Immersion au Garage Moderne, un garage associatif pas comme les autres !

Le budget alloué à la voiture dans les ménages français est en constante augmentation. Les garages associatifs en constituent une alternative en pleine mutation. Installé dans une imposante friche industrielle, véritable cathédrale d’une ère industrielle passée, le Garage Moderne est la mémoire vivante du passé ouvrier de Bacalan, un quartier en pleine mutation, en pleine rénovation. Non sans mal, le garage traverse les époques et les ambiances de ce quartier, dont il reste l’un des derniers témoins de ce passé si proche, et déjà si lointain.

Garage participatif, Kézako ?

Les garages associatifs sont également appelés garages solidaires, ou garages participatifs, mais ces trois dénominations ramènent à la même idée et à la même manière de faire.

GARAGE

Comme dans toute association, pour se rendre dans ce genre de garages et pouvoir bénéficier de ses services, il faut d’abord adhérer à l’association et régler la cotisation annuelle. Généralement, pour ce genre de services, elle se situe autour de 50 euros.

Une fois adhérent, il est possible d’y réparer sa voiture avec tout le matériel d’un garage traditionnel, avec l’aide d’un mécanicien professionnel. Ce dernier sera présent à toutes les étapes (diagnostic de la panne puis réparation) pour aider, et faire avec. L’objectif sera alors d’apprendre pourquoi la panne est intervenue et comment la réparer. Changer un embrayage, ses disques et ses plaquettes de frein, ou simplement faire une vidange devient un jeu d’enfants ! 😊

On peut aussi faire réparer son véhicule, comme dans un garage classique. On laisse son véhicule et on le récupère plus tard en état de marche. A la différence qu’au vu de la forme associative du garage, les coûts en seront réduits, jusqu’à 40% moins chers.

Attention toutefois à ne pas les confondre avec les « Self garage ». Ces derniers proposent de louer les outils, l’espace, un pont si besoin, et laissent la personne réparer son véhicule seule. Aucune aide technique n’est proposée, et ces garages ne sont pas sous forme associative.

Solidaires à plus d’un titre !

Ces garages d’une nouvelle forme ont connu un essor au début des années 2000, et un développement croissant jusqu’au milieu des années 2010. La difficulté actuelle rencontrée par ces organisations est la même que toutes les autres entreprises d’insertion : la réduction des subventions publiques.

En effet, le volet « solidaire » de ces garages s’exprime à première vue par des tarifs permettant aux plus précaires d’y avoir accès, ainsi que par une volonté marquée de participer à l’insertion de publics précaires, éloignés de l’emploi et peu qualifiés. Les contrats d’insertion permettent donc d’employer ces publics plus facilement grâce à une aide financière de l’Etat.

Ainsi, le Garage Moderne a pu avoir jusqu’à 35 salariés à la fin des années 2000. Aujourd’hui, les subventions publiques sur ce genre de contrats s’amenuisant, leur modèle économique ne peut plus l’assumer et ils abandonnent cette optique d’insertion. Ils sont aujourd’hui toujours 8 salariés, en contrat de travail plus classique, en CDI. Il a tout de même reçu un soutien de poids, avec la commune de Bordeaux, qui s’est portée acquéreuse du bâtiment à la vente de ce dernier il y a quelques années. Ce signe de soutien de la commune a pu rassurer autant les habitants quant à la survie du lieu, que les banques et les administrateurs quant à sa viabilité économique. L’association bénéficie d’un bail emphytéotique de 12 ans avec un loyer modéré.

Au Garage Moderne : voitures et vélos, mais aussi bar, concerts, expos & Cie !

Le Garage Moderne est un de ces garages associatifs. « Poumon économique » du lieu, le garage pour voitures n’est pas la seule activité. Sur le même principe que les voitures, un garage à vélos prend également place. On peut y acheter un vélo d’occasion, réparer le sien, ou le faire réparer.

Mais ce n’est pas tout, l’imposante cathédrale industrielle dans laquelle est installé le Garage Moderne laisse la possibilité aux imaginaires les plus débordants de s’exprimer.

Les 15 mètres sous plafond et les quelques 2 500m² du bâtiment rendent ce lieu « unique, qui parle à l’imagination, la stimule, impressionne sans intimider, et donne chaque jour des preuves de sa capacité à accueillir les projets les plus divers et les plus inattendus ».

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Alors il n’y fait pas que de la réparation de vélos et de voitures, mais il y accueille également des artistes en résidence, des expositions, des concerts, des marchés des créateurs, des apéros concerts, des projections de films, etc. En somme, tout ce qui peut rassembler les habitants d’un quartier et se faire croiser ceux qui ne l’auraient pu ailleurs. Le bar et la partie restauration veilleront à ce que les convives ne manquent ni à boire ni à manger !

Bacalan, toute une histoire…

Le Garage Moderne a ouvert en 2003 en plein cœur du quartier de Bacalan. Anciens marécages, Bacalan se développe aux XIXe et XXe siècles au rythme des chantiers navals qui gagnent les bassins à flots, et de la Révolution Industrielle qui fait croitre les industries aux abords des ports grandissants. Ainsi, une population ouvrière vient s’installer peu à peu dans ce quartier Nord de Bordeaux, sur la rive gauche de la Garonne.

Relativement éloigné géographiquement du centre-ville, ce quartier portuaire centralise autour de lui, bien malgré lui, toutes les peurs et les frustrations d’un monde urbain. « Pauvreté », « violence », « misère », « insalubrité », et autres « insécurité » vont devenir au fil du temps les qualificatifs récurrents des médias et des bordelais pour qualifier ce quartier excentré. Les associations de quartier et les habitants s’en défendent vertement mettant plutôt en avant la solidarité et la vraie vie de quartier s’y développant.

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Bacalan n’échappera pas au phénomène de gentrification (embourgeoisement soudain d’un quartier populaire, conjugué à une hausse importante du prix de l’immobilier) du quartier voisin. Ainsi, le début des années 2000 voit les premières friches industrielles être détruites, et peu à peu tout le patrimoine de cette époque et de cette histoire s’effondrer. Au milieu de ce grand chambardement, un bâtiment résiste, et s’érige par la force des choses en véritable institution du quartier. Lieu de fête et de rencontres, le Garage Moderne installé dans cet ancien atelier de constructions mécaniques est à la fois témoin de l’âme de ce quartier, et véritable catalyseur de cette nouvelle mixité.

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Ce rôle de témoin et de catalyseur prendra la forme, dans le courant de l’année 2018, d’une exposition murale retraçant toute l’histoire du quartier. Sa transformation allant bon train, la façade Ouest du Garage s’est retrouvée attenante à une petite place piétonne et arborée, donnant sur deux résidences neuves. En partenariat avec la Mairie et les associations du quartier comme l’Amicale Laïque les murs du Garage Moderne accueilleront une exposition permanente rappelant ainsi aux passants et habitants l’histoire du quartier et du lieu.

Pour les curieux, il est un outil en or pour apprendre auprès d’un professionnel. Pour les habitants de Bacalan, il est un repère où réparer sa voiture, rencontrer des gens du quartier, découvrir des artistes bordelais en tous genres, et militer pour une survie de l’âme qui a fait ce quartier. Et c’est pour toutes ces raisons que nous avons eu un vrai coup de cœur pour cet immense hangar atypique et ce décor unique !  

 

Pour en savoir plus : http://legaragemoderne.org/

https://www.facebook.com/LeGarageModerne/

 

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Ils réinventent le supermarché, plus humain et plus juste !

Supermarché auto-géré, Amap 2.0, nouveau modèle de consommation… Les supermarchés coopératifs prennent de l’ampleur dans les grandes villes françaises. Formule émergente dans l’esprit de certains d’entre nous depuis plusieurs années en France, elle se voit concrétisée par l’ouverture progressive de ces supermarchés aux quatre coins du pays. Tous ont fait le pari de rendre ses membres acteurs de leur consommation. C’est d’ailleurs ce qui fait battre le cœur de tous les coopérateurs de SuperCoop, installé à Bègles, dans la métropole bordelaise.

Faisons un bref voyage dans le passé…

Si on reconnaît aujourd’hui Park Slop Coop Food comme le modèle par excellence tant il a inspiré à travers le monde en traversant les années – il existe depuis 40 ans -, les premiers supermarchés de consommateurs sont apparus en Angleterre dès le milieu du 19ème siècle. La « Société des équitables pionniers de la Rochdale » située à Manchester rassemble dès 1844 des ouvriers qui jettent les bases de ce type de coopérative. Fondée sur la volonté d’obtenir des prix justes, de s’organiser en dehors des circuits de la grande distribution classique, en plus d’une répartition des bénéfices entre sociétaires et de principes démocratiques (une personne = une voix), elle fait parler d’elle et s’exporte à travers le globe.

Ainsi, à Paris, les coopératives de consommateurs connaissent leur apogée courant du 20ème siècle. Elles rassemblent 200 000 adhérents en 1880. Mais petit à petit, le système bat de l’aile et voit son activité s’essouffler. En 1908, Joseph Cernesson en détaille les raisons dans la Revue des Deux Mondes : organisation qui se dégrade, moins de choix, moins d’hygiène, moins de bénéfice. Toutes ferment les unes après les autres, aussi face à la propagation des hypermarchés et supermarchés dans le paysage.

Park Slop Coop Food, le nouveau modèle

C’est donc un renouveau qu’engage le Park Slop Coop Food à l’ouverture de ses portes en 1973, à New York. Il ajoute un volet participatif à ce modèle alternatif. Ici, chaque sociétaire donne la main à la patte et offre 3h de son temps par mois pour faire fonctionner la boutique et donc réduire les coûts de fonctionnement. Poursuivant les mêmes objectifs qu’à l’origine, s’ajoute une envie de solidarité, de partage et de relations humaines. Les coopérateurs de Park Slop Coop Food, parfois membres depuis des années, voire des dizaines d’années, expliquent qu’ils ne pourraient désormais plus envisager de faire leurs courses dans un autre commerce. Les relations sociales qui s’établissent mêlées à la qualité des produits disponibles à des prix accessibles expliquent ce ressenti singulier. D’ailleurs, forte de son succès, la coopérative regroupe plus de 16 000 membres, ne pouvant plus en accueillir de nouveaux pour le moment. C’est donc sur liste d’attente que les new-yorkais s’inscrivent.

Coup de projecteur en France

Ce modèle alternatif fait des émules et se propage encore une fois. En France, les supermarchés coopératifs fleurissent dans toutes les grandes villes depuis peu, certains ont ouvert leurs portes courant 2017, d’autres prévoient une ouverture pour 2018. Le site http://consocollaborative.com propose une carte de France de ces nouveaux lieux tels que : la Louve à Paris, la Cagette à Montpellier, Otsokop à Bayonne, La Chouette Coop à Toulouse, ou encore Scopéli à Nantes.

En Nouvelle-Aquitainte, Anne Monloubou est à l’initiative du projet de supermarché coopératif imaginé dès 2014. Elle est l’actuelle Présidente des « Amis de SuperCoop », l’association qui porte ce projet.

Objectif de SuperCoop : ouvrir un supermarché

Depuis 2017, l’épicerie du 1 place du 14 juillet s’anime tous les soirs de la semaine et le samedi à l’image d’une répétition générale, où les acteurs apprennent à jouer ensemble, à maîtriser de mieux en mieux leurs activités, à comprendre tous les enjeux, en vue de l’ouverture prochaine d’un local plus grand dans Bordeaux.

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Grâce à sa campagne de financement participatif, SuperCoop semble avoir trouvé le local qui lui convient après plusieurs mois de recherche et de collecte. Avec 400 m² de vente proche des quais et des rames de métro, SuperCoop prend de l’ampleur.

Mais c’est quoi être un coopérateur ?

Un coopérateur est une personne qui peut faire ses courses dans le supermarché coopératif parce qu’il a pris part au développement de celui-ci en participant :

– au financement : par l’achat de dix parts à 10€, soit un investissement de 100€ à vie. Les personnes bénéficiant de minimas sociaux peuvent n’acheter qu’une seule part pour 10€.

– au fonctionnement : en donnant 3h par mois aux côtés des deux salariés de SuperCoop.

– à la gouvernance en partant du principe que chacun est utile, que chacun peut éclairer le groupe de ses compétences et en développer de nouvelles.

Attirer de nouveaux coopérateurs

Pour accroître le capital et permettre au groupe de ne pas s’essouffler, il faut gonfler les rangs ! Faire entrer dans la ronde de nouveaux membres. Il en faut 1200 pour une viabilité totale du projet et poursuivre les objectifs. Aujourd’hui, SuperCoop compte 400 coopérateurs qui font vivre le projet et l’épicerie.

Mais comment on s’organise à 400 ?

En apprenant le nombre de coopérateurs et que la liste n’avait pas atteint son maximum, la première question qui vient est celle de l’organisation de la gouvernance. Venus de tous les horizons professionnels et sociaux, les coopérateurs s’organisent dans des groupes. Fondé sur le système de l’Holacratie (voir article sur Kacalou), chaque groupe fonctionne en autonomie sur sa thématique : achat, ressources humaines, communication, comptabilité, etc. et les représentants de ces groupes se réunissent régulièrement en comité de pilotage pour exposer leur avancée et leur travail. L’épicerie de Bègle devient alors un parfait outil d’apprentissage avant l’ouverture prochaine d’une plus grande surface.

Trouver le prix juste

L’un des objectifs poursuivis par les supermarchés coopératifs, depuis leurs origines, est de proposer des produits aux prix justes et bas. Pour fixer un prix juste, un travail de collaboration relie producteurs et coopérateurs. C’est rémunérer les producteurs selon le coût réel des produits. C’est ne jamais tirer les prix vers le bas, comme on sait être un sport répandu dans la grande distribution.

Et dans la pratique :

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* Les prix sont moins chers de 20 à 40 % que dans les magasins spécialisés

Acheter des produits de choix

Sur le modèle du circuit-court, SuperCoop se fait une règle d’or de proposer des produits bio, locaux et étiques. Entendez par éthique, que les membres de la coopérative sont très attentifs à la provenance des produits et à leur production. Ils essaient, dès que leurs disponibilités le leur permettent, de se rendre dans les fermes et autres lieux de production. Sur place, ils veillent à la qualité du produit dans sa chaîne de fabrication et sont également attentifs au bien-être des salariés qui y travaillent.

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Dans cet esprit, les membres de la coopérative souhaitent que l’offre qui leur est faite respecte également le coût écologique. Parce que l’intérêt du produit local, c’est aussi réduire les distances physiques entre les producteurs et les consommateurs. Alors le groupe achat et les producteurs réfléchissent ensemble à une organisation qui optimise les trajets de ces derniers. Ils établissent, dès que cela est possible, un planning pour que le jour de dépôt des produits corresponde à leur tournée des autres lieux de vente dans le secteur géographique.

Et si on discutait en plus d’acheter ?

Consommer autrement, c’est donc consommer sainement avec le souci de la qualité des produits, en plus d’être dans une dynamique sociale différente de celle que l’on connaît dans les grandes surfaces où l’on se croise sans se voir, ni se parler…

En ce sens, SuperCoop, vous l’aurez compris, n’est pas qu’un simple espace de vente, il permet aussi les rencontres. C’est comme ça, qu’un salon de thé (Le Buro des possibles) est né d’une rencontre entre deux membres de l’épicerie, ou que des amitiés ont vu le jour. Une belle aventure que les coopérateurs racontent avec délice. Comblés par le projet, ils aiment en parler et le partager.

Si vous avez des questions supplémentaires, si vous êtes intéressés par le projet, si vous voulez devenir coopérateurs à votre tour, les adhérents de SuperCoop animent des réunions publiques toutes les semaines dans la métropole. Les dates sont à retrouver sur leur site internet. 

 

Pour plus d’infos : http://supercoop.fr/

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Ricochet Sonore, pour que les notes s’échappent de la partition !

« Vous pouvez même arracher les fauteuils si vous voulez, on a l’autorisation, allez-y ! » lance Pierre (déjà il a un prénom de caillou et il fonde Ricochet Sonore, le mec semble avoir de l’humour !) après avoir annoncé le lancement de Yo Voy Ganao de Systema Solar. Arrivés un peu en retard et installés au balcon, on se penche pour observer l’auditoire qui semblait avoir ri de la boutade. Surprise, que des cheveux blancs. L’auditorium Jacques Brel de la bibliothèque Mériadeck n’est pas plein, mais une petite trentaine de bordelaises et bordelais se sont déplacés en ce mardi matin pour cet « Explora’Son » qu’anime Pierre. Sur le mode d’une conférence (mais conférence décontractée), nous voyageons à travers la Colombie et ses musiques, ses styles, son histoire, ses régions, et les blagues de Pierre.

Trois mecs, deux nanas, et un café.

Nous découvrons ou redécouvrons Nidia Gongora, Toto la Momposina, Systema Solar, Rodolfo y su tipica, etc. Pendant deux heures, Pierre nous parle en ayant l’air d’être aussi à l’aise sur des groupes traditionnels des années 30, leur histoire et leur ADN musical, que sur Quantic, des musiques électro plus modernes ayant repris l’essence des musiques traditionnelles colombiennes. Pourtant, il nous dira plus tard que cet exercice n’est pas son préféré, et que c’était une première. Car s’il y avait autant de cheveux blancs dans la salle, c’est que l’animation était commandée par le Pôle Séniors de la ville de Bordeaux. Les « Mardis de la musique » réunissent un professionnel du secteur musical, un style qu’il connait, et un public de personnes âgées bordelaises. Et on dirait qu’après trois ans d’existence, Ricochet Sonore commence à jouir d’une certaine renommée et d’une certaine reconnaissance puisque c’est le service communal qui est venu démarcher l’association pour l’animation d’un de ces mardis.

L’auditoire a semblé intéressé, et même conquis, mais revenons plus en arrière pour comprendre ce qu’est Ricochet Sonore, qui sont Pierre, Arnaud, Léo, et Cyrielle, et ce qu’un café fait au milieu de tout ça…

Au détour d’une discussion, Pierre nous raconte qu’« en fait, Ricochet Sonore ce n’est pas seulement le début de quelque chose, c’est surtout un aboutissement. » Parce que comme chez les bouddhistes, sans le savoir, l’association a eu plusieurs vies avant de revêtir cette apparence et de porter ce nom. En premier, elle fut un rêve de gosses, de copains de lycée qui après un voyage en Allemagne pour un festival dont ils ont découvert la recette outre-Rhin, décident de faire pareil, chez eux dans leur campagne girondine. Ce n’était pas une idée en l’air ! (Première !) Et ça marche ! La petite bande se démène, travaille d’arrache-pied pour proposer en milieu rural un festival de musiques actuelles. Une des dernières années, le Festival des Confluences voit 5000 personnes se presser pour venir voir jouer des artistes à la renommée de plus en plus importante comme Chinese Man ou Les Wampas. Mais l’expérience ne comble pas ses fondateurs et le festival met la clé sous la porte quelques années plus tard.

Les projets musicaux persos… Les aventures professionnelles de chacun… Les cheminements personnels… La vie suit son cours. Nos copains de lycée ne se perdent pas de vue, et sans le savoir encore ils préparent la réincarnation des Confluences…

Les projets musicaux et professionnels de chacun évoluent, et tendent à se recroiser petit à petit autour de concerts en appartement qu’ils organisent dans Bordeaux, chez des particuliers. Parallèlement, ils réalisent que l’activité qu’ils sont en train de développer et l’expertise qu’ils sont en train de se forger aussi bien dans le domaine musical et culturel, que dans le domaine de l’animation et de l’éducation populaire formeraient un mariage d’amour idéal, qui leur permettrait peut-être de redonner un sens à leurs pratiques professionnelles.  Ce n’était pas une idée en l’air ! (Deuxième !)

Il y a des jours où on sent qu’on tient une bonne idée, on sent qu’on a une idée à développer, une idée qui nous intéresse, il faut qu’on la travaille ! Pierre et Arnaud ont mesuré cet instant de gravité, ont laissé les bières au frigo, et ont commandé un café. A la fin de l’après-midi, ils posent sur papier ce qui mijotait dans leurs esprits depuis quelques temps, et c’est parti ! Ils peuvent, savent, et veulent faire des animations musicales en tout genre (Quiz, DJ Set, Explora’Sons, etc.), des concerts en appartement, et des ateliers de pratique musicale (découverte ou initiations collectives). Ils voulaient mettre de la musique partout, de la musique pour tous… Yalla !

Un an plus tard, ils en étaient tous les deux salariés, et encore un an plus tard ils embauchaient Léo en stage, maintenant en CAE. Léo, c’est le jeune sorti des études qui ne connait pas encore le projet, et qui va pouvoir lui insuffler une énergie nouvelle, lui donner une nouvelle dimension. Trois salariés, ça bosse énormément. Mais forts de leurs expériences associatives passées, le volet bénévolat et l’investissement citoyen leur semblait manquer au projet de Ricochet Sonore. Ainsi, Leslie en 2016 puis Cyrielle en 2017 ont été embauchées en service civique afin de développer un réseau de bénévoles, le coordonner, l’animer, et tenter de le rendre pérenne.

Avec trois mecs, deux nanas et un café, on a Ricochet Sonore !

Musique partout, musique pour tous.

Ce petit groupe de bénévoles se constitue petit à petit. Composé pour parts d’anciens des  Confluences, de copains, de connaissances du milieu culturel et musical bordelais, de curieux et de passionnés, il a été décidé conjointement que ce groupe se chargerait de l’organisation des concerts en appartement. Pour l’association, l’organisation de ces événements n’est pas rentable financièrement. Fondé sur le principe de la participation libre des spectateurs, « les recettes arrivent juste à payer convenablement les musiciens, mais pas plus ». Véritable pierre angulaire du projet à sa création, mais ne permettant pas d’en tirer un revenu, les concerts en appartement ont trouvé une formule qui satisfait toutes les parties prenantes : des fondateurs ravis que l’activité perdure et que les bénévoles s’en saisissent, aux participants enchantés de l’expérience et de l’intimité avec les artistes, jusqu’à ces derniers pour la singularité de la proposition.

Parallèlement, Ricochet Sonore dispose d’une palette d’actions assez large et assez adaptable selon les demandes et les interlocuteurs, mais à la condition que l’activité rentre dans le cadre de leur crédo « Musique partout, musique pour tous » : amener la musique partout là où elle n’est pas, auprès d’une diversité de public la plus large possible.

Outre les concerts en appartements gérés par l’équipe de bénévoles, l’association peut se charger d’animations musicales telles que des quiz, des DJ Set participatifs, des captations sonores, des explora’sons, etc. Ces formules peuvent avoir lieu tant avec des bailleurs sociaux pour des animations en pied d’immeuble, qu’avec des centres de loisirs pour une demi-journée thématique, des bibliothèques, etc. Parce qu’on ne fait pas que l’écouter, la pratique musicale est aussi au programme : des ateliers de découverte et des initiations collectives permettent aux participants de toucher les instruments, d’émettre des sons, et de se les approprier. Et enfin, un diagnostic musical peut être réalisé sur un territoire dans le cadre d’un aménagement urbain ou rural, via des animations musicales ou le lancement de dynamiques collectives.

Un projet résonne un petit peu plus par son histoire et son contenu. Il est l’un des premiers projets à avoir été lancés par l’association, il y a maintenant près de trois ans. A l’ouverture d’une résidence logement social intergénérationnelle aux Bassins à flot, un quartier en développement de Bordeaux, Pierre et Arnaud apprennent qu’au sein du bâtiment, trois salles communes ont été prévues pour de la pratique musicale. Après trois mois d’entretiens avec les habitants de la résidence et l’établissement d’un diagnostic sur la relation des habitants avec le monde de la musique, les deux compères écrivent un projet qu’ils soumettent au bailleur.

« En fait tout ce que l’on fait, on le teste là-bas dans un premier temps » Arnaud

Le projet prévoit un concert sur place tous les deux mois, ainsi qu’un atelier musical tous les mercredi soirs, dans cette même salle. A l’approche ou suite à un concert, les musiciens sont invités à venir participer et/ou animer l’un de ces ateliers afin de créer un lien, une intimité avec les spectateurs que l’on ne retrouve pas lors d’un concert plus classique. Le reste du temps, les « Dis moi c’que t’écoutes », « La roue de la musique » ou La « Valise musicale » animent les mercredis soirs de la rue Marcel Pagnol.

« Ce n’est pas qu’on a la tête dans le guidon, c’est qu’on se regarde pédaler »

On retrouve Leslie, Cyrielle, Pierre, Arnaud et Léo quelques jours plus tard dans un bar du quartier Saint-Michel. Pierre nous explique à propos de Ricochet Sonore que « l’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage en lui-même ». Mais ne retrouvant plus la célèbre phrase de Robert Louis Stevenson, il improvise et nous dit « c’est pas qu’on a la tête dans le guidon, c’est qu’on se regarde pédaler. » Comme ça de but en blanc, cette phrase peut paraître loufoque…

Alors que n’ayant palpé l’ambiance et l’essence de l’association que depuis quelques jours, nous comprenons le message : le principal, ce n’est pas le résultat, mais le processus pour y arriver. Le principal n’est pas de faire deviner une chanson, diffuser de la musique, jouer en appart’ ou faire découvrir tel ou tel style à tel ou tel public. L’essentiel se trouve dans le processus : la musique devient un support d’échange, de partage, et d’ouverture. Si ne serait-ce que l’un des participants de la conférence a retenu le nom de Toto la Momposina pour acheter un CD ou l’écouter à la maison, tant mieux. Mais le défi sera d’autant plus gagné d’une part si ce mardi matin a pu être l’occasion pour des personnes d’avoir une discussion et d’échanger avec quelqu’un d’autre, et d’autre part si l’événement a facilité une ouverture ou une curiosité sur la culture latine de manière générale chez l’un des participants.

Ainsi, la musique est vue dans cette initiative comme un moyen pour faire se rencontrer les gens, qu’ils discutent, échangent, s’ouvrent, et se rassemblent : tout ce qu’on aime chez C’est pas des idées en l’air !

Véritablement ancré sur son territoire, Ricochet Sonore est une ressource rare en termes de valorisation de la culture locale. La diversité de la scène musicale bordelaise y est mise à l’honneur, promue, et valorisée ! D’ailleurs, « Valoriser les ressources locales » est quasiment devenu un slogan tant dans le monde alternatif que chez les politiques. Concept un peu fourre-tout, mais non moins essentiel dans la dynamique d’une ville ou d’une région, il promeut souvent l’artisanat, l’agriculture, le patrimoine ou la gastronomie. En apprenant à connaitre de telles initiatives, nous sommes convaincus que la musique fait partie intégrante de ces ressources qui donnent une richesse, une âme, et du caractère à un territoire. Musique maestro !  

 

Plus d’infos : http://www.ricochetsonore.fr/