Immersion au Garage Moderne, un garage associatif pas comme les autres !

Le budget alloué à la voiture dans les ménages français est en constante augmentation. Les garages associatifs en constituent une alternative en pleine mutation. Installé dans une imposante friche industrielle, véritable cathédrale d’une ère industrielle passée, le Garage Moderne est la mémoire vivante du passé ouvrier de Bacalan, un quartier en pleine mutation, en pleine rénovation. Non sans mal, le garage traverse les époques et les ambiances de ce quartier, dont il reste l’un des derniers témoins de ce passé si proche, et déjà si lointain.

Garage participatif, Kézako ?

Les garages associatifs sont également appelés garages solidaires, ou garages participatifs, mais ces trois dénominations ramènent à la même idée et à la même manière de faire.

GARAGE

Comme dans toute association, pour se rendre dans ce genre de garages et pouvoir bénéficier de ses services, il faut d’abord adhérer à l’association et régler la cotisation annuelle. Généralement, pour ce genre de services, elle se situe autour de 50 euros.

Une fois adhérent, il est possible d’y réparer sa voiture avec tout le matériel d’un garage traditionnel, avec l’aide d’un mécanicien professionnel. Ce dernier sera présent à toutes les étapes (diagnostic de la panne puis réparation) pour aider, et faire avec. L’objectif sera alors d’apprendre pourquoi la panne est intervenue et comment la réparer. Changer un embrayage, ses disques et ses plaquettes de frein, ou simplement faire une vidange devient un jeu d’enfants ! 😊

On peut aussi faire réparer son véhicule, comme dans un garage classique. On laisse son véhicule et on le récupère plus tard en état de marche. A la différence qu’au vu de la forme associative du garage, les coûts en seront réduits, jusqu’à 40% moins chers.

Attention toutefois à ne pas les confondre avec les « Self garage ». Ces derniers proposent de louer les outils, l’espace, un pont si besoin, et laissent la personne réparer son véhicule seule. Aucune aide technique n’est proposée, et ces garages ne sont pas sous forme associative.

Solidaires à plus d’un titre !

Ces garages d’une nouvelle forme ont connu un essor au début des années 2000, et un développement croissant jusqu’au milieu des années 2010. La difficulté actuelle rencontrée par ces organisations est la même que toutes les autres entreprises d’insertion : la réduction des subventions publiques.

En effet, le volet « solidaire » de ces garages s’exprime à première vue par des tarifs permettant aux plus précaires d’y avoir accès, ainsi que par une volonté marquée de participer à l’insertion de publics précaires, éloignés de l’emploi et peu qualifiés. Les contrats d’insertion permettent donc d’employer ces publics plus facilement grâce à une aide financière de l’Etat.

Ainsi, le Garage Moderne a pu avoir jusqu’à 35 salariés à la fin des années 2000. Aujourd’hui, les subventions publiques sur ce genre de contrats s’amenuisant, leur modèle économique ne peut plus l’assumer et ils abandonnent cette optique d’insertion. Ils sont aujourd’hui toujours 8 salariés, en contrat de travail plus classique, en CDI. Il a tout de même reçu un soutien de poids, avec la commune de Bordeaux, qui s’est portée acquéreuse du bâtiment à la vente de ce dernier il y a quelques années. Ce signe de soutien de la commune a pu rassurer autant les habitants quant à la survie du lieu, que les banques et les administrateurs quant à sa viabilité économique. L’association bénéficie d’un bail emphytéotique de 12 ans avec un loyer modéré.

Au Garage Moderne : voitures et vélos, mais aussi bar, concerts, expos & Cie !

Le Garage Moderne est un de ces garages associatifs. « Poumon économique » du lieu, le garage pour voitures n’est pas la seule activité. Sur le même principe que les voitures, un garage à vélos prend également place. On peut y acheter un vélo d’occasion, réparer le sien, ou le faire réparer.

Mais ce n’est pas tout, l’imposante cathédrale industrielle dans laquelle est installé le Garage Moderne laisse la possibilité aux imaginaires les plus débordants de s’exprimer.

Les 15 mètres sous plafond et les quelques 2 500m² du bâtiment rendent ce lieu « unique, qui parle à l’imagination, la stimule, impressionne sans intimider, et donne chaque jour des preuves de sa capacité à accueillir les projets les plus divers et les plus inattendus ».

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Alors il n’y fait pas que de la réparation de vélos et de voitures, mais il y accueille également des artistes en résidence, des expositions, des concerts, des marchés des créateurs, des apéros concerts, des projections de films, etc. En somme, tout ce qui peut rassembler les habitants d’un quartier et se faire croiser ceux qui ne l’auraient pu ailleurs. Le bar et la partie restauration veilleront à ce que les convives ne manquent ni à boire ni à manger !

Bacalan, toute une histoire…

Le Garage Moderne a ouvert en 2003 en plein cœur du quartier de Bacalan. Anciens marécages, Bacalan se développe aux XIXe et XXe siècles au rythme des chantiers navals qui gagnent les bassins à flots, et de la Révolution Industrielle qui fait croitre les industries aux abords des ports grandissants. Ainsi, une population ouvrière vient s’installer peu à peu dans ce quartier Nord de Bordeaux, sur la rive gauche de la Garonne.

Relativement éloigné géographiquement du centre-ville, ce quartier portuaire centralise autour de lui, bien malgré lui, toutes les peurs et les frustrations d’un monde urbain. « Pauvreté », « violence », « misère », « insalubrité », et autres « insécurité » vont devenir au fil du temps les qualificatifs récurrents des médias et des bordelais pour qualifier ce quartier excentré. Les associations de quartier et les habitants s’en défendent vertement mettant plutôt en avant la solidarité et la vraie vie de quartier s’y développant.

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Bacalan n’échappera pas au phénomène de gentrification (embourgeoisement soudain d’un quartier populaire, conjugué à une hausse importante du prix de l’immobilier) du quartier voisin. Ainsi, le début des années 2000 voit les premières friches industrielles être détruites, et peu à peu tout le patrimoine de cette époque et de cette histoire s’effondrer. Au milieu de ce grand chambardement, un bâtiment résiste, et s’érige par la force des choses en véritable institution du quartier. Lieu de fête et de rencontres, le Garage Moderne installé dans cet ancien atelier de constructions mécaniques est à la fois témoin de l’âme de ce quartier, et véritable catalyseur de cette nouvelle mixité.

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Ce rôle de témoin et de catalyseur prendra la forme, dans le courant de l’année 2018, d’une exposition murale retraçant toute l’histoire du quartier. Sa transformation allant bon train, la façade Ouest du Garage s’est retrouvée attenante à une petite place piétonne et arborée, donnant sur deux résidences neuves. En partenariat avec la Mairie et les associations du quartier comme l’Amicale Laïque les murs du Garage Moderne accueilleront une exposition permanente rappelant ainsi aux passants et habitants l’histoire du quartier et du lieu.

Pour les curieux, il est un outil en or pour apprendre auprès d’un professionnel. Pour les habitants de Bacalan, il est un repère où réparer sa voiture, rencontrer des gens du quartier, découvrir des artistes bordelais en tous genres, et militer pour une survie de l’âme qui a fait ce quartier. Et c’est pour toutes ces raisons que nous avons eu un vrai coup de cœur pour cet immense hangar atypique et ce décor unique !  

 

Pour en savoir plus : http://legaragemoderne.org/

https://www.facebook.com/LeGarageModerne/

 

Et vous pouvez nous rejoindre sur Facebook ! https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair

 

Un petit village nous montre la marche à suivre !

Initié par le professeur de Permaculture Rob Hopkins en 2006, le mouvement des villes en transition s’est développé dans plus de 2 000 villes différentes, touchant ainsi plus de 20 pays dans le monde entier. A Lalinde, en Dordogne, nous avons rencontré Marie, une femme très investie au sein du groupe « Lalinde en Transition ». Elle nous a parlé du groupe, de sa genèse, de leurs actions, de la place de l’écologie dans nos vies, du rapport à la terre et au travail, et même de monnaies…

Le mouvement en Transition, c’est quoi ?

Tout commence dans la petite ville de Totness, au sud de l’Angleterre, lorsqu’un groupe d’étudiants accompagnés de leur enseignant Rob Hopkins, procèdent à une première mise en application de leurs cours de soutenabilité appliquée.

Le principe de leur projet est simple : arriver à impulser une dynamique au sein de la commune, qui la rendra apte à surmonter avec le moins de difficultés possibles le pic pétrolier à venir. Il s’agit précisément du moment où la production du pétrole commencera à chuter. En effet, la production étant en constante progression depuis la Révolution Industrielle, les réserves planétaires s’amenuisent de plus en plus. Eh oui, nous utilisons plus de pétrole en un an que ce que la planète nous en offre ! De fait, un jour viendra, les stocks s’amenuisant, où nous ne pourrons plus en produire autant que la veille… Mais nos besoins, eux, ne s’adaptant pas du jour au lendemain, seront les mêmes, identiques à la veille. Alors ce jour-là, le prix du pétrole, et de tous les produits y étant liés (notamment le plastique), s’envoleront littéralement. La demande sera plus importante que l’offre.

Cette dynamique à impulser pour surmonter ce pic pétrolier passera, pour le professeur, par une « descente énergétique », c’est-à-dire par une réduction de notre consommation d’énergies fossiles. Par exemple, la consommation de produits locaux réduit énormément les frais de transports pour la planète. En clair, manger une salade de tomates en plein mois de février dans le Nord de la France, demande un acheminement de ces dernières de plus de 2000 km au Sud. Lequel se fera par camion ou par bateau, tous deux très gourmands en pétrole. La remplacer par une poêlée d’artichauts cultivés dans la région réduit énormément ces frais de déplacement. De la même manière, en ce qui concerne le plastique, un achat de 500g de pâtes en vrac aura un coût pour la planète bien moins important, l’emballage pouvant servir plusieurs fois.

Plus de 150 groupes locaux en France.

Voilà l’objectif des petits groupes d’habitants d’une même ville qui se lancent dans la constitution d’un tel mouvement : favoriser les comportements des habitants d’un territoire à vivre de la manière la plus respectueuse qui soit de l’environnement. Cela peut donc impliquer autant l’alimentation, que les transports, les loisirs, où les habitudes ménagères.

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Dans le Sud de la Dordogne, il est une petite ville de 3 000 habitants, Lalinde, qui a vu une petite bande se lancer dans cette entreprise. Dans le pays lindois, le mouvement en Transition n’est, en plus, pas des moins actifs !

Un beau matin…

Au départ, ce sont des connaissances, des copains et des voisins qui décident de se réunir une première fois pour échanger sur ce que peut être une initiative de ville en Transition. Après les premières discussions de présentation et de partage des points de vue sur les concepts de Rob Hopkins, un noyau d’une douzaine de personnes finit par se former. Alors durant un an, la petite bande va se retrouver un dimanche après-midi par mois afin de mettre en commun leurs compétences, leurs moyens, leurs ressources et surtout, leurs envies. Au bout d’un an, nos amis commençaient à avoir des fourmis dans les pattes, et voulaient passer à l’action ! En gardant toujours à l’esprit que cette action devait toucher le champ le plus large possible de personnes vivant sur le territoire.

C’est alors qu’un jour de marché, le village de Lalinde s’est réveillé décoré de nombreuses structures farfelues, accrochées ici et là, posées par là-bas, étalées par ici, et même suspendues un peu plus loin ! Toutes délivraient bien entendu un message, que ce soit sur le gaspillage, la récup’, la pollution, en somme des sujets chers au mouvement en Transition. Mais elles contenaient même un deuxième message… En leur sein, plus ou moins visible, toutes les structures appelaient les personnes intéressées à une réunion publique quelques jours plus tard…

Le Jour J, ils étaient près de 80 lindoises et lindois à avoir répondu présents au rendez-vous. La machine était lancée !

1, 2, 3 … Action !

Ainsi réunis et entourés, le groupe « Lalinde en Transition » pouvait alors se mettre au travail, et faire de même que Rob Hopkins et ses étudiants à Totness, c’est-à-dire agir de manière collective afin de vivre avec l’impact environnemental le plus faible possible.

Cinq ans après ces heureux événements, le groupe a fait des petits, et de nombreuses actions ont vu le jour.

Une ressourcerie a alors ouvert, puis a déménagé pour avoir de plus grands espaces, et projette même de redéménager pour avoir des espaces de stockage et de vente encore plus grands ! Il faut dire que malgré l’extrême application des bénévoles à conserver des locaux rangés, les arrivages de dons, et donc leur chiffre d’affaires grandissant, les poussent à investir des locaux encore plus conséquents. En terme environnemental, l’utilité d’une ressourcerie sur un territoire n’est plus à prouver. Un des cancers de nos sociétés occidentales se trouvant dans la gestion de notre monticule de déchets, les ressourceries permettent aux habitants d’offrir une seconde vie aux objets dont ils ne veulent plus, et ainsi de dégorger les déchetteries et les centres de traitement des déchets.

Une monnaie sociale, le J.E.U. pour Jardin d’Echange Universel. La monnaie sociale diverge des monnaies complémentaires par son indépendance totale vis-à-vis du système bancaire institutionnel. Le principe du JEU est simple : 1 point Jeu = 1 minute, donc 60 points JEU = 60 minutes. Par exemple : si je suis masseur et que je dispense un massage de 30 minutes, j’inscris sur mon carnet d’utilisateur « +30 » alors que la personne massée inscrira « -30 ». Aucun échange de monnaie physique ne se fait entre nous. Ces règles autorisent donc tous les joueurs à être dans le positif, ou dans le négatif, puisque le total de tous les utilisateurs sera toujours égal à 0. Si je suis en positif, c’est que quelqu’un d’autre est en négatif. Si je suis en négatif, c’est que quelqu’un d’autre en positif. Il est possible de s’échanger des services, mais également des biens, à condition de se mettre d’accord sur la valeur de celui-ci en JEU. Aujourd’hui, les utilisateurs sont plus de 130 à s’échanger des services et des biens.

Le principe des Incroyables Comestibles se répand de plus en plus dans nos villes. Et pour cause, il est simple comme bonjour, en plus d’être bénéfique pour tout le monde. Comme on a vu que plus ma nourriture pousse près de chez moi, moins j’ai d’impact sur la planète, alors si elle poussait dans ma rue, sous ma fenêtre ? C’est exactement le principe des Incroyables Comestibles, en plus de nous redonner un lien avec la terre, avec l’origine de notre alimentation (Eh oui, une patate ne pousse pas au rayon légumes du supermarché !). De grandes jardinières ou de grands bacs sont ainsi installés dans nos rues, entretenus et arrosés par les commerçants, pour être mangés par ces derniers ou par les passants qui en auraient envie ou besoin. D’ailleurs, en nous promenant dans Lalinde au début du mois de novembre, il restait quelques tomates presque mûres !

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Le Jardin verger constitue une des principales occupations de Marie au sein du groupe. L’association CIPLET (coopération Intégrale du Pays Lindois En Transition) a été créée par le mouvement de Transition pour être utilisée à plusieurs niveaux et selon les besoins. Grâce à un partenariat avec la mairie de Lalinde, un contrat d’utilisation d’un terrain communal a pu voir le jour. Des arbres et des légumes d’Incroyables Comestibles ont pu y être plantés. Grâce à la sympathie de deux cultivateurs locaux, le groupe peut bénéficier d’une seconde parcelle de terrain sur laquelle cultiver également quelques légumes. Butternuts, oignons et pommes de terre ont pu pousser sur ces terrains. Pour une première année de récolte, le petit collectif d’une bonne quinzaine de personnes est satisfait de la production. L’objectif du Jardin verger, au cours des prochaines années, est de se développer en permaculture, afin d’offrir une autonomie alimentaire plus importante et donner envie aux habitants de la région de s’y intéresser. Quand les coûts de transports des légumes en camions ou en bateaux auront augmenté de manière déraisonné, Lalinde pourrait compter (en partie) sur des initiatives de ce type, initiée par ce groupe en Transition.

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Au cours de l’année 2016, est né un groupe Solidarité. En effet, c’est à cette époque qu’une cinquantaine de jeunes adultes, migrants soudanais, sont arrivés à Mauzac, à côté de Lalinde. Un réseau d’entraide s’est alors développé autour d’eux, afin de compléter l’aide que leur apportait l’association mandatée par la préfecture pour les accompagner dans leurs démarches, au sein du CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation). Des jeux, des vêtements, de l’alimentation, de l’écoute, du rire, et même des JEU sont échangés avec eux. L’objectif était de les intégrer le plus possible à la vie du territoire. Il se dit dans les rues du village que certains auraient choisi Lalinde et ses environs pour venir s’installer suite à l’acceptation de leur titre de séjour !

Mais on ne vous fera pas la liste exhaustive des activités du groupe. Parce que les plus à même d’en parler sont les lindoises et les lindois eux-mêmes, parce qu’ils parleraient de l’impact sur leur lieu de vie mieux que n’importe qui, parce que Marie est vraiment une personne à rencontrer, parce que la région est magnifique et que vous ne ferez pas le trajet pour rien !

Les groupes locaux du mouvement en Transition déploient une énergie immense afin de tester et mettre en application un mode de vie plus soutenable écologiquement, et ancré dans les réalités économiques actuelles et futures. Malgré sa petite taille, la ville de Lalinde a su déployer une énergie et un élan remarquable, preuve que les territoires les moins peuplés ne sont pas les moins informés et les moins innovants. Objectif : bien vivre dans un environnement équilibré et semer une vision positive de la Vie !

Pour aller plus loin :

www.transitionlalinde.wordpress.com

www.transitionfrance.fr

Manuel de la transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Rob Hopkins, Editions Silence.

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Ensemble, se réapproprier son épargne !

260 ! C’est le nombre de clubs CIGALES qui couvrent le territoire français aujourd’hui. Après 34 ans d’expérience, ce mouvement d’épargne citoyenne et solidaire n’est pourtant pas toujours très bien connu. Pour faire court, les clubs CIGALES sont des groupes de personnes qui mettent leur épargne en commun, même une toute petite épargne, dans le but de financer un projet sur leur territoire qui leur tient à cœur collectivement. Lors d’une réunion d’information à Bordeaux, organisée par l’association régionale des CIGALES de Nouvelle-Aquitaine, nous avons pu connaître ce mouvement en détail. Allons voir de plus près… 

Ce que je peux, ce que je veux !

Au sein des CIGALES, pour Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire, chacun participe à l’épargne collective selon ses moyens et son envie. Les contributions vont de 10 à 50€ par mois, avec une moyenne de 30€ et un minimum de 7,5€.

En plus de choisir la somme, les 10 à 15 membres peuvent choisir de la fréquence de leur épargne par mois, trimestre, semestre ou année.

Ainsi, le club réunit 3000 à 5000€ par an. Cette somme est alors investie dans un projet choisi. Le projet bénéficie une seule fois de la somme. Une CIGALES, en tant que club d’investissement, a une limite d’investissements prévue par la loi. Elle ne peut pas engager plus de 5400€ dans un projet.

Chaque année la CIGALES trouve un nouveau projet pour lequel épargner. Il arrive que plusieurs CIGALES co-financent un même projet. Un projet a d’ailleurs pu bénéficier de 26 000€ grâce à la collaboration d’au moins cinq clubs.

Une épargne, pas un don !

La durée de vie d’une CIGALES, tel l’insecte, est relativement éphémère. Le groupe disparaît au bout de 5 ans, certains membres volent vers d’autres horizons, ou bien tous donnent vie à un nouveau club.

Cinq ans après l’apport financier donc, la CIGALES désinvestit. Cela signifie que l’argent lui est rendu, et qu’il est redistribué à chaque cigalière et cigalier, proportionnellement à son épargne initiale. Pour cela, une convention avait été signée entre le porteur de projet et la CIGALES épargnante pour fixer les règles dès le début.

Cependant, il ne faut pas oublier que l’épargne solidaire s’entent comme un capital-risque induisant que l’épargne engagée peut être récupérée, ou pas. L’accompagnement du porteur de projet prend alors tout son sens et peut permettre de diminuer le risque.

La CIGALES, c’est aussi une vie de groupe

Si les CIGALES sont des clubs d’investisseurs, on n’y parle pas uniquement argent. L’âme du groupe résonne aussi dans l’esprit de convivialité qui se crée en son sein. Les membres se retrouvent une fois par mois pour discuter de leur activité et de celle du projet qu’ils suivent. Tous ont alors plaisir à décrire cet espace de rencontre, d’échange, de transmission d’expérience et de compétences. En effet, si aucune compétence n’est requise pour intégrer un club, chacun possède en lui des compétences qu’il pourra partager. Beaucoup parlent également de la mixité du groupe. Toutes les générations et tous les profils se retrouvent dans ce mouvement. C’est une de ses forces.

En plus de cet esprit solidaire, les CIGALES témoignent d’une envie de participer à l’économie selon leurs propres choix, en étant eux-mêmes décisionnaires.  A la banque, on ne sait jamais vraiment comment est utilisé notre argent, la voie vers laquelle il est investi. Depuis son origine, le mouvement regroupe des personnes qui décident de donner un sens à leur épargne en le sortant des banques pour l’investir dans des projets pour lesquels ils trouvent un vrai sens. Ils savent exactement pour quel projet profite leur argent, ils ont choisi celui-ci et accompagne son évolution.

« C’est une gestion alternative de son épargne, c’est très riche et très créatif », Charlotte Niewiadowski de « Bicyclaire »

Le local avant tout

Les projets financés sont choisis librement par le club. Chaque CIGALES détermine collectivement et en toute autonomie les critères de sélection d’un projet, tant qu’il a un impact social, environnemental et/ou culturel sur son territoire. Dans ces critères, apparaît notamment le périmètre qui avoisine souvent 30kms.

Le temps de constituer un groupe d’épargnants solidaires, éventuellement de fixer quelques règles, de commencer à bien se connaître, et de constituer une épargne assez conséquente, il est fréquent que le premier choix de projet arrive au bout d’un an.

Le financement prend la forme, soit d’une entrée au capital pour une SARL, SA, SCOP, etc., soit d’un apport financier avec droit de reprise pour une association.

Bien plus que de l’argent pour le projet

Dans le groupe, un ou deux référents sont en contact direct avec le porteur de projet. Ce sont eux qui rapportent au collectif l’avancée du projet, ses réussites et ses difficultés, etc.

Effectivement, le porteur de projet ne reçoit pas uniquement d’une CIGALES un apport financier, il est accompagné au maximum dans sa création. Il profite d’un soutien moral, d’une écoute, de conseils, d’un nouveau réseau, et d’un apport logistique car les membres du club peuvent apporter leurs compétences en comptabilité, en gestion, etc. Il se sent alors soutenu et beaucoup moins seul.

« On a senti qu’on n’était plus deux, mais 42 », Cécile Sauthier du projet « Alizarine »

Une réelle relation de partage et de solidarité s’instaure entre l’ensemble des parties prenantes. Les CIGALES n’hésitent pas à partager leurs informations concernant d’autres pistes de financement qui pourraient aider les porteurs de projet.

Et ce groupe, ce collectif qui avance dans le même sens permet aussi de gagner plus facilement la confiance des banques pour des demandes de prêt, par exemple. C’est ce qu’il s’est passé pour l’EARL « Autour des Plantes ».

« L’aide des CIGALES dans notre capital social a rassuré les banques pour nous faire un prêt bancaire », Sylvain Quet du projet « Autour des Plantes »

Pour se faire connaître des cigalières et cigaliers, les porteurs de projet peuvent déposer leur dossier via le site des CIGALES de sa propre région, ou par le bouche-à-oreille en discutant avec des membres ou futurs membres de clubs.

34 ans, on disait…

En effet, l’Agence de Liaison pour le Développement de l’Économie Alternative (ALDEA) est née au début des années 1980. Dans un esprit militant, elle visait clairement à développer des pratiques permettant à chaque citoyen de gérer son épargne et par la même d’avoir un vrai poids dans l’économie, particulièrement sur son territoire. Le Club CIGALES est donc devenu un outil pour réaliser ce dessein.

Symboliquement, le premier club CIGALES naît le 14 juillet 1983 : la Cigale du Château d’Eau à Paris. Le développement d’un réseau de CIGALES est assez lent et le mouvement prendra réellement son essor en 1985 suite à un travail de développement soutenu.

Mais à la fin des années 1980, l’ALDEA et le mouvement des CIGALES se séparent. La Fédération nationale des CIGALES s’en suivra.

Le mouvement continue de se développer, étant descendu à 60 CIGALES en France au plus mal de son histoire, elle connaît aujourd’hui de meilleurs jours avec 260 clubs ! Afin de les fédérer et promouvoir le mouvement, un travail a été mené ces dernières années pour créer des association régionales de CIGALES.

 

Si redonner du sens à votre épargne, rencontrer des gens, accompagner un porteur de projet vous donne envie et vous intéresse, il vous suffit de transmettre vos coordonnées à une CIGALES ou à l’association de votre région. Vous serez ensuite invités à une réunion d’information, sésame pour une première approche du mouvement. Et contrairement à ce que dit la fable, CIGALES et fourmis peuvent collaborer pour un été chantant ! Alors chantons ensemble maintenant !

Pour en savoir plus : http://cigales.asso.fr/
http://www.cigalespoitoucharentes.org/

 

Ils réinventent le supermarché, plus humain et plus juste !

Supermarché auto-géré, Amap 2.0, nouveau modèle de consommation… Les supermarchés coopératifs prennent de l’ampleur dans les grandes villes françaises. Formule émergente dans l’esprit de certains d’entre nous depuis plusieurs années en France, elle se voit concrétisée par l’ouverture progressive de ces supermarchés aux quatre coins du pays. Tous ont fait le pari de rendre ses membres acteurs de leur consommation. C’est d’ailleurs ce qui fait battre le cœur de tous les coopérateurs de SuperCoop, installé à Bègles, dans la métropole bordelaise.

Faisons un bref voyage dans le passé…

Si on reconnaît aujourd’hui Park Slop Coop Food comme le modèle par excellence tant il a inspiré à travers le monde en traversant les années – il existe depuis 40 ans -, les premiers supermarchés de consommateurs sont apparus en Angleterre dès le milieu du 19ème siècle. La « Société des équitables pionniers de la Rochdale » située à Manchester rassemble dès 1844 des ouvriers qui jettent les bases de ce type de coopérative. Fondée sur la volonté d’obtenir des prix justes, de s’organiser en dehors des circuits de la grande distribution classique, en plus d’une répartition des bénéfices entre sociétaires et de principes démocratiques (une personne = une voix), elle fait parler d’elle et s’exporte à travers le globe.

Ainsi, à Paris, les coopératives de consommateurs connaissent leur apogée courant du 20ème siècle. Elles rassemblent 200 000 adhérents en 1880. Mais petit à petit, le système bat de l’aile et voit son activité s’essouffler. En 1908, Joseph Cernesson en détaille les raisons dans la Revue des Deux Mondes : organisation qui se dégrade, moins de choix, moins d’hygiène, moins de bénéfice. Toutes ferment les unes après les autres, aussi face à la propagation des hypermarchés et supermarchés dans le paysage.

Park Slop Coop Food, le nouveau modèle

C’est donc un renouveau qu’engage le Park Slop Coop Food à l’ouverture de ses portes en 1973, à New York. Il ajoute un volet participatif à ce modèle alternatif. Ici, chaque sociétaire donne la main à la patte et offre 3h de son temps par mois pour faire fonctionner la boutique et donc réduire les coûts de fonctionnement. Poursuivant les mêmes objectifs qu’à l’origine, s’ajoute une envie de solidarité, de partage et de relations humaines. Les coopérateurs de Park Slop Coop Food, parfois membres depuis des années, voire des dizaines d’années, expliquent qu’ils ne pourraient désormais plus envisager de faire leurs courses dans un autre commerce. Les relations sociales qui s’établissent mêlées à la qualité des produits disponibles à des prix accessibles expliquent ce ressenti singulier. D’ailleurs, forte de son succès, la coopérative regroupe plus de 16 000 membres, ne pouvant plus en accueillir de nouveaux pour le moment. C’est donc sur liste d’attente que les new-yorkais s’inscrivent.

Coup de projecteur en France

Ce modèle alternatif fait des émules et se propage encore une fois. En France, les supermarchés coopératifs fleurissent dans toutes les grandes villes depuis peu, certains ont ouvert leurs portes courant 2017, d’autres prévoient une ouverture pour 2018. Le site http://consocollaborative.com propose une carte de France de ces nouveaux lieux tels que : la Louve à Paris, la Cagette à Montpellier, Otsokop à Bayonne, La Chouette Coop à Toulouse, ou encore Scopéli à Nantes.

En Nouvelle-Aquitainte, Anne Monloubou est à l’initiative du projet de supermarché coopératif imaginé dès 2014. Elle est l’actuelle Présidente des « Amis de SuperCoop », l’association qui porte ce projet.

Objectif de SuperCoop : ouvrir un supermarché

Depuis 2017, l’épicerie du 1 place du 14 juillet s’anime tous les soirs de la semaine et le samedi à l’image d’une répétition générale, où les acteurs apprennent à jouer ensemble, à maîtriser de mieux en mieux leurs activités, à comprendre tous les enjeux, en vue de l’ouverture prochaine d’un local plus grand dans Bordeaux.

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Grâce à sa campagne de financement participatif, SuperCoop semble avoir trouvé le local qui lui convient après plusieurs mois de recherche et de collecte. Avec 400 m² de vente proche des quais et des rames de métro, SuperCoop prend de l’ampleur.

Mais c’est quoi être un coopérateur ?

Un coopérateur est une personne qui peut faire ses courses dans le supermarché coopératif parce qu’il a pris part au développement de celui-ci en participant :

– au financement : par l’achat de dix parts à 10€, soit un investissement de 100€ à vie. Les personnes bénéficiant de minimas sociaux peuvent n’acheter qu’une seule part pour 10€.

– au fonctionnement : en donnant 3h par mois aux côtés des deux salariés de SuperCoop.

– à la gouvernance en partant du principe que chacun est utile, que chacun peut éclairer le groupe de ses compétences et en développer de nouvelles.

Attirer de nouveaux coopérateurs

Pour accroître le capital et permettre au groupe de ne pas s’essouffler, il faut gonfler les rangs ! Faire entrer dans la ronde de nouveaux membres. Il en faut 1200 pour une viabilité totale du projet et poursuivre les objectifs. Aujourd’hui, SuperCoop compte 400 coopérateurs qui font vivre le projet et l’épicerie.

Mais comment on s’organise à 400 ?

En apprenant le nombre de coopérateurs et que la liste n’avait pas atteint son maximum, la première question qui vient est celle de l’organisation de la gouvernance. Venus de tous les horizons professionnels et sociaux, les coopérateurs s’organisent dans des groupes. Fondé sur le système de l’Holacratie (voir article sur Kacalou), chaque groupe fonctionne en autonomie sur sa thématique : achat, ressources humaines, communication, comptabilité, etc. et les représentants de ces groupes se réunissent régulièrement en comité de pilotage pour exposer leur avancée et leur travail. L’épicerie de Bègle devient alors un parfait outil d’apprentissage avant l’ouverture prochaine d’une plus grande surface.

Trouver le prix juste

L’un des objectifs poursuivis par les supermarchés coopératifs, depuis leurs origines, est de proposer des produits aux prix justes et bas. Pour fixer un prix juste, un travail de collaboration relie producteurs et coopérateurs. C’est rémunérer les producteurs selon le coût réel des produits. C’est ne jamais tirer les prix vers le bas, comme on sait être un sport répandu dans la grande distribution.

Et dans la pratique :

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* Les prix sont moins chers de 20 à 40 % que dans les magasins spécialisés

Acheter des produits de choix

Sur le modèle du circuit-court, SuperCoop se fait une règle d’or de proposer des produits bio, locaux et étiques. Entendez par éthique, que les membres de la coopérative sont très attentifs à la provenance des produits et à leur production. Ils essaient, dès que leurs disponibilités le leur permettent, de se rendre dans les fermes et autres lieux de production. Sur place, ils veillent à la qualité du produit dans sa chaîne de fabrication et sont également attentifs au bien-être des salariés qui y travaillent.

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Dans cet esprit, les membres de la coopérative souhaitent que l’offre qui leur est faite respecte également le coût écologique. Parce que l’intérêt du produit local, c’est aussi réduire les distances physiques entre les producteurs et les consommateurs. Alors le groupe achat et les producteurs réfléchissent ensemble à une organisation qui optimise les trajets de ces derniers. Ils établissent, dès que cela est possible, un planning pour que le jour de dépôt des produits corresponde à leur tournée des autres lieux de vente dans le secteur géographique.

Et si on discutait en plus d’acheter ?

Consommer autrement, c’est donc consommer sainement avec le souci de la qualité des produits, en plus d’être dans une dynamique sociale différente de celle que l’on connaît dans les grandes surfaces où l’on se croise sans se voir, ni se parler…

En ce sens, SuperCoop, vous l’aurez compris, n’est pas qu’un simple espace de vente, il permet aussi les rencontres. C’est comme ça, qu’un salon de thé (Le Buro des possibles) est né d’une rencontre entre deux membres de l’épicerie, ou que des amitiés ont vu le jour. Une belle aventure que les coopérateurs racontent avec délice. Comblés par le projet, ils aiment en parler et le partager.

Si vous avez des questions supplémentaires, si vous êtes intéressés par le projet, si vous voulez devenir coopérateurs à votre tour, les adhérents de SuperCoop animent des réunions publiques toutes les semaines dans la métropole. Les dates sont à retrouver sur leur site internet. 

 

Pour plus d’infos : http://supercoop.fr/

Suivez-nous aussi sur Facebook : https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair/

 

Ricochet Sonore, pour que les notes s’échappent de la partition !

« Vous pouvez même arracher les fauteuils si vous voulez, on a l’autorisation, allez-y ! » lance Pierre (déjà il a un prénom de caillou et il fonde Ricochet Sonore, le mec semble avoir de l’humour !) après avoir annoncé le lancement de Yo Voy Ganao de Systema Solar. Arrivés un peu en retard et installés au balcon, on se penche pour observer l’auditoire qui semblait avoir ri de la boutade. Surprise, que des cheveux blancs. L’auditorium Jacques Brel de la bibliothèque Mériadeck n’est pas plein, mais une petite trentaine de bordelaises et bordelais se sont déplacés en ce mardi matin pour cet « Explora’Son » qu’anime Pierre. Sur le mode d’une conférence (mais conférence décontractée), nous voyageons à travers la Colombie et ses musiques, ses styles, son histoire, ses régions, et les blagues de Pierre.

Trois mecs, deux nanas, et un café.

Nous découvrons ou redécouvrons Nidia Gongora, Toto la Momposina, Systema Solar, Rodolfo y su tipica, etc. Pendant deux heures, Pierre nous parle en ayant l’air d’être aussi à l’aise sur des groupes traditionnels des années 30, leur histoire et leur ADN musical, que sur Quantic, des musiques électro plus modernes ayant repris l’essence des musiques traditionnelles colombiennes. Pourtant, il nous dira plus tard que cet exercice n’est pas son préféré, et que c’était une première. Car s’il y avait autant de cheveux blancs dans la salle, c’est que l’animation était commandée par le Pôle Séniors de la ville de Bordeaux. Les « Mardis de la musique » réunissent un professionnel du secteur musical, un style qu’il connait, et un public de personnes âgées bordelaises. Et on dirait qu’après trois ans d’existence, Ricochet Sonore commence à jouir d’une certaine renommée et d’une certaine reconnaissance puisque c’est le service communal qui est venu démarcher l’association pour l’animation d’un de ces mardis.

L’auditoire a semblé intéressé, et même conquis, mais revenons plus en arrière pour comprendre ce qu’est Ricochet Sonore, qui sont Pierre, Arnaud, Léo, et Cyrielle, et ce qu’un café fait au milieu de tout ça…

Au détour d’une discussion, Pierre nous raconte qu’« en fait, Ricochet Sonore ce n’est pas seulement le début de quelque chose, c’est surtout un aboutissement. » Parce que comme chez les bouddhistes, sans le savoir, l’association a eu plusieurs vies avant de revêtir cette apparence et de porter ce nom. En premier, elle fut un rêve de gosses, de copains de lycée qui après un voyage en Allemagne pour un festival dont ils ont découvert la recette outre-Rhin, décident de faire pareil, chez eux dans leur campagne girondine. Ce n’était pas une idée en l’air ! (Première !) Et ça marche ! La petite bande se démène, travaille d’arrache-pied pour proposer en milieu rural un festival de musiques actuelles. Une des dernières années, le Festival des Confluences voit 5000 personnes se presser pour venir voir jouer des artistes à la renommée de plus en plus importante comme Chinese Man ou Les Wampas. Mais l’expérience ne comble pas ses fondateurs et le festival met la clé sous la porte quelques années plus tard.

Les projets musicaux persos… Les aventures professionnelles de chacun… Les cheminements personnels… La vie suit son cours. Nos copains de lycée ne se perdent pas de vue, et sans le savoir encore ils préparent la réincarnation des Confluences…

Les projets musicaux et professionnels de chacun évoluent, et tendent à se recroiser petit à petit autour de concerts en appartement qu’ils organisent dans Bordeaux, chez des particuliers. Parallèlement, ils réalisent que l’activité qu’ils sont en train de développer et l’expertise qu’ils sont en train de se forger aussi bien dans le domaine musical et culturel, que dans le domaine de l’animation et de l’éducation populaire formeraient un mariage d’amour idéal, qui leur permettrait peut-être de redonner un sens à leurs pratiques professionnelles.  Ce n’était pas une idée en l’air ! (Deuxième !)

Il y a des jours où on sent qu’on tient une bonne idée, on sent qu’on a une idée à développer, une idée qui nous intéresse, il faut qu’on la travaille ! Pierre et Arnaud ont mesuré cet instant de gravité, ont laissé les bières au frigo, et ont commandé un café. A la fin de l’après-midi, ils posent sur papier ce qui mijotait dans leurs esprits depuis quelques temps, et c’est parti ! Ils peuvent, savent, et veulent faire des animations musicales en tout genre (Quiz, DJ Set, Explora’Sons, etc.), des concerts en appartement, et des ateliers de pratique musicale (découverte ou initiations collectives). Ils voulaient mettre de la musique partout, de la musique pour tous… Yalla !

Un an plus tard, ils en étaient tous les deux salariés, et encore un an plus tard ils embauchaient Léo en stage, maintenant en CAE. Léo, c’est le jeune sorti des études qui ne connait pas encore le projet, et qui va pouvoir lui insuffler une énergie nouvelle, lui donner une nouvelle dimension. Trois salariés, ça bosse énormément. Mais forts de leurs expériences associatives passées, le volet bénévolat et l’investissement citoyen leur semblait manquer au projet de Ricochet Sonore. Ainsi, Leslie en 2016 puis Cyrielle en 2017 ont été embauchées en service civique afin de développer un réseau de bénévoles, le coordonner, l’animer, et tenter de le rendre pérenne.

Avec trois mecs, deux nanas et un café, on a Ricochet Sonore !

Musique partout, musique pour tous.

Ce petit groupe de bénévoles se constitue petit à petit. Composé pour parts d’anciens des  Confluences, de copains, de connaissances du milieu culturel et musical bordelais, de curieux et de passionnés, il a été décidé conjointement que ce groupe se chargerait de l’organisation des concerts en appartement. Pour l’association, l’organisation de ces événements n’est pas rentable financièrement. Fondé sur le principe de la participation libre des spectateurs, « les recettes arrivent juste à payer convenablement les musiciens, mais pas plus ». Véritable pierre angulaire du projet à sa création, mais ne permettant pas d’en tirer un revenu, les concerts en appartement ont trouvé une formule qui satisfait toutes les parties prenantes : des fondateurs ravis que l’activité perdure et que les bénévoles s’en saisissent, aux participants enchantés de l’expérience et de l’intimité avec les artistes, jusqu’à ces derniers pour la singularité de la proposition.

Parallèlement, Ricochet Sonore dispose d’une palette d’actions assez large et assez adaptable selon les demandes et les interlocuteurs, mais à la condition que l’activité rentre dans le cadre de leur crédo « Musique partout, musique pour tous » : amener la musique partout là où elle n’est pas, auprès d’une diversité de public la plus large possible.

Outre les concerts en appartements gérés par l’équipe de bénévoles, l’association peut se charger d’animations musicales telles que des quiz, des DJ Set participatifs, des captations sonores, des explora’sons, etc. Ces formules peuvent avoir lieu tant avec des bailleurs sociaux pour des animations en pied d’immeuble, qu’avec des centres de loisirs pour une demi-journée thématique, des bibliothèques, etc. Parce qu’on ne fait pas que l’écouter, la pratique musicale est aussi au programme : des ateliers de découverte et des initiations collectives permettent aux participants de toucher les instruments, d’émettre des sons, et de se les approprier. Et enfin, un diagnostic musical peut être réalisé sur un territoire dans le cadre d’un aménagement urbain ou rural, via des animations musicales ou le lancement de dynamiques collectives.

Un projet résonne un petit peu plus par son histoire et son contenu. Il est l’un des premiers projets à avoir été lancés par l’association, il y a maintenant près de trois ans. A l’ouverture d’une résidence logement social intergénérationnelle aux Bassins à flot, un quartier en développement de Bordeaux, Pierre et Arnaud apprennent qu’au sein du bâtiment, trois salles communes ont été prévues pour de la pratique musicale. Après trois mois d’entretiens avec les habitants de la résidence et l’établissement d’un diagnostic sur la relation des habitants avec le monde de la musique, les deux compères écrivent un projet qu’ils soumettent au bailleur.

« En fait tout ce que l’on fait, on le teste là-bas dans un premier temps » Arnaud

Le projet prévoit un concert sur place tous les deux mois, ainsi qu’un atelier musical tous les mercredi soirs, dans cette même salle. A l’approche ou suite à un concert, les musiciens sont invités à venir participer et/ou animer l’un de ces ateliers afin de créer un lien, une intimité avec les spectateurs que l’on ne retrouve pas lors d’un concert plus classique. Le reste du temps, les « Dis moi c’que t’écoutes », « La roue de la musique » ou La « Valise musicale » animent les mercredis soirs de la rue Marcel Pagnol.

« Ce n’est pas qu’on a la tête dans le guidon, c’est qu’on se regarde pédaler »

On retrouve Leslie, Cyrielle, Pierre, Arnaud et Léo quelques jours plus tard dans un bar du quartier Saint-Michel. Pierre nous explique à propos de Ricochet Sonore que « l’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage en lui-même ». Mais ne retrouvant plus la célèbre phrase de Robert Louis Stevenson, il improvise et nous dit « c’est pas qu’on a la tête dans le guidon, c’est qu’on se regarde pédaler. » Comme ça de but en blanc, cette phrase peut paraître loufoque…

Alors que n’ayant palpé l’ambiance et l’essence de l’association que depuis quelques jours, nous comprenons le message : le principal, ce n’est pas le résultat, mais le processus pour y arriver. Le principal n’est pas de faire deviner une chanson, diffuser de la musique, jouer en appart’ ou faire découvrir tel ou tel style à tel ou tel public. L’essentiel se trouve dans le processus : la musique devient un support d’échange, de partage, et d’ouverture. Si ne serait-ce que l’un des participants de la conférence a retenu le nom de Toto la Momposina pour acheter un CD ou l’écouter à la maison, tant mieux. Mais le défi sera d’autant plus gagné d’une part si ce mardi matin a pu être l’occasion pour des personnes d’avoir une discussion et d’échanger avec quelqu’un d’autre, et d’autre part si l’événement a facilité une ouverture ou une curiosité sur la culture latine de manière générale chez l’un des participants.

Ainsi, la musique est vue dans cette initiative comme un moyen pour faire se rencontrer les gens, qu’ils discutent, échangent, s’ouvrent, et se rassemblent : tout ce qu’on aime chez C’est pas des idées en l’air !

Véritablement ancré sur son territoire, Ricochet Sonore est une ressource rare en termes de valorisation de la culture locale. La diversité de la scène musicale bordelaise y est mise à l’honneur, promue, et valorisée ! D’ailleurs, « Valoriser les ressources locales » est quasiment devenu un slogan tant dans le monde alternatif que chez les politiques. Concept un peu fourre-tout, mais non moins essentiel dans la dynamique d’une ville ou d’une région, il promeut souvent l’artisanat, l’agriculture, le patrimoine ou la gastronomie. En apprenant à connaitre de telles initiatives, nous sommes convaincus que la musique fait partie intégrante de ces ressources qui donnent une richesse, une âme, et du caractère à un territoire. Musique maestro !  

 

Plus d’infos : http://www.ricochetsonore.fr/

Kacalou, comme à la maison !

Accueillis auprès de la chaleur du poêle à bois sous les six petits degrés d’un mois de novembre corrézien, l’accueil ne pouvait pas être plus chaleureux. Un thé bien chaud et quelques discussions plus tard, nous imaginions déjà la mise en place d’une monnaie sociale révolutionnaire dans notre rapport au temps et à l’argent… Wowowow ! C’est quoi cette énergie dans ce lieu ?? En Occitan, Kacalou répond au doux sobriquet de noix, et cette « maison conviviale » portée par Corinne et Kim lui va à merveille !

Une programmation libre et participative

Au cœur de Beaulieu sur Dordogne, dans une petite rue reliant les deux places principales du village, à savoir la place de la mairie et la place du marché, Kacalou est ouvert tous les mercredis et les vendredis de 10h à 22h. Au programme ? Des concerts, des conférences, des ateliers divers, des spectacles, des rencontres, et des projections de films et de documentaires…

Nous, nous étions là pour la projection du film de Robert Coudray « J’demande pas la lune, juste quelques étoiles ». Une trentaine de personnes était réunie ce soir-là pour voir le film de ce poète ferrailleur qui a auto-réalisé son long-métrage en totale indépendance. Nos copains de Side Ways sont allés le rencontrer, allez jeter un œil à leur web série en cliquant ici !

Ce soir-là, nous rencontrions quelques bénévoles, et la chaleur humaine en plus de la chaleur du poêle nous faisait oublier les températures quasi hivernales. Avec Cyril, nous discutons des enfants non scolarisés faisant l’école à la maison, avec Thomas de l’émergence porteuse d’espoir de ce genre d’initiatives et de lieux, et les autres de Robert Coudray et ses incroyables constructions.

Comme à chaque soirée, la participation financière est libre. C’est une règle d’or ici, les artistes viennent jouer au chapeau. Les jus de pomme, la bière, le vin, et le café sont aussi à prix libre et conscient, laissant la possibilité aux personnes de payer ce qu’ils peuvent, et la responsabilité de payer un prix qu’ils estiment « juste » pour le spectacle auquel ils ont assisté, ou pour la boisson qu’ils ont bu.

« Ce qui me tient vraiment à cœur, c’est d’arriver à valoriser, et à laisser s’exprimer le talent de chacun » Corinne

Pour Kacalou, la participation libre est à double sens. Les spectateurs paient librement leur spectacle, et toute personne peut également venir proposer d’animer un spectacle ou un atelier, avec ses compétences. Pour Corinne, l’ancienne enseignante, laisser la place et la possibilité à chacun d’exprimer et de développer son talent ou ses envies est primordial ! De cette manière, parallèlement à une programmation culturelle riche et variée, récemment un jeune du village se lançant dans le Human Beatbox (faire de la musique en imitant des instruments uniquement avec sa bouche) a par exemple pu s’exercer en live le temps d’une soirée devant un public, et repartir avec le petit pécule laissé par les spectateurs.

Participation libre donc, mais aussi sur scène. Véritable essence de Kacalou à sa naissance et dans son fonctionnement, ce n’était pas une idée en l’air !

Attention, chantier en cours !

La participation libre s’étend même jusqu’au chantier de rénovation de la maison Kacalou. Acquise en 2014, la maison n’était franchement pas en capacité d’accueillir du public. Ni les murs ni la toiture n’étaient en état, abandonnés depuis une vingtaine d’années. Alors Kim s’est emparé du chantier, avec tous les volontaires désireux de voir s’ouvrir une maison conviviale au cœur de Beaulieu sur Dordogne. Les chantiers participatifs s’enchaînent, les dons de matériel et d’équipements dépassent les espérances jusqu’à permettre de rénover le rez-de-chaussée pour y accueillir le bar, ainsi qu’une grande salle pour les spectacles ou les réunions.

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Mais la maison compte encore deux étages supplémentaires. En cours de rénovation déjà bien avancée, le premier étage accueillera un restaurant associatif, tandis que le deuxième aménagé en mezzanine se profile plus comme un atelier afin de stocker les matériaux et outils utiles à la rénovation du lieu et à ses travaux courants.

A cet égard, la maison Kacalou incarne à merveille l’immense champ des possibles, en comptant uniquement sur la solidarité de ses membres, et des habitants d’un territoire désireux d’y trouver un coin chaud, chaleureux, et participatif… à l’image d’une coquille de noix, quoi !

En route pour une nouvelle gouvernance…

Le weekend précédant notre venue, dix membres actifs de Kacalou, et désireux de le rester, avaient participé à un séminaire dont l’objectif était de mettre en place un nouveau système de gouvernance, afin de mieux se répartir les tâches et les rôles entre tous les bénévoles. Corinne et Kim étaient à l’initiative de cette maison conviviale, et en étaient les bénévoles les plus investis. La majeure partie des décisions était donc prise par eux, et les responsabilités assumées par eux. Seulement, cette organisation ne correspondait pas du tout à leur idéal de gouvernance pour un lieu comme celui-ci. Durant ce séminaire, ils ont alors opté pour l’holacratie… L’hola quoi ?

L’holacratie est un système d’organisation de la gouvernance permettant la pleine valorisation de l’intelligence collective, des potentiels et des capacités de chacun, de stimuler la motivation de tous à prendre part au projet et d’y apporter sa contribution. C’est la complémentarité des savoirs, des compétences et des initiatives qui s’occupera de faire lien, et de tirer l’organisation vers le haut.

Assez parlé. Concrètement, l’organisme est structuré en cercles inter dépendants et auto organisés. A Kacalou, nous retrouvons un cercle Animation, un cercle Communication, un cercle Argent, un cercle Humain, un cercle Maison, et un cercle Réseau. Chaque cercle s’occupera donc de son domaine de compétences, et en aura la pleine responsabilité. Chaque cercle décide de la cadence de ses réunions, et de leur fonctionnement. De cette manière, les personnes investies disposent d’une vision claire de leur champ d’action, tout en ayant une grande liberté en son sein. Pour l’exemple de Kacalou, une réunion de gouvernance se tient chaque semaine afin de centraliser les infos et les avancées de chaque cercle, les mettre en lien, et les accorder. Tous les membres des différents cercles participent à cette réunion.

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Kacalou en est pour l’heure à la phase de test de ce type d’organisation. Elle le modèlera certainement à sa sauce, l’adaptera selon ses envies, mais c’est aussi une manière pour les membres qui y participent d’apprendre à travailler en groupe autrement, en permettant à tous à la fois de s’exprimer librement, et à la fois de compter et de s’appuyer sur ses partenaires.

De Kacalou, nous retiendrons la chaleur du poêle, la convivialité de ses membres, le charme de la bâtisse, l’inventivité et l’envie d’une gouvernance la plus riche possible, mais nous retiendrons également cette phrase de Foiz lors d’une discussion en réunion de gouvernance sur la fermeture, ou non, de Kacalou le temps de l’hiver : « Je ne veux pas que Kacalou ferme, alors je serai là. » Ce sont précisément ce genre d’idées et de phrases qui donnent une force aux projets que nous vous donnons à voir, qui les font vivre, et qui nous donnent un espoir immense dans nos capacités à nous rassembler.

[Point de vue] Coopérative des Tiers-Lieux : Interview de Chloé Rivolet.

Le hasard de nos recherches et de notre parcours nous a fait croiser la route de La Coopérative des Tiers-Lieux, une coopérative de mise en lien, d’accompagnement, et de promotion (entre autres !) des Tiers-Lieux en Nouvelle Aquitaine. Nous en avons profité pour aborder des questions qui nous taraudent et nous intéressent avec Chloé Rivolet.

C’est pas des idées en l’air : En 2011, qu’est-ce qui a motivé la création de la Coopérative des Tiers-Lieux ? C’est le fruit d’une rencontre ?

Chloé : Exactement ! En fait, c’était Lucile qui a créé L’Arrêt Minute à Pomerol, village de 800 habitants. Elle était graphiste indépendante avec une petite fille en bas âge, elle en avait un petit peu marre de bosser toute seule dans sa cuisine et de ne jamais couper entre sa vie de maman et sa vie de graphiste. Du coup, elle a décidé de louer un local à Pomerol, en le partageant avec quelques professionnels qu’elle connaissait et qui avaient la même problématique qu’elle. Et puis rapidement elle s’est dit « mais en fait, c’est du coworking (espace de travail partagé) ce que je fais » puisqu’à l’époque le concept venait tout juste d’arriver en France. Donc elle a commencé à faire un petit peu de relais locaux par la presse pour parler de son local. Et puis par ce biais-là, y a la Délégation Numérique de la Région qui l’a repéré, qui s’intéressait au télétravail et qui s’est dit « ah bin les espaces de coworking c’est formidable pour développer le télétravail dans les territoires ».
Donc la Région est allée frapper à la porte de Lucile et l’a mise en relation avec Marie-Laure, l’autre larrone de la Coop des Tiers-Lieux, qui elle, était en train de bosser sur une étude de faisabilité d’un espace de coworking à Bordeaux. C’étaient un peu les deux seules à parler de coworking à ce moment-là en fait, en 2010. Et petit à petit, dans les mois qui ont suivi, elles ont développé avec la Région un programme de sensibilisation et d’essaimage aux nouveaux modes de travail par le biais du coworking sur toute la région ex Aquitaine. Au départ elles ont porté un programme d’essaimage via la structure Arrêt Minute qui était une structure associative et elles sont allées rencontrer tout un tas d’acteurs dans la Région qui s’intéressaient au télétravail ou qui souhaitaient monter un espace de coworking, sachant que elles, elles en avaient déjà fait. Donc elles ont utilisé leurs expériences pour faciliter d’autres projets et faire gagner du temps aux porteurs de projet. Du coup, au bout de deux ans, il y a de plus en plus de lieux qui ont commencé à se monter, il y avait de plus en plus d’acteurs impliqués dans cette structure, qui en n’était pas une en fait, elle n’avait pas vraiment de forme juridique. Donc en 2013, avec les acteurs présents, elles ont décidé de monter une association de préfiguration d’une SCIC (Société Coopérative d’Interêt Collectif). C’est comme ça qu’en 2016, on est devenu une SCIC avec des partenaires différents qu’on a rencontré au fil des années.
Pour donner un chiffre en 2011, il y avait deux Tiers-Lieu en Aquitaine et aujourd’hui on est à 200. Ça montre un peu l’étendu du sujet sur la Région.

Et je précise que tout ça est facilité par l’institution régionale, puisque de par cette rencontre en 2010, ils ont décidé de créer un appel à manifestation d’intérêt qui vise à soutenir le développement des Tiers-Lieux et cette politique publique ils l’ont écrite à partir du modèle de L’Arrêt Minute, avec Lucile et Marie-Laure qui leur ont fait des préconisations, parce qu’elles savaient les besoins des porteurs de projet. Donc il y a une vraie collaboration qui existe entre la Région et nous depuis 7 ans sur le sujet.

Depuis 2011, après six ans d’activité, quelle serait votre plus belle réussite ?

Chloé : Woaw ! Pas facile !

Des projets plus fous que d’autres, plus entraînants que d’autres et desquels vous êtes ressorties plus contentes ou plus fières…
Chloé : Bin pas spécialement en fait, parce qu’ils sont tous uniques, parce que c’est des projets de territoire donc ils ont tous leur petit truc qui fait qu’ils sont au bon moment, au bon endroit, dans ce territoire-là. Après je vous cache pas qu’on aime particulièrement travailler sur des projets en milieu rural parce qu’on voit qu’il y a vraiment des enjeux bien plus larges que ce qui peut se passer en milieu urbain en général.
Mais je pense que la belle réussite à nos yeux c’est justement ce maillage territorial qui est assez conséquent, par rapport à d’autres régions notamment. Mais avec la réserve de se dire que c’est bien beau, c’est fait, mais maintenant l’enjeu des années à venir c’est « comment on fait pour pérenniser tous ces lieux qui ont émergé, surtout dans les trois ou quatre dernières années ». Donc c’est à demie teinte, c’est une belle réussite pour nous, mais on sait qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir.

Ca donne de belles perspectives à l’avenir…

Chloé : Exactement ! Mais il faut rester hyper vigilants, c’est des modèles souvent fragiles. Sur les 200 Tiers-Lieux, il y a près de la moitié qui ont obtenu une subvention de la Région, mais qui court seulement sur deux ans. Donc pendant les deux premières années c’est assez confortable, mais après qu’est-ce qu’on fait pour dégager un modèle économique qui ne repose pas uniquement sur des fonds publics ? Surtout quand on est une association et qu’il y a une grosse part de bénévolat. Il y a 50 % des lieux qui recrutent une personne, pas forcément en temps plein, mais il y a au moins un facilitateur recruté dans la moitié des tiers-lieux, donc il faut continuer à faire vivre ces gens-là aussi. Donc il y a de vrais enjeux économiques derrière, et du coup sociaux par la force des choses.

C’est une question qui a l’air simple en apparence, mais est-ce que tu peux nous donner ta définition du Tiers-Lieu ?
Chloé : Oui (rires) ! Oui et non, mais je vais vous donner ma définition des Tiers-Lieux. J’aime bien parler de feuille blanche, parce que c’est un espace dans lequel on peut être soi-même, on peut proposer ce qu’on souhaite. On a tendance à dire que ce sont des lieux qui favorisent l’éclosion des idées, et ça c’est vraiment l’ADN du Tiers-Lieu. C’est-à-dire que c’est ni un lieu public, ni un lieu privé, donc on est tout le temps en train de marcher sur la corde sensible. Et c’est cette ambivalence-là qui fait aussi Tiers-Lieu et qui rend le sujet super intéressant, et qui fait que n’importe qui peut se sentir à l’aise pour proposer ce qu’il souhaite faire dans le Tiers-Lieu. Pour moi, c’est un lieu ouvert à tous, ça c’est clair ! On essaie vraiment de pousser les porteurs de projet à aller dans cette direction-là, à ne pas forcément thématiser les lieux. Parce qu’il y a pas mal de lieux dans Bordeaux surtout (ou en milieu urbain de manière générale) qui se donnent une teinte, mais on ne pense pas que ce soit forcément pertinent parce que le Tiers-Lieu c’est aussi un lieu dans lequel on rencontre des gens qu’on aurait jamais rencontré ailleurs. Et on en a à la pelle des exemples comme ça. On est libre de proposer de faire des choses pour ce lieu-là, et forcément ça finit par nourrir nos propres projets professionnels et personnels.

C’est très conceptuel, ça peut paraitre super flou quand j’en parle, mais on a des formes qui reviennent souvent, comme l’espace de coworking que beaucoup connaissent, on a aussi le fablab, on a la boutique partagée, on a le café associatif, on a l’atelier, et ce qui fait Tiers-Lieu pour moi aussi c’est justement l’hybridation de toutes ces activités dans un même lieu. A CéLA par exemple, on peut autant venir travailler, que boire un café, participer à un vide dressing ou à une conférence sur l’intelligence collective ! C’est foisonnant ce qu’il se passe dans ces lieux-là ! Et souvent ça relocalise aussi une activité économique et sociale, sur des territoires qui sont parfois en perte de dynamique justement, notamment en milieu rural.
On parle souvent de l’émergence des Tiers-Lieux comme d’un phénomène nouveau, mais est-ce que  dans l’action ça n’existait pas déjà avant, sans qu’on y ait mis le nom de Tiers-Lieux, comme les coopératives d’artisans qui s’organisent au milieu du 19ème siècle et dans lesquelles différents corps de métiers artisans mutualisent leurs moyens, ou encore les cercles des travailleurs du 19ème qui fonctionnaient comme la partie bar des Tiers-Lieux aujourd’hui ?
Chloé : Tout à fait ! Il y en a plein plein d’exemples ! C’est Paul, le fondateur de La Cantine à Paris, le premier espace de coworking en France en 2008, qui avait écrit un article sur ça justement, sur le concept de Tiers-Lieu et sur le fait que ça existait déjà bien avant qu’ Oldenburg ne le théorise. Il faisait le parallèle avec le concept de la place vide du village en fait. Moi je suis originaire d’un petit village en Bretagne, et c’est vrai qu’à 14 ans dans un petit village comme ça, t’as pas de lieux pour te retrouver, et du coup on avait tendance à tous se retrouver dans le jardin derrière l’église. C’est con, mais on a tous socialement à un moment donné, dans notre vie, vécu ce phénomène de la place vide où on va parce qu’on ne sait pas où aller ailleurs, mais en même temps on sait qu’à cet endroit-là on va forcément trouver des gens avec qui on va pouvoir échanger et faire des choses. Donc on peut carrément dire que ça existe depuis la nuit des temps, c’est le cas dans les bibliothèques aussi. Ou Central Park à New York qui, au départ, avait été prévu et conçu comme un lieu de détente et puis on se rend compte qu’il y a des gens qui viennent y faire tout un tas d’autres activités, et même travailler au calme, au vert, avec son ordinateur ou sa feuille et son crayon. Donc voilà, bien sûr que oui les Tiers-Lieux existaient bien avant que le mot commence à devenir connu. Mais c’est intéressant que la société s’intéresse à ce mot et à ce qu’il y a derrière, notamment les pouvoirs publics. Après sur le grand public de manière générale, ça reste un mot très méconnu quand on sort un peu de la sphère ESS (Economie Sociale et Solidaire) notamment.

Vous avez une cartographie sur le site de la coopérative où sont recensés un grand nombre de Tiers-Lieux essentiellement en Nouvelle Aquitaine, est-ce que tu peux nous dire comment sont sélectionnés ces Tiers-Lieux ?

Chloé : On travaille avec la Région sur le recensement des Tiers-Lieux, et en particulier sur cette carte. Et en fait la Région a une grille de lecture qui lui appartient, qui entend cinq critères qui font Tiers-Lieux. Pour elle ce sont :
⁃ des lieux ouverts à tous ;
⁃ des lieux flexibles à la fois dans l’offre des services que dans la possibilité de quitter le Tiers-Lieux quand on en a envie, on ne s’engage pas sur deux ans ou dans un 3-6-9 pour y rentrer, on peut venir et sortir comme on veut ;
⁃ des lieux accessibles à la fois aux personnes à mobilité réduite, et aussi en termes de prix ;
⁃ des lieux qui bénéficient d’un accueil humain, et d’une gouvernance partagée ;
⁃ et la Région ajoute un cinquième critère qui est le numérique, pour la simple et bonne raison que le dispositif d’aide de la région est porté par la Délégation Numérique de la région Nouvelle Aquitaine.
Nous on ne place pas le numérique comme un critère à part entière, on est largement persuadés qu’on peut faire Tiers-Lieu sans avoir d’outil numérique mais on est assez d’accord avec l’ensemble de ces critères, et voilà pour nous ce qui fait Tiers-Lieu. Mais on est souvent sollicitées par les pépinières ou les hôtels d’entreprises, et pour nous c’est totalement hors champ parce que c’est simplement de la colocation d’entreprises, et il n’y a justement pas du tout cette notion de gouvernance partagée et d’implication des coworkers dans le collectif et la gestion du lieu.
Mais par contre, là où ne travaille pas encore la Région mais nous oui, c’est sur le Tiers-Lieu agricole, par exemple. Si on prend le Manifeste des Tiers-Lieux qui a été rédigé par un collectif passionné par le sujet depuis déjà une dizaine d’années, et si on regarde les critères qui font Tiers-Lieux selon eux, et qu’on le transpose au milieu agricole, on se rend compte qu’on est carrément dans les Tiers-Lieux dans certains projets agricoles ! Simplement au lieu de mutualiser un bureau, une connexion internet, et du café, on partage des terres, on mutualise des outils, on transmet à son voisin les dernières découvertes sur l’agriculture biologique ou l’agroforesterie, par exemple, on fait des liens avec tout un tas d’autres acteurs sur le territoire, que ce soient des restaurateurs, une conserverie, etc. Il y a des projets en Nouvelle Aquitaine qui partent de l’agriculture, mais qui font carrément Tiers-Lieu d’après nous ! Donc on est en train de travailler encore une fois par le biais de la Région sur la manière de modéliser le Tiers-Lieu agricole à partir d’un exemple qui existe dans les Landes et qu’on a bien kiffé, Benico ! Donc c’est une recherche-action à partir de leur modèle pour essayer de montrer à d’autres acteurs que le Tiers-Lieu ne s’arrête pas seulement au tertiaire et à l’artisanat, mais que ça peut aussi aller jusqu’à l’agricole !
C’est parfaitement en lien avec la question suivante : quand Ray Oldenburg a commencé à parler de « Third place », il l’entendait comme un lieu convivial qui n’est ni le travail ni le domicile, aujourd’hui l’aspect co-working tend à prendre une place de plus en plus importante dans le concept de Tiers-Lieu, mais est-ce qu’on peut trouver un Tiers-Lieu qui n’aurait pas de partie coworking, et lui attribuer cette qualification ? 
Chloé : Pour moi tout à fait !


Sous-entendu, avec cette définition des Tiers-Lieux, est-ce qu’on pourrait y inclure un bar associatif, une friche culturelle, ou un jardin partagé ?

Chloé : Pour moi oui ! A partir du moment où on peut travailler, mais dans le sens mener une activité ou un projet, à partir de ce moment-là c’est un Tiers-Lieu, dans le sens où on vient travailler sur un projet collectif et qu’on a aussi la possibilité de développer notre projet individuel. Pour moi c’est ce qui ferait Tiers-Lieu, mais encore une fois ça n’engage que moi, mais cette possibilité d’apporter cette pierre à l’édifice sur un projet commun, partager un commun, mais en même temps s’en servir pour alimenter son projet perso, et vice-versa ! C’est cette manière de nourrir deux projets en parallèle qui me semble intéressante dans les Tiers-Lieux…

Ce qui nous a amené à nous poser cette question, c’est votre cartographie, où on retrouve une majorité d’espaces coworking ou de fablab, mais pas, ou peu, de bar asso, ou de jardins partagés… 
Chloé : Alors oui ce que je n’ai pas dit sur la Région, c’est qu’au-delà de leurs cinq critères, ils ne reconnaissent comme Tiers-Lieux uniquement les coworking, ateliers, et fablab pour être éligible à l’AMI (Fonds d’aide de la Région Nouvelle Aquitaine). Et cette carte est faite à partir d’un travail avec la Région. En même temps, c’est vrai aussi qu’au départ, nous on est né via l’angle coworking qu’on a rapidement élargi, et on s’est rapidement penché sur la notion de Tiers-Lieu. Et au fil du temps, on détecte de plus en plus de projets hybrides, comme « Le Temps de vivre » qui est un café-librairie-coworking ! Pour moi ça c’est un Tiers-Lieu à part entière.
Nous dans la définition qu’on s’est imaginé c’était plus l’esprit de ce que tu disais tout à l’heure, une place vide. Et donc un endroit un peu sous n’importe quelle forme, mais où l’on puisse se retrouver, et y faire des choses. C’est pour ça que pour nous un café asso ou un jardin partagé ont leur place là-dedans aussi, parce que c’est un lieu tiers, dans l’espace public. Mais c’est un concept très large, qui mène à beaucoup de réflexions…
Chloé : Et tentaculaire ! Alors on se pose la question tous les jours hein !

Comment est-ce qu’on peut parler des Tiers-Lieux au plus grand nombre ? Dans le sens, comment rassembler du monde autour du concept ?

Alors c’est peut-être ma formation en communication qui va me faire faire une déformation professionnelle, mais ça dépend des objectifs ou des cibles que t’as. Disons que d’après moi par exemple, l’angle télétravail parle beaucoup aux gens que j’ai en face de moi. Ca leur permet de s’emparer du sujet et de se projeter dans leur utilisation personnelle. Mes parents par exemple, je leur explique : « Si demain votre patron vous autorise à télétravailler, vous pourriez le faire dans un Tiers-Lieu parce que ça vous permettrait de faire des rencontres etc etc ! »
Après le fait que, dans les Tiers-Lieux, il y ait des activités grand public ça facilite la compréhension du Tiers-Lieu pour le plus grand nombre. Donc on pourrait peut-être dire que c’est un lieu dans lequel on peut venir à la fois travailler sur son projet perso, on peut venir apporter des connaissances, on peut venir en chercher, on peut venir participer à des ateliers, on peut venir participer à une exposition, un concert… J’insiste sur le côté ouvert de ces lieux en fait. N’importe qui peut passer la porte, et ce n’est ni un lieu public ni un lieu complètement privé et c’est un projet collectif. Mais on peut tout à fait passer la porte d’un Tiers-Lieu une seule fois dans sa vie ou décider de passer cinq ans sur ce projet pour y contribuer ! Voilà je pense que l’angle animation parle au grand public parce que c’est une porte d’entrée qui lui montre qu’il peut y trouver quelque chose qui lui correspondra, à un moment donné, et que s’il ne trouve pas quelque chose qui lui correspond dans un Tiers-Lieu, il peut la proposer justement !
Mais j’aurai tendance à dire aux gens « il n’y a qu’en poussant la porte d’un Tiers-Lieu(x) que vous comprendrez ce que c’est. »

Pour plus d’infos sur la Coopérative des Tiers-Lieux : https://coop.tierslieux.net/

 

Interview : CéLA, le laboratoire d’initiatives locales.

Bastien, unique salarié, facilitateur du Tiers-Lieux, nous raconte la vie de CéLA. Il nous parle de Tiers-Lieux, d’équipe, de yoga, de coworking, de gouvernance, et même un peu du président !

C’est pas des idées en l’air : CéLA, est-ce qu’on peut dire que c’est l’histoire de deux potes qui avaient un rêve ?

Bastien : Oui, c’est deux personnes qui se rencontrent et qui discutent. Fred avait envie de monter une association, il avait envie de créer un truc et moi j’avais envie de faire des choses plutôt axées vers tout ce qui est recyclage, ateliers, etc. Du coup on s’est dit on se voit une fois par semaine pendant deux heures et puis, y’a un troisième larron qui nous a rejoint, Richard.  L’idée c’était de créer une sorte de collectif ouvert, autour de ces valeurs-là : écologie, transmission de savoirs, rassemblement du milieu associatif, coopération, etc. On a fait une petite vidéo qu’on a mis sur YouTube, et Facebook. On s’est dit on va faire avec les gens qui sont là et on a eu je crois 47 personnes. On était hyper impressionnés !

Donc on avait fait une petite présentation et finalement ce qu’on avait dit c’est que nous on propose une idée et c’était aux gens qui étaient là de s’investir dans l’idée. C’est vraiment le concept du Tiers-Lieux, c’est que tu y trouves ce que tu vas y apporter. Y’a des groupes qui se sont créés spontanément, les gens ont pris des papiers, « bon bin ok moi je veux faire ça, je veux faire du jardin, je veux faire ci », on a mis tout ça sur la table, et les gens se sont inscrits avec leurs adresses mail. Y’a des référents qui se sont mis sur chaque groupe pour rassembler les infos, envoyer un premier mail, et puis c’est parti comme ça. Tous les mercredis on faisait une réunion, je pense que ça a vraiment fait partie du succès de l’asso, on disait ce qu’il s’était passé dans la semaine et on regardait ce qui allait se passer la semaine d’après. Et ça a été vraiment un truc hyper intéressant la réunion du mercredi parce que t’avais des nouveaux qui venaient se greffer, qui venaient chercher des infos.

Pour toi, un Tiers-Lieux c’est quoi ?

Bastien : Derrière un Tiers-lieux je mets d’abord un espace de vie sociale. C’est un endroit où on vient rencontrer des gens qu’on n’a pas forcément vocation à rencontrer. C’est un endroit où on peut venir travailler aussi, que ce soit pour des projets privés, des projets de création d’entreprise ou même parfois de passion, ça permet à des gens de pouvoir avoir un espace pour travailler tranquille. Dans le concept des Tiers-Lieux je mets quand même le côté social devant, parce que je trouve que c’est vraiment intéressant d’avoir ces lieux-là. Avant c’était plus le bar du village qui avait ce job-là dans les relations sociales en fait, avant de rentrer à la maison dans son bled on allait boire un coup au café, on rencontrait le journaliste du coin, le patron du bar, le maire, le plombier… Et du coup pour moi le Tiers-Lieux c’est ce lien-là qui se re crée à nouveau. Après la question des Tiers-lieux c’est aussi tout le numérique, c’est vachement important d’accompagner les gens vers le numérique.

Du coup ce serait quoi la particularité de CéLA ?

Bastien : C’est un Tiers-Lieux hybride. C’est pas juste un café associatif, c’est pas juste un espace de coworking, c’est pas juste un jardin, ça mixe tout plein d’équipements et c’est pour ça que derrière Tiers-Lieux on met un « x » parce que c’est plusieurs lieux en un.

Après la spécificité de CéLA c’est l’action citoyenne. En fait si y’avait qu’un seul mot à retenir c’est « faire », nous on est là pour faire, pas pour démontrer que c’est nous qui avons raison, mais on est là pour faire, montrer que ce qu’on fait c’est pas mal ou ça peut être utile.

Pour nous, Tiers-Lieux ça veut aussi dire circuit-court et partenariats, est-ce que ça résonne chez CéLA ?

Bastien : Oui oui complètement. Nous c’est vraiment ça, on veut pas que CéLA ça devienne un truc gigantesque en dehors de Bergerac. Nous on veut développer le local, développer avec nos adhérents. C’est ce qui se fait déjà !

Un des gros chantiers qu’on va mettre en œuvre là, c’est rassembler d’autres associations avec nous en fait. Pas forcément créer un truc, mais pour qu’on puisse se rencontrer, même si c’est qu’une fois par trimestre, mais au moins voir ce qu’on peut faire ensemble, voir s’il y a possibilité de coopérer, que ce soit sur des actions, ou du fonctionnement interne, ou s’échanger des services, …

Tu peux nous expliquer ce qu’il se passe à CéLA ?

Bastien : Alors il y a plein de trucs ! La grosse activité c’est la ressourcerie. Après y’a des cours de yoga, y’a des réunions de groupe, y’a le jardin, y’a des thérapeutes qui sont venus, des expos de tableaux, on a fait un petit concert aussi et on aimerait en faire d’autres. Y’a la bibliothèque aussi, y’a le café… L’activité du lieu, c’est un laboratoire. Là on va lancer le Repair Café en novembre, on essaie de lancer des chantiers et de faire venir les gens.

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Pour la petite histoire, tu peux nous dire ce qu’était ce lieu avant ?

Bastien : Juste avant nous c’était des pompes funèbres. Donc on a redonné de la vie dans un lieu de morts…

Vous êtes ouverts depuis six mois maintenant, et l’association existe depuis près de deux ans, c’était le temps à prendre pour trouver le local ?

Bastien : Si tu veux en décembre 2015, on venait de se constituer, donc au départ on cherchait pas vraiment un lieu. Après quand on a vu qu’on était assez nombreux, on avait envie d’un café donc on en a fait un chez un privé, et on avait un poney club qui était à côté donc on faisait un peu des trucs avec eux. Mais je dirais qu’on a commencé à chercher activement un lieu à partir du moment où on est rentré dans une phase d’incubation avec la Coopérative des Tiers-Lieux. En fait, on a participé à un Petit Ramdam et là j’ai rencontré les filles de la Coopérative des Tiers-Lieux qui nous ont dit « Bin alors CéLA, il reste 48h pour postuler pour faire partie de l’incubateur ! ». Donc en gros c’est une formation qui dure pendant un an où t’es accompagné par la Coopérative des Tiers-Lieux, c’est gratuit et ils te coachent pour créer ton Tiers-Lieux. Et donc avec Fred on est rentré, on a fait ça un peu vite fait, on s’est bien marré, on a rempli le tableau et on l’a renvoyé. Y’avait une bonne vingtaine de projets qui avaient postulé et ils en ont retenu 4, dont nous. Donc on est tout de suite rentré dans cet incubateur, on est allé à Bordeaux en formation, et on a balayé tout un cursus de formation autour des Tiers-Lieux, mais ça allait vraiment du budget, du Tiers-Lieux en lui-même, de l’animation d’un Tiers-Lieux, de la communication, enfin c’était vraiment un truc hyper large, on a visité des Tiers-Lieux, c’était vraiment chouette. On a été mis en relation avec la Région qui est vachement au fait sur ces questions-là et c’est là qu’on a commencé à remplir le dossier de subvention, qui nous a permis de chercher, puis de trouver ce local.

Et si on parle argent, vous tournez sur des fonds propres, ou vous avez des aides des collectivités ?

Bastien : Là typiquement c’est la Région qui nous aide. On rentre pas suffisamment de chiffre d’affaires. Même si depuis la rentrée on monte doucement. On a ouvert au mois de mai, on a commencé gentiment et là ça va mieux. On s’est donné trois ans pour atteindre un certain équilibre. En tout cas on s’est donné comme objectif d’être à 70-80% de fonds propres pour n’avoir plus que 20 ou 30% de fonds publics. Après dans les faits, c’est jamais figé. Ce serait parfait de se dire que tous les ans on est à 20% de fonds publics. Mais dans la réalité économique des Tiers-Lieux, ce n’est pas comme ça que ça se passe. De manière générale, c’est plutôt une stabilité économique sur un an, un an et demi, puis on passe en mode projet pour développer un projet, donc on a besoin d’argent et sur un an ou un an et demi on va avoir une partie des fonds publics qui vont augmenter. Donc c’est plus être autonome économiquement. C’est-à-dire toutes les décisions qu’on prend, c’est nous qui les prenons. C’est pas on est à 60% de fonds publics tout le temps, et du coup les décisions c’est plus nous qui les prenons, mais parce qu’il y a une collectivité territoriale qui nous dit faut faire ci, faut faire ça, sinon vous avez pas de sous ! Donc nous on base notre modèle économique là-dessus. Maintenant on a 3000 euros de charge donc ça veut dire qu’il faut faire rentrer minimum 3000-3500 par mois. Là par exemple au mois d’octobre, on est plutôt à 1500-1600… Ce qui est pas si mal après six mois d’ouverture ! C’est plutôt encourageant !

La première fois qu’on a vu Fred, le Président, il avait un chapeau haut de forme en plastique bleu, une veste de costard trop grande, une cravate à rayures, un pantalon treillis, et des baskets de running. Tu peux nous dire deux mots sur le phénomène qu’a l’air d’être le bonhomme ?

Bastien : (rires) Fred c’est un créatif, c’est lui qui a trouvé le nom CéLA, lui dans sa tête tu lui donnes une idée et il t’a déjà fait tout le truc. Tout est prêt pour ouvrir ! C’est quelqu’un qui est hyper vif d’esprit et c’est son trip d’être comme ça, faire une grande famille. C’est un genre de papa. Il a ce côté vachement rassembleur !

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Ca donne l’impression que vous êtes très complémentaires dans votre binôme…

Bastien : Ah oui oui on est hyper complémentaires, ça c’est sûr ! Fred il est hyper volontaire, donc c’est clair que c’est cool de bosser avec lui, il sait motiver les gens. Après y’a Richard aussi que vous avez pas beaucoup vu, mais qui est super aussi. Richard il est dans l’action, il s’occupe de la communication et des fois il fait des trucs un peu chelou mais c’est pas grave, parce que comme on dit « on fait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux ». On a une bonne équipe oui ! Il y a aussi Elisabeth, Sarah, Léo, il y a plein de personnes vachement présentes mais c’est vrai que la petite flamme de folie Fred, il est là pour ça !

Mais vous n’êtes pas que deux ou trois, avec 130 adhérents, comment s’organisent la répartition des tâches et des prises de décision ?

Bastien : Aujourd’hui, y’a le Conseil d’administration de 7 personnes, c’est vraiment le côté de l’administration. Après on déborde beaucoup de ces questionnements dans les réunions du mercredi avec les adhérents. Dans les réunions du mercredi on aborde les questions de fond de l’association, on se questionne, surtout on essaie de faire des choses en collectif. Mais on s’aperçoit que prendre une décision en collectif c’est pas quelque chose qui se décrète et y’a encore beaucoup de gens qui ont tendance à penser qu’il faut faire du collectif. Moi je suis bien d’accord avec ça mais y’a une différence entre faire du collectif, et que ça fonctionne. Faut trouver des fonctionnements, des méthodes, des trucs comme ça. On a essayé.

On a essayé une fois la méthode de l’Holacratie. Donc c’est une forme de réunion, de structuration, qui permet à tout le monde de parler et d’échanger et à la fin on prend une décision. C’est un concept qui est extrêmement lent à mettre en place, c’est certainement utile mais en tout cas on l’a fait une fois, on a failli se taper dessus. Tu vois on marque laboratoire sur la devanture parce que c’est vraiment un laboratoire, on a fait plein d’essais pour prendre une décision en collectif. Au sein d’un Conseil administration c’est relativement simple entre guillemets, parce qu’on arrive à se questionner et à répondre et à un moment on arrive à se mettre d’accord. Quand t’es dans un cercle qui s’élargit de plus en plus, c’est vachement moins facile. Après je pense qu’on a vraiment beaucoup de travail à faire par rapport à ça. Donc on a une vraie réflexion sur la gouvernance à faire. Et après c’est la vie d’un groupe, c’est ça qui est chouette aussi.

Quelle est votre plus belle réussite jusqu’ici ?

Bastien : Je sais pas si c’est de la fierté mais on est contents d’avoir fait ce projet oui ! Contents de s’être rencontrés, et ce qui est génial ici, c’est que les retours que les gens nous font, c’est qu’il y a plein d’assos sur Bergerac où tu viens, tu fais ton petit atelier, et puis finalement tu rencontres jamais les gens ! Et souvent à CéLA on nous dit « C’est cool parce que je rencontre du monde ». Donc si on a une fierté, c’est de se dire qu’on a réussi au moins ça, à faire se rencontrer des gens qui au départ à priori n’avaient pas à se rencontrer.

C’est la définition du Tiers-Lieux que tu nous a donné tout à l’heure… Mission accomplie !

Bastien : C’est ça ! Exactement !  Et qu’ils fassent des choses ensemble ! Parce que c’est vrai qu’on s’est tous dit un jour « on pourrait faire ci, on pourrait faire ça, j’ai une super idée » ok, mais l’idée elle reste toujours au stade de l’idée parce que t’es tout seul, parce que t’as pas la confiance en toi, alors que quand tu fais partie d’un groupe comme à CéLA tu vas pouvoir parler de cette idée-là, et tu vas tout de suite avoir du monde qui va être là, qui va venir t’aider !

On peut dire que ça ne reste pas des idées en l’air… (rires)

Bastien : Voilà ! Ca reste pas des idées en l’air ! Je préfère que collectivement on ait le regret de s’être planté, plutôt que le regret de ne pas l’avoir fait !

 

Plus d’infos : http://www.cela.site

Le Fabuleux Destin, café spectacle à la p’tite semaine !

Un café culturel qui programme Amnesty International le jeudi soir, des courts métrages liés au thème de l’exil le vendredi soir, et un concert le samedi soir, il ne nous en fallait pas plus pour nous motiver à prendre la route direction Aubusson ! On ne savait pas exactement ce qui nous attendait…

En haut de la petite montée du quartier Saint-Jean, il est un lieu qui donne vie aux mots, qui les laisse vivre, divaguer, et s’entremêler… Un lieu qui laisse libre cours aux idées créatives, à l’initiative et à la participation populaire. Au Fabuleux Destin, on a le beau bar et la bonne bière du bar traditionnel, la convivialité et la chaleur d’un bar associatif, et cet esprit poétique, ailé et presque romanesque… du « Fabuleux », comme les habitués aiment à l’appeler.

 

Faites entrer les artistes…

Revenons aux débuts. On a Daniel, personnage haut en couleur, un ch’ti au parcours aussi riche que tumultueux qui vient s’installer en Creuse. Daniel, il a baigné dans le monde du théâtre subventionné, du théâtre itinérant indépendant, des écoles de théâtre, de la musique, des écoles de musique, etc. et il est encore en contact avec certains anciens étudiants, comédiens ou musiciens pour la plupart. Avec David et Olivier, ils créent une maison d’éditions, Sans sucre ajouté. De la simple édition d’ouvrages, les trois comparses décident de proposer à leurs auteurs de venir tester leurs textes, à voix haute, devant un public. Bistrot de quartier en déclin, mais séduit par l’idée, le Fabuleux Destin accueille alors ces soirées de lecture, puis à l’occasion une troupe de théâtre, des vieux copains de Daniel qui cherchent un lieu où rôder leur dernière création.

Mais le bistrot ne marche plus, et va devoir fermer ses portes… Un de plus, me direz-vous. Un quartier de plus sans commerce, obligeant ses habitants à se déplacer en centre-ville pour trouver un peu de vie sociale. Eh non. Opposée à la fermeture du bar, la propriétaire négocie et un accord est trouvé avec Sans sucre ajouté pour créer un bar associatif où auteurs, comédiens, et musiciens pourraient prendre place. Ce n’était pas une idée en l’air ! Ne pouvant assumer seuls un tel chantier, ils lancent un appel aux associations du coin, et c’est à près de 40 qu’ils se lancent tous ensemble dans cette aventure courant de l’année 2012.

« On n’a jamais eu de projet, c’est une aventure ! Déjà cinq ans de fonctionnement, c’est un miracle ! » Daniel, bénévole.

… Et que l’aventure commence !

Déjà en rentrant dans le café, on sent, on perçoit une ambiance. Le présentoir à l’entrée vous propose des journaux locaux et indépendants, des cartes postales de décoration plus originales les unes que les autres, ou encore quelques autocollants militants. Le bar tout de suite sur la gauche propose tartines de fromage, et soupe ou salade selon la saison à prix libre. Accompagnés d’une bière locale, d’un verre de vin bio, ou d’un sirop de violette, restez au bar à discuter avec la joyeuse équipe de bénévoles, ou installez-vous juste derrière dans la bibliothèque. Celle-ci d’une richesse et d’une diversité rare, prenez le temps d’apprécier la souplesse du canapé, ou quelques pages des auteurs les plus classiques aux plus révolutionnaires.

L’esprit embué après une bière et quelques livres feuilletés, la partie « salle de spectacle » est prête à jouer sa partition.

Lors de notre première venue le jeudi soir, il y avait Marie au Violoncelle pour accompagner Arnaud et Daniel sur des lectures de textes traitant, de près ou de loin, de l’exil et des droits de l’Homme de Stefan Zweig, Prévert, Hugo, ou Bernanos. La soirée était sous le signe d’Amnesty International. Cinq bénévoles de la section creusoise étaient présents pour nous présenter de courts ou moyens métrages sur leurs actions. Le lendemain, des courts métrages sur le thème de l’exil ont nourri les discussions, tandis que samedi soir c’était une clarinette et une batterie qui animaient la scène pour un concert de musique improvisée.

Tous les jeudi, vendredi et samedi soir le café ouvre ses portes pour proposer une programmation « à la p’tite semaine ». Le programme est établi au trimestre. Et chaque trimestre, il y a des invariables. On retrouve par exemple tous les mois la projection d’un documentaire, une exposition, un club jazz, une après-midi goûter pour les enfants, et une réunion informative animée par Stop Mines. En plus, viennent donc se glisser des pièces de théâtre, des concerts, des débats, etc.

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Bar de quartier pour certains, café philosophique pour d’autres, ou encore café spectacle, ce lieu se décline au gré des envies de chacun. D’ailleurs, nous retrouvons également une scène ouverte tous les mois, « Le Sac à Malices », où chacun peut venir s’exprimer, chanter, dire un texte, …

Ils sont aujourd’hui entre 15 et 20 bénévoles pour assurer la vie du lieu, qu’il s’agisse du service au bar, du ménage hebdomadaire, de la programmation, de la comptabilité, de l’accueil des artistes, des petits travaux réguliers, etc.

Au Fabuleux Destin on retrouve donc une bande de passionnés et d’amis, autant que l’on peut découvrir des artistes de toute la France. Toujours à prix libre !

Le Chapeau, une institution du Fabuleux Destin !

Ici, chacun sait que la participation de tous fait le fonctionnement du lieu.

L’association n’assure jamais de cachet aux artistes qui viennent : ils viennent jouer au chapeau, ou ne viennent pas. Ne touchant aucun financement public par choix, la rétribution des artistes se fait selon ce que veut, et ce que peut le spectateur. Mais l’équipe de bénévoles veille à rappeler à chaque début de spectacle la singularité financière du bar et à sensibiliser sur l’importance de leur participation au chapeau. A la fin du spectacle, le beau chapeau clignote fièrement, on ne peut pas le louper ! Mais Daniel nous l’assure, ce n’est pas le chapeau qui freine les artistes dans leur majorité, parce qu’ils savent qu’ils trouveront en ce lieu une qualité d’écoute extraordinaire de la part des spectateurs, habitués du lieu ou non. Ainsi, le service n’est pas assuré au bar durant le spectacle, et un écrito sur la porte d’entrée indique « Spectacle en cours, entrez discrètement ».

Pour le reste, seules les boissons ont un prix fixe. Alors les petits prix du bar font recette, pendant que les grignotages à base de pain et de fromage, et la soupe ou la salade selon la saison sont à prix libre. Chacun met ce qu’il veut, ou ce qu’il peut, dans la petite caisse du comptoir.

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Et la communauté de communes à laquelle appartient Aubusson étant la plus endettée de France, ce choix d’autofinancement s’est peut-être avéré être le plus judicieux et le plus stable financièrement. Un choix payant qui permet au Fabuleux de poursuivre son aventure sur les mêmes rails, sans changement, que la collectivité territoriale se relève ou non. Toutes les initiatives de ce type sur le territoire n’ayant pas fait le choix de l’autofinancement, ils se voient amputés pour certains d’entre eux d’une part conséquente de leur budget, allant même jusqu’à requestionner sérieusement la viabilité et la poursuite de leur projet.

Merci à Marie, Alex, Fanny, Denis, Daniel, et les autres bénévoles pour leur accueil. Il est de ces lieux qui offrent une perspective culturelle et une singularité à un territoire qui serait impossible sans cette force bénévole. La vie culturelle des jeudi, vendredi, et samedi soir à Aubusson n’aurait sans doute pas le même ton et la même mélodie sans la savoureuse note du Fabuleux Destin.

 

BSP, et si on reliait ville et campagne ?

Hier, Antonin était étudiant en architecture à Saint-Etienne, aujourd’hui le collectif BSP rêve de voir leurs plans et leur projet redonner sens et cohérence au réseau de transports ferroviaire de la région de Limoges. Le principe : faire circuler sur le réseau ferroviaire existant (étoile à huit branches autour de Limoges) cinq lignes de TramTrain, transport collectif fonctionnant comme un train en campagne et comme un tramway dans les agglomérations.

 

Un projet étudiant qui n’est pas resté dans les placards

Les placards et les archives des Universités françaises débordent littéralement de projets pensés, conçus et rédigés par des étudiants issus de toutes filières. Rares sont les projets d’étudiants qui arrivent à sortir des murs de l’enseignement supérieur et à être mis en pratique, car pour bon nombre ils répondent uniquement à une évaluation de fin d’année.

Le TramTrain aurait pu finir comme beaucoup d’autres, dans le placard. Mais une fois son diplôme en poche et rentré au bercail dans le Limousin, ce sont les amis d’Antonin qui se sont rendu compte de la nécessité de la mise en valeur et de l’enrichissement de ce projet de fin d’études. Ce n’était pas une idée en l’air ! 

Ensemble, ils ont créé le collectif BSP il y a trois ans dont le noyau est formé par 4 amis d’enfance. Ce projet, qui a résonné chez plus d’une personne, mobilise aujourd’hui environ 50 contributeurs, soit autant de personnes qui ont apporté leur pierre à l’édifice (aide au design, idées nouvelles…).

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Le cœur du TramTrain Limousin porté par le  BSP vise à « réconcilier ville et territoire ». Permettre à tout un chacun de se déplacer aisément à travers le territoire en reliant Limoges, les villes  périphériques (Bellac, Saint-Junien, Thiviers, ou encore La Souterraine et Guéret en Creuse) et les communes intermédiaires, dans un rayon de 60 km correspondant au bassin de vie.

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Sur ce schéma, un départ toutes les 30 minutes aux extrémités des  lignes, permet du fait de la convergence des voies, d’obtenir un battement de 5 à 12 minutes entre les rames au sein de l’agglomération de Limoges.

« Je voulais re-questionner un endroit que j’ai connu » Antonin Boyer

Les membres de BSP ne sont pas spécialement des passionnés de trains et de tramways, c’est la question de la mobilité sur un territoire donné qui les taraudent et qui a guidé le projet depuis ses débuts.

La mobilité, une question centrale pour un territoire.

Réduction des lignes, réduction des cadences, retards, trajets qui s’allongent à cause de l’entretien défectueux des voies ou du matériel roulant,… tous ces désagréments rendent la circulation en train dans cette région, comme dans beaucoup d’autres, de plus en plus compliquée.

De ce fait, les 450 000 personnes vivant dans le périmètre de 60 km autour de Limoges délaissent peu à peu le réseau ferroviaire pour se tourner, plus simplement, vers la voiture. Mais que faire de ces 400 km de voies ferroviaires desservant les 50 gares du territoire ? Quand nous savons que le nombre de morts sur la route est reparti à la hausse et que nous mesurons l’impact écologique d’un déplacement en voiture, nous trouvons vite quelques idées pour faire quelque chose de cet héritage ferroviaire.

De plus, Antonin nous explique les yeux emplis de passion et de curiosité qu’en abordant la question de la mobilité, peuvent découler des sujets aussi nombreux que divers.

« Quand on parle de mobilité, ça ouvre les portes à des discussions sur tout ! » Antonin Boyer

Emploi, culture, sport, santé, économie… ce sont autant de sujets que la question centrale de la mobilité aborde, mettant en avant les atouts d’une mobilité plus fluide entre ville et campagne. Que l’on parle d’accès à l’emploi, de pratiques culturelles, d’intérêts sportifs, etc., la mobilité offre autant d’arguments dont BSP a pu se saisir au cours des réunions et des rencontres avec les différentes institutions et collectivités territoriales ces trois dernières années. Cette clé d’accroche en forme de pinces multiprises a, pour l’instant, séduit 73 municipalités à s’engager en faveur du projet. Efficace !

Couvrant le Sud-Ouest de la Haute Vienne et bordée par l’agglomération de Limoges, la région de la Chataigneraie Limousine regroupe six communautés de communes, soit 73 communes. Ce sont ces 73 communes qui ont apporté leur soutien officiel au projet BSP avec le vote d’une motion de sauvegarde des lignes ferroviaires, assorti d’un soutien au projet TramTrain Limousin.

Le territoire, un bien commun.

Le territoire, un bien commun ? C’est-à-dire ?

C’est du moins un concept élaboré par Magnaghi auquel nous fait penser le projet BSP.

Avant de savoir si le territoire peut en être un, revenons sur la notion de bien commun. L’ouvrage Propriété et communs, idées reçues et propositions (Editions Utopia), que nous conseillons pour sa clarté sur le sujet, en apporte le cadrage suivant :

« C’est un concept qui demande la coexistence de trois éléments fondamentaux : une ressource collective définie, une communauté déterminée, un mode de gouvernance collectif. Cela signifie qu’un bien ou un service n’est pas commun par nature, mais par son usage. En revanche, certains biens ou services ont plus vocation que d’autres à devenir commun : l’eau, la forêt, les semences, un espace de jeu… plutôt qu’une résidence, une centrale nucléaire, ou une voiture par exemple. […] Ce qu’on appelle commun est donc un principe selon lequel une communauté d’usage choisit de se donner des règles communes pour prendre soin d’une ressource, les met en pratique pour partager l’usage par une gestion commune, dans le respect des générations futures. En effet, une ressource n’est jamais commune par nature, mais le devient par volonté politique. »

Précurseur dans le domaine des communs, Magnaghi est considéré comme le fondateur de l’école territorialiste en Italie. Cette dernière part du principe que notre développement économique souffre d’une déterritorialisation, dans la mesure où les habitants d’un territoire n’ont plus la main sur leur économie locale et ses ressorts. Ils n’en sont plus au centre, mais relégués à la périphérie, exploités selon des impératifs pensés par d’autres, ailleurs : dans un chef-lieu, une préfecture, une capitale, voire depuis des organisations internationales. Afin d’endiguer le phénomène, l’approche territorialiste propose donc de revisiter un développement local comme alternative à ce processus de déterritorialisation. L’implication citoyenne y occupe une place de choix. La reprise en main de leur espace de vie est une condition selon lui à une transformation des styles de vie, de consommation et de production. Une fois ce changement opéré avec les nouveaux partenariats entre acteurs locaux alors créés, le territoire pourra alors retrouver ses caractéristiques propres, différentes et complémentaires des territoires voisins. En somme, une mondialisation par le bas, avec les territoires comme communs.

Pour part, nous avons l’esprit du projet BSP dans ces théories. En redonnant une mobilité soutenable et durable à tous les habitants, c’est un pouvoir qui leur est redonné, laissant place à des partenariats locaux émergeant plus facilement, et retrouver des caractéristiques propres au territoire, qui le rendront soutenable économiquement, environnementalement, et socialement.

Si ces sujets vous intéressent, allez lire Magnaghi, allez discuter avec le collectif, laissez reposer le temps qu’il faudra, et regardez votre territoire de vie. Tout n’est pas figé, tout peut bouger, et vous les premiers ! Et comme ils aiment à le faire, une petite déclinaison pour le collectif BSP : Bravo pour Son Projet !