’activités et de personnes qui s’entraident, se développent, s’épanouissent et s’émancipent. Complètement autonomes les uns des autres et désireux de partager sans s’aliéner, les différents artisans et les différentes activités résidentes du Transfo se créent un équilibre et un espace propice à leurs envies.

L’Alternateur

L’Alternateur est la première personne (morale) à s’être installée dans cette ancienne usine savoyarde laissée à l’abandon depuis quelques années. C’est donc en 2015 que s’y installe cette recyclerie spécialisée dans les décors de spectacles. Les théâtres, compagnies, ou entreprises leur envoient des décors et des matériaux qui ne servent plus. Les membres de l’Alternateur s’attellent ensuite à les remettre en état ou à les démonter pour conserver les matériaux les plus intéressants ou les plus utiles. Décors entiers et matériaux bruts (bois, métaux, tissus, plastiques, …) sont proposés aux adhérents de l’Alternateur, à la vente ou à la location.

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Autant dire que qui à l’âme artiste et créatrice trouvera dans cet espace de quoi laisser exprimer ses talents créatifs. Alors les petites compagnies se déplacent parfois de loin pour venir profiter cette véritable caverne d’Ali Baba. Les kilomètres de tissus, bretelles, cotons, élastiques, lanières, rubans pourront créer des costumes uniques à moindre coût, pendant que le décor ou les outils scéniques naîtront d’une alliance folle entre panneaux pvc, bois, peinture, tuyaux, livres, bibelots, etc.

L’alternateur s’inscrit dans une démarche écologique de réemploi. Produire un nouveau décor à base de matières neuves pour un tout nouveau spectacle relève de la même aberration environnementale que de manger dans des assiettes en plastiques jetables, ou d’emballer trois biscuits dans trois emballages plastiques différents. Le réemploi s’inscrit ainsi dans cette démarche, si ce n’est décroissante, raisonnable et réfléchie d’un point de vue environnemental.

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Et pour que toute cette matière ressemble plus à une recyclerie qu’à un grand bazar, nous trouvons Elodie, unique salariée de l’association. Elle coordonne toutes les forces et les envies bénévoles, les arrivées de matériel (parfois impressionnantes lorsque se déchargent plusieurs semi-remorques), les ventes et les locations, etc. Fait rare dans le monde associatif, et à souligner, Elodie honore son contrat de 20h par semaine sans faire exploser le nombre d’heures supplémentaires. L’organisation interne, la division des savoirs et des compétences pour une polyvalence de chacun, le travail effectué sur la limitation de la rétention d’informations et surtout l’attention portée à la santé mentale et au bien-être au travail font d’Elodie une hôte pétillante, disponible et heureuse de travailler au Transfo !

Les artisans

Et la beauté du Transfo va encore plus loin, c’est qu’ils sont plus de 30 artisans à être dans la même dynamique de travail qu’Elodie. Car si l’Alternateur est locataire d’une partie de l’usine, il n’est pas le seul. Tous les autres espaces sont loués de manière individuelle au propriétaire des lieux. Ils sont tourneurs sur bois, potiers, menuisiers, ébénistes, apiculteurs, décorateurs de mariage, artisans du cuir, sculpteurs, etc, et ont installés leurs ateliers ici et là, dans les espaces disponibles de l’usine.

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A la différence de biens d’autres lieux en France, personne n’a eu l’idée d’y créer les très à la mode « ateliers partagés ». Les ateliers se sont partagés par le bouche à oreille, par les réseaux d’artisans du coin, par la force des choses, naturellement. Et les bienfaits alloués aux « ateliers partagés », à savoir une vie sociale et collective plus importante (notamment à travers les repas du midi par exemple) ou encore la mise en place de projets professionnels communs, s’y font d’autant plus naturellement. Les différentes spécialités présentes au Transfo facilitent évidemment les projets de construction mêlant plusieurs matières, ou plusieurs techniques sur une même matière.

L’atelier d’Autoprod’

Ces artisans ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Ces derniers ont mutualisé leurs moyens pour s’offrir collectivement quatre grosses machines, qu’ils n’auraient pu financer individuellement. Ainsi dans leur travail quotidien, ils voient leurs palettes d’outils s’agrandir, du fait de la proximité d’autres artisans à leurs côtés. Et à partir de chaque 1er mercredi de chaque mois, ces machines sont accessibles pendant cinq jours au grand public lors des ateliers d’auto production.

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Les participants sont accompagnés par les artisans professionnels pour mener à bien leurs projets personnels : confection ou réparation d’un meuble, d’une commode, de chaises, de tables à rallonges, d’un jeu etc. Une participation financière est demandée à cette occasion, selon le nombre de jours de présence.

L’essence du Transfo

Réemploi, donner du sens à son métier, services, valeur de l’artisanat, coopération, mutualisation, ou encore entraide, le transfo est un concentré, une émulsion, un véritable bouillonnement d’idées géniales qui se mettent en place naturellement.

Suivez l’actualité du Transfo pour être informés des événements ponctuels qu’ils mettent en place au cours de l’année, notamment leur marché de Noël à venir, où vous pourrez admirer le travail de ses occupants !

 

Pour plus d’infos :
L’alternateur
Le transfo

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Sans prof, ni élève, l’Université autrement.

Outil d’éducation populaire né il y a bien des années, revisité plus récemment pour un modèle plus militant, les universités populaires se définissent toutes comme des espaces de transmission de savoirs. Elles sont présentes dans un grand nombre de villes en France. Plus modernes que jamais, à l’heure de l’information massive et continue, les universités populaires sont un moyen pertinent de nous aider à mieux comprendre le monde et peut-être mieux nous organiser dans ce flot. Présentation et réflexions sur ces rendez-vous réguliers où les passionnés d’un sujet transmettent leurs savoirs aux participants.

Quand tout a commencé…

Le modèle des universités populaires existe depuis des décennies. A la fin des années 1890, l’Affaire Dreyfus secoue la France et divise l’opinion publique. Dans ce contexte, plusieurs facteurs convergent et mènent à la création des premières universités populaires. Le terme « intellectuel » apparaît et élargit la catégorie au-delà des écrivains et philosophes. Ces derniers prennent conscience de leur impact dans la société et de la place importante de leurs propos qui leur est accordée dans les débats du moment. Dans le même temps, se dessine une détermination à réduire les écarts entre ceux qui sont présentés comme ceux qui savent, et les autres, et donc à faire profiter la classe ouvrière de nouveaux savoirs. Instituées comme de nouvelles formes d’action politique ou bien comme une activité intellectuelle ouverte à tous et toutes, les universités populaires sont fondées pour bonne part par des intellectuels.

J'accuse

Au fil de l’Histoire, le nombre d’universités populaires va fluctuer. A leur apogée en 1902, elles sont plus de 140 en France, puis elles perdent de leur force dans l’entre-deux-guerres, avant de trouver un renouveau entre 1960 et 1980.

Quelles formes ont-elles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, une centaine est active et leurs formes se sont diversifiées. Le modèle traditionnel et le modèle alternatif sont les plus communs actuellement. Ils se retrouvent dans leurs objectifs de partage des savoirs et sur le principe du savoir permettant le développement du libre arbitre.

Les universités populaires traditionnelles sont les héritières historiques. Organisées en fédération nationale, elles sont aussi appelées « universités du temps libre » ou « université inter-âges » selon les communes. L’accès est le plus souvent payant, et les enseignements davantage tournés vers les savoirs pratiques (botanique, santé, bien-être, par exemple) et l’apprentissage des langues.

Les universités populaires dites alternatives sont nées dans les années 2000. Elles s’inspirent en grande partie des principes de l’Université populaire de 2002 fondée par Michel Onfray à Caen. La gratuité, l’accès libre à tous et toutes sans prérequis, les savoirs académiques en définissent les règles. Avec ces nouveaux principes, apparaissent de nouveaux questionnements. Les universités populaires alternatives interrogent le sens de l’apprentissage sous cette forme ouverte et posent donc le débat entre individualité et collectif.

Sont-elles animées d’une visée de transformation collective et sociale par la transmission du savoir à un groupe ou bien d’un objectif d’émancipation personnelle ? Les universités populaires laissent le débat ouvert depuis bien des années sans viser d’ailleurs d’y répondre définitivement. A nous de décider. On peut alors s’en saisir comme d’un outil pour aiguiser nos consciences, notre sens critique. Connaître davantage le monde qui nous entoure sous ses angles multiples pour mieux se situer dans l’information quotidienne, pour se positionner intellectuellement, ou encore simplement pour le plaisir d’apprendre. Loin des contraintes du modèle scolaire classique, notre volonté est (le) seul moteur de notre participation à ce type d’espaces d’éducation populaire. Sans note, sans compétition, sans contrôle, simplement pour apprendre.

Les universités populaires alternatives ? L’exemple de celle d’Avignon.

Pour bon nombre de participants aux universités populaires, le plaisir d’apprendre guide donc leur présence, sinon le plaisir de transmettre et d’enseigner. C’est cette envie qui a conduit les fondateurs de l’Université populaire d’Avignon a créer leur espace de savoirs partagés. Des enseignants avignonnais qui voulaient enseigner sans noter, juste pour le plaisir, face à un auditoire qui partage la démarche.

L’Université populaire d’Avignon a dispensé ses premiers cours en 2005. Elle est née quand le débat sur l’Europe et le sentiment de trahison des politiciens envers le peuple ont suscité l’envie de mieux comprendre les enjeux de notre société, de s’armer de savoirs et de connaissances pour mener plus aisément les débats dans un cercle familier ou plus large.

Suivant le mouvement des années 2000, elle se fixe comme règle la gratuité, la prédominance de sujets pluridisciplinaires, les partenariats locaux et l’accès libre à toutes et tous sans prérequis.

1. La gratuité

Les universités populaires dite alternatives sont en principe toutes gratuites, ce qui tend le plus souvent vers un modèle économique reposant sur des financements publics. Exception faite à Avignon ! La gratuité des enseignements hebdomadaires y est établie et la cotisation d’entrée à prix libre permet de couvrir l’assurance et l’organisation de l’Assemblée générale une fois par an. Les intervenants sont bénévoles et les locaux de l’Université d’Avignon sont prêtés en échange de la création d’un module d’UE (Unité d’Enseignement) pour les étudiants de Licence. La quasi absence de dépenses leur permet de fonctionner presque sans rentrée d’argent. Un sacré problème en moins pour une association !

2. Des sujets choisis

Chaque année un thème est voté par le Conseil d’administration. Il se veut être suffisamment large pour assurer une pluridisciplinarité et pouvoir être étiré dans plusieurs directions. Par exemple, en 2017-2018, le thème du corps abordait différentes questions : « Le corps nous met-il dans tous nos états ? Comment les États gèrent-ils nos corps ? Depuis quand concevons-nous le corps d’abord comme un organisme ? Comment les explorations scientifiques du corps ont-elles modelé et modifié nos conceptions du corps ? Comment l’Antiquité concevait-elle le corps ? Comment les artistes ont-ils représenté le corps ? … »

Le jeu, le temps, la mémoire, l’erreur, la modernité, sont une partie des thèmes annuels qui ont animé les cours du mardi soir depuis 13 ans.

3. Des partenariats locaux

Ancrer l’université populaire dans le paysage culturel avignonnais est une volonté marquée de l’équipe actuelle. Ville bien connue pour son attrait pour la culture, le théâtre et le cinéma, on retrouve là les orientations des différents partenariats avignonnais. Depuis 13 ans, l’Université populaire tisse des liens forts avec, entre autres : l’association emblématique de musiques actuelles de jazz qu’est l’Ajmi, le cinéma Utopia, le Délirium en tant que bar culturel et résidence d’artistes, ou encore l’Université d’Avignon. Ces collaborations prennent différentes formes, comme le prêt de salles, l’intervention d’artistes ou de spécialistes issus de ces structures dans les programmes des cours de l’Université populaire du mardi soir, la programmation d’événements culturels et/ou festifs communs permettant de croiser les publics, etc.

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4. L’accès libre à tous et toutes

Les soirs qui enregistrent le moins de participants avoisinent les 60 personnes présentes. Sinon la moyenne est généralement de 100 à 200 personnes. Des chiffres qui valent certainement leur succès au fonctionnement singulier de cette université populaire. L’intérêt et la fidélité des participants semblent être le fruit des points exposés précédemment.

Plus ou moins militantes, affichées comme tel ou non, plus ou moins engagées vers la transformation sociale, les universités populaires sont un outil d’éducation populaire dont chacun-e peut se saisir en vue de ses propres objectifs. Le plaisir d’apprendre, d’élargir ses savoirs vers des domaines que l’on ne connaît pas ou peu, de s’initier à la philosophie, aux mathématiques, à l’Histoire, aux sciences… sont autant de raisons qui peuvent conduire à participer à ces rendez-vous. Dans un esprit plus altermondialiste, nous pensons que le cadre des universités populaires peut fortement aider et accompagner la création et l’émancipation de collectifs toujours plus avertis vers une transformation globale de la société. C’est d’ailleurs ce que les mouvements sociaux ont compris de cet outil. Sous forme d’occupations de places publiques comme Nuit debout en 2016, ou lors d’occupations d’amphithéâtres universitaires en période de manifestations, voilà les universités populaires dépoussiérées sous un nouvel angle éphémère et exceptionnel. Kwnoledge is a weapon !

Pour plus d’informations :

Université populaire d’Avignon

Ajmi

Cinéma Utopia

Le Délirium

L’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse

Sources :

http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/rapport-2018-01-univpop.pdf

L’université populaure de Lille, un siècle d’histoire 1900-2000 ouvrage coordonné par Alain Lottin, La Voix du Nord , 2000

Les universités populaires en France Un état des lieux à la lumière de trois expériences européennes : Allemagne, Italie et Suède, INJEP notes et rapports, mars 2018, JEAN-CLAUDE RICHEZ

Entretien avec M. Jean-Robert Alcarras, juin 2018, fondateur de l’Université populaire d’Avignon.

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Spartacus en aurait rêvé, le Spartak Lillois l’a fait !

On vous propose cette fois de parler sport. Mais pas de n’importe quelle pratique sportive. Au Spartak Lillois, on milite à travers le sport, on milite pour un sport plus accessible, moins cher, plus solidaire, plus mixte, plus populaire.

Le sport militant sur le terrain …

C’est Ilyasse, l’un des 12 co-présidents actuels, qui nous accueille chaleureusement dans Lille et nous raconte l’histoire du Spartak. Assis tous les trois à la table d’un bar, il nous décrit avec passion les activités de l’association, la vie du quartier Fives dans lequel elle est implantée, et le quotidien d’un amoureux de sa ville. Ilyasse, c’est celui qui porte haut les valeurs solidaires et de partage du Spartak. En plus, c’est lui qui garde les clefs des salles et des gymnases. Et puis c’est le fervent supporter du LOSC qui aime regarder un match entre amis, sans occulter les failles et absurdités du système.

Le Spartak Lillois est né sous la forme d’un club de foot entre copains en 2010, puis a diversifié ses propositions sportives par la suite. Ilyasse nous explique son fonctionnement.

En quelques mots*, les adhérent-e-s ont accès à tous les sports proposés pour 1€ par mois. Foot, hand, basket, fitness, ultimate, volley, badminton, sont au programme chaque semaine. Les équipes sont mixtes, même si le foot et le basket sont encore très masculins. Tous les sports collectifs sont auto arbitrés, ce qui implique un fairplay et un respect du jeu, pas toujours habituel pour certain-e-s. Il n’y a ni compétition, ni groupes de niveau, tout le monde peut s’initier à un sport quelque soit son niveau.

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Le militantisme se joue là. Le Spartak veut permettre l’accès au sport pour tou-te-s, dans un esprit collectif, anti-raciste et bienveillant.

D’ailleurs, l’implantation de l’association, depuis ses débuts, dans le quartier de Fives, n’est pas anodin. Ce quartier dit populaire connaît à la fois un taux de chômage très important, ainsi qu’un processus de gentrification en cours. Délinquance et insécurité font les gros titres des journaux qui rattachent ces phénomènes à la fermeture massive des usines locales. Dans le même temps, les projets de nouveaux parcs, jardins et logements « green washés » sont affichés fièrement. Dans ce contexte, le Spartak Lillois fait vivre le quartier avec ceux qui y habitent et ceux qui y passent !

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Faire du sport sans vouloir perdre ou gagner. On a découvert cette révolution sportive dans le dernier film de Yannis Youlountas « L’amour et la Révolution » qui présente des initiatives solidaires autogérées en Grèce. Parmi celles-ci on découvre « L’Etoile d’Exarcheia », un club de sport à Athènes porté par l’auto-organisation, la solidarité et la liberté, qui accueille réfugiés, migrants et grecs en situation précaire pour partager des moments simples de sport.

Et à Lille, la formule fonctionne ! Le nombre d’adhérents ne cesse d’augmenter. Les jeunes et moins jeunes du quartier, les étudiants du campus tout proche, les citadins du centre ville, se rejoignent pour un match ou une séance de renforcement musculaire.

D’autres activités ponctuent l’année : week-end en vélo, tournois de foot, animations… Et dans la ville, le Spartak s’est fait connaître pour son tournoi annuel de Mölkky. 130 équipes, soit environ 300 participants en 2017 !

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… jusque dans le nom

Ce militantisme résonne jusque dans le nom même de l’association. Quand on entend Spartak, on voit un gladiateur ou un club de foot russe pour les connaisseurs.

Dans l’Histoire, Spartacus est le nom d’un gladiateur à l’époque où ces esclaves combattants mobilisaient les foules dans les arènes. En réalité, on sait peu de choses sur cet homme et les historiens ne convergent pas vers les mêmes conclusions. Pourtant, ce chef des révoltés lors de la Troisième Guerre servile en Italie entre 73 et 71 av. J.-C, a connu une certaine popularité à la fin du 19ème siècle. La figure et le nom de ce personne, a qui on accorde des valeurs révolutionnaires, populaires et anti-esclavagisme ont souvent été repris dans la littérature, et au sein des mouvements de gauche et d’extrême gauche.

Quant à la référence au Spartak Moscou, c’est encore une fois pour le symbole populaire. Bien avant la privatisation du club et l’arrivée de milliardaires à sa tête, donc bien avant la chute du bloc soviétique, ce club a connu une histoire singulière. Il est créé en 1922, en pleine ère soviétique, à l’époque où le football revêt un enjeu national très fort. La police, l’armée et même la société des chemins de fer ont leurs propres clubs de foot. Le Spartak est celui des syndicats, des militants, des ouvriers. Dès 1936, il participe championnat de l’Union soviétique et remporte la victoire plusieurs fois, notamment face à son plus grand rival, le Dynamo Moscou (club de la police).

Une asso qui fait le buzz

Mais revenons à notre époque moderne. Sauf que, qui dit époque moderne dans le sport de haut niveau et particulièrement dans le foot, dit sport business… Alors loin des logiques marchandes qui gangrènent ce sport médiatisé, le Spartak préfère tourner à la dérision le système. Sur leur page facebook, ils ironisent et font le buzz avec des « Breaking News » délirantes et absurdes.

En août 2017, lorsque Neymar a été transféré au PSG pour la somme astronomique de 222 millions d’euros, le Spartak publiait :

[BREAKING NEWS] C’est finalement au Spartak que la star brésilienne Neymar va poursuivre sa carrière. Attiré par les sirènes du football populaire et solidaire, Neymar s’est déclaré « séduit par le projet sportif » spartakiste.
Acquis pour un euro symbolique après d’âpres négociations, il sera aligné dès septembre en championnat loisir de foot à 7.

Plus récemment, à l’annonce de Zidane de quitter son poste d’entraîneur au Real Madrid, l’associaiton annonçait :

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Le Spartak pose la question de l’accès au sport (comme on aborderait la question de l’accès à la culture) et en donne même la réponse. Car la pratique sportive a un coût et représente pour certaines familles ou certaines personnes un réel budget annuel non négligeable. Le sport collectif, en club, ou en association, reste donc un loisir, un plus.  Alors que dans le même temps, ne nous répétons pas qu’il faut « manger, bouger » ?

Drôle, militant, pédagogique, populaire, le Spartak lillois a tout pour plaire ! Et si on en faisait fleurir d’autres près de chez nous ? Si on créait plein de Spartak ou des Etoiles d’Exarcheia partout en France ?

*On vous renvoie à l’article de Lutopik qui décrit et explique en détail le Spartak Lillois. C’est d’ailleurs cet article qui nous a conduit à la rencontre d’Ilyasse pendant notre séjour lillois.

 

Plus d’infos et compléments :

Film de Yannis Youlountas « L’amour et la Révolution » :
https://www.youtube.com/watch?v=wNSfoTYY3hA

L’article de Lutopik : http://www.lutopik.com/article/spartak-lillois-du-sport-populaire-solidaire

Site du Spartak Lillois : https://spartaklillois.org/

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Chronique d’un repas sauvage

Nous sommes en juin, par une belle journée d’été. Nous venons tout juste d’arriver à Caen, ville qui nous était inconnue jusqu’alors. Une fois notre camping-car stationné sur le grand boulevard qui longe la Grâce de Dieu, nous avançons à travers ces grands immeubles plus ou moins récents, délimités par de courts buissons et des places de stationnement. Quelques mètres plus bas, le cœur du quartier, la Place centrale, en travaux actuellement. Une boulangerie, une boucherie, un salon de coiffure, un bar tabac et au milieu, le restaurant « Sauvage sur un plateau ». Voilà, il est là. On en a entendu parlé depuis la Bretagne… On sait juste que c’est une association innovante, active dans la ville et incontournable.

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Sa vitrine est modeste, à peine le nom peint dessus et quelques tables à l’extérieur, sous des parasols. Des hommes du quartier y boivent un café en refaisant le monde. Et en période de Coupe du Monde, les discussions vont bon train en attendant la diffusion du prochain match sur la petite télévision de la salle de restaurant ! La demande avait été faite par une partie des bénévoles, validée à la dernière réunion hebdomadaire de programmation. C’est ce que nous expliquent Lisa, Mathieu et Violaine, les trois salariés permanents du lieu. Car ici, tout le monde peut proposer une activité, elle est exposée à la réunion du mardi, ouverte à tou-te-s, et validée ou non par le collectif présent.

De ce groupe bénévole, on en rencontre une partie à l’intérieur du restaurant. On entre par la première porte d’entrée qui donne directement sur un salon dans lequel les canapés moelleux se partagent les lieux avec un espace de jeux vidéos, le bureau des salariés, ainsi qu’une zone de gratuité. Nos regards se baladent d’un espace à l’autre, il y a tant à observer, tant de détails qui attirent notre attention. Les plantations en bac, les aromatiques qui sèchent sur un fil d’étendage, ou encore diverses brochures et documentations que l’on ne peut s’empêcher de feuilleter. Le lieu est à la fois chaleureux et captivant.

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Demi-tour sur nous-même et on se trouve devant le long bar. Au-dessus du bar sur le mur en ardoise, sont indiqués la carte des boissons, le principe de l’association, le fonctionnement du restaurant, les recettes et les dépenses. On commande un sirop de menthe et on s’installe sur un tabouret pour prendre le temps de tout lire. Ici tous les prix sont indicatifs, les clients participent à hauteur de leurs moyens et de leur envie. Les recettes permettent de payer les différentes charges et de compléter les quelques subventions perçues.

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Derrière le bar, on aperçoit les cuisines. Et là-bas ça s’active. L’heure du repas approche et tout doit être prêt. Une dernière répétition : « J’annonce deux plats du jour – il indique deux sur ses doigts – et vous me faîtes passer deux assiettes de clafoutis à la courgette », rappelle Mathieu à une bénévole qui apprend le français. Aujourd’hui, c’est lui le référent en cuisine, lui qui a imaginé le menu à partir de produits locaux ou glanés, et lui qui a guidé l’équipe de bénévoles ce matin. Un tableau est disponible en salle pour que chaque bénévole et référent s’inscrive le jour où il peut participer au repas en cuisine ou au service. Pour cela, il doit préalablement suivre une petite formation au sein du restaurant avec l’un des référents habituels pour avoir les bases du travail en cuisine ou en salle. Nous avons jeté un œil à ce tableau et le nombre de bénévoles est impressionnant ! Des gens du quartier, plus ou moins jeunes, des résidents du CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) voisin, des habitués de l’ancien local de l’association en centre ville, des gens de passage, des stagiaires ponctuels, des jeunes en service civique plusieurs mois… les horizons, les nationalités et les origines se croisent. Les accents se mélangent, les menus prennent de nouvelles saveurs, les compétences se complètent, et la magie opère !

Midi. On peut passer à table. Avant, on prend notre plateau au bar et on passe commande pour l’entrée, le dessert et le plat du jour (entre 4 et 6€ en prix choisi) ou le plat de récup’ (à prix libre). Une fois installés en terrasse ou dans la salle de restaurant, on a tout le temps pour inscrire sur notre ticket le prix que l’on veut mettre pour chaque plat servi. Le repas était délicieux et copieux. Et pour tout vous dire, on a tellement apprécié que l’on est revenu manger quelques jours plus tard…

Cette Bande de Sauvages, nom de l’association, ne s’active pas qu’en cuisine. En discutant avec les salariés, nous avons découvert la multitude de projets et d’actions qui entourent le restaurant. On les retrouve en intervention dans les écoles ou en prison à travers des ateliers d’écritures ou des animations autour de l’alimentation. Ils proposent aussi ponctuellement au restaurant des concerts, projections, AMAP, boum, conférences, troc de graines, goûters, etc. Parce qu’ils sont sauvages, ils sont nomades aussi (c’est eux qui le disent) et déplacent leur activité à bord d’une caravane. Et puis cette année, ils ont décidé d’envahir la côté bretonne ! Ils proposent un camp de vacances à prix libre sur un terrain sans eau ni électricité, avec un puits dans la clairière et une cabane en bois !

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Sauvages, fous, créatifs, malins, ambitieux, cette bande de surmotivés est bel et bien incontournable lors de votre prochain passage à Caen, ou même la meilleure raison de vous arrêter à Caen. En plus, dans les environs, on vous conseille de prendre la direction de Saint-Contest, vous avancer à « La Demeurée » et rencontrer cette autre bande de 12 coloc, pour la plupart artistes et portés par l’envie de programmer divers événements dans leur grande ferme. Ou encore de suivre la direction de Colombelles pour aller jeter un œil à la Cité de Chantier du WIP. C’est là-bas que l’on réfléchit collectivement à la future vie de cette ancienne usine de métallurgie dont il ne reste que la Grande Halle en travaux actuellement ! Bref… de quoi rassasier votre appétit de découvertes.

Pour en savoir plus :

Sauvages sur un plateau : https://www.facebook.com/sauvagessurunplateau/

La Demeurée : http://blog.la-demeuree.fr/

Le WIP : https://le-wip.com/

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Rennes, la pratique artistique pour se rencontrer.

Qui habite, ou a habité une ville, sait à quel point plus nous sommes nombreux, plus il est compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Rennes, avec ses 200 000 habitants, ne déroge pas à la règle. Dans le même temps, des structures associatives se développent dans tous les domaines pour contrer cet effet, et/ou pour préserver l’environnement, promouvoir les artistes locaux, redonner vie à un quartier, s’entraider, etc. Si Keur Eskemm a pour objet de favoriser l’interculturalité dans la vie rennaise et Les ateliers du vent de soutenir et diffuser les artistes, toutes les deux participent d’une dynamique de se faire rencontrer des gens, en se servant de l’art comme d’un simple prétexte. Reportage croisé sur ces deux actions.

Faire de l’Art pour se rencontrer ?

Donner les clés d’un local de 200m² en plein cœur de Rennes, Place des Lices, à disposition de 30 jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, et qui ont été sélectionnés pour être issus d’horizons les plus variés possibles. Et reprendre les clés six mois plus tard. C’est le projet fou et génial que tente l’association Keur Eskemm pour donner naissance au Laboratoire Artistique Populaire, le LAP.

Certains sont étudiants, d’autres travaillent, certains font les deux, quelques-uns sont au chômage ou sont accompagnés par la mission locale, et tous constituent ce groupe qui vivra plus ou moins ensemble pendant six mois. L’idée générale du LAP est de favoriser et susciter la création et l’apprentissage artistique. Quelques ateliers avec des intervenants professionnels sont prévus par l’association, et charge au groupe de jeunes d’en prévoir d’autres, entre eux ou non, s’ils le désirent.

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Les différences de parcours et la dizaine de nationalités représentées rendent cette aventure unique pour chacun. Tous y côtoient des jeunes qu’ils n’auraient rencontré nulle part ailleurs. Ils n’ont aucune connaissance en commun, n’habitent pas le même quartier, n’écoutent pas la même musique, sont passionnés par des choses différentes, mais ici, au LAP, l’un va apprendre à l’autre à faire de la gravure sur TetraPack. De la quoi ??

C’est l’atelier auquel nous avons participé pendant leurs portes ouvertes, point d’orgue et point final de leur résidence de six mois entre ces murs. Durant ces quelques jours, ils présentent au public tout ce qu’ils ont appris et fait ensemble. Les visiteurs ont le droit à une visite guidée du lieu par ceux qui l’ont fait vivre, et à un atelier. Aujourd’hui, c’était gravure sur TetraPack. Explications : prendre une boite de lait et faire un dessin au feutre ou au crayon sur la partie grise, la partie intérieure. Repasser les traits à la pointe sèche ou au cutter, sans toutefois traverser le carton, seulement pour créer un petit sillon. Y étaler énergiquement une peinture bien grasse, spéciale linogravure, jusqu’à la faire pénétrer dans les sillons formant le dessin, et la faire disparaître des surfaces lisses. Nous avons notre modèle. Ensuite, il suffit d’insérer ensemble notre modèle et notre support final (une feuille de dessin) dans un appareil à faire des pâtes fraîches. La pression exercée viendra appliquer la peinture contenue dans les sillons du TetraPack vers notre feuille de papier à dessin.

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Sur les trente jeunes qui constituent ce groupe, les savoirs de ce type peuvent être très nombreux ! Mais un groupe a également besoin de s’organiser pour vivre, manger, prendre des décisions, faire le ménage, etc. C’est aussi un des grands aspects de cette expérience : apprendre à faire ensemble tant sur les pratiques artistiques en se transmettant des savoirs et techniques, que sur la vie en collectivité. A cet effet, le groupe de cette année a produit un petit guide sur les différents outils qu’il ont testé et mis en place pour s’organiser ensemble.

Ou bien, se rencontrer pour faire de l’Art ?

Plus à l’Ouest dans la ville, l’association « Les Ateliers du Vent » est installée dans une ancienne usine à moutarde du quartier Arsenal Redon. L’association est créée dans le milieu des années 90 de la réunion de copains étudiants désireux d’inventer un lieu de création et de diffusion de la culture. Cet espace se voulait être « hors cadre » et non institutionnalisé afin de décloisonner les pratiques artistiques de ses carcans traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, la structure œuvre aussi bien dans le soutien à la création, que dans la diffusion de ses artistes associés, ou encore dans l’expérimentation citoyenne par la participation des habitants de ce quartier en cours de rénovation.

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Nous y sommes allés un jeudi soir, à l’occasion de la restitution publique des travaux menés par les participants des Ateliers de Création Libre, les ACL. Le micro résonne un peu dans ce grand rez-de-chaussée aux murs blancs qui servent aux expositions, aux installations et diverses présentations. La vingtaine de personnes présentes est debout et écoute les cinq présentations successives des cinq personnes qui ont eu à travailler ce mois-ci sur le thème « Quelle heure est-il, Madame persil ? ». Les résultats sont variés ! Car les raisonnements de chacun sont partis de points très différents. L’une d’entre elles a créé un petit jeu visuel mettant en avant l’incongruité de cette petite comptine qui fait se répondre deux personnes s’appelant successivement Mme Persil, puis Mme Chaussure ainsi que Mme Placard qui devient Mme Piment deux vers plus bas. Une autre a requestionné notre rapport au temps toujours plus court, compressé et oppressant dans un texte vindicatif qu’elle nous a lu, pendant qu’un troisième participant a créé une machine loufoque capable de nous prédire l’heure de notre mort en touchant un cintre d’une main et une botte de persil d’une autre.

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Tous ces travaux individuels sont le résultat d’une réflexion de groupe qui a duré un mois. Tous les mercredis à 19h, ils se retrouvent autour de quelques pizzas afin d’imaginer des travaux qu’ils pourraient développer individuellement ou en groupe. Les ACL sont ouverts à toute nouvelle personne. L’adhésion à l’association, cinq euros, est obligatoire et en avant pour l’aventure ! Certains sont des artistes professionnels ou amateurs et prennent ces ateliers comme un moyen de travailler et d’entraîner leurs réflexions librement. D’autres ne le sont pas du tout, mais saisissent cette opportunité pour élargir leurs cadres de réflexions habituels. Réfléchir à d’autres choses, autrement, avec d’autres personnes, ailleurs. En somme, comme au LAP, c’est de la rencontre et de l’échange que naissent l’évolution et l’émancipation de chacun.

Et si, afin de mener un travail d’éducation populaire encore plus ambitieux, les structures se mettaient en lien comme elles invitent ses adhérents à le faire entre eux ? Et si le rendu mensuel des ACL se faisait dans les locaux du LAP ? Et si le LAP se déplaçait les mercredi soir aux ACL ? Et rêvons même encore plus grand à Rennes avec Chahut, l’Elabo, Au bout du plongeoir, etc…

 

Pour plus d’infos :

Les Ateliers du Vent
Les ACL de La Sophiste

Keur Eskemm
Le LAP

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