A notre tour de ne pas garder nos idées en l’air

Vous avez suivi notre voyage depuis deux ans à la rencontre d’associations et d’initiatives collectives porteuses d’espoir. Vous avez aussi fait notre voyage en nous accueillant une heure, un jour ou une semaine. Ou alors vous étiez derrière « Minus » sur une petite route départementale, péniblement à 60km/h. Son charme a opéré sur vous et vous nous suivez depuis. Ou encore plein d’autres possibilités pour en arriver à nous lire aujourd’hui.

Au cours de ces kilomètres sur la route, nous avons vu des dizaines d’idées qui ne sont pas restées en l’air… Nous les avons comprises, aimées, enviées parfois. Aujourd’hui, ce sont nos idées que nous avons voulu ne pas voir s’envoler. Alors elles ne resteront pas en l’air, nous habiterons entre Toulouse et les Pyrénées, Arnaud sera charpentier et Doriane intégrera l’association 3PA et son Ecole de la Transition Ecologique (ETRE). Ce résultat est la mise en application concrète du principal enseignement de ces dernières années : tout est possible !

Le tour de France nous a nourri, fait grandir et donné beaucoup de forces. Nous avons retenu quelques enseignements que l’on partage avec plaisir.

Il se passe des choses de partout !

D’abord sillonner la France, c’était aller à la rencontre de tous les territoires, tant urbain que rural. On a pris du plaisir partout et surtout on a découvert que ça bouge de partout.

Alors on ne sait pas si les initiatives se font plus nombreuses, si « ça bouge » de plus en plus, parce que plongés dans cet univers à temps plein depuis deux ans, nous avons rapidement arrêté de nous poser ces questions. Notre regard était biaisé.

En revanche, nous pouvons dire que des initiatives existent dans tous les territoires, des gens se rassemblent et créent ensemble chez eux. A la ville, à la campagne, à la mer, à, la montagne, dans un petite village, dans une région pauvre ou une région riche, tous les territoires connaissent, en réalité, les mêmes envies de faire ensemble, de construire des projets, d’apporter des solutions aux problèmes contemporains, de faire parler leurs envies et leurs passions. Oui, le dynamisme culturel n’est pas l’apanage des grandes villes et les thématiques environnementales ne sont pas réservées au milieu rural.

En tout cas, les initiatives sont nombreuses, fonctionnent, prennent toutes sortes de formes, sur toutes sortes de sujets de société (agriculture, action sociale, culture, écologie, arts, alimentation, commerces, etc.). Et l’important se situe peut-être précisément ici : montrer que c’est possible, que des chemins existent et qu’ils mènent quelque part. Non pas pour changer le monde ou « faire sa part », plutôt pour ouvrir les esprits habitués à être trop fermés, permettre à chacun.e de nous inventer un autre demain, de stimuler la capacité de réflexion et d’action de tou.te.s ensemble.

Les territoires sont uniques.

Chaque territoire est unique, comme chaque projet l’est de fait. On a vite compris qu’un projet se construit sur un territoire selon ses besoins, ses envies, ses habitant.e.s et qu’on ne peut ni arriver quelque part avec une idée en tête et la réaliser exactement comme on l’imaginait, ni déplacer un projet de quelques kilomètres seulement et s’attendre à voir le même projet grandir.

La spécificité des territoires donne la couleur des initiatives qui l’habitent. Cela demande de connaître et de comprendre un espace avant d’y construire un projet, le plus beau soit-il. C’est ce qui fait le charme de tous les projets que l’on a rencontré.

Tout est possible !

Tout est possible.

Une organisation verticale ou horizontale, fixe ou itinérante, avec des subventions publiques ou en autofinancement, par le salariat ou le bénévolat… Un champ d’action n’est pas cantonné à un type de financement précis, encore moins à un type d’organisation défini. On associe souvent une salle de spectacles à des financements publics et un café associatif à une organisation horizontale. Pourtant, bien des exemples nous ont prouvé qu’un croisement des modèles est possible : une salle de spectacles basée sur l’échange ou l’autofinancement, comme un café associatif organisé de manière verticale avec une commission pilote et décisionnaire.

Chaque groupe trouve ses propres réponses. Il n’y a pas de recette.

On est tous capables de tout !

« Ohé du bateau » et ses 1800 sociétaires, « La Colporteuse » et ses 12 ans d’existence en milieu rural, « Toit à moi » et ses presque 15 logements achetés, etc. nous ont démontré que nos initiatives ne sont pas moins sérieuses, moins pertinentes et moins ambitieuses que ce que feraient des institutions établies ou des « professionnels » de longue date.

Pas besoin de costards-cravate ou d’un titre d’« expert » pour inventer et mettre en action des projets fous et qui fonctionnent ! Se regrouper, créer des synergies, se faire confiance, se demander de quoi on a envie tout simplement et puis se mettre en piste à plusieurs, c’est rassembler toutes nos compétences, nos histoires, notre vécu, nos savoirs, nos capacités et faire naître un projet commun.

Dans un groupe, on a forcément quelqu’un de créatif, quelqu’un de plus à l’aise avec les chiffres, quelqu’un qui a un réseau riche, quelqu’un qui aime rédiger, quelqu’un qui… vous pensez à des ami.e.s là, non ? Et bien les projets que l’on a rencontré, sont partis delà et n’ont simplement pas garder ces idées et ces potentialités en l’air ! A nous tous, on sait tout faire.

Ça nous a donné tellement d’espoir et d’élan quand on a compris qu’on était capable de tout !

MERCI à vous.

Pendant ces deux ans, on a été très heureux de vous partager nos découvertes, d’animer le jeu coopératif que l’on a créé à la fin de la première année et de bavarder avec vous devant les panneaux de notre expo.

On a pris un plaisir immense à réaliser ces deux années sur la route. Et on veut vous remercier sincèrement pour votre accueil, votre soutien, vos lectures, vos remarques, nos échanges, votre aide… On ne veut pas « en faire des caisses », simplement vous dire merci.

A bientôt chez vous, ou chez nous !

PS : le site cestpasdesideesenlair.com reste actif, les articles sont lisibles à souhait, comme la cartographie.

Itinérant ou dans un ancien vidéoclub, la Lozère modernise le cinéma associatif

Nous sommes en Lozère côté Cévennes, c’est-à-dire plutôt au sud du département. Ça sent bon la châtaigne et les champignons, au bord des rivières et en forêts, ou en hauteur sur les grands causses. Dans ce décor préservé, deux associations font vivre leur passion pour le bonheur de publics curieux. Voisines, cousines et copines, elles ont un territoire rural en partage et le cinéma en passion depuis bien des années. Cinéco d’abord transporte le cinéma dans beaucoup de villages du cœur des Cévennes, La Nouvelle Dimension ensuite a redonné vie à un vidéo-club à Florac et propose animations et festivals toute l’année.

Cinéco en a déroulé de la bobine !

Cinéco fait voyager le cinéma d’un village à l’autre. Les films se déplacent dans les anciennes salles de cinéma, en plein air l’été, dans les salle des fêtes ou même dans la cantine de l’école. Les bénévoles et les salariés de l’association se chargent des projections, de la programmation à la vente des billets jusqu’à l’installation du matériel. Et c’est une activité qui plaît beaucoup sur le territoire puisque pas moins de 80 personnes offrent de leur temps libre bénévolement, aux côtés des sept salariés de Cinéco, pour faire vivre l’association et apporter le cinéma dans plus de 60 communes.

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« C’est une sacrée organisation pour les salariés et les bénévoles. S’assurer que le matériel soit disponible, qu’il y ait des bénévoles pour chaque séance sans salarié, que les bande-annonces et le court-métrage d’avant séance soient prêts, etc. Mais on adore ce métier ! » nous raconte Stéphane, salarié de Cinéco.

Avant chaque film, un court-métrage en lien avec la thématique du film fait office d’ouverture de la projection. On a eu la chance de voir le monologue d’une maman à une petit garçon dans « Dinosaure » qui traite de l’enfance et des valeurs inculquées avec humour et distance, avant de nous plonger dans l’univers atypique d’un Institut Médico-Educatif « Dans la Terrible Jungle ».

Cinéco est donc un cinéma itinérant et l’a toujours été depuis… 37 ans ! Un très bel âge pour une association culturelle. Alors il faut dire que l’association en a vécu des bouleversements liés à l’histoire du cinéma.

Lorsque Cinéco est né, le numérique n’existait pas encore. A cette époque, on utilisait le « 16 mm », un format qui doit son nom à la largeur des bobines de pellicules utilisées à partir des années 1920. Ensuite, le temps a été celui des pellicules « 35 mm ». Et là, le nombre de bobines par films était en quantité limitée. Elles étaient livrées en priorité aux grandes salles de cinéma. Les petits cinémas et les cinémas itinérants se partageaient donc le stock restant. Puis, au fil du temps, le nombre de pellicules a diminué pour laisser place au format numérique uniquement. Alors à ce moment-là, les cinémas itinérants ne reçoivent plus de « 35 mm » et n’ont pas les moyens de changer leur matériel pour projeter en numérique. Pas de plan B !

Une période de doute s’installe et Cinéco se demande s’il va être possible de poursuivre son activité. Mais c’était sans compter sur une équipe déterminée et poussée par l’enthousiasme de son public fidèle. Quelques rendez-vous et plusieurs heures de discussion plus tard, l’« Association Nationale des Cinémas Itinérants » (ANCI) émerge pour porter aux institutions une voix commune. L’association parle des difficultés qui mettent en péril l’accès au cinéma dans les milieux ruraux et donc sur une zone très étendue compte tenu du nombre de communes que couvrent les cinémas itinérants de France : 1 200 ! L’association entame des négociations avec le « Centre Nationale du Cinéma et de l’Image Animée » (CNC) qui trouve rapidement une solution convaincu du bénéfice de telles activités sur le territoire national. Le CNC aide alors financièrement les cinémas itinérants et dont Cinéco à moderniser son matériel et à accueillir le format numérique avec succès. L’aventure continue !

Aujourd’hui, Cinéco diffuse exclusivement des films numériques, ce qui demande quand même une bonne part d’organisation car pour acquérir les films, il faut suivre tout un protocole les protégeant par des clés, des mots de passe et autres méthodes techniques et secrètes. Affaire de gros sous et lobbies, le cinéma n’échappe pas aux règles de l’industrie. Ce sont les grandes salles qui bénéficient de l’exclusivité, faisant patienter les cinémas itinérants et leurs publics. Cinéco s’est d’ailleurs adapter à recevoir les films cinq semaines après leur sortie officielle dans les grandes salles, et s’en est fait un atout en prenant le temps de sélectionner finement sa programmation.

Ce sont les bénévoles qui établissent la programmation pour les trois prochains mois. Elle est décidée de manière collective par les bénévoles présents et selon une méthode qui fonctionne depuis 10 ans après moultes essais et expérimentations de prise de décision collective. En sort une programmation variée et actuelle, privilégiant les films qui apportent une réflexion ou qui témoignent d’une qualité. Faire réfléchir via un beau et agréable support, c’est un des pouvoirs du cinéma !

Les super pouvoirs du cinéma

Le cinéma a ces pouvoirs de poser question, d’informer et de divertir. La programmation de Cinéco les met bien en avant et veut en faire profiter le plus grand nombre : les habitants des villages, on l’aura compris, mais pas que.

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Cinéco intervient dans les établissements scolaires de la région. 150 séances sont organisées en écoles et collèges. Dans le cadre d’un dispositif régional, Cinéco fait entrer le cinéma parmi les activités « d’éducation artistiques et culturelles » auprès des jeunes publics.

Dans cette même perspective de développement de ses propositions, Cinéco intervient en milieu carcéral comme c’est le cas à la Maison d’Arrêt de Mende. Une façon d’apporter du divertissement, d’accéder à un cinéma de qualité et de réfléchir sur certaines thématiques, comme c’était le cas le jour de notre rencontre avec Stéphane et Vincent qui revenaient de leur intervention, où ils avaient projeté « Les Invisibles », une histoire de solidarité et de femmes, projetée dans une Maison d’Arrêt pour hommes.

 

Depuis la naissance de Cinéco, l’association a développé ses activités, pour un accès toujours plus important auprès du public et parce que le cinéma a aussi le pouvoir de réunir, de faire se rencontrer les gens et de partager un moment privilégié. En 37 ans, les membres de l’association ont été témoins des changements ruraux dont on parle de plus en plus, de la disparition de lieux symboliques de rencontre tels que les bars et de la transformation des habitudes individuelles.

Le cinéma, dernière lumière dans la ville

En milieu rural, on parle beaucoup de ces changements, des commerces qui se raréfient, des bars qui ferment tôt dans la soirée ou qui mettent la clé sous la porte. Certains villages trouvent des solutions et créent de nouveaux espaces tels que des bars associatifs, des commerces gérés collectivement, des salons de thé-librairie, des lieux où les activités se croisent et les publics se mêlent. La Lozère est un de ces territoires ruraux, il est même le département le moins peuplé de France. Alors le cinéma a un rôle plus important qu’on ne le pense.

« C’est souvent le dernier endroit, ouvert au public, éclairé le soir dans la ville », témoigne Vincent, directeur de Cinéco.

Les soirées cinéma sont donc l’occasion de se retrouver, de voir ses voisins, de se donner rendez-vous autour d’un moment agréable et de détente. Vincent est certain de cette place centrale des salles de cinéma dans les bourgs et encourage ceux-ci à prendre conscience de ce rôle et à étoffer leurs propositions vers plus de rencontres et de convivialité : un cinéma qui fait bar en même temps, avant et après la séance, ou bien restaurant, ou bien salle de spectacle…

S’il y a un exemple local de lieu qui mêle cinéma et rencontres, c’est bien La Nouvelle Dimension, à Florac. Il s’agit d’une association singulière en la matière. Pour connaître son histoire, il faut remonter dans nos propres souvenirs d’enfance.

Qu’ont bien pu devenir les vidéos-clubs de notre enfance ?

Vous vous souvenez de ces étagères remplies de VHS, de cette virée en début de soirée pour choisir le film à regarder entre amis ou de ce rideau qui cachait un espace réservé aux adultes ?

Florac aussi avait son vidéo-club. Et comme partout, il a cessé de fonctionner il y a quelques années. Sauf qu’ici, il a eu un second souffle.

Guillaume, un passionné, un amoureux du cinéma et de ses supports devenus DVD, a décidé de poursuivre l’aventure. Lui qui tenait ce vidéo-club a conservé le stock et a été l’un des initiateurs de l’association La Nouvelle Dimension en 2015.

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Guillaume a été rejoint par des nostalgiques tout aussi passionnés que lui par les supports du cinéma car ce sont des bénévoles qui font vivre l’association aux côtés des salariés. Les 150 adhérents peuvent emprunter ces DVD grâce à leur abonnement annuel. L’association est également très connue localement pour son accent canadien lors de leur événement annuel phare : le festival de cinéma franco-québécois « 48 images par seconde ».

Tout au long de l’année, l’équipe accompagne le public dans sa cinéphilie, à travers des ateliers d’éducation à l’image où l’on découvre les métiers du cinéma, où l’on s’attarde sur une thématique particulière, etc. Elle tisse des partenariats locaux quand les idées se rejoignent autour de projets captivants. Un lâché de vautours prochainement sur le causse ? L’opportunité de se pencher sur cet oiseau avec le Parc Naturel des Cévennes et de programmer ensemble une soirée thématique. Un pont à quelques encablures qui fut central lors de tournages passés ? Plus qu’à le mettre à l’honneur lors d’une rando-ciné aux Journées du Patrimoine. Des habitants amateurs qui tournent des courts-métrages dans les Cévennes ? La date anniversaire de La Nouvelle Dimension est l’occasion de les diffuser sur grand écran devant un public curieux.

Le contexte cinématographique et culturel dans son ensemble est en pleine évolution. A l’heure des places de cinéma trop chères dans les gros complexes, d’un essor du cinéma indépendant, de l’accès à la culture foisonnant mais en grande difficulté financière, d’un besoin sociétal criant de se réunir et d’échanger, du domaine de l’art qui n’échappe pas à la financiarisation sauvage, ces deux associations participent d’un élan qui sera assurément à soutenir dans les prochaines années.

Pour en savoir plus :

Cinéco, cinéma itinérant en Cévennes

La Nouvelle Dimension, à Florac

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A Rennes, les lieux intermédiaires font commun de leurs vécus et de leurs utopies.

Pendant deux jours, la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires et Indépendants (CNLII) a tenu son 3ème Forum national des lieux intermédiaires et indépendants aux « Ateliers du Vent » à Rennes. Après les éditions de 2014 et 2016, cette année était placée sous le signe des communs : « Faire commun(s), comment faire ? ». Un moment de rencontres, de retrouvailles et d’échanges au cours duquel les 250 participant.e.s ont témoigné leur besoin de reconnaissance auprès de l’État et des pouvoirs publics, de s’unir et faire front face à des défis de plus en plus complexes.

Qu’est-ce que la CNLII ?

« La CNLII a été constituée le 29 janvier 2014 lors du « Forum national des lieux intermédiaires ». Ce regroupement en coordination répond au besoin urgent exprimé pendant ce Forum d’une reconnaissance de la place et du rôle de ces lieux intermédiaires dans le paysage culturel français et d’une mise en réseau de leurs projets respectifs. » Il s’agit donc d’un regroupement informel de lieux indépendants qui disposent pour la plupart au moins d’un volet création et/ou diffusion artistique.

En deux jours, une véritable montée en puissance.

L’organisation de ces deux jours de rencontres était prise en main par ARTfactories/Autre(s)pARTsgroupe d’acteurs culturels et d’artistes, réunis autour d’un projet commun de transformation de l’action culturelle par l’expérimentation d’autres rapports entre art, territoires et société), le réseau Hybrides (qui porte une dynamique de structuration des lieux intermédiaires en région Bretagne) et les Ateliers Du Vent (ensemble d’artistes et de personnes engagé.e.s dans des démarches citoyennes qui font vivre collectivement un lieu d’expérimentations).

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Trois rencontres préparatoires ont eu lieu à Rennes au mois de mars, puis à Lille et Marseille au mois de mai. C’est au plus près des futur.e.s participant.e.s qu’ils.elles sont allés chercher les thématiques pertinentes à développer au cours du grand Forum. En sont ressortis les thèmes de la co-évaluation, de l’urbanisme transitoire et des communs. Des sujets suffisamment précis et pointus qu’il aurait été facile de tomber dans un jargon et un entre soi inaccessible au grand public.

Alors c’est par une première matinée assez dense que le Forum s’est ouvert. Quatre conférences-éclair de 30 minutes au choix parmi les huit possibles, pour une (re)mise à niveau sur des thèmes variés. On a abordé les droits culturels, les communs, les chartes d’usage, l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), l’évaluation ou encore les friches et les enjeux spatiaux.

L’après-midi, les participants se sont répartis selon qu’ils souhaitaient travailler sur les communs, la co-évaluation ou l’urbanisme transitoire. Deux groupes se sont constitués par thème et ont dégagé chacun trois problématiques.

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Le lendemain matin, chaque groupe a envoyé ses trois problématiques à la discussion au sein des trois micro-plénières. Chaque micro-plénière disposait alors de deux problématiques sur chaque thème (co-évaluation, urbanisme transitoire et communs) qu’ils ont dû mettre en lien, regrouper, se faire correspondre, afin de dégager des questionnements et des pistes de travail plus ou moins transversaux.

Point d’orgue du Forum, la plénière de l’après-midi a vu les trois micro-plénières mettre en commun et discuter leurs conclusions respectives. Ce processus d’ateliers successifs (plus agréable à vivre qu’à lire et expliquer, on vous l’accorde) a permis, d’une part la prise de paroles de tou.te.s les participant.e.s sur un sujet choisi, et surtout sa prise en compte dans le résultat final de la plénière. L’organisation de cet événement a su créer une intelligence collective porteuse de sens et efficace.

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L’événement a rencontré son public. Des lieux de toute la France se sont déplacés pour l’occasion. Une moitié de bretons, également des personnes et des collectifs venus entre autres de Lyon (Friche Lamartine), Marseille, Annecy (L’Ecrevis), Bordeaux (La Fabrique Pola), Lille, Nantes, Toulouse (Mixart Mirys), Paris (59 Rivoli), Caen (Collectif Bazarnaöm, le Wip), Tours, etc. Si le milieu urbain était dignement représenté, le milieu rural n’était pas en reste avec notamment l’association cévenole Bouillon Cube ou la sud bretonne La Cimenterie.

« En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »

La diversité d’intervenant.e.s a permis de recadrer certaines notions et lancer les participant.e.s sur de nouveaux élans de réflexion. Plusieurs pays voisins étaient présents pour mettre en avant les avancées remarquables et inspirantes dans leurs pays. Les représentant.e.s de l’Asilo à Naples ont par exemple animé un atelier sur les chartes d’usage qui a permis de faire un pas de côté et d’avoir connaissance d’une expérience novatrice et de leur lutte pour une reconnaissance des droits d’usage des lieux intermédiaires dans les villes pour en faire un droit commun et affirmé dont l’État devient un soutien. La Belgique nous a requestionné sur les systèmes et les processus d’évaluation, remettant en cause les indicateurs et critères souvent quantitatifs avant tout des pouvoirs publics pour mettre en avant les valeurs culturelles qui animent nos projets, les apports qualitatifs et du bon sens dans des démarches d’évaluation collective et coopératives au long court. L’organisation avait également dépêché des intervenant.e.s plus institutionnel.le.s comme Anne-Christine Micheu (Ministère de la Culture) au sujet des droits culturels, ou encore des universitaires géographes, juristes, sociologues.

Et pour compléter le tableau, la proportion d’artistes présent.e.s a permis une certaine poésie dans les échanges sur des sujets parfois complexes et très terre-à-terre.

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Condensé des plus belles questions et réflexions entendues les 19 et 20 mai lors de ce 3ème Forum des lieux intermédiaires et indépendants :

Comment penser le commun par enjeux plutôt que par objectif ?
– A la question « Quelles traces laissons-nous derrière nos occupations de lieux ? », la réponse « En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »
– Comment s’assurer qu’un projet respecte l’intégrité d’un territoire et des personnes qui l’habitent ?
– Imaginer un jumelage entre projets au sein de la CNLII, afin de faciliter les partenariats et stimuler la solidarité entre lieux.
– Exiger l’excellence politique pour nous accompagner plutôt que nous contrôler.
– Comment passer du transitoire à la transition ?
– Placer la médiation culturelle plus en amont de nos pratiques.
– Pour les préserver et les reconnaître, est-il imaginable de donner la personnalité juridique aux lieux intermédiaires de Marseille, comme les néo-zélandais l’ont fait avec une rivière ?
– Entamer un travail commun avec les réseaux RFF (Réseau Français des Fablabs) et TILIOS (Tiers Lieux Libres et Open Source) qui rencontrent des difficultés très semblables aux notres.

Pour retrouver toutes ces questions, certaines réponses, d’autres débats et présentations, la CNLII propose toutes les interventions filmées sur son site internet : http://cnlii.org/2019/06/conferences-eclair-les-videos/

Stabilité, inaliénation, création, territoire, politique, soutien, conflit, hybridation, expression, pédagogie, militantisme, devenir, pédagogie, profits, … au cours des différents débats, les digressions ont été aussi nombreuses qu’intéressantes. Les prochaines éditions disposent d’un puissant réservoir de thèmes à développer !

Entraide féminine en milieu urbain

Marion et Valérie ont allié leurs valeurs et leurs vies professionnelles. Elles ont décidé de mener une activité qui leur parle profondément, qui résonne en elles, qui les rend vraiment heureuses. Elles ont créé ensemble « PasserElles Buissonnières » pour accueillir des femmes en difficulté à Lyon. Coup d’œil sur la magie de cette association. Avancez-vous rue des Capucins, dans les pentes emblématiques de la Presqu’île lyonnaise.

Elles se rencontrent à Médecins du Monde

L’une est juriste, la seconde médecin. Elles militent et collaborent à Médecins du Monde. C’est là qu’elles ont l’occasion de travailler ensemble et de mieux faire connaissance. Elles initient à cette époque les consultations en binômes, une innovation dans le secteur.

A Lyon, elles se rendent régulièrement dans l’un des cafés des pentes de la Croix-Rousse et font de ce lieu leur repère à discussions et à rêves. Et par un beau mois d’avril, il y a huit ans, elles imaginent un projet commun : la création d’un lieu pour les femmes. Plus précisément, pour aider les femmes en situation d’isolement à cause d’une maladie ou d’une situation d’exil. Bien que ces contextes soient différents, les mécanismes d’isolement se rejoignent. Elles cogitent chacune de leur côté et c’est au mois de septembre, qu’elles se retrouvent et s’avouent avoir très envie de se lancer dans l’aventure ensemble. Elles lancent « PasserElles Buissonnières » !

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Seules, puis à plusieurs

Dans leurs locaux au second étage d’un vieil immeuble du 1er arrondissement, elles ont accueilli 114 femmes en 2018. Toujours en binôme, elles rencontrent les femmes, travaillent, échangent et débriefent à deux. L’objectif est d’accompagner ces femmes vers une insertion professionnelle en accord avec leurs chemins personnels, selon leur situation familiale et/ou médicale, leurs compétences, leurs envies et leurs désirs.

Dans une atmosphère douce et une écoute bienveillante entre toutes, le groupe de femmes se connaît et partage beaucoup de moments variés. Les accompagnements individuels s’accordent avec une vingtaine d’ateliers hebdomadaires ouverts à toutes, aux choix et quand elles veulent et peuvent : jardinage, alimentation, respect, chant, loisirs créatifs, français, bien-être… des activités qui ont lieu dans les locaux de PasserElles ou à l’extérieur pour s’ouvrir à la ville et ses espaces. Apprendre à connaître sa ville est un des piliers de la démarche vers une autonomie. C’est se sentir lyonnaise comme les autres, avoir des sujets de conversation autres que son parcours personnel difficile et avoir des repères dans la ville.

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Ces femmes courageuses, aux parcours semés d’embûches, ont une place et une grande importance au cœur de cette association. L’équipe constituée de Valérie et Marion, ainsi que des administrateurs et des bénévoles qui sont en charge des différentes activités y met tout son cœur, et ça se sent ! D’ailleurs, la plupart des bénévoles ont poussé eux-mêmes la porte de PasserElles pour proposer leurs compétences au service du groupe de femmes et participer à ce projet qui fait sens. Marion et Valérie parlent avec admiration de l’équipe bénévole. Elles sont très reconnaissantes du travail mené par les intervenants et intervenantes qui ont réussi avec ces femmes à constituer des liens solides et des relations fortes. PasserElles est souvent un endroit précieux pour toutes ces femmes, un cocon où trouver réconfort, où se rendre compte de ses capacités, où apprendre à échanger avec d’autres…

Des écrits pour l’avenir

Les initiatrices du projet se sont rapidement entourées de chercheurs et scientifiques qui apportent un regard et produisent des écrits sur le travail mené à PasserElles. Ces travaux ont le pouvoir aussi bien de laisser une trace, que de prendre du recul, se questionner sur l’apport de l’association auprès de ces femmes ou encore partager leur expérience avec d’autres. Sous forme d’un conseil scientifique, psychanalyste, anthropologue, maître de conférences, sociologue prennent part à la vie associative et apportent de précieux éclairages.

Avec les moyens du bord

Une tache demeure au tableau : le modèle économique. Fragile et toujours en cours d’acquisition, c’est un travail de longue haleine que de bénéficier d’aides financières à court ou moyen terme. Tous les ans, ou presque, les dés sont remis en jeu, il faut renvoyer des dossiers pointus.

Depuis des années, c’est le sort que connaît un grand nombre d’associations, en particulier dans le secteur de l’aide sociale et de la solidarité. Les aides publiques en baisse rendent les tâches administratives chronophages et le travail de terrain précaire. Sauf que les besoins de personnes fragiles accroissent, le contexte politique et social laissant toujours plus de personnes sur le carreau.

On parle alors d’une véritable utilité sociale de la part des associations, de leur solidarité au quotidien et de leur ingéniosité pour prendre en charge les réponses aux problèmes sociaux et sociétaux que l’État leur laisse bien volontiers. Rejointes par les établissements et les services institutionnels sociaux et médico-sociaux, tous tirent la sonnette d’alarme mais personne ne s’affole dans les sphères décisionnaires.

Comme beaucoup d’autres, PasserElles Buissonnières se tourne donc de plus en plus vers le mécénat privé et les fondations. Elles multiplient les dossiers pour faire financer leurs projets et leur fonctionnement, en parallèle des petites aides de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et des collectivités territoriales. La liste de leurs contributeurs s’est étendue depuis six ans et permet ainsi de poursuivre cette aventure humaine et engagée.

PasserElles Buissonnières force le respect. C’est un très bel exemple que de la rencontre naît l’enrichissement mutuel. Un très bel exemple d’idées riches et fortes de sens qui ne sont pas restées en l’air. Un très bel exemple de croisement des disciplines au service de la solidarité. Quelle admiration !

Pour en savoir plus : http://www.passerellesbuissonnieres.org

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La Logeuse, un habitat solidaire dans les Cévennes.

Rendons nous en Lozère. Pour les moins habiles en géographie, nous sommes entre Montpellier et l’Auvergne, à l’Ouest de l’Ardèche. Pour les plus précis, nous ne sommes pas très loin de Florac, dans la moitié sud du département. Et pour les champions olympiques de la géographie, précisément à Saint-Martin-de-Lansuscle, 45 minutes plus loin. Le paysage est à couper le souffle. Le Parc National des Cévennes nous offre ici ce qu’il a de plus beau en petite route, rivière, forêt, dénivelé, panoramas, en vie sauvage et également en vie humaine.

 

Habiter les Cévennes, un sacré défi !

Si les problèmes de logement des grandes aires urbaines sont connues (trop cher, trop de vide, trop insalubre), les zones rurales n’en sont pas pour autant épargnées. Même les zones très rurales, comme c’est le cas à Saint-Martin-de-Lansuscle. Isolé et vallonné, ce village au charme fou n’est pas très peuplé et déborde pourtant d’énergie. Le dynamisme associatif de ces 190 habitants aurait de quoi rendre jaloux des villes et villages bien plus peuplés.

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Mais difficile d’y habiter quand 60 % des logements sont des résidences secondaires occupées quelques semaines dans l’année, que les prix de l’immobilier flambent, que les flancs de montagne n’offrent pas moultes possibilités de construction, ou encore que les bassins d’emploi sont au moins à 45 minutes de petites routes.

Le fait de vivre ici relève donc souvent d’un choix mûrement réfléchi et en cohérence avec un style de vie voulu.

« Ce qui est magique ici, c’est que tous les habitants partagent un point commun. C’est qu’on a tous fait le choix de venir vivre ici, ou de rester vivre ici. Et ça crée des liens, forcément, au-delà des clivages entre néo cévenols et cévenols de souche. » Laurent, membre de La Logeuse.

Alors pour maintenir l’école ouverte et plus largement le dynamisme local, la municipalité et les habitants ont compris depuis longtemps qu’ils devaient porter une attention particulière à l’accueil de nouveaux habitants. Les différentes équipes municipales qui se sont succédées ces dernières décennies ont tenté des choses sur cette question, parfois réussies. Mais un constat demeure : il est rageant de voir les maisons en vente tomber soit dans le circuit de la spéculation, soit dans celui de la résidence secondaire. L’installation de nouvelles personnes relève du casse-tête.

 

L’innovation comme résistance

En 2015, la municipalité a ouvert aux volontaires sa commission « Logement » qui travaillait déjà d’arrache-pied sur le sujet et s’épuisait. Une quinzaine de personnes s’en sont saisies en répondant présents. L’idée première était de faire un état des lieux général des espaces (chambres, maisons, jardins) disponibles à la vente ou à la location. Puis d’essayer de réserver ces logements en vente pour des personnes qui voudraient s’installer dans la région en y vivant toute l’année.

Et l’aubaine arriva. Une maison en vente, pas trop chère, avec quelques travaux. Très vite, une association se constitue dans le but de l’acquérir et de la louer à un loyer modéré.

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Avant de rencontrer des banques, les membres de l’association ont mis tout en œuvre pour collecter un maximum d’argent eux-mêmes pour l’achat et les travaux. Les dons et les prêts de particuliers, les concerts de soutien organisés dans la salle municipale, la « Fondation Abbé Pierre », la plateforme internet « Les Petites Pierres » et toutes les recettes issues de plus ou moins gros évènements ont permis de collecter 70 000 euros.

En manquait 50 000 pour acheter la maison et financer les travaux qui la rendraient belle et confortable. La « Nef » a été la seule banque à leur accorder ce prêt.

Une fois propriétaire avec un emprunt à rembourser, le but pour l’association était de réaliser les travaux le plus vite possible et à moindre frais pour bénéficier rapidement des loyers. Une énergie bénévole incroyable s’est alors déployée, comme nous le montre l’enthousiasme collectif dans cette vidéo de promotion loufoque.

Les travaux terminés et une fois passé le dur moment de la sélection des candidats, une famille emménage en février 2017. Un couple emballé par le projet de la Logeuse, qui a compris les enjeux et qui s’est très bien entendu avec l’équipe dès son arrivé. Les enfants ont rejoint les bancs de l’école.

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La mission est accomplie. Les membres de l’association peuvent être fiers d’avoir atteint leur objectif ! Mais l’histoire ne s’arrête pas vraiment là. La Logeuse doit trouver 3 000 euros par an pour finaliser les remboursements des divers emprunts en cours. Le loyer modéré ne comble pas la totalité des frais de l’association. Alors ? Dons réguliers de particuliers ? Futurs événements décalés comme l’association sait si bien les imaginer et les organiser ? Plusieurs pistes sont possibles, l’asso est sur le dossier.

 

D’autres projets pour demain

Satisfaits, même très satisfaits de cette réussite collective, la Logeuse a de nouvelles envies. Comme ça l’a souvent été démontré, le temps de construction et d’imagination des projets est celui qui fédère le plus un groupe, l’anime, l’unit, libère les idées et la créativité.

La Logeuse l’a bien compris. Toujours sur le thème du logement, elle aimerait se pencher sur de nouvelles voies possibles. Nicole, Richard, Florence, Laurent et Stéphane nous parlent, des étoiles dans les yeux, d’un hameau d’habitat léger en perspective. A l’étape de la discussion, le groupe doit encore s’accorder sur les orientations qu’il veut pour la Logeuse. Ils en sont convaincus, il faut se réunir pour parler du devenir de la Logeuse, des projets sur lesquels avancer et déployer de l’énergie. Mais l’idée de ce hameau léger semble déjà plaire à un certain nombre. Ce hameau d’habitats légers rend rêveur…

La Logeuse est donc une énergie collective dans ce petit village qui ne manque pas d’idées pour développer et entretenir une vie commune. Plusieurs espaces du village révèlent cette dynamique associative exemplaire. Une bibliothèque ouverte 24h sur 24 et auto-gérée par les habitants, un espace collectif à « la Chaloupe » dans lequel ateliers divers, conférences, projections, jeux… ressemblent en fin de semaine, ou encore le Temple protestant devenu une salle des fêtes sont les lieux de Saint-Martin qui créent une attrayante vie de village.

 

Pour en savoir plus :

La Logeuse : https://lalogeuse.wordpress.com/

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Des jeunes qui ne perdent pas le Nord !

En France, le paysage associatif souffre d’une image vieillotte, animé par des retraités, dirigé par des retraités, pour des retraités. On grossit un peu le trait, mais quelques chiffres tendent tout de même à donner une orientation.

La frange de la population la plus investie bénévolement dans les associations concerne les plus de 65 ans. Ils sont 35 % de cette catégorie d’âge à s’investir dans une ou plusieurs associations, contre 21 % des moins de 35 ans. Du côté des dirigeants, nous retrouvons en majorité des hommes de plus de 50 ans. En ce qui concerne les simples adhésions, elles concernent 26 % des 16-24 ans, contre 37 % des 60-74 ans.

Voilà pour ce qui est des chiffres ! Maintenant cassons cette image pour mettre en avant des jeunes, des super jeunes même, qui créent, imaginent, s’organisent et s’investissent dans des associations sociales, humanitaires, culturelles, environnementales. Exit les phrases toutes faites « Les jeunes, ils se mobilisent pas », les jeunes-ci, les jeunes-là, gna gna gna… STOP !

Les Parasites

Commençons par de jeunes nordistes, issus de l’Avesnois. L’histoire commence il y a quelques années sur les bancs du lycée de Landrécies. Une bande de copains se forme. Ils décident d’organiser un festival, sur leur territoire, près de chez eux. La mission est franchement réussie et le Collectif Parasites vit ainsi depuis 2011, de ses envies les plus folles.

Pour situer le contexte, c’est ici, dans le pays de l’Avesnois, que débute le film « Merci Patron ! » de François Ruffin. Il y rencontre un couple licencié par une grande entreprise de textile du milliardaire Bernard Arnault, suite à une délocalisation en Europe de l’Est. La région est un témoin d’une ère industrielle (dé)passée et ses habitants les victimes. Le constat de ces jeunes adultes surmotivés était donc un isolement croissant des personnes et une perte de confiance en eux et dans leur territoire. Les Parasites veulent dynamiter tout ça !

Trois d’entre eux se sont salariés, petit à petit, de l’association, et avec plus de soixante bénévoles, leurs activités se sont diversifiées. A travers leurs pôles « Animation / Événementiel », « Média », « Environnement et territoire » et « Atelier » , ils organisent des concerts, des ateliers vidéos, des jardins mobiles, des espaces de rencontre, des chantiers participatifs, des initiations, des ateliers de constructions, etc.

Toutes ces activités touchent un public large. Ils créent des partenariats à la fois avec les mairies, les paysans, les centres sociaux, les écoles, les petits producteurs locaux, les centres de loisirs, etc. De cette manière, ce sont toutes ces personnes et ces institutions qui se réapproprient leur territoire, leur fierté avesnoise et redonnent une dynamique propre à un territoire longtemps pensé comme enclavé.

« Ce qui fait la force du collectif, c’est sa diversité ». On ne pourrait trouver meilleure formule qui représente les activités du « Collectif Parasites ». Et ça tombe bien, puisque c’est comme ça qu’ils se définissent ! Ils sont jeunes et fous et ce que nous aimons chez eux, c’est qu’ils font ce qu’ils veulent et ce qu’ils aiment faire !

L’auberge des migrants

Nous étions déjà bien au Nord de la France dans l’Avesnois, mais si nous remontons encore un peu plus, du côté de Calais, on trouve un sacré exemple d’investissement de la jeunesse. Un lieu où on trouve un beau concentré d’énergies !

Que nous soyons en période d’effervescence médiatique, ou non, les personnes migrantes affluent à Calais toute l’année pour rejoindre l’Angleterre. De la même manière, les bénévoles s’activent pour leur fournir un accès aux soins, à l’eau, aux repas et à internet.

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Dans un immense hangar de la banlieue de Calais, ces différents collectifs bénévoles s’organisent ensemble afin de faire front collectivement à tous ces défis communs. Ils y reçoivent et y trient les dons, mutualisent les forces bénévoles, les bureaux, les contacts, les maraudes, l’organisation, etc.

Chaque jour, ils sont entre 80 et 150 à déballer, ranger, trier, porter, organiser, coudre, vérifier, nettoyer, donner, cuisiner, laver, préparer, etc. Des systèmes de rangement permettent de ranger les pulls à capuche, les pulls chauds pour l’hiver, les pulls mi-saison, les t-shirts manche longue, les t-shirts, les pantalons d’hiver des pantalons d’été, tous les types de vestes, les tentes deux, trois, quatre, cinq places, les chaussures par pointure, etc. La somme de travail est colossale afin de pouvoir fournir à chaque personne un équipement en bon état, propre et approprié selon la saison, sa taille et ses conditions de vie. Par exemple, dans le tri à la réception des vêtements, toutes les affaires fluos, ou trop voyantes sont mises de côté et redonnées à une autre association. Le quotidien d’un migrant étant fait de fuites et de cachettes, les habits les plus sombres seront les plus adaptés.

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A l’intérieur de cet entrepôt, simplement à vue d’œil lors de notre arrivée, nous constatons vite qu’au moins 90 % de cette centaine de personnes avait moins de 30 ans. Nous y avons rencontré Laure qui était présente sur les lieux depuis plus de quatre mois. Elle nous disait « C’est dingue, j’ai 29 ans, je suis presque la plus vieille ici ! ».

Tant à Landrécies qu’à Calais, ce sont des groupes de jeunes qui ont su se mobiliser massivement autour d’un projet commun, tout en étant inventifs et innovants. Ils inventent de nouvelles manières de s’organiser, de travailler ensemble et de rassembler. Alors preuve en est que les jeunes savent se bouger et même de manière collective et organisée.

Pour plus d’infos :
Collectif Parasites
L’Auberge des Migrants

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Sources : https://recherches-solidarites.org/media/uploads/la_france_associative-25-09-2017.pdf

Chronique d’un repas sauvage

Nous sommes en juin, par une belle journée d’été. Nous venons tout juste d’arriver à Caen, ville qui nous était inconnue jusqu’alors. Une fois notre camping-car stationné sur le grand boulevard qui longe la Grâce de Dieu, nous avançons à travers ces grands immeubles plus ou moins récents, délimités par de courts buissons et des places de stationnement. Quelques mètres plus bas, le cœur du quartier, la Place centrale, en travaux actuellement. Une boulangerie, une boucherie, un salon de coiffure, un bar tabac et au milieu, le restaurant « Sauvage sur un plateau ». Voilà, il est là. On en a entendu parlé depuis la Bretagne… On sait juste que c’est une association innovante, active dans la ville et incontournable.

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Sa vitrine est modeste, à peine le nom peint dessus et quelques tables à l’extérieur, sous des parasols. Des hommes du quartier y boivent un café en refaisant le monde. Et en période de Coupe du Monde, les discussions vont bon train en attendant la diffusion du prochain match sur la petite télévision de la salle de restaurant ! La demande avait été faite par une partie des bénévoles, validée à la dernière réunion hebdomadaire de programmation. C’est ce que nous expliquent Lisa, Mathieu et Violaine, les trois salariés permanents du lieu. Car ici, tout le monde peut proposer une activité, elle est exposée à la réunion du mardi, ouverte à tou-te-s, et validée ou non par le collectif présent.

De ce groupe bénévole, on en rencontre une partie à l’intérieur du restaurant. On entre par la première porte d’entrée qui donne directement sur un salon dans lequel les canapés moelleux se partagent les lieux avec un espace de jeux vidéos, le bureau des salariés, ainsi qu’une zone de gratuité. Nos regards se baladent d’un espace à l’autre, il y a tant à observer, tant de détails qui attirent notre attention. Les plantations en bac, les aromatiques qui sèchent sur un fil d’étendage, ou encore diverses brochures et documentations que l’on ne peut s’empêcher de feuilleter. Le lieu est à la fois chaleureux et captivant.

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Demi-tour sur nous-même et on se trouve devant le long bar. Au-dessus du bar sur le mur en ardoise, sont indiqués la carte des boissons, le principe de l’association, le fonctionnement du restaurant, les recettes et les dépenses. On commande un sirop de menthe et on s’installe sur un tabouret pour prendre le temps de tout lire. Ici tous les prix sont indicatifs, les clients participent à hauteur de leurs moyens et de leur envie. Les recettes permettent de payer les différentes charges et de compléter les quelques subventions perçues.

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Derrière le bar, on aperçoit les cuisines. Et là-bas ça s’active. L’heure du repas approche et tout doit être prêt. Une dernière répétition : « J’annonce deux plats du jour – il indique deux sur ses doigts – et vous me faîtes passer deux assiettes de clafoutis à la courgette », rappelle Mathieu à une bénévole qui apprend le français. Aujourd’hui, c’est lui le référent en cuisine, lui qui a imaginé le menu à partir de produits locaux ou glanés, et lui qui a guidé l’équipe de bénévoles ce matin. Un tableau est disponible en salle pour que chaque bénévole et référent s’inscrive le jour où il peut participer au repas en cuisine ou au service. Pour cela, il doit préalablement suivre une petite formation au sein du restaurant avec l’un des référents habituels pour avoir les bases du travail en cuisine ou en salle. Nous avons jeté un œil à ce tableau et le nombre de bénévoles est impressionnant ! Des gens du quartier, plus ou moins jeunes, des résidents du CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) voisin, des habitués de l’ancien local de l’association en centre ville, des gens de passage, des stagiaires ponctuels, des jeunes en service civique plusieurs mois… les horizons, les nationalités et les origines se croisent. Les accents se mélangent, les menus prennent de nouvelles saveurs, les compétences se complètent, et la magie opère !

Midi. On peut passer à table. Avant, on prend notre plateau au bar et on passe commande pour l’entrée, le dessert et le plat du jour (entre 4 et 6€ en prix choisi) ou le plat de récup’ (à prix libre). Une fois installés en terrasse ou dans la salle de restaurant, on a tout le temps pour inscrire sur notre ticket le prix que l’on veut mettre pour chaque plat servi. Le repas était délicieux et copieux. Et pour tout vous dire, on a tellement apprécié que l’on est revenu manger quelques jours plus tard…

Cette Bande de Sauvages, nom de l’association, ne s’active pas qu’en cuisine. En discutant avec les salariés, nous avons découvert la multitude de projets et d’actions qui entourent le restaurant. On les retrouve en intervention dans les écoles ou en prison à travers des ateliers d’écritures ou des animations autour de l’alimentation. Ils proposent aussi ponctuellement au restaurant des concerts, projections, AMAP, boum, conférences, troc de graines, goûters, etc. Parce qu’ils sont sauvages, ils sont nomades aussi (c’est eux qui le disent) et déplacent leur activité à bord d’une caravane. Et puis cette année, ils ont décidé d’envahir la côté bretonne ! Ils proposent un camp de vacances à prix libre sur un terrain sans eau ni électricité, avec un puits dans la clairière et une cabane en bois !

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Sauvages, fous, créatifs, malins, ambitieux, cette bande de surmotivés est bel et bien incontournable lors de votre prochain passage à Caen, ou même la meilleure raison de vous arrêter à Caen. En plus, dans les environs, on vous conseille de prendre la direction de Saint-Contest, vous avancer à « La Demeurée » et rencontrer cette autre bande de 12 coloc, pour la plupart artistes et portés par l’envie de programmer divers événements dans leur grande ferme. Ou encore de suivre la direction de Colombelles pour aller jeter un œil à la Cité de Chantier du WIP. C’est là-bas que l’on réfléchit collectivement à la future vie de cette ancienne usine de métallurgie dont il ne reste que la Grande Halle en travaux actuellement ! Bref… de quoi rassasier votre appétit de découvertes.

Pour en savoir plus :

Sauvages sur un plateau : https://www.facebook.com/sauvagessurunplateau/

La Demeurée : http://blog.la-demeuree.fr/

Le WIP : https://le-wip.com/

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Rennes, la pratique artistique pour se rencontrer.

Qui habite, ou a habité une ville, sait à quel point plus nous sommes nombreux, plus il est compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Rennes, avec ses 200 000 habitants, ne déroge pas à la règle. Dans le même temps, des structures associatives se développent dans tous les domaines pour contrer cet effet, et/ou pour préserver l’environnement, promouvoir les artistes locaux, redonner vie à un quartier, s’entraider, etc. Si Keur Eskemm a pour objet de favoriser l’interculturalité dans la vie rennaise et Les ateliers du vent de soutenir et diffuser les artistes, toutes les deux participent d’une dynamique de se faire rencontrer des gens, en se servant de l’art comme d’un simple prétexte. Reportage croisé sur ces deux actions.

Faire de l’Art pour se rencontrer ?

Donner les clés d’un local de 200m² en plein cœur de Rennes, Place des Lices, à disposition de 30 jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, et qui ont été sélectionnés pour être issus d’horizons les plus variés possibles. Et reprendre les clés six mois plus tard. C’est le projet fou et génial que tente l’association Keur Eskemm pour donner naissance au Laboratoire Artistique Populaire, le LAP.

Certains sont étudiants, d’autres travaillent, certains font les deux, quelques-uns sont au chômage ou sont accompagnés par la mission locale, et tous constituent ce groupe qui vivra plus ou moins ensemble pendant six mois. L’idée générale du LAP est de favoriser et susciter la création et l’apprentissage artistique. Quelques ateliers avec des intervenants professionnels sont prévus par l’association, et charge au groupe de jeunes d’en prévoir d’autres, entre eux ou non, s’ils le désirent.

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Les différences de parcours et la dizaine de nationalités représentées rendent cette aventure unique pour chacun. Tous y côtoient des jeunes qu’ils n’auraient rencontré nulle part ailleurs. Ils n’ont aucune connaissance en commun, n’habitent pas le même quartier, n’écoutent pas la même musique, sont passionnés par des choses différentes, mais ici, au LAP, l’un va apprendre à l’autre à faire de la gravure sur TetraPack. De la quoi ??

C’est l’atelier auquel nous avons participé pendant leurs portes ouvertes, point d’orgue et point final de leur résidence de six mois entre ces murs. Durant ces quelques jours, ils présentent au public tout ce qu’ils ont appris et fait ensemble. Les visiteurs ont le droit à une visite guidée du lieu par ceux qui l’ont fait vivre, et à un atelier. Aujourd’hui, c’était gravure sur TetraPack. Explications : prendre une boite de lait et faire un dessin au feutre ou au crayon sur la partie grise, la partie intérieure. Repasser les traits à la pointe sèche ou au cutter, sans toutefois traverser le carton, seulement pour créer un petit sillon. Y étaler énergiquement une peinture bien grasse, spéciale linogravure, jusqu’à la faire pénétrer dans les sillons formant le dessin, et la faire disparaître des surfaces lisses. Nous avons notre modèle. Ensuite, il suffit d’insérer ensemble notre modèle et notre support final (une feuille de dessin) dans un appareil à faire des pâtes fraîches. La pression exercée viendra appliquer la peinture contenue dans les sillons du TetraPack vers notre feuille de papier à dessin.

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Sur les trente jeunes qui constituent ce groupe, les savoirs de ce type peuvent être très nombreux ! Mais un groupe a également besoin de s’organiser pour vivre, manger, prendre des décisions, faire le ménage, etc. C’est aussi un des grands aspects de cette expérience : apprendre à faire ensemble tant sur les pratiques artistiques en se transmettant des savoirs et techniques, que sur la vie en collectivité. A cet effet, le groupe de cette année a produit un petit guide sur les différents outils qu’il ont testé et mis en place pour s’organiser ensemble.

Ou bien, se rencontrer pour faire de l’Art ?

Plus à l’Ouest dans la ville, l’association « Les Ateliers du Vent » est installée dans une ancienne usine à moutarde du quartier Arsenal Redon. L’association est créée dans le milieu des années 90 de la réunion de copains étudiants désireux d’inventer un lieu de création et de diffusion de la culture. Cet espace se voulait être « hors cadre » et non institutionnalisé afin de décloisonner les pratiques artistiques de ses carcans traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, la structure œuvre aussi bien dans le soutien à la création, que dans la diffusion de ses artistes associés, ou encore dans l’expérimentation citoyenne par la participation des habitants de ce quartier en cours de rénovation.

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Nous y sommes allés un jeudi soir, à l’occasion de la restitution publique des travaux menés par les participants des Ateliers de Création Libre, les ACL. Le micro résonne un peu dans ce grand rez-de-chaussée aux murs blancs qui servent aux expositions, aux installations et diverses présentations. La vingtaine de personnes présentes est debout et écoute les cinq présentations successives des cinq personnes qui ont eu à travailler ce mois-ci sur le thème « Quelle heure est-il, Madame persil ? ». Les résultats sont variés ! Car les raisonnements de chacun sont partis de points très différents. L’une d’entre elles a créé un petit jeu visuel mettant en avant l’incongruité de cette petite comptine qui fait se répondre deux personnes s’appelant successivement Mme Persil, puis Mme Chaussure ainsi que Mme Placard qui devient Mme Piment deux vers plus bas. Une autre a requestionné notre rapport au temps toujours plus court, compressé et oppressant dans un texte vindicatif qu’elle nous a lu, pendant qu’un troisième participant a créé une machine loufoque capable de nous prédire l’heure de notre mort en touchant un cintre d’une main et une botte de persil d’une autre.

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Tous ces travaux individuels sont le résultat d’une réflexion de groupe qui a duré un mois. Tous les mercredis à 19h, ils se retrouvent autour de quelques pizzas afin d’imaginer des travaux qu’ils pourraient développer individuellement ou en groupe. Les ACL sont ouverts à toute nouvelle personne. L’adhésion à l’association, cinq euros, est obligatoire et en avant pour l’aventure ! Certains sont des artistes professionnels ou amateurs et prennent ces ateliers comme un moyen de travailler et d’entraîner leurs réflexions librement. D’autres ne le sont pas du tout, mais saisissent cette opportunité pour élargir leurs cadres de réflexions habituels. Réfléchir à d’autres choses, autrement, avec d’autres personnes, ailleurs. En somme, comme au LAP, c’est de la rencontre et de l’échange que naissent l’évolution et l’émancipation de chacun.

Et si, afin de mener un travail d’éducation populaire encore plus ambitieux, les structures se mettaient en lien comme elles invitent ses adhérents à le faire entre eux ? Et si le rendu mensuel des ACL se faisait dans les locaux du LAP ? Et si le LAP se déplaçait les mercredi soir aux ACL ? Et rêvons même encore plus grand à Rennes avec Chahut, l’Elabo, Au bout du plongeoir, etc…

 

Pour plus d’infos :

Les Ateliers du Vent
Les ACL de La Sophiste

Keur Eskemm
Le LAP

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A La Cimenterie, l’histoire commence…

Le Golfe du Morbihan a cette réputation d’être la partie riche de la Bretagne et souvent peu habitée à l’année. Quelques villes font exceptions. Nous avons d’ailleurs découvert l’émergence d’une aventure dans l’une de ces communes qui se compose principalement de résidences principales, mais dont le manque d’activité et d’espaces communs devenaient un poids pour ses habitants. Nous avons vécu un moment clef à La Cimenterie, lieu dédié à cette aventure.

A Theix-Noyalo, la mairie a un projet d’aménagement urbain. Elle envisage la construction de 1000 nouveaux logements individuels et groupés, et d’un quartier alternatif composé d’habitats légers, mobiles, d’auto-construction et d’habitats partagés. Dans ce cadre, elle rachète également le terrain de la cimenterie qui a cessé ses activités il y a quelques années.

L’ambition affichée est alors d’en faire un espace au service des arts de la rue, d’un lieu de convivialité et de rencontre pour répondre aux envies et besoins sur le territoire. La Cimenterie devrait devenir le théâtre commun de ces volontés.

Mairie rencontrée et partenaires potentiels contactés, l’association TAV signe une convention de 50 000 euros annuels avec la mairie pour le lancement et la mise en œuvre de ce projet. Les Jeudis de la Cimenterie sont alors créés pour réunir une fois par semaine les personnes qui veulent s’investir dans l’élaboration et l’animation de ce lieu immense. Le 10 mai dernier se tenait la première d’entre elles.

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L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale : aujourd’hui on pose la première pierre d’une réflexion commune sur les envies que nous donnent ce lieu.

Alors que Samuel prend la parole, après un mot d’introduction de François, Président de l’association TAV, la quarantaine de personnes présentes est studieuse et attentive. Samuel présente l’association TAV, le projet de La Cimenterie, puis les quelques événements ayant déjà animé le lieu pour le faire connaître ces derniers mois.

Benoit Rassouw poursuit avec une présentation de son activité de préfiguration urbaine, notamment au sein de l’association Yes We Camp. Le Banya Tour, Les Grands Voisins… l’artiste plasticien donne à voir ce qu’il est possible de proposer en termes d’occupation et d’aménagement de l’espace, de manière collective.

Nous intervenons ensuite rapidement sur notre tour de France, les différents lieux similaires rencontrés, et surtout sur les différents modes d’organisation qui s’offrent à eux en termes de gouvernance et d’organisation interne, selon les différents exemples que nous avons déjà découvert.

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La quantité d’informations reçues en une heure était conséquente. Les esprits avaient été mis à rude épreuve et Samuel profite de ce moment pour en tirer pleinement profit en proposant un petit exercice de groupe fort intéressant : chacun écrit sur un papier qu’on lui fournit, ce qu’il sait faire d’un côté et ce qu’il a envie de faire de l’autre. Quelques minutes de réflexion plus tard, les papiers sont mélangés et redistribués au hasard. Chacun se retrouve alors avec les savoirs et les envies de quelqu’un d’autre. Le but est de les lire à l’assemblée et de trouver son auteur dans la salle. Celui-ci peut alors s’exprimer et développer ses quelques lignes. Il récupère son papier, y inscrit ses coordonnées au dos, et le glisse dans la grande boîte des idées.

Léa, membre du TAV, se fera un plaisir le lendemain de toutes les rassembler et les mettre en commun !

Quel moment rare et précieux ont-ils partagé ce soir-là !! Si nous parlions de la préservation de nos espaces communs à Brest il y a quelques jours, le projet étant ici communal, il ne correspond pas exactement aux mêmes logiques. Toutefois, il a ça en commun avec eux qu’on peut y voir comment un groupe de personnes peut se surpasser et même créer une magie collective quand il a un objectif et un rêve commun.

La Cimenterie dispose à cette heure-ci devant elle d’une multitude de chemins de vie possibles. Le choix de l’un ou l’autre dépend en grande partie du groupe d’habitants qui s’en saisira. Et chaque personne l’intégrant lui donnera une teinte, une orientation, une forme, ce qui mènera chaque groupe constitué autour du projet à en faire quelque chose de différent.

Ce jeudi 10 mai, nous avons eu une première esquisse des personnalités présentes, donnant un premier aperçu du groupe en formation, et ainsi une idée de La Cimenterie qu’ils pourraient construire ensemble.

Ce soir-là à La Cimenterie ils ont rêvé sur leurs petits papiers de jardin collectif, de dépassement de la matrice pour les ambitieux, d’espace de création collective, d’envie d’apprendre aux autres et d’apprendre des autres, de ciné débat, de recyclerie, de bar, de café philo, de bricolage, de méditation, etc. Les envies et les savoirs fusaient. Ils se croisaient parfois, interrogeaient l’assemblée, la faisaient rire, suscitaient une discussion, et plus que tout, faisaient vivre le groupe.

La première pierre de la nouvelle Cimenterie a ainsi été posée. Et bien posée. De nouvelles pierres devront être posées ces prochaines semaines et ces prochains mois. Non pas pour faire un mur, mais pour construire un édifice ensemble capable d’accueillir les velléités de chacun dans toute leurs singularités. Bonne route les amis !

Photo prise par Mélissa Jallé.

Pour en savoir plus :

La Cimenterie : https://www.facebook.com/LaCimenteriePetitPlaisance/

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Radio Pikez, hauts-parleurs d’une vie brestoise.

Le quartier Saint-Martin, c’est comme un village dans la ville. Un quartier vivant, militant, historique, au cœur de Brest. C’est un quartier qui a une âme, qui a quelque chose à raconter, sur Radio Pikez ou au détour d’une rencontre. Nous y avons passé quelques jours au mois d’avril. Voici ce qu’on a découvert…

Lundi matin, l’émission « La Midinale » sur Radio Pikez va commencer. Deux heures de direct. On parle agenda culturel, actualités et rencontres. On entre dans le studio, c’est-à-dire dans le salon d’un appartement. Autour de la table et des micros, Cat, Pierre et Thomas accueillent les invités et expliquent rapidement les différentes parties de l’émission. L’ambiance est décontractée. On se sent comme chez les copains. Installés dans le canapé, on a le temps de reprendre notre souffle, après avoir couru dans les rues pour rejoindre le groupe. Ce sont les étudiants de l’AG de lutte qui interviendront en premier. Ils annoncent les prochains rendez-vous et les dernières infos sur l’occupation de l’université de Brest. Pause musicale. Il n’est pas loin de 12h, c’est à nous de prendre place, de visser les casques sur nos oreilles, de régler les micros et de partager notre expérience sur les routes de France. On raconte notre aventure. Radio Pikez, c’est ça, une webradio qui invite les gens à parler, à causer ensemble. Brestois(es) ou gens de passage, la parole est libre.

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Ici personne ne joue l’expert, tout le monde se forme à la radio au fil du temps. Et puis ce sont les expériences de chacun et leur opinion qui enrichissent le débat. L’objectif est clair : donner la parole au plus grand nombre. Faire vivre la vie locale, apprendre des expériences de chacun, partager des savoirs, s’amuser et donner à entendre des émissions que l’on ne retrouve pas sur les radios traditionnelles. A Radio Pikez, on parle d’amour, de mots, de jeux, d’actualités… à travers des émissions en direct qui ponctuent la playlist éclectique en continu toute la journée. Comme son nom l’évoque en breton, son ton impertinent, drôle et chipie, à l’image de cette pie masquée, font sa particularité.

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Ce jour-là, Pierre s’exprime sur les dégradations survenues la nuit même sur le local de campagne de la République en Marche installé depuis peu dans le quartier. Ou plutôt sur le tweet du député qui s’offusque de tant de violence à l’encontre du parti. Qui du tag en rose sur un local de campagne ou de la loi asile-immigration incarne la plus grande violence ? Et plus largement, qui d’une cabane construite dans un champ aux abords de Nantes ou de 11 000 grenades lacrymogènes tirées en quatre jours incarne la plus grande violence ?

Arrêt sur Image, Lundi matin ou encore Ouest Torch sont cités ce matin-là, comme références d’une information libre, indépendante, impertinente, drôle, …

Parties d’une idée entre copains, la webradio et l’association ne cessent d’accueillir de nouveaux « Pikez » (comme ils aiment à s’appeler) depuis trois ans déjà. Tous bénévoles, les Pikez sont autant actifs dans la programmation musicale, dans les propositions d’émissions, que dans l’organisation d’événements ponctuels. Ce média libre revendique son indépendance en fonctionnant sans subvention ni publicité. L’activité repose sur l’autofinancement, à partir de dons et de recettes lors de différents événements, notamment leur kermesse tant attendue au mois de septembre. De plus, c’est en toute transparence qu’ils s’organisent. Des comptes rendus de réunions aux supports audio, on peut tout retrouver sur leur site internet en libre accès.

En résumé, une bande de copains qui s’agrandit, une webradio, un ton décalé et chaleureux, une énergie communicative, Radio Pikez a toute sa place dans ce quartier si singulier de Brest.

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Mardi soir, au Mouton à cinq pattes, Place Guérin, place centrale du quartier Saint-Martin. On s’est donné rendez-vous là avec une partie de l’équipe Pikez. On s’installe, on commande à boire et les discussions s’enchaînent. On refait le monde et on croise du monde. Les habitants du quartier aiment se retrouver dans ce café culturel et solidaire ! Et puis, faut dire que la bière locale est bonne, les produits sont frais et bio, l’ambiance est conviviale et la programmation du tonnerre. Tout le monde a l’air de se connaître, et si ce n’est pas le cas, on vous cause facilement. Nous étions donc en train de bavarder, quand la pluie nous a fait nous installer à l’intérieur où les clients se sont groupés. On ne perd pas le fil, on parle éducation populaire, monde du travail, vie associative… Cat nous raconte l’histoire de Saint-Martin et la vie de quartier qui le rend unique dans la ville. Alors forcément, on vient à parler de la salle de L’Avenir, en face de nous.

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Cette salle emblématique de la Place Guérin est devenue le symbole d’une réappropriation de nos espaces face aux projets inutiles et non concertés des dirigeants. La municipalité veut en faire une voie de gentrification à travers la construction de nouveaux logements par exemple, pensant mieux connaître les besoins et les attentes de la population sans même lui demander son avis. A cela, les habitants répondent par une occupation culturelle, artistiques, populaire et massive de cet espace ancré dans le paysage depuis 1898. Depuis deux ans, le collectif « Pas d’Avenir sans Avenir » propose des activités, ouvre les portes à d’autres collectifs, et poursuit l’occupation de cet espace détruit par la mairie entre temps. Festivals, jardinage, projections, concerts, repas… animent le lieu ouvert à toutes et tous.

Les actions, collectifs, lieux et associations que nous mettons en avant chaque jour mériteraient tous une Radio Pikez sur leur territoire ! Quand nos classes sociales n’ont pas la main sur les médias traditionnels, elles en fabriquent d’autres pour se donner la parole, et s’offrir cet espace de dialogue et de diffusion. Radio Pikez est donc un haut parleur vivant de la vie festive et militante de Brest, au cœur du quartier Saint-Martin. Connectez-vous et laissez-vous emporter !

 

Pour en savoir plus :

Radio Pikez : http://www.pikez.space/

Le Mouton à cinq pattes : https://www.lemouton5pattes.fr/

« Pas d’Avenir sans Avenir », à lire un article pour connaître l’histoire en détail : https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article866

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