La Logeuse, un habitat solidaire dans les Cévennes.

Rendons nous en Lozère. Pour les moins habiles en géographie, nous sommes entre Montpellier et l’Auvergne, à l’Ouest de l’Ardèche. Pour les plus précis, nous ne sommes pas très loin de Florac, dans la moitié sud du département. Et pour les champions olympiques de la géographie, précisément à Saint-Martin-de-Lansuscle, 45 minutes plus loin. Le paysage est à couper le souffle. Le Parc National des Cévennes nous offre ici ce qu’il a de plus beau en petite route, rivière, forêt, dénivelé, panoramas, en vie sauvage et également en vie humaine.

 

Habiter les Cévennes, un sacré défi !

Si les problèmes de logement des grandes aires urbaines sont connues (trop cher, trop de vide, trop insalubre), les zones rurales n’en sont pas pour autant épargnées. Même les zones très rurales, comme c’est le cas à Saint-Martin-de-Lansuscle. Isolé et vallonné, ce village au charme fou n’est pas très peuplé et déborde pourtant d’énergie. Le dynamisme associatif de ces 190 habitants aurait de quoi rendre jaloux des villes et villages bien plus peuplés.

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Mais difficile d’y habiter quand 60 % des logements sont des résidences secondaires occupées quelques semaines dans l’année, que les prix de l’immobilier flambent, que les flancs de montagne n’offrent pas moultes possibilités de construction, ou encore que les bassins d’emploi sont au moins à 45 minutes de petites routes.

Le fait de vivre ici relève donc souvent d’un choix mûrement réfléchi et en cohérence avec un style de vie voulu.

« Ce qui est magique ici, c’est que tous les habitants partagent un point commun. C’est qu’on a tous fait le choix de venir vivre ici, ou de rester vivre ici. Et ça crée des liens, forcément, au-delà des clivages entre néo cévenols et cévenols de souche. » Laurent, membre de La Logeuse.

Alors pour maintenir l’école ouverte et plus largement le dynamisme local, la municipalité et les habitants ont compris depuis longtemps qu’ils devaient porter une attention particulière à l’accueil de nouveaux habitants. Les différentes équipes municipales qui se sont succédées ces dernières décennies ont tenté des choses sur cette question, parfois réussies. Mais un constat demeure : il est rageant de voir les maisons en vente tomber soit dans le circuit de la spéculation, soit dans celui de la résidence secondaire. L’installation de nouvelles personnes relève du casse-tête.

 

L’innovation comme résistance

En 2015, la municipalité a ouvert aux volontaires sa commission « Logement » qui travaillait déjà d’arrache-pied sur le sujet et s’épuisait. Une quinzaine de personnes s’en sont saisies en répondant présents. L’idée première était de faire un état des lieux général des espaces (chambres, maisons, jardins) disponibles à la vente ou à la location. Puis d’essayer de réserver ces logements en vente pour des personnes qui voudraient s’installer dans la région en y vivant toute l’année.

Et l’aubaine arriva. Une maison en vente, pas trop chère, avec quelques travaux. Très vite, une association se constitue dans le but de l’acquérir et de la louer à un loyer modéré.

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Avant de rencontrer des banques, les membres de l’association ont mis tout en œuvre pour collecter un maximum d’argent eux-mêmes pour l’achat et les travaux. Les dons et les prêts de particuliers, les concerts de soutien organisés dans la salle municipale, la « Fondation Abbé Pierre », la plateforme internet « Les Petites Pierres » et toutes les recettes issues de plus ou moins gros évènements ont permis de collecter 70 000 euros.

En manquait 50 000 pour acheter la maison et financer les travaux qui la rendraient belle et confortable. La « Nef » a été la seule banque à leur accorder ce prêt.

Une fois propriétaire avec un emprunt à rembourser, le but pour l’association était de réaliser les travaux le plus vite possible et à moindre frais pour bénéficier rapidement des loyers. Une énergie bénévole incroyable s’est alors déployée, comme nous le montre l’enthousiasme collectif dans cette vidéo de promotion loufoque.

Les travaux terminés et une fois passé le dur moment de la sélection des candidats, une famille emménage en février 2017. Un couple emballé par le projet de la Logeuse, qui a compris les enjeux et qui s’est très bien entendu avec l’équipe dès son arrivé. Les enfants ont rejoint les bancs de l’école.

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La mission est accomplie. Les membres de l’association peuvent être fiers d’avoir atteint leur objectif ! Mais l’histoire ne s’arrête pas vraiment là. La Logeuse doit trouver 3 000 euros par an pour finaliser les remboursements des divers emprunts en cours. Le loyer modéré ne comble pas la totalité des frais de l’association. Alors ? Dons réguliers de particuliers ? Futurs événements décalés comme l’association sait si bien les imaginer et les organiser ? Plusieurs pistes sont possibles, l’asso est sur le dossier.

 

D’autres projets pour demain

Satisfaits, même très satisfaits de cette réussite collective, la Logeuse a de nouvelles envies. Comme ça l’a souvent été démontré, le temps de construction et d’imagination des projets est celui qui fédère le plus un groupe, l’anime, l’unit, libère les idées et la créativité.

La Logeuse l’a bien compris. Toujours sur le thème du logement, elle aimerait se pencher sur de nouvelles voies possibles. Nicole, Richard, Florence, Laurent et Stéphane nous parlent, des étoiles dans les yeux, d’un hameau d’habitat léger en perspective. A l’étape de la discussion, le groupe doit encore s’accorder sur les orientations qu’il veut pour la Logeuse. Ils en sont convaincus, il faut se réunir pour parler du devenir de la Logeuse, des projets sur lesquels avancer et déployer de l’énergie. Mais l’idée de ce hameau léger semble déjà plaire à un certain nombre. Ce hameau d’habitats légers rend rêveur…

La Logeuse est donc une énergie collective dans ce petit village qui ne manque pas d’idées pour développer et entretenir une vie commune. Plusieurs espaces du village révèlent cette dynamique associative exemplaire. Une bibliothèque ouverte 24h sur 24 et auto-gérée par les habitants, un espace collectif à « la Chaloupe » dans lequel ateliers divers, conférences, projections, jeux… ressemblent en fin de semaine, ou encore le Temple protestant devenu une salle des fêtes sont les lieux de Saint-Martin qui créent une attrayante vie de village.

 

Pour en savoir plus :

La Logeuse : https://lalogeuse.wordpress.com/

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Le Nabu, laboratoire urbain dans Béziers !

« Le dialogue de l’architecture et du paysage est le projet Nabuchodonosor. Redécouvrir la ville, voilà ce que l’on propose. ». C’est par ces mots simples, ambitieux et terriblement motivants que le collectif biterrois se définit. Et pour ceux qui aiment ces mots, les mots qui donnent la gnac, ils se définissent également comme un « laboratoire urbain ». Allez, déjà assez parlé, qu’est-ce qu’ils font, concrètement ?

Le Bar des « Nabu », le Barnabu ! 

Dans la vieille ville historique de Béziers, le quartier St Jacques, les commerces ne se marchent pas dessus. Hormis la boulangerie de la Place St Cyr, c’est le calme plat. En face de celle-ci, se trouvait il y a une quinzaine d’années un bar nommé « Le St Cyr ». C’était le lieu de vie sociale du quartier, les boulistes y stockaient leurs boules, les voisins s’y croisaient, et puis… la clef sous la porte. Alors il y a quatre ans, quand le jeune collectif cherchait un lieu où exprimer ses envies les plus folles, ce bar resté dans son jus les a de suite conquis. Le propriétaire est arrangeant, le quartier plein de potentiel, en avant !

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Le Barnabu est un bar associatif que le collectif s’attelle à ouvrir tous les mercredi et vendredi soir, où il est possible de boire un verre, discuter, se rencontrer, voire même chanter ou danser si le cœur vous en dit. Tourné vers la rue, cet espace est véritablement à destination des riverains. La petite place St Cyr prend soudainement un air plus joyeux et plus attrayant lorsqu’elle est éclairée par la lumière du Barnabu. Le collectif ne se prive d’ailleurs pas d’investir cet espace d’un grand tableau d’affichage des infos locales et des animations à venir, de quelques chaises autour d’une table, et d’un petit portant rempli de vêtements d’occasion. Donnez et prenez tant que vous voulez, c’est gratuit. Toutes ces petites choses (re)donnent à l’espace public une dimension plus collective qu’impersonnelle.

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Aujourd’hui le constat que le collectif et les biterrois est clair et commun à grand nombre de villes : les rues se ressemblent, se vident de leurs commerces et les habitants y passent sans plus y faire attention. La vie se passe dans les maisons et appartements, mais plus dans les rues. Le collectif a alors à cœur de requestionner notre rapport à la ville, à ses usages. Permettre aux habitants de redécouvrir leur ville, la faire leur et leur faire lever les yeux sur l’architecture et les trésors devenus cachés de la vieille ville. Le Nabu s’est saisi de ce sujet avec dynamisme et intelligence ! Que ce soit à travers des discussions au Barnabu, des sessions en groupe de dessins dans la ville (« Dessine ta ville » avec Cédric Torne), des Incroyables Comestibles à planter ci et là… à travers des rencontres quoi.

Des rencontres de tous poils ! 

Les « Nabu », comme ils aiment à s’appeler, organisent des rencontres entre les habitants du quartier St Jacques et des intervenants de tous poils. Un artiste photographe y a par exemple fait une résidence de trois mois pendant lesquels chaque dimanche de 15h à 17h il circulait dans le quartier à la rencontre de ses habitants, muni de son appareil photo. L’objectif était de requestionner les habitants sur l’image qu’ils ont de leur ville, de leur quartier, et de se la réapproprier par la photographie. On peut encore croiser les photographies en noir et blanc exposées sur quelques murs de la ville.

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Ils ont également reçu Sophie Ricard, architecte dont on a déjà cité le travail dans un précédent article, afin de s’interroger sur les usages de la ville et ses espaces.

Autre exemple, autre ambiance : le vendredi 8 février au Barnabu, nous avons présenté aux personnes présentes notre exposition retraçant une quinzaine d’initiatives particulièrement marquantes pour nous. Nous avons ainsi pu échanger de manière informelle avec les curieux ou les passionnés au sujet de l’écologie, de l’investissement citoyen, du faire ensemble, etc.

Des conférences, des expos et toutes sortes de rencontres sont donc organisées par le collectif pour nourrir les réflexions des habitants et du collectif au sujet de leur vie de quartier, de leur vie d’habitant. Un programme riche et des questions d’actualité à l’honneur !

« Chouchoux » : un média inter associatif

« Chou-Choux », le journal interassociatif biterrois. Une feuille de choux de huit pages qui donne la parole aux associations de la ville et du quartier St Jacques. Un bilan de ce qu’il s’est fait ces derniers mois, de ce qu’il s’y passera les semaines à venir, le courrier des lecteurs, des édito, tout ce qui fait un bon journal !

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Avec un superbe travail graphique, avec des dessins faits main, des photo d’artistes et plein de couleurs, ce petit journal est largement apprécié et distribué gratuitement à qui veut.

Le Collectif Nabuchodonosor s’entoure entre autres de l’association Tu Tamben qui promeut la culture occitane, du Gem (Groupe d’Entraide Mutuelle), ou encore de la Courte Echelle qui propose du soutien scolaire pour des événements partagés et l’élaboration de différents supports de communication et particulièrement de ce journal « qui appartient à tout le monde ».

Le Grand Nabucho

C’est LE rendez-vous à ne pas manquer ! Avant les grandes vacances d’été, c’est l’événement qui anime le quartier et fait bouger les murs.

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Chaque mois de juin, le collectif organise sur une journée un festival de quartier, sur la grande place St Jacques. C’est le moment de restitution du travail fait tout le long de la saison écoulée. De midi à 1h du matin, le quartier se transforme pour laisser place aux associations locales, aux artistes collaborateurs et à l’exposition des travaux réalisés dans l’année. On retrouve des stands, des jeux, des projections, des ateliers créatifs, une expo, de la musique, une buvette évidemment et toujours des surprises.

Comme dirait Espasces possibles, « la ville elle est à qui ? Elle est à nous ! » ! Ces deux urbanistes de formation présenteront d’ailleurs leur conférence gesticulée au Barnabu le 1er mars prochain. Ce gimmick pourrait également être celui du Collectif Nabuchodonosor. Par l’occupation, l’animation et l’expérimentation de l’espace public, ils testent au cœur du quartier St Jacques une nouvelle manière de faire la ville ensemble. Chaque rue a une histoire à raconter , chaque façade d’immeuble un message à faire passer, chaque recoin une anecdote qui éclairera l’histoire de la ville. Ces espaces nous appartiennent collectivement, alors autant qu’ils nous ressemblent, nous rassemblent.

Pour en savoir plus :

Collectif Nabuchodonosor

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Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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Des jeunes qui ne perdent pas le Nord !

En France, le paysage associatif souffre d’une image vieillotte, animé par des retraités, dirigé par des retraités, pour des retraités. On grossit un peu le trait, mais quelques chiffres tendent tout de même à donner une orientation.

La frange de la population la plus investie bénévolement dans les associations concerne les plus de 65 ans. Ils sont 35 % de cette catégorie d’âge à s’investir dans une ou plusieurs associations, contre 21 % des moins de 35 ans. Du côté des dirigeants, nous retrouvons en majorité des hommes de plus de 50 ans. En ce qui concerne les simples adhésions, elles concernent 26 % des 16-24 ans, contre 37 % des 60-74 ans.

Voilà pour ce qui est des chiffres ! Maintenant cassons cette image pour mettre en avant des jeunes, des super jeunes même, qui créent, imaginent, s’organisent et s’investissent dans des associations sociales, humanitaires, culturelles, environnementales. Exit les phrases toutes faites « Les jeunes, ils se mobilisent pas », les jeunes-ci, les jeunes-là, gna gna gna… STOP !

Les Parasites

Commençons par de jeunes nordistes, issus de l’Avesnois. L’histoire commence il y a quelques années sur les bancs du lycée de Landrécies. Une bande de copains se forme. Ils décident d’organiser un festival, sur leur territoire, près de chez eux. La mission est franchement réussie et le Collectif Parasites vit ainsi depuis 2011, de ses envies les plus folles.

Pour situer le contexte, c’est ici, dans le pays de l’Avesnois, que débute le film « Merci Patron ! » de François Ruffin. Il y rencontre un couple licencié par une grande entreprise de textile du milliardaire Bernard Arnault, suite à une délocalisation en Europe de l’Est. La région est un témoin d’une ère industrielle (dé)passée et ses habitants les victimes. Le constat de ces jeunes adultes surmotivés était donc un isolement croissant des personnes et une perte de confiance en eux et dans leur territoire. Les Parasites veulent dynamiter tout ça !

Trois d’entre eux se sont salariés, petit à petit, de l’association, et avec plus de soixante bénévoles, leurs activités se sont diversifiées. A travers leurs pôles « Animation / Événementiel », « Média », « Environnement et territoire » et « Atelier » , ils organisent des concerts, des ateliers vidéos, des jardins mobiles, des espaces de rencontre, des chantiers participatifs, des initiations, des ateliers de constructions, etc.

Toutes ces activités touchent un public large. Ils créent des partenariats à la fois avec les mairies, les paysans, les centres sociaux, les écoles, les petits producteurs locaux, les centres de loisirs, etc. De cette manière, ce sont toutes ces personnes et ces institutions qui se réapproprient leur territoire, leur fierté avesnoise et redonnent une dynamique propre à un territoire longtemps pensé comme enclavé.

« Ce qui fait la force du collectif, c’est sa diversité ». On ne pourrait trouver meilleure formule qui représente les activités du « Collectif Parasites ». Et ça tombe bien, puisque c’est comme ça qu’ils se définissent ! Ils sont jeunes et fous et ce que nous aimons chez eux, c’est qu’ils font ce qu’ils veulent et ce qu’ils aiment faire !

L’auberge des migrants

Nous étions déjà bien au Nord de la France dans l’Avesnois, mais si nous remontons encore un peu plus, du côté de Calais, on trouve un sacré exemple d’investissement de la jeunesse. Un lieu où on trouve un beau concentré d’énergies !

Que nous soyons en période d’effervescence médiatique, ou non, les personnes migrantes affluent à Calais toute l’année pour rejoindre l’Angleterre. De la même manière, les bénévoles s’activent pour leur fournir un accès aux soins, à l’eau, aux repas et à internet.

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Dans un immense hangar de la banlieue de Calais, ces différents collectifs bénévoles s’organisent ensemble afin de faire front collectivement à tous ces défis communs. Ils y reçoivent et y trient les dons, mutualisent les forces bénévoles, les bureaux, les contacts, les maraudes, l’organisation, etc.

Chaque jour, ils sont entre 80 et 150 à déballer, ranger, trier, porter, organiser, coudre, vérifier, nettoyer, donner, cuisiner, laver, préparer, etc. Des systèmes de rangement permettent de ranger les pulls à capuche, les pulls chauds pour l’hiver, les pulls mi-saison, les t-shirts manche longue, les t-shirts, les pantalons d’hiver des pantalons d’été, tous les types de vestes, les tentes deux, trois, quatre, cinq places, les chaussures par pointure, etc. La somme de travail est colossale afin de pouvoir fournir à chaque personne un équipement en bon état, propre et approprié selon la saison, sa taille et ses conditions de vie. Par exemple, dans le tri à la réception des vêtements, toutes les affaires fluos, ou trop voyantes sont mises de côté et redonnées à une autre association. Le quotidien d’un migrant étant fait de fuites et de cachettes, les habits les plus sombres seront les plus adaptés.

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A l’intérieur de cet entrepôt, simplement à vue d’œil lors de notre arrivée, nous constatons vite qu’au moins 90 % de cette centaine de personnes avait moins de 30 ans. Nous y avons rencontré Laure qui était présente sur les lieux depuis plus de quatre mois. Elle nous disait « C’est dingue, j’ai 29 ans, je suis presque la plus vieille ici ! ».

Tant à Landrécies qu’à Calais, ce sont des groupes de jeunes qui ont su se mobiliser massivement autour d’un projet commun, tout en étant inventifs et innovants. Ils inventent de nouvelles manières de s’organiser, de travailler ensemble et de rassembler. Alors preuve en est que les jeunes savent se bouger et même de manière collective et organisée.

Pour plus d’infos :
Collectif Parasites
L’Auberge des Migrants

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Sources : https://recherches-solidarites.org/media/uploads/la_france_associative-25-09-2017.pdf

Sans prof, ni élève, l’Université autrement.

Outil d’éducation populaire né il y a bien des années, revisité plus récemment pour un modèle plus militant, les universités populaires se définissent toutes comme des espaces de transmission de savoirs. Elles sont présentes dans un grand nombre de villes en France. Plus modernes que jamais, à l’heure de l’information massive et continue, les universités populaires sont un moyen pertinent de nous aider à mieux comprendre le monde et peut-être mieux nous organiser dans ce flot. Présentation et réflexions sur ces rendez-vous réguliers où les passionnés d’un sujet transmettent leurs savoirs aux participants.

Quand tout a commencé…

Le modèle des universités populaires existe depuis des décennies. A la fin des années 1890, l’Affaire Dreyfus secoue la France et divise l’opinion publique. Dans ce contexte, plusieurs facteurs convergent et mènent à la création des premières universités populaires. Le terme « intellectuel » apparaît et élargit la catégorie au-delà des écrivains et philosophes. Ces derniers prennent conscience de leur impact dans la société et de la place importante de leurs propos qui leur est accordée dans les débats du moment. Dans le même temps, se dessine une détermination à réduire les écarts entre ceux qui sont présentés comme ceux qui savent, et les autres, et donc à faire profiter la classe ouvrière de nouveaux savoirs. Instituées comme de nouvelles formes d’action politique ou bien comme une activité intellectuelle ouverte à tous et toutes, les universités populaires sont fondées pour bonne part par des intellectuels.

J'accuse

Au fil de l’Histoire, le nombre d’universités populaires va fluctuer. A leur apogée en 1902, elles sont plus de 140 en France, puis elles perdent de leur force dans l’entre-deux-guerres, avant de trouver un renouveau entre 1960 et 1980.

Quelles formes ont-elles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, une centaine est active et leurs formes se sont diversifiées. Le modèle traditionnel et le modèle alternatif sont les plus communs actuellement. Ils se retrouvent dans leurs objectifs de partage des savoirs et sur le principe du savoir permettant le développement du libre arbitre.

Les universités populaires traditionnelles sont les héritières historiques. Organisées en fédération nationale, elles sont aussi appelées « universités du temps libre » ou « université inter-âges » selon les communes. L’accès est le plus souvent payant, et les enseignements davantage tournés vers les savoirs pratiques (botanique, santé, bien-être, par exemple) et l’apprentissage des langues.

Les universités populaires dites alternatives sont nées dans les années 2000. Elles s’inspirent en grande partie des principes de l’Université populaire de 2002 fondée par Michel Onfray à Caen. La gratuité, l’accès libre à tous et toutes sans prérequis, les savoirs académiques en définissent les règles. Avec ces nouveaux principes, apparaissent de nouveaux questionnements. Les universités populaires alternatives interrogent le sens de l’apprentissage sous cette forme ouverte et posent donc le débat entre individualité et collectif.

Sont-elles animées d’une visée de transformation collective et sociale par la transmission du savoir à un groupe ou bien d’un objectif d’émancipation personnelle ? Les universités populaires laissent le débat ouvert depuis bien des années sans viser d’ailleurs d’y répondre définitivement. A nous de décider. On peut alors s’en saisir comme d’un outil pour aiguiser nos consciences, notre sens critique. Connaître davantage le monde qui nous entoure sous ses angles multiples pour mieux se situer dans l’information quotidienne, pour se positionner intellectuellement, ou encore simplement pour le plaisir d’apprendre. Loin des contraintes du modèle scolaire classique, notre volonté est (le) seul moteur de notre participation à ce type d’espaces d’éducation populaire. Sans note, sans compétition, sans contrôle, simplement pour apprendre.

Les universités populaires alternatives ? L’exemple de celle d’Avignon.

Pour bon nombre de participants aux universités populaires, le plaisir d’apprendre guide donc leur présence, sinon le plaisir de transmettre et d’enseigner. C’est cette envie qui a conduit les fondateurs de l’Université populaire d’Avignon a créer leur espace de savoirs partagés. Des enseignants avignonnais qui voulaient enseigner sans noter, juste pour le plaisir, face à un auditoire qui partage la démarche.

L’Université populaire d’Avignon a dispensé ses premiers cours en 2005. Elle est née quand le débat sur l’Europe et le sentiment de trahison des politiciens envers le peuple ont suscité l’envie de mieux comprendre les enjeux de notre société, de s’armer de savoirs et de connaissances pour mener plus aisément les débats dans un cercle familier ou plus large.

Suivant le mouvement des années 2000, elle se fixe comme règle la gratuité, la prédominance de sujets pluridisciplinaires, les partenariats locaux et l’accès libre à toutes et tous sans prérequis.

1. La gratuité

Les universités populaires dite alternatives sont en principe toutes gratuites, ce qui tend le plus souvent vers un modèle économique reposant sur des financements publics. Exception faite à Avignon ! La gratuité des enseignements hebdomadaires y est établie et la cotisation d’entrée à prix libre permet de couvrir l’assurance et l’organisation de l’Assemblée générale une fois par an. Les intervenants sont bénévoles et les locaux de l’Université d’Avignon sont prêtés en échange de la création d’un module d’UE (Unité d’Enseignement) pour les étudiants de Licence. La quasi absence de dépenses leur permet de fonctionner presque sans rentrée d’argent. Un sacré problème en moins pour une association !

2. Des sujets choisis

Chaque année un thème est voté par le Conseil d’administration. Il se veut être suffisamment large pour assurer une pluridisciplinarité et pouvoir être étiré dans plusieurs directions. Par exemple, en 2017-2018, le thème du corps abordait différentes questions : « Le corps nous met-il dans tous nos états ? Comment les États gèrent-ils nos corps ? Depuis quand concevons-nous le corps d’abord comme un organisme ? Comment les explorations scientifiques du corps ont-elles modelé et modifié nos conceptions du corps ? Comment l’Antiquité concevait-elle le corps ? Comment les artistes ont-ils représenté le corps ? … »

Le jeu, le temps, la mémoire, l’erreur, la modernité, sont une partie des thèmes annuels qui ont animé les cours du mardi soir depuis 13 ans.

3. Des partenariats locaux

Ancrer l’université populaire dans le paysage culturel avignonnais est une volonté marquée de l’équipe actuelle. Ville bien connue pour son attrait pour la culture, le théâtre et le cinéma, on retrouve là les orientations des différents partenariats avignonnais. Depuis 13 ans, l’Université populaire tisse des liens forts avec, entre autres : l’association emblématique de musiques actuelles de jazz qu’est l’Ajmi, le cinéma Utopia, le Délirium en tant que bar culturel et résidence d’artistes, ou encore l’Université d’Avignon. Ces collaborations prennent différentes formes, comme le prêt de salles, l’intervention d’artistes ou de spécialistes issus de ces structures dans les programmes des cours de l’Université populaire du mardi soir, la programmation d’événements culturels et/ou festifs communs permettant de croiser les publics, etc.

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4. L’accès libre à tous et toutes

Les soirs qui enregistrent le moins de participants avoisinent les 60 personnes présentes. Sinon la moyenne est généralement de 100 à 200 personnes. Des chiffres qui valent certainement leur succès au fonctionnement singulier de cette université populaire. L’intérêt et la fidélité des participants semblent être le fruit des points exposés précédemment.

Plus ou moins militantes, affichées comme tel ou non, plus ou moins engagées vers la transformation sociale, les universités populaires sont un outil d’éducation populaire dont chacun-e peut se saisir en vue de ses propres objectifs. Le plaisir d’apprendre, d’élargir ses savoirs vers des domaines que l’on ne connaît pas ou peu, de s’initier à la philosophie, aux mathématiques, à l’Histoire, aux sciences… sont autant de raisons qui peuvent conduire à participer à ces rendez-vous. Dans un esprit plus altermondialiste, nous pensons que le cadre des universités populaires peut fortement aider et accompagner la création et l’émancipation de collectifs toujours plus avertis vers une transformation globale de la société. C’est d’ailleurs ce que les mouvements sociaux ont compris de cet outil. Sous forme d’occupations de places publiques comme Nuit debout en 2016, ou lors d’occupations d’amphithéâtres universitaires en période de manifestations, voilà les universités populaires dépoussiérées sous un nouvel angle éphémère et exceptionnel. Kwnoledge is a weapon !

Pour plus d’informations :

Université populaire d’Avignon

Ajmi

Cinéma Utopia

Le Délirium

L’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse

Sources :

http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/rapport-2018-01-univpop.pdf

L’université populaure de Lille, un siècle d’histoire 1900-2000 ouvrage coordonné par Alain Lottin, La Voix du Nord , 2000

Les universités populaires en France Un état des lieux à la lumière de trois expériences européennes : Allemagne, Italie et Suède, INJEP notes et rapports, mars 2018, JEAN-CLAUDE RICHEZ

Entretien avec M. Jean-Robert Alcarras, juin 2018, fondateur de l’Université populaire d’Avignon.

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Chronique d’un repas sauvage

Nous sommes en juin, par une belle journée d’été. Nous venons tout juste d’arriver à Caen, ville qui nous était inconnue jusqu’alors. Une fois notre camping-car stationné sur le grand boulevard qui longe la Grâce de Dieu, nous avançons à travers ces grands immeubles plus ou moins récents, délimités par de courts buissons et des places de stationnement. Quelques mètres plus bas, le cœur du quartier, la Place centrale, en travaux actuellement. Une boulangerie, une boucherie, un salon de coiffure, un bar tabac et au milieu, le restaurant « Sauvage sur un plateau ». Voilà, il est là. On en a entendu parlé depuis la Bretagne… On sait juste que c’est une association innovante, active dans la ville et incontournable.

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Sa vitrine est modeste, à peine le nom peint dessus et quelques tables à l’extérieur, sous des parasols. Des hommes du quartier y boivent un café en refaisant le monde. Et en période de Coupe du Monde, les discussions vont bon train en attendant la diffusion du prochain match sur la petite télévision de la salle de restaurant ! La demande avait été faite par une partie des bénévoles, validée à la dernière réunion hebdomadaire de programmation. C’est ce que nous expliquent Lisa, Mathieu et Violaine, les trois salariés permanents du lieu. Car ici, tout le monde peut proposer une activité, elle est exposée à la réunion du mardi, ouverte à tou-te-s, et validée ou non par le collectif présent.

De ce groupe bénévole, on en rencontre une partie à l’intérieur du restaurant. On entre par la première porte d’entrée qui donne directement sur un salon dans lequel les canapés moelleux se partagent les lieux avec un espace de jeux vidéos, le bureau des salariés, ainsi qu’une zone de gratuité. Nos regards se baladent d’un espace à l’autre, il y a tant à observer, tant de détails qui attirent notre attention. Les plantations en bac, les aromatiques qui sèchent sur un fil d’étendage, ou encore diverses brochures et documentations que l’on ne peut s’empêcher de feuilleter. Le lieu est à la fois chaleureux et captivant.

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Demi-tour sur nous-même et on se trouve devant le long bar. Au-dessus du bar sur le mur en ardoise, sont indiqués la carte des boissons, le principe de l’association, le fonctionnement du restaurant, les recettes et les dépenses. On commande un sirop de menthe et on s’installe sur un tabouret pour prendre le temps de tout lire. Ici tous les prix sont indicatifs, les clients participent à hauteur de leurs moyens et de leur envie. Les recettes permettent de payer les différentes charges et de compléter les quelques subventions perçues.

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Derrière le bar, on aperçoit les cuisines. Et là-bas ça s’active. L’heure du repas approche et tout doit être prêt. Une dernière répétition : « J’annonce deux plats du jour – il indique deux sur ses doigts – et vous me faîtes passer deux assiettes de clafoutis à la courgette », rappelle Mathieu à une bénévole qui apprend le français. Aujourd’hui, c’est lui le référent en cuisine, lui qui a imaginé le menu à partir de produits locaux ou glanés, et lui qui a guidé l’équipe de bénévoles ce matin. Un tableau est disponible en salle pour que chaque bénévole et référent s’inscrive le jour où il peut participer au repas en cuisine ou au service. Pour cela, il doit préalablement suivre une petite formation au sein du restaurant avec l’un des référents habituels pour avoir les bases du travail en cuisine ou en salle. Nous avons jeté un œil à ce tableau et le nombre de bénévoles est impressionnant ! Des gens du quartier, plus ou moins jeunes, des résidents du CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) voisin, des habitués de l’ancien local de l’association en centre ville, des gens de passage, des stagiaires ponctuels, des jeunes en service civique plusieurs mois… les horizons, les nationalités et les origines se croisent. Les accents se mélangent, les menus prennent de nouvelles saveurs, les compétences se complètent, et la magie opère !

Midi. On peut passer à table. Avant, on prend notre plateau au bar et on passe commande pour l’entrée, le dessert et le plat du jour (entre 4 et 6€ en prix choisi) ou le plat de récup’ (à prix libre). Une fois installés en terrasse ou dans la salle de restaurant, on a tout le temps pour inscrire sur notre ticket le prix que l’on veut mettre pour chaque plat servi. Le repas était délicieux et copieux. Et pour tout vous dire, on a tellement apprécié que l’on est revenu manger quelques jours plus tard…

Cette Bande de Sauvages, nom de l’association, ne s’active pas qu’en cuisine. En discutant avec les salariés, nous avons découvert la multitude de projets et d’actions qui entourent le restaurant. On les retrouve en intervention dans les écoles ou en prison à travers des ateliers d’écritures ou des animations autour de l’alimentation. Ils proposent aussi ponctuellement au restaurant des concerts, projections, AMAP, boum, conférences, troc de graines, goûters, etc. Parce qu’ils sont sauvages, ils sont nomades aussi (c’est eux qui le disent) et déplacent leur activité à bord d’une caravane. Et puis cette année, ils ont décidé d’envahir la côté bretonne ! Ils proposent un camp de vacances à prix libre sur un terrain sans eau ni électricité, avec un puits dans la clairière et une cabane en bois !

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Sauvages, fous, créatifs, malins, ambitieux, cette bande de surmotivés est bel et bien incontournable lors de votre prochain passage à Caen, ou même la meilleure raison de vous arrêter à Caen. En plus, dans les environs, on vous conseille de prendre la direction de Saint-Contest, vous avancer à « La Demeurée » et rencontrer cette autre bande de 12 coloc, pour la plupart artistes et portés par l’envie de programmer divers événements dans leur grande ferme. Ou encore de suivre la direction de Colombelles pour aller jeter un œil à la Cité de Chantier du WIP. C’est là-bas que l’on réfléchit collectivement à la future vie de cette ancienne usine de métallurgie dont il ne reste que la Grande Halle en travaux actuellement ! Bref… de quoi rassasier votre appétit de découvertes.

Pour en savoir plus :

Sauvages sur un plateau : https://www.facebook.com/sauvagessurunplateau/

La Demeurée : http://blog.la-demeuree.fr/

Le WIP : https://le-wip.com/

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Rennes, la pratique artistique pour se rencontrer.

Qui habite, ou a habité une ville, sait à quel point plus nous sommes nombreux, plus il est compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Rennes, avec ses 200 000 habitants, ne déroge pas à la règle. Dans le même temps, des structures associatives se développent dans tous les domaines pour contrer cet effet, et/ou pour préserver l’environnement, promouvoir les artistes locaux, redonner vie à un quartier, s’entraider, etc. Si Keur Eskemm a pour objet de favoriser l’interculturalité dans la vie rennaise et Les ateliers du vent de soutenir et diffuser les artistes, toutes les deux participent d’une dynamique de se faire rencontrer des gens, en se servant de l’art comme d’un simple prétexte. Reportage croisé sur ces deux actions.

Faire de l’Art pour se rencontrer ?

Donner les clés d’un local de 200m² en plein cœur de Rennes, Place des Lices, à disposition de 30 jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, et qui ont été sélectionnés pour être issus d’horizons les plus variés possibles. Et reprendre les clés six mois plus tard. C’est le projet fou et génial que tente l’association Keur Eskemm pour donner naissance au Laboratoire Artistique Populaire, le LAP.

Certains sont étudiants, d’autres travaillent, certains font les deux, quelques-uns sont au chômage ou sont accompagnés par la mission locale, et tous constituent ce groupe qui vivra plus ou moins ensemble pendant six mois. L’idée générale du LAP est de favoriser et susciter la création et l’apprentissage artistique. Quelques ateliers avec des intervenants professionnels sont prévus par l’association, et charge au groupe de jeunes d’en prévoir d’autres, entre eux ou non, s’ils le désirent.

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Les différences de parcours et la dizaine de nationalités représentées rendent cette aventure unique pour chacun. Tous y côtoient des jeunes qu’ils n’auraient rencontré nulle part ailleurs. Ils n’ont aucune connaissance en commun, n’habitent pas le même quartier, n’écoutent pas la même musique, sont passionnés par des choses différentes, mais ici, au LAP, l’un va apprendre à l’autre à faire de la gravure sur TetraPack. De la quoi ??

C’est l’atelier auquel nous avons participé pendant leurs portes ouvertes, point d’orgue et point final de leur résidence de six mois entre ces murs. Durant ces quelques jours, ils présentent au public tout ce qu’ils ont appris et fait ensemble. Les visiteurs ont le droit à une visite guidée du lieu par ceux qui l’ont fait vivre, et à un atelier. Aujourd’hui, c’était gravure sur TetraPack. Explications : prendre une boite de lait et faire un dessin au feutre ou au crayon sur la partie grise, la partie intérieure. Repasser les traits à la pointe sèche ou au cutter, sans toutefois traverser le carton, seulement pour créer un petit sillon. Y étaler énergiquement une peinture bien grasse, spéciale linogravure, jusqu’à la faire pénétrer dans les sillons formant le dessin, et la faire disparaître des surfaces lisses. Nous avons notre modèle. Ensuite, il suffit d’insérer ensemble notre modèle et notre support final (une feuille de dessin) dans un appareil à faire des pâtes fraîches. La pression exercée viendra appliquer la peinture contenue dans les sillons du TetraPack vers notre feuille de papier à dessin.

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Sur les trente jeunes qui constituent ce groupe, les savoirs de ce type peuvent être très nombreux ! Mais un groupe a également besoin de s’organiser pour vivre, manger, prendre des décisions, faire le ménage, etc. C’est aussi un des grands aspects de cette expérience : apprendre à faire ensemble tant sur les pratiques artistiques en se transmettant des savoirs et techniques, que sur la vie en collectivité. A cet effet, le groupe de cette année a produit un petit guide sur les différents outils qu’il ont testé et mis en place pour s’organiser ensemble.

Ou bien, se rencontrer pour faire de l’Art ?

Plus à l’Ouest dans la ville, l’association « Les Ateliers du Vent » est installée dans une ancienne usine à moutarde du quartier Arsenal Redon. L’association est créée dans le milieu des années 90 de la réunion de copains étudiants désireux d’inventer un lieu de création et de diffusion de la culture. Cet espace se voulait être « hors cadre » et non institutionnalisé afin de décloisonner les pratiques artistiques de ses carcans traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, la structure œuvre aussi bien dans le soutien à la création, que dans la diffusion de ses artistes associés, ou encore dans l’expérimentation citoyenne par la participation des habitants de ce quartier en cours de rénovation.

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Nous y sommes allés un jeudi soir, à l’occasion de la restitution publique des travaux menés par les participants des Ateliers de Création Libre, les ACL. Le micro résonne un peu dans ce grand rez-de-chaussée aux murs blancs qui servent aux expositions, aux installations et diverses présentations. La vingtaine de personnes présentes est debout et écoute les cinq présentations successives des cinq personnes qui ont eu à travailler ce mois-ci sur le thème « Quelle heure est-il, Madame persil ? ». Les résultats sont variés ! Car les raisonnements de chacun sont partis de points très différents. L’une d’entre elles a créé un petit jeu visuel mettant en avant l’incongruité de cette petite comptine qui fait se répondre deux personnes s’appelant successivement Mme Persil, puis Mme Chaussure ainsi que Mme Placard qui devient Mme Piment deux vers plus bas. Une autre a requestionné notre rapport au temps toujours plus court, compressé et oppressant dans un texte vindicatif qu’elle nous a lu, pendant qu’un troisième participant a créé une machine loufoque capable de nous prédire l’heure de notre mort en touchant un cintre d’une main et une botte de persil d’une autre.

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Tous ces travaux individuels sont le résultat d’une réflexion de groupe qui a duré un mois. Tous les mercredis à 19h, ils se retrouvent autour de quelques pizzas afin d’imaginer des travaux qu’ils pourraient développer individuellement ou en groupe. Les ACL sont ouverts à toute nouvelle personne. L’adhésion à l’association, cinq euros, est obligatoire et en avant pour l’aventure ! Certains sont des artistes professionnels ou amateurs et prennent ces ateliers comme un moyen de travailler et d’entraîner leurs réflexions librement. D’autres ne le sont pas du tout, mais saisissent cette opportunité pour élargir leurs cadres de réflexions habituels. Réfléchir à d’autres choses, autrement, avec d’autres personnes, ailleurs. En somme, comme au LAP, c’est de la rencontre et de l’échange que naissent l’évolution et l’émancipation de chacun.

Et si, afin de mener un travail d’éducation populaire encore plus ambitieux, les structures se mettaient en lien comme elles invitent ses adhérents à le faire entre eux ? Et si le rendu mensuel des ACL se faisait dans les locaux du LAP ? Et si le LAP se déplaçait les mercredi soir aux ACL ? Et rêvons même encore plus grand à Rennes avec Chahut, l’Elabo, Au bout du plongeoir, etc…

 

Pour plus d’infos :

Les Ateliers du Vent
Les ACL de La Sophiste

Keur Eskemm
Le LAP

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A La Cimenterie, l’histoire commence…

Le Golfe du Morbihan a cette réputation d’être la partie riche de la Bretagne et souvent peu habitée à l’année. Quelques villes font exceptions. Nous avons d’ailleurs découvert l’émergence d’une aventure dans l’une de ces communes qui se compose principalement de résidences principales, mais dont le manque d’activité et d’espaces communs devenaient un poids pour ses habitants. Nous avons vécu un moment clef à La Cimenterie, lieu dédié à cette aventure.

A Theix-Noyalo, la mairie a un projet d’aménagement urbain. Elle envisage la construction de 1000 nouveaux logements individuels et groupés, et d’un quartier alternatif composé d’habitats légers, mobiles, d’auto-construction et d’habitats partagés. Dans ce cadre, elle rachète également le terrain de la cimenterie qui a cessé ses activités il y a quelques années.

L’ambition affichée est alors d’en faire un espace au service des arts de la rue, d’un lieu de convivialité et de rencontre pour répondre aux envies et besoins sur le territoire. La Cimenterie devrait devenir le théâtre commun de ces volontés.

Mairie rencontrée et partenaires potentiels contactés, l’association TAV signe une convention de 50 000 euros annuels avec la mairie pour le lancement et la mise en œuvre de ce projet. Les Jeudis de la Cimenterie sont alors créés pour réunir une fois par semaine les personnes qui veulent s’investir dans l’élaboration et l’animation de ce lieu immense. Le 10 mai dernier se tenait la première d’entre elles.

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L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale : aujourd’hui on pose la première pierre d’une réflexion commune sur les envies que nous donnent ce lieu.

Alors que Samuel prend la parole, après un mot d’introduction de François, Président de l’association TAV, la quarantaine de personnes présentes est studieuse et attentive. Samuel présente l’association TAV, le projet de La Cimenterie, puis les quelques événements ayant déjà animé le lieu pour le faire connaître ces derniers mois.

Benoit Rassouw poursuit avec une présentation de son activité de préfiguration urbaine, notamment au sein de l’association Yes We Camp. Le Banya Tour, Les Grands Voisins… l’artiste plasticien donne à voir ce qu’il est possible de proposer en termes d’occupation et d’aménagement de l’espace, de manière collective.

Nous intervenons ensuite rapidement sur notre tour de France, les différents lieux similaires rencontrés, et surtout sur les différents modes d’organisation qui s’offrent à eux en termes de gouvernance et d’organisation interne, selon les différents exemples que nous avons déjà découvert.

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La quantité d’informations reçues en une heure était conséquente. Les esprits avaient été mis à rude épreuve et Samuel profite de ce moment pour en tirer pleinement profit en proposant un petit exercice de groupe fort intéressant : chacun écrit sur un papier qu’on lui fournit, ce qu’il sait faire d’un côté et ce qu’il a envie de faire de l’autre. Quelques minutes de réflexion plus tard, les papiers sont mélangés et redistribués au hasard. Chacun se retrouve alors avec les savoirs et les envies de quelqu’un d’autre. Le but est de les lire à l’assemblée et de trouver son auteur dans la salle. Celui-ci peut alors s’exprimer et développer ses quelques lignes. Il récupère son papier, y inscrit ses coordonnées au dos, et le glisse dans la grande boîte des idées.

Léa, membre du TAV, se fera un plaisir le lendemain de toutes les rassembler et les mettre en commun !

Quel moment rare et précieux ont-ils partagé ce soir-là !! Si nous parlions de la préservation de nos espaces communs à Brest il y a quelques jours, le projet étant ici communal, il ne correspond pas exactement aux mêmes logiques. Toutefois, il a ça en commun avec eux qu’on peut y voir comment un groupe de personnes peut se surpasser et même créer une magie collective quand il a un objectif et un rêve commun.

La Cimenterie dispose à cette heure-ci devant elle d’une multitude de chemins de vie possibles. Le choix de l’un ou l’autre dépend en grande partie du groupe d’habitants qui s’en saisira. Et chaque personne l’intégrant lui donnera une teinte, une orientation, une forme, ce qui mènera chaque groupe constitué autour du projet à en faire quelque chose de différent.

Ce jeudi 10 mai, nous avons eu une première esquisse des personnalités présentes, donnant un premier aperçu du groupe en formation, et ainsi une idée de La Cimenterie qu’ils pourraient construire ensemble.

Ce soir-là à La Cimenterie ils ont rêvé sur leurs petits papiers de jardin collectif, de dépassement de la matrice pour les ambitieux, d’espace de création collective, d’envie d’apprendre aux autres et d’apprendre des autres, de ciné débat, de recyclerie, de bar, de café philo, de bricolage, de méditation, etc. Les envies et les savoirs fusaient. Ils se croisaient parfois, interrogeaient l’assemblée, la faisaient rire, suscitaient une discussion, et plus que tout, faisaient vivre le groupe.

La première pierre de la nouvelle Cimenterie a ainsi été posée. Et bien posée. De nouvelles pierres devront être posées ces prochaines semaines et ces prochains mois. Non pas pour faire un mur, mais pour construire un édifice ensemble capable d’accueillir les velléités de chacun dans toute leurs singularités. Bonne route les amis !

Photo prise par Mélissa Jallé.

Pour en savoir plus :

La Cimenterie : https://www.facebook.com/LaCimenteriePetitPlaisance/

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Radio Pikez, hauts-parleurs d’une vie brestoise.

Le quartier Saint-Martin, c’est comme un village dans la ville. Un quartier vivant, militant, historique, au cœur de Brest. C’est un quartier qui a une âme, qui a quelque chose à raconter, sur Radio Pikez ou au détour d’une rencontre. Nous y avons passé quelques jours au mois d’avril. Voici ce qu’on a découvert…

Lundi matin, l’émission « La Midinale » sur Radio Pikez va commencer. Deux heures de direct. On parle agenda culturel, actualités et rencontres. On entre dans le studio, c’est-à-dire dans le salon d’un appartement. Autour de la table et des micros, Cat, Pierre et Thomas accueillent les invités et expliquent rapidement les différentes parties de l’émission. L’ambiance est décontractée. On se sent comme chez les copains. Installés dans le canapé, on a le temps de reprendre notre souffle, après avoir couru dans les rues pour rejoindre le groupe. Ce sont les étudiants de l’AG de lutte qui interviendront en premier. Ils annoncent les prochains rendez-vous et les dernières infos sur l’occupation de l’université de Brest. Pause musicale. Il n’est pas loin de 12h, c’est à nous de prendre place, de visser les casques sur nos oreilles, de régler les micros et de partager notre expérience sur les routes de France. On raconte notre aventure. Radio Pikez, c’est ça, une webradio qui invite les gens à parler, à causer ensemble. Brestois(es) ou gens de passage, la parole est libre.

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Ici personne ne joue l’expert, tout le monde se forme à la radio au fil du temps. Et puis ce sont les expériences de chacun et leur opinion qui enrichissent le débat. L’objectif est clair : donner la parole au plus grand nombre. Faire vivre la vie locale, apprendre des expériences de chacun, partager des savoirs, s’amuser et donner à entendre des émissions que l’on ne retrouve pas sur les radios traditionnelles. A Radio Pikez, on parle d’amour, de mots, de jeux, d’actualités… à travers des émissions en direct qui ponctuent la playlist éclectique en continu toute la journée. Comme son nom l’évoque en breton, son ton impertinent, drôle et chipie, à l’image de cette pie masquée, font sa particularité.

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Ce jour-là, Pierre s’exprime sur les dégradations survenues la nuit même sur le local de campagne de la République en Marche installé depuis peu dans le quartier. Ou plutôt sur le tweet du député qui s’offusque de tant de violence à l’encontre du parti. Qui du tag en rose sur un local de campagne ou de la loi asile-immigration incarne la plus grande violence ? Et plus largement, qui d’une cabane construite dans un champ aux abords de Nantes ou de 11 000 grenades lacrymogènes tirées en quatre jours incarne la plus grande violence ?

Arrêt sur Image, Lundi matin ou encore Ouest Torch sont cités ce matin-là, comme références d’une information libre, indépendante, impertinente, drôle, …

Parties d’une idée entre copains, la webradio et l’association ne cessent d’accueillir de nouveaux « Pikez » (comme ils aiment à s’appeler) depuis trois ans déjà. Tous bénévoles, les Pikez sont autant actifs dans la programmation musicale, dans les propositions d’émissions, que dans l’organisation d’événements ponctuels. Ce média libre revendique son indépendance en fonctionnant sans subvention ni publicité. L’activité repose sur l’autofinancement, à partir de dons et de recettes lors de différents événements, notamment leur kermesse tant attendue au mois de septembre. De plus, c’est en toute transparence qu’ils s’organisent. Des comptes rendus de réunions aux supports audio, on peut tout retrouver sur leur site internet en libre accès.

En résumé, une bande de copains qui s’agrandit, une webradio, un ton décalé et chaleureux, une énergie communicative, Radio Pikez a toute sa place dans ce quartier si singulier de Brest.

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Mardi soir, au Mouton à cinq pattes, Place Guérin, place centrale du quartier Saint-Martin. On s’est donné rendez-vous là avec une partie de l’équipe Pikez. On s’installe, on commande à boire et les discussions s’enchaînent. On refait le monde et on croise du monde. Les habitants du quartier aiment se retrouver dans ce café culturel et solidaire ! Et puis, faut dire que la bière locale est bonne, les produits sont frais et bio, l’ambiance est conviviale et la programmation du tonnerre. Tout le monde a l’air de se connaître, et si ce n’est pas le cas, on vous cause facilement. Nous étions donc en train de bavarder, quand la pluie nous a fait nous installer à l’intérieur où les clients se sont groupés. On ne perd pas le fil, on parle éducation populaire, monde du travail, vie associative… Cat nous raconte l’histoire de Saint-Martin et la vie de quartier qui le rend unique dans la ville. Alors forcément, on vient à parler de la salle de L’Avenir, en face de nous.

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Cette salle emblématique de la Place Guérin est devenue le symbole d’une réappropriation de nos espaces face aux projets inutiles et non concertés des dirigeants. La municipalité veut en faire une voie de gentrification à travers la construction de nouveaux logements par exemple, pensant mieux connaître les besoins et les attentes de la population sans même lui demander son avis. A cela, les habitants répondent par une occupation culturelle, artistiques, populaire et massive de cet espace ancré dans le paysage depuis 1898. Depuis deux ans, le collectif « Pas d’Avenir sans Avenir » propose des activités, ouvre les portes à d’autres collectifs, et poursuit l’occupation de cet espace détruit par la mairie entre temps. Festivals, jardinage, projections, concerts, repas… animent le lieu ouvert à toutes et tous.

Les actions, collectifs, lieux et associations que nous mettons en avant chaque jour mériteraient tous une Radio Pikez sur leur territoire ! Quand nos classes sociales n’ont pas la main sur les médias traditionnels, elles en fabriquent d’autres pour se donner la parole, et s’offrir cet espace de dialogue et de diffusion. Radio Pikez est donc un haut parleur vivant de la vie festive et militante de Brest, au cœur du quartier Saint-Martin. Connectez-vous et laissez-vous emporter !

 

Pour en savoir plus :

Radio Pikez : http://www.pikez.space/

Le Mouton à cinq pattes : https://www.lemouton5pattes.fr/

« Pas d’Avenir sans Avenir », à lire un article pour connaître l’histoire en détail : https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article866

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A Brest, garder la main sur nos espaces communs.

Entre deux danses traditionnelles bretonnes, une crêpe, la grisaille, et deux trois clichés, les brestois nous ont montré une âme militante et concernée par le sort réservé à leurs espaces communs. D’une ferme bio en milieu péri-urbain qui voit ses terres menacées par l’urbanisation toujours croissante, à un café culturel défendant les pavés et la libre organisation de sa ruelle, il n’y a qu’un pas que nous franchirons aujourd’hui : bétonner certains espaces, ou non, n’est pas l’affaire exclusive de trois technocrates enfermés dans un bureau. Cette question nous concerne tous.

Danger : projet inutile en cours…

En périphérie proche de Brest, plus de cinquante hectares de terres agricoles actuellement cultivées, dont une vingtaine par la Ferme bio Traon Bihan, sont compris dans un vaste projet de Brest Métropole visant à construire quelques 1500 logements, une zone d’activité et une zone artisanale. Le projet de Fontaine Margot a su rassembler autour de lui des opposants déterminés à soutenir Philippe et Valérie, les deux paysans de la Ferme Traon Bihan.

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Sur l’ensemble de nos territoires, les zones agricoles laissent de plus en plus place à une urbanisation toujours croissante. Entre les velléités politiques d’agrandissement de la commune et celles des industriels de couler toujours plus de béton, les zones cultivées, bio de surcroît, font parfois figure de résistantes dans nos paysages. Mais dans cette partie Ouest du Finistère, c’était sans compter le collectif de citoyens mobilisé autour du couple d’exploitants. La quinzaine de personnes qui s’investie à leurs côtés depuis un peu plus d’un an remue ciel et terre pour contrer le projet fou, et surtout, essayer de sauver les terres bio.

Urbanisation dans les zones périphériques, et aseptisation du bâti en milieu urbain. L’association « Vivre la rue » se bat depuis maintenant trente ans afin de préserver la rue Saint Malo, dans le quartier populaire de Recouvrance, au cœur de Brest. Dans une ville quasi entièrement reconstruite à la suite de la seconde guerre mondiale, les pavés du bout de la rue Saint Malo sont une exception dans ce décor. Mireille y a posé ses valises en 1990, dans l’une de ses maisons abandonnées, squattées, salies. Deux ans de nettoyage et d’arrangements décoratifs lui ont été nécessaires pour rendre ses lettres de noblesse à cette rue pleine de charme, avec l’aide des habitants du quartier qu’elle a su ramener auprès d’elle dans cette aventure.

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Depuis, les mêmes politiques qu’à Traon Bihan ont essayé à de maintes reprises de tout détruire, tout rénover aux normes donc autant dire aseptiser, tout casser, etc. Mais trente ans après le grand nettoyage et la nouvelle beauté qu’a connu la rue Saint Malo, les pavés sont toujours là, et ses amoureux aussi. Ses amoureux se comptent maintenant par dizaines. Les habitants du quartier résistent désormais ensemble face aux attaques de la mairie et de la métropole pour se réapproprier cet îlot de tranquillité.

 « Il ne faut rien lâcher, toujours être à l’affût ». Depuis dix ans, Mireille n’a pas quitté sa rue plus de 24 heures. Pour défendre ces espaces, des citoyens constitués en collectifs ou en association se mobilisent et passent du temps pour rester à l’affût de la moindre réunion ou décision administrative les concernant.

Action, réaction, création !

Afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur leurs combats, les collectifs redoublent d’inventivité. La mobilisation par des réunions, des tracts et des manifestations constituent une forme de militantisme qui n’a eu de cesse d’être renouvelée au cours du XXIe siècle. Loin de l’image bête et méchante véhiculée par les médias traditionnels à la botte du pouvoir qui font de ces collectifs de simples opposants à tout, énervés par principe et dépourvus de solutions alternatives, ces derniers nous ont montré de quel côté se trouvent l’inventivité, la créativité et le sens du partage. Ils savent dire non et faire des propositions dans le même temps.

A Recouvrance, pour préserver la singularité du quartier, ils l’ont investi par la culture et la rencontre. Une fois nettoyée et aménagée, la petite ruelle est le théâtre depuis trente ans de nombreux concerts et spectacles. La rue Saint Malo accueille parfois jusqu’à 2 000 personnes pour un concert des Ramoneurs de Menhirs ou des Monty Picon.

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Extrêmement soucieux du devenir des artistes dans nos sociétés, le collectif veille à les payer au prix juste, soit le prix qu’ils demandent, au moins. Fait rare dans le monde actuel qui a de plus en plus tendance à les voir inconsciemment comme des saltimbanques vivant d’amour et d’eau fraîche. Le prix libre et conscient pratiqué par l’association « Vivre la rue » permet un partage de ce moment festif entre ceux qui auraient pu se payer le billet et ceux qui ne le pourraient pas. Choisir ce que l’on paye, c’est aussi se responsabiliser quant à la rémunération des artistes : la survie de la personne et de son métier dans notre société dépend de ma participation.

Puis en 2010, l’association franchit une nouvelle étape en décidant d’investir un local abandonné appartenant à la mairie, situé cent mètres plus haut, dans la même rue Saint Malo. D’abord simple point d’accès à une connexion internet, puis lieu d’exposition, puis bar bio, puis point de vente de différents artistes (bijoux, cartes postales, …), le local s’aménage et s’embellit avec le temps.

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Il est aujourd’hui un lieu de rencontre permanent ouvert du mardi au dimanche de 14h à 21h. Wannah, ancienne et future salariée de l’association en contrat aidé, actuellement bénévole, est comme un poisson dans l’eau pour vous accueillir dans ce lieu chaleureux plein de bonnes énergies. Qu’il s’agisse d’assister à une soirée de musique improvisée, ou à une conférence, ou encore à un atelier, toutes les raisons sont bonnes pour s’y arrêter.

Dans la périphérie brestoise, le collectif rassemblé autour de Philippe et Valérie ne sont pas en reste pour imaginer des moyens de se rassembler. Le 22 avril 2018, nous étions quelques 300 personnes à nous rassembler sur l’une des prairies, propriété de Brest Métropole Habitat.

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Jusqu’alors mis à disposition pour la Ferme de Traon Bihan, cette parcelle bio fait partie de celles menacées par le projet de Fontaine Margot. Après un pique-nique partagé où chacun a ramené ses bons produits, nous nous unissions tous main dans la main sur ce qu’il reste de cette prairie. Les premiers tracteurs de chantier y sont passé pour retourner grossièrement l’ensemble du champ et le rendre inexploitable. La chaîne humaine était filmée par drone afin de montrer à la population brestoise et ses élus que les terres bio constituent un bien commun vital que nous ne laisserons pas aux mains des bétonneuses sans résistance.

L’innovation dont nous sommes capables lorsque nous nous réunissons nous offre un champ des possibles infini. Tant en termes d’opposition à un pouvoir fou et déraisonné qu’en termes de vivre et faire ensemble. La société civile se passe volontiers des experts, des élus, des technocrates et des costards cravates pour savoir ce dont elle a besoin, et le mettre en place. Elle sait dire non et faire des propositions pour avancer en toute conscience.

 

Pour en savoir plus :

La ferme de Traon Bihan : http://lafermedetraonbihan.fr/

L’association Vivre la rue :  www.vivrelarue.net

 

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