A notre tour de ne pas garder nos idées en l’air

Vous avez suivi notre voyage depuis deux ans à la rencontre d’associations et d’initiatives collectives porteuses d’espoir. Vous avez aussi fait notre voyage en nous accueillant une heure, un jour ou une semaine. Ou alors vous étiez derrière « Minus » sur une petite route départementale, péniblement à 60km/h. Son charme a opéré sur vous et vous nous suivez depuis. Ou encore plein d’autres possibilités pour en arriver à nous lire aujourd’hui.

Au cours de ces kilomètres sur la route, nous avons vu des dizaines d’idées qui ne sont pas restées en l’air… Nous les avons comprises, aimées, enviées parfois. Aujourd’hui, ce sont nos idées que nous avons voulu ne pas voir s’envoler. Alors elles ne resteront pas en l’air, nous habiterons entre Toulouse et les Pyrénées, Arnaud sera charpentier et Doriane intégrera l’association 3PA et son Ecole de la Transition Ecologique (ETRE). Ce résultat est la mise en application concrète du principal enseignement de ces dernières années : tout est possible !

Le tour de France nous a nourri, fait grandir et donné beaucoup de forces. Nous avons retenu quelques enseignements que l’on partage avec plaisir.

Il se passe des choses de partout !

D’abord sillonner la France, c’était aller à la rencontre de tous les territoires, tant urbain que rural. On a pris du plaisir partout et surtout on a découvert que ça bouge de partout.

Alors on ne sait pas si les initiatives se font plus nombreuses, si « ça bouge » de plus en plus, parce que plongés dans cet univers à temps plein depuis deux ans, nous avons rapidement arrêté de nous poser ces questions. Notre regard était biaisé.

En revanche, nous pouvons dire que des initiatives existent dans tous les territoires, des gens se rassemblent et créent ensemble chez eux. A la ville, à la campagne, à la mer, à, la montagne, dans un petite village, dans une région pauvre ou une région riche, tous les territoires connaissent, en réalité, les mêmes envies de faire ensemble, de construire des projets, d’apporter des solutions aux problèmes contemporains, de faire parler leurs envies et leurs passions. Oui, le dynamisme culturel n’est pas l’apanage des grandes villes et les thématiques environnementales ne sont pas réservées au milieu rural.

En tout cas, les initiatives sont nombreuses, fonctionnent, prennent toutes sortes de formes, sur toutes sortes de sujets de société (agriculture, action sociale, culture, écologie, arts, alimentation, commerces, etc.). Et l’important se situe peut-être précisément ici : montrer que c’est possible, que des chemins existent et qu’ils mènent quelque part. Non pas pour changer le monde ou « faire sa part », plutôt pour ouvrir les esprits habitués à être trop fermés, permettre à chacun.e de nous inventer un autre demain, de stimuler la capacité de réflexion et d’action de tou.te.s ensemble.

Les territoires sont uniques.

Chaque territoire est unique, comme chaque projet l’est de fait. On a vite compris qu’un projet se construit sur un territoire selon ses besoins, ses envies, ses habitant.e.s et qu’on ne peut ni arriver quelque part avec une idée en tête et la réaliser exactement comme on l’imaginait, ni déplacer un projet de quelques kilomètres seulement et s’attendre à voir le même projet grandir.

La spécificité des territoires donne la couleur des initiatives qui l’habitent. Cela demande de connaître et de comprendre un espace avant d’y construire un projet, le plus beau soit-il. C’est ce qui fait le charme de tous les projets que l’on a rencontré.

Tout est possible !

Tout est possible.

Une organisation verticale ou horizontale, fixe ou itinérante, avec des subventions publiques ou en autofinancement, par le salariat ou le bénévolat… Un champ d’action n’est pas cantonné à un type de financement précis, encore moins à un type d’organisation défini. On associe souvent une salle de spectacles à des financements publics et un café associatif à une organisation horizontale. Pourtant, bien des exemples nous ont prouvé qu’un croisement des modèles est possible : une salle de spectacles basée sur l’échange ou l’autofinancement, comme un café associatif organisé de manière verticale avec une commission pilote et décisionnaire.

Chaque groupe trouve ses propres réponses. Il n’y a pas de recette.

On est tous capables de tout !

« Ohé du bateau » et ses 1800 sociétaires, « La Colporteuse » et ses 12 ans d’existence en milieu rural, « Toit à moi » et ses presque 15 logements achetés, etc. nous ont démontré que nos initiatives ne sont pas moins sérieuses, moins pertinentes et moins ambitieuses que ce que feraient des institutions établies ou des « professionnels » de longue date.

Pas besoin de costards-cravate ou d’un titre d’« expert » pour inventer et mettre en action des projets fous et qui fonctionnent ! Se regrouper, créer des synergies, se faire confiance, se demander de quoi on a envie tout simplement et puis se mettre en piste à plusieurs, c’est rassembler toutes nos compétences, nos histoires, notre vécu, nos savoirs, nos capacités et faire naître un projet commun.

Dans un groupe, on a forcément quelqu’un de créatif, quelqu’un de plus à l’aise avec les chiffres, quelqu’un qui a un réseau riche, quelqu’un qui aime rédiger, quelqu’un qui… vous pensez à des ami.e.s là, non ? Et bien les projets que l’on a rencontré, sont partis delà et n’ont simplement pas garder ces idées et ces potentialités en l’air ! A nous tous, on sait tout faire.

Ça nous a donné tellement d’espoir et d’élan quand on a compris qu’on était capable de tout !

MERCI à vous.

Pendant ces deux ans, on a été très heureux de vous partager nos découvertes, d’animer le jeu coopératif que l’on a créé à la fin de la première année et de bavarder avec vous devant les panneaux de notre expo.

On a pris un plaisir immense à réaliser ces deux années sur la route. Et on veut vous remercier sincèrement pour votre accueil, votre soutien, vos lectures, vos remarques, nos échanges, votre aide… On ne veut pas « en faire des caisses », simplement vous dire merci.

A bientôt chez vous, ou chez nous !

PS : le site cestpasdesideesenlair.com reste actif, les articles sont lisibles à souhait, comme la cartographie.

A Rennes, les lieux intermédiaires font commun de leurs vécus et de leurs utopies.

Pendant deux jours, la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires et Indépendants (CNLII) a tenu son 3ème Forum national des lieux intermédiaires et indépendants aux « Ateliers du Vent » à Rennes. Après les éditions de 2014 et 2016, cette année était placée sous le signe des communs : « Faire commun(s), comment faire ? ». Un moment de rencontres, de retrouvailles et d’échanges au cours duquel les 250 participant.e.s ont témoigné leur besoin de reconnaissance auprès de l’État et des pouvoirs publics, de s’unir et faire front face à des défis de plus en plus complexes.

Qu’est-ce que la CNLII ?

« La CNLII a été constituée le 29 janvier 2014 lors du « Forum national des lieux intermédiaires ». Ce regroupement en coordination répond au besoin urgent exprimé pendant ce Forum d’une reconnaissance de la place et du rôle de ces lieux intermédiaires dans le paysage culturel français et d’une mise en réseau de leurs projets respectifs. » Il s’agit donc d’un regroupement informel de lieux indépendants qui disposent pour la plupart au moins d’un volet création et/ou diffusion artistique.

En deux jours, une véritable montée en puissance.

L’organisation de ces deux jours de rencontres était prise en main par ARTfactories/Autre(s)pARTsgroupe d’acteurs culturels et d’artistes, réunis autour d’un projet commun de transformation de l’action culturelle par l’expérimentation d’autres rapports entre art, territoires et société), le réseau Hybrides (qui porte une dynamique de structuration des lieux intermédiaires en région Bretagne) et les Ateliers Du Vent (ensemble d’artistes et de personnes engagé.e.s dans des démarches citoyennes qui font vivre collectivement un lieu d’expérimentations).

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Trois rencontres préparatoires ont eu lieu à Rennes au mois de mars, puis à Lille et Marseille au mois de mai. C’est au plus près des futur.e.s participant.e.s qu’ils.elles sont allés chercher les thématiques pertinentes à développer au cours du grand Forum. En sont ressortis les thèmes de la co-évaluation, de l’urbanisme transitoire et des communs. Des sujets suffisamment précis et pointus qu’il aurait été facile de tomber dans un jargon et un entre soi inaccessible au grand public.

Alors c’est par une première matinée assez dense que le Forum s’est ouvert. Quatre conférences-éclair de 30 minutes au choix parmi les huit possibles, pour une (re)mise à niveau sur des thèmes variés. On a abordé les droits culturels, les communs, les chartes d’usage, l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), l’évaluation ou encore les friches et les enjeux spatiaux.

L’après-midi, les participants se sont répartis selon qu’ils souhaitaient travailler sur les communs, la co-évaluation ou l’urbanisme transitoire. Deux groupes se sont constitués par thème et ont dégagé chacun trois problématiques.

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Le lendemain matin, chaque groupe a envoyé ses trois problématiques à la discussion au sein des trois micro-plénières. Chaque micro-plénière disposait alors de deux problématiques sur chaque thème (co-évaluation, urbanisme transitoire et communs) qu’ils ont dû mettre en lien, regrouper, se faire correspondre, afin de dégager des questionnements et des pistes de travail plus ou moins transversaux.

Point d’orgue du Forum, la plénière de l’après-midi a vu les trois micro-plénières mettre en commun et discuter leurs conclusions respectives. Ce processus d’ateliers successifs (plus agréable à vivre qu’à lire et expliquer, on vous l’accorde) a permis, d’une part la prise de paroles de tou.te.s les participant.e.s sur un sujet choisi, et surtout sa prise en compte dans le résultat final de la plénière. L’organisation de cet événement a su créer une intelligence collective porteuse de sens et efficace.

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L’événement a rencontré son public. Des lieux de toute la France se sont déplacés pour l’occasion. Une moitié de bretons, également des personnes et des collectifs venus entre autres de Lyon (Friche Lamartine), Marseille, Annecy (L’Ecrevis), Bordeaux (La Fabrique Pola), Lille, Nantes, Toulouse (Mixart Mirys), Paris (59 Rivoli), Caen (Collectif Bazarnaöm, le Wip), Tours, etc. Si le milieu urbain était dignement représenté, le milieu rural n’était pas en reste avec notamment l’association cévenole Bouillon Cube ou la sud bretonne La Cimenterie.

« En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »

La diversité d’intervenant.e.s a permis de recadrer certaines notions et lancer les participant.e.s sur de nouveaux élans de réflexion. Plusieurs pays voisins étaient présents pour mettre en avant les avancées remarquables et inspirantes dans leurs pays. Les représentant.e.s de l’Asilo à Naples ont par exemple animé un atelier sur les chartes d’usage qui a permis de faire un pas de côté et d’avoir connaissance d’une expérience novatrice et de leur lutte pour une reconnaissance des droits d’usage des lieux intermédiaires dans les villes pour en faire un droit commun et affirmé dont l’État devient un soutien. La Belgique nous a requestionné sur les systèmes et les processus d’évaluation, remettant en cause les indicateurs et critères souvent quantitatifs avant tout des pouvoirs publics pour mettre en avant les valeurs culturelles qui animent nos projets, les apports qualitatifs et du bon sens dans des démarches d’évaluation collective et coopératives au long court. L’organisation avait également dépêché des intervenant.e.s plus institutionnel.le.s comme Anne-Christine Micheu (Ministère de la Culture) au sujet des droits culturels, ou encore des universitaires géographes, juristes, sociologues.

Et pour compléter le tableau, la proportion d’artistes présent.e.s a permis une certaine poésie dans les échanges sur des sujets parfois complexes et très terre-à-terre.

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Condensé des plus belles questions et réflexions entendues les 19 et 20 mai lors de ce 3ème Forum des lieux intermédiaires et indépendants :

Comment penser le commun par enjeux plutôt que par objectif ?
– A la question « Quelles traces laissons-nous derrière nos occupations de lieux ? », la réponse « En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »
– Comment s’assurer qu’un projet respecte l’intégrité d’un territoire et des personnes qui l’habitent ?
– Imaginer un jumelage entre projets au sein de la CNLII, afin de faciliter les partenariats et stimuler la solidarité entre lieux.
– Exiger l’excellence politique pour nous accompagner plutôt que nous contrôler.
– Comment passer du transitoire à la transition ?
– Placer la médiation culturelle plus en amont de nos pratiques.
– Pour les préserver et les reconnaître, est-il imaginable de donner la personnalité juridique aux lieux intermédiaires de Marseille, comme les néo-zélandais l’ont fait avec une rivière ?
– Entamer un travail commun avec les réseaux RFF (Réseau Français des Fablabs) et TILIOS (Tiers Lieux Libres et Open Source) qui rencontrent des difficultés très semblables aux notres.

Pour retrouver toutes ces questions, certaines réponses, d’autres débats et présentations, la CNLII propose toutes les interventions filmées sur son site internet : http://cnlii.org/2019/06/conferences-eclair-les-videos/

Stabilité, inaliénation, création, territoire, politique, soutien, conflit, hybridation, expression, pédagogie, militantisme, devenir, pédagogie, profits, … au cours des différents débats, les digressions ont été aussi nombreuses qu’intéressantes. Les prochaines éditions disposent d’un puissant réservoir de thèmes à développer !

La Logeuse, un habitat solidaire dans les Cévennes.

Rendons nous en Lozère. Pour les moins habiles en géographie, nous sommes entre Montpellier et l’Auvergne, à l’Ouest de l’Ardèche. Pour les plus précis, nous ne sommes pas très loin de Florac, dans la moitié sud du département. Et pour les champions olympiques de la géographie, précisément à Saint-Martin-de-Lansuscle, 45 minutes plus loin. Le paysage est à couper le souffle. Le Parc National des Cévennes nous offre ici ce qu’il a de plus beau en petite route, rivière, forêt, dénivelé, panoramas, en vie sauvage et également en vie humaine.

 

Habiter les Cévennes, un sacré défi !

Si les problèmes de logement des grandes aires urbaines sont connues (trop cher, trop de vide, trop insalubre), les zones rurales n’en sont pas pour autant épargnées. Même les zones très rurales, comme c’est le cas à Saint-Martin-de-Lansuscle. Isolé et vallonné, ce village au charme fou n’est pas très peuplé et déborde pourtant d’énergie. Le dynamisme associatif de ces 190 habitants aurait de quoi rendre jaloux des villes et villages bien plus peuplés.

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Mais difficile d’y habiter quand 60 % des logements sont des résidences secondaires occupées quelques semaines dans l’année, que les prix de l’immobilier flambent, que les flancs de montagne n’offrent pas moultes possibilités de construction, ou encore que les bassins d’emploi sont au moins à 45 minutes de petites routes.

Le fait de vivre ici relève donc souvent d’un choix mûrement réfléchi et en cohérence avec un style de vie voulu.

« Ce qui est magique ici, c’est que tous les habitants partagent un point commun. C’est qu’on a tous fait le choix de venir vivre ici, ou de rester vivre ici. Et ça crée des liens, forcément, au-delà des clivages entre néo cévenols et cévenols de souche. » Laurent, membre de La Logeuse.

Alors pour maintenir l’école ouverte et plus largement le dynamisme local, la municipalité et les habitants ont compris depuis longtemps qu’ils devaient porter une attention particulière à l’accueil de nouveaux habitants. Les différentes équipes municipales qui se sont succédées ces dernières décennies ont tenté des choses sur cette question, parfois réussies. Mais un constat demeure : il est rageant de voir les maisons en vente tomber soit dans le circuit de la spéculation, soit dans celui de la résidence secondaire. L’installation de nouvelles personnes relève du casse-tête.

 

L’innovation comme résistance

En 2015, la municipalité a ouvert aux volontaires sa commission « Logement » qui travaillait déjà d’arrache-pied sur le sujet et s’épuisait. Une quinzaine de personnes s’en sont saisies en répondant présents. L’idée première était de faire un état des lieux général des espaces (chambres, maisons, jardins) disponibles à la vente ou à la location. Puis d’essayer de réserver ces logements en vente pour des personnes qui voudraient s’installer dans la région en y vivant toute l’année.

Et l’aubaine arriva. Une maison en vente, pas trop chère, avec quelques travaux. Très vite, une association se constitue dans le but de l’acquérir et de la louer à un loyer modéré.

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Avant de rencontrer des banques, les membres de l’association ont mis tout en œuvre pour collecter un maximum d’argent eux-mêmes pour l’achat et les travaux. Les dons et les prêts de particuliers, les concerts de soutien organisés dans la salle municipale, la « Fondation Abbé Pierre », la plateforme internet « Les Petites Pierres » et toutes les recettes issues de plus ou moins gros évènements ont permis de collecter 70 000 euros.

En manquait 50 000 pour acheter la maison et financer les travaux qui la rendraient belle et confortable. La « Nef » a été la seule banque à leur accorder ce prêt.

Une fois propriétaire avec un emprunt à rembourser, le but pour l’association était de réaliser les travaux le plus vite possible et à moindre frais pour bénéficier rapidement des loyers. Une énergie bénévole incroyable s’est alors déployée, comme nous le montre l’enthousiasme collectif dans cette vidéo de promotion loufoque.

Les travaux terminés et une fois passé le dur moment de la sélection des candidats, une famille emménage en février 2017. Un couple emballé par le projet de la Logeuse, qui a compris les enjeux et qui s’est très bien entendu avec l’équipe dès son arrivé. Les enfants ont rejoint les bancs de l’école.

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La mission est accomplie. Les membres de l’association peuvent être fiers d’avoir atteint leur objectif ! Mais l’histoire ne s’arrête pas vraiment là. La Logeuse doit trouver 3 000 euros par an pour finaliser les remboursements des divers emprunts en cours. Le loyer modéré ne comble pas la totalité des frais de l’association. Alors ? Dons réguliers de particuliers ? Futurs événements décalés comme l’association sait si bien les imaginer et les organiser ? Plusieurs pistes sont possibles, l’asso est sur le dossier.

 

D’autres projets pour demain

Satisfaits, même très satisfaits de cette réussite collective, la Logeuse a de nouvelles envies. Comme ça l’a souvent été démontré, le temps de construction et d’imagination des projets est celui qui fédère le plus un groupe, l’anime, l’unit, libère les idées et la créativité.

La Logeuse l’a bien compris. Toujours sur le thème du logement, elle aimerait se pencher sur de nouvelles voies possibles. Nicole, Richard, Florence, Laurent et Stéphane nous parlent, des étoiles dans les yeux, d’un hameau d’habitat léger en perspective. A l’étape de la discussion, le groupe doit encore s’accorder sur les orientations qu’il veut pour la Logeuse. Ils en sont convaincus, il faut se réunir pour parler du devenir de la Logeuse, des projets sur lesquels avancer et déployer de l’énergie. Mais l’idée de ce hameau léger semble déjà plaire à un certain nombre. Ce hameau d’habitats légers rend rêveur…

La Logeuse est donc une énergie collective dans ce petit village qui ne manque pas d’idées pour développer et entretenir une vie commune. Plusieurs espaces du village révèlent cette dynamique associative exemplaire. Une bibliothèque ouverte 24h sur 24 et auto-gérée par les habitants, un espace collectif à « la Chaloupe » dans lequel ateliers divers, conférences, projections, jeux… ressemblent en fin de semaine, ou encore le Temple protestant devenu une salle des fêtes sont les lieux de Saint-Martin qui créent une attrayante vie de village.

 

Pour en savoir plus :

La Logeuse : https://lalogeuse.wordpress.com/

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Un espace pour les rêveurs en Bourgogne

Qu’est ce qu’une Rêv’othèque ?

Il s’agit d’un espace destiné à s’affranchir des préoccupations quotidiennes pour laisser place aux envies, aux rêves, au rien. Elle peut prendre une forme itinérante ou bien sédentaire. Dans les deux cas, l’univers de celle-ci est en perpétuelle évolution puisqu’il dépend de sa fréquentation. Chaque passage vient modeler l’espace : un nouveau livre, le déplacement d’un objet, l’écriture d’une phrase (« quelle est votre plus beau détour ? »). La Rêv’othèque absorbe envies et énergies des passants pour alimenter les futurs explorateurs de cet univers. En voilà une aubaine, puisqu’on ignore ce que l’on vient y chercher, nous en sortons nécessairement irrigués.

 

Et toi tu rêves ? Est-ce que tu as envie de rêver ? C’était quoi ton dernier rêve ? Est-ce qu’un rêve doit être réalisable ? De quoi as-tu envie ?

Dans la roulotte, la chaleur du bois, l’intimité de la configuration, la discrétion des objets, l’élan des roues, l’énergie du poêle à bois et la douceur de l’être font de cette cabane un espace privilégié propice à s’extraire du quotidien pour rêver. Accueillie sur la place publique ou installée temporairement sur un espace privé, la roulotte régale les esprits curieux.

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Ce cocon roulant, voyage de place en place à la rencontre de qui voudra bien s’y installer confortablement. Alors que tout le monde est le bienvenu à bord, par la fenêtre, Christian veille à l’équilibre et amène chacun à se laisser porter par ce qui lui sera familier : la musique, les toupies, les livres, les personnages miniatures… Formé au récit de vie, Christian accompagne avec attention les discussions qui peuvent éclore.

De manière plus sédentaire, un lieu incroyable s’est aménagé dans le village de Cormatin, près de Cluny. Sur la place de l’église, une vieille maison merveilleusement rénovée nous accueille. S’adonner à la rêverie, à la pause, la sieste, la lecture, venir imaginer ce que l’on souhaite tant que chacun y trouve son compte, tel est l’état d’esprit. Les énergies semblent s’y équilibrer spontanément, les enfants y trouvent aussi leur intérêt.

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Pour certains cela aura l’effet d’une séance de psy et sera l’occasion de prendre le pouls du rythme de vie dans lequel ils sont embarqués. Pour d’autres, ce sera l’opportunité de se raconter, de se comprendre ou encore d’écouter afin de cueillir d’autres perceptions et aspirations. Rien de tel qu’humer les odeurs d’envies folles et respirer de nouveaux défis pour les semer à son tour.

 

Comment une idée restée en suspend, tel un rêve au petit matin, s’est-elle un jour animée ? Qui s’applique à ce qu’elle ne reste pas une idée en l’air ?

C’est autant l’atmosphère que le chemin parcouru pour la réalisation de ce projet qui est touchant. Ce sont la détermination et l’envie de bousculer les mœurs de son entourage qui ont poussé Christian à traverser la frontière pour trouver un terreau plus fertile. Hasard de la vie ? Rencontres à point nommées ?

La Bourgogne est apparue comme une évidence pour réveiller les esprits assoiffés de rêveries. L’ambition de vivre un rêve animé ou d’éveiller ceux des autres avait germé, Christian est ainsi allé au bout de l’un de ses desseins : « Animer une Rêv’othèque ! ».

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A l’origine du projet, il animait et imaginait en solitaire les saveurs qu’auraient la Rêv’othèque. Encouragés par ses amis artistes pour donner une portée plus ambitieuse au projet, Christian a diversifié ses lieux d’interventions. Fort de son succès, la roulotte est sollicitée par des convaincus des bienfaits de cette soupape de décompression. Centre social, festival, hôpital psychiatrique, centre d’incarcération, fête de village, autant de lieux dont il fait bon s’extraire le temps d’un instant.

 

Pour en savoir plus :

La Rêv’othèque : http://revotheque.fr/

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Toulouse par l’image

Raconter. Voilà ce que pourrait être le maître mot en commun des trois associations Toulousaines « Un Oeil sur ma ville », « Les Vidéophages » et « Les bobines sauvages ». Ils racontent. Ils racontent des histoires, parfois l’Histoire, des fictions, des souvenirs, des vies, des quartiers, des récits. Chacun avec leur support et leur spécificité, ils participent de la construction d’une mémoire collective des quartiers oubliés ou mal connus de la ville rose, en même temps qu’ils les mettent en vie et en lumière.

De la Reynerie…

Bienvenue au Mirail, plus précisément à la Reynerie. Comme tout bon quartier populaire qui se respecte en France, pour y entrer vous venez de passer de l’autre côté du périphérique. Prêts pour la visite, vous êtes entre les mains d’Ibrahim Reziga. Notre hôte est en ce moment même le seul salarié de l’association « Les Bobines Sauvages ». En instance de recrutement, ils sont en temps normal entre trois et quatre. Plus les personnes en services civiques. Plus les stagiaires. Plus les bénévoles. C’est simple, à peine quinze minutes après notre arrivée dans les locaux de l’association, nous avons déjà rencontré un dizaine de jeunes occupés à ranger, discuter ou préparer le tournage de cet après midi.

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Quelque chose nous dit que nous ne sommes pas les premiers visiteurs. D’un simple coup d’œil et d’un « présente-toi » d’Ibrahim, Amine nous explique du tac au tac qu’il est membre du CA de l’association, bénévole, qu’il y a déjà tourné deux courts métrages en son nom, et qu’un troisième est en préparation. A la présentation limpide d’un autre jeune, Ibrahim rétorque « Oh tu l’as appris par cœur ton discours ? » « Nan j’te jure, tout en impro, frère ! ». Ils se présenteront petit à petit tous à nous comme s’ils étaient rompus à l’exercice, ou comme si leur travail face caméra les avait aidé à être particulièrement à l’aise à l’oral.

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Tous ces jeunes habitent Le Mirail, ce quartier chargé d’histoire sociale et architecturale. Ça, nous l’apprenons avec Ludo de l’association « Un Oeil sur ma ville ». Historien de formation, il nous raconte l’histoire de Georges Candilis, l’architecte de ces grands ensembles. Héritier de Le Corbusier, Candilis avait imaginé la configuration et l’agencement du quartier de telle manière que ses habitants s’y croisent le plus possible. Voisins d’un même immeuble, voisins d’immeuble, piétons, usagers des transports en commun ou de sa voiture individuelle, les chemins quotidiens de chacun devaient pouvoir croiser ceux de ses voisins indifféremment des différents styles de vie. Le tout en laissant la part belle aux zones piétonnes et commerçantes.

…Au centre-ville…

Et si Ludo peut si bien nous parler de ce quartier et de son Histoire, c’est que l’association, et particulièrement Anissa, y a mené des ateliers de discussion, de mémoire et de recherche avec ses habitants. Tant les archives municipales que les souvenirs des habitants ont ainsi enrichi la création d’« un parcours de balade mettant en valeur son patrimoine et ses histoires ». Différents supports éparpillés dans tout le quartier permettent ainsi de prendre connaissance tant de ses petites histoires que de son Histoire. Se réapproprier son quartier, l’image de son quartier, être acteur de son territoire, la valorisation de son espace de vie sont autant de valeurs et de concepts que l’association toulousaine partage, sur des formats différents, avec d’autres exemples que nous avons rencontré : Nabuchodonosor à Béziers, Alliance Citoyenne à Grenoble, ou encore Bouche à Oreille à Metz.

Parce que la ville est à notre image, elle vit, elle bouge, elle évolue, Ludo, Audrey, Tomas, Pierre, et tous les autres bénévoles travaillent à mettre en avant ses mutations et ses évolutions que chaque ville connaît à travers le temps. Parce que par ses évolutions, nous pouvons lire et découvrir l’identité de la ville. C’est donc par différents supports tous aussi originaux les uns que les autres que cette jeune association tente de rendre compte de ces transformations de manière ludique. Anaïs et Alice viennent d’ailleurs de créer une chasse au trésor dans différents quartiers de la ville.

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Une de leurs premières actions a été l’installation au cœur de la « Prairie des Filtres » d’un grand panneau transparent du paysage tel qu’elle était autrefois. En trouvant le bon angle, nous pouvons alors superposer la vision actuelle et l’ancienne. En un coup d’œil, nous identifions l’émergence d’un espace vert ou d’un immeuble, la pérennité de l’église, la rénovation (ou bétonisation) des quais de la Garonne, etc.

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Ces jeunes Toulousains ne se cantonnent pas à la Haute-Garonne et sa préfecture. Depuis le cœur des Cévennes, à Arre, l’association de « La Mainlèv » a entendu parler d’ « Un œil sur ma ville » et a fait appel à eux. Alors en pleine rénovation d’une immense usine de textile abandonnée, l’association compte inclure pleinement l’histoire de ce lieu dans sa nouvelle vie, à savoir une fabrique à initiatives, un lieu de mutualisation d’espaces et de moyens pour les acteurs du territoire. Les deux associations ont alors conjointement menés des ateliers d’expression auprès des anciens salariés de l’usine afin de recueillir leurs souvenirs et leur vision du lieu. Une exposition avec photos et témoignages est en préparation pour occuper les murs du hall d’accueil de ce bâtiment.

A la Reynerie aussi, l’association « Bobines Sauvages » tente de dépasser son environnement toulousain. Les courts métrages qu’ils produisent et réalisent sont régulièrement envoyés à des festivals partout en France. Car ce qui importe pour Ibrahim, chargé du Pôle Cinéma, c’est habituer les adhérents aux circuits, au langage et aux habitudes professionnelles. Il fait quotidiennement cet effort d’inscrire les jeunes dans un environnement professionnel afin de leur donner les armes adéquates pour l’avenir.

« Si demain par hasard, un jeune rencontre un réalisateur, je veux qu’ils puissent parler la même langue et se comprendre. ». Ibrahim poursuit : « Il faut que les jeunes se servent de l’association pour apprendre des choses. Et que l’association se serve des jeunes pour exister, se développer, s’enrichir et être prête à accueillir les générations suivantes ! C’est gagnant gagnant, les jeunes se servent de l’association et l’association se sert des jeunes. »

Sur Toulouse, les jeunes réalisateurs de Haute-Garonne et d’ailleurs disposent d’un espace de diffusion et d’expression non négligeable. Tous les premiers lundis du mois à l’Abbaye de la Sainte Dynamo, l’association « Les Vidéophages » organise une soirée dédiée aux jeunes réalisateurs.

…Toulouse se raconte par l’image !

Symbole du foisonnement culturel toulousain, l’association « Les Vidéophages » œuvre depuis 20 ans à la promotion du format court qui peine à trouver sa place ailleurs que dans les festivals qui lui sont dédiés. Alors c’est dans des bars, des bus ou des prisons qu’ils amènent ce format peu diffusé en France. Seule salariée de l’association, Delphine nous raconte que lors de leur festival annuel « Faites de l’image », ils élargissent leur proposition à l’audio, aux installations insolites, etc. Rendez-vous les 5 et 6 juillet prochain, à Toulouse. Sans cesse à la recherche d’un nouveau public, ils s’attachent à changer de quartier chaque année.

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S’ils ont choisi un élan pour symbole, ce n’est pas pour rien ! « Allons de l’élan » est leur devise et ils le prouvent largement par la diversité de leurs propositions (Ciné-Tambouille, Vidéo-bus, soirées mensuelles, itinérance en Occitanie, les ateliers avec les enfants, Driv’in, etc etc etc!).

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A travers leurs aventures propres, ces trois-là nous racontent plus qu’une histoire. Ils nous expliquent comment une passion peut s’exprimer en collectif et à quel point nous faisons les choses avec sens et sérieux quand elles nous parlent et nous font vibrer.

Pour en savoir plus :

Les Bobines Sauvages 

Un Oeil sur ma Ville

Les Vidéophages

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Une ferme solidaire dans Toulouse

On est tout proche du centre-ville de Toulouse et pourtant les arbres remplacent les grands bâtiments, le bruit des transports se substituent aux chants des oiseaux, le calme efface l’effervescence de la ville. Nous sommes dans une bulle, une pause dans le temps et l’espace. Au fond d’une rue d’habitations, au départ d’un sentier de balade, on est à la Ferme Habitat Solidaire, chemin du Manel.

L’endroit est parfait pour se ressourcer. Le bois des chalets, la fraîcheur de la végétation et la tranquillité des animaux donnent une atmosphère et un charme singulier. On ralentit et on se rencontre. Pour quelques jours ou plusieurs mois, chaque personne accueillie devient un habitant et prend possession du lieu.

Autogestion à la ferme

Lorsque Raphaël hérite d’un terrain vierge sur le chemin du Manel, il rencontre Thierry et son chien Orso, dans les bois qui avoisinent ce terrain. Ils discutent et apprennent à se connaître, puis font un projet ensemble : construire des chalets en bois pour accueillir des sans-abris. Raphaël réalise son rêve d’une ferme pédagogique et de partager son amour des animaux. Quant à Thierry, il met au service du projet ses compétences techniques. En 2011, l’idée devient réalité !

Raphaël, l’équipe de la Ferme constituée uniquement de bénévoles et Thierry, avec l’aide de voisins et d’amis, montent sept chalets importés de Finlande. Ils créent et fabriquent ensuite les aménagements intérieurs. Aujourd’hui, un grand chalet tient place de salle commune, entouré de six chalets en bois plus petits qui sont les habitations privatives et individuelles, louées 450€ par mois. Si certains n’ont pas de revenu, alors ils travaillent à la ferme en échange du logement. Chacun dispose d’une habitation privée dans laquelle il est chez lui. Dans le grand chalet, on se réunit et on partage les repas et les infos.

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Pour une courte durée ou pour plusieurs mois, l’accueil est inconditionnel. Femmes, hommes, couples, avec ou sans chien, tout le monde est accepté, tant qu’il y a de la place et que l’on accepte les règles. La plupart du temps, les séjours sont limités dans le temps. On ne s’installe pas à la Ferme, on y fait une pause. La durée de trois mois est fixée au départ comme une période propice à la réflexion et l’action. On vient pour se reposer, souffler un bon coup, également stimuler ses envies, mobiliser ses énergies et faire un projet concret pour la suite : des études, un emploi, un voyage…

L’équipe de la Ferme apporte son aide et son soutien du mieux qu’elle peut dans les projets de chacun et le fonctionnement du lieu. Ni l’équipe de la Ferme, ni Raphaël ne vivent à la Ferme pour laisser la vie collective et autogérée se créer vraiment. Ce sont aux habitants de se fixer des règles de vie, de s’accorder sur les repas communs, de s’intéresser aux emplois du temps de chacun. Certains s’occupent en permanence du lieu : nourrir et soigner les animaux, entretenir le potager, ranger, nettoyer, réparer. Raphaël, hyperactif et très dévoué dans ce projet, partage son savoir des animaux avec chaque habitant. Il propose des ateliers de médiation animale. Et si vous en doutiez encore, à la Ferme c’est une nouvelle preuve de ses bienfaits. Il apprend à prendre soin des animaux et donc à prendre soin de soi. Il apprend à dépasser ses peurs et à développer une confiance mutuelle entre l’humain et l’animal. Tous le disent, les résultats sont extraordinaires. A la Ferme, les habitants se sentent bien et approfondissent leurs savoirs, savoirs-faire et savoirs-être.

Jeu de cache-cache

Les sans-abris, les abîmés par la vie, les précaires, les instables… une terminologie foisonnante pour parler des autres. Pour parler de personnes pour qui la vie est semée de plus d’obstacles que d’autres. Ou qui n’ont pas les armes pour affronter ces obstacles. Pour certains, les difficultés ont commencé tôt, pour d’autres elles sont arrivées soudainement alors que rien ne le présageait. Un effet boule de neige qui fait tout dégringoler, accident de travail, perte d’emploi, divorce, dettes…

Dans la rue, aux feux rouges, sous une toile de tente ou sur un carton, on passe et on ne les regarde pas. Par mépris, par honte, par malaise ou par habitude. Ils font partie de notre paysage.

Dans la rue, on les rend invisibles, à la Ferme, ce sont eux qui veulent s’effacer et avoir l’air de voisins lambdas. Ne pas passer pour le squat de punk à chiens ou pour la maison des fous. Vivons cachés, vivons heureux ? Savant mélange entre anonymat et intégration au quartier…

Pourtant, beaucoup connaissent la Ferme, savent combien les bienfaits sont grands. Alors autant l’équipe bénévole, que les habitants de la Ferme, que les partenaires extérieurs se réjouissent de partager des moments ensemble. Les élèves de l’école profitent de la Ferme pour découvrir les animaux. Il en va de même pour l’Institut Médico-Educatif (IME) et l’Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique (ITEP) voisins. Alors les bénévoles et les habitants de la Ferme mettent tout leur cœur à faire découvrir leur lieu de vie, à travers des animations autour du bois, des ateliers avec les animaux, des jeux dans le grand chalet ou dans le bac à sable… Et là, on les regarde et on les admire. On se rend compte de leurs talents, de leurs savoirs, de leurs compétences et de leur générosité. Les habitants ont une place et donnent l’exemple. Cette partie de l’activité de la Ferme est donc primordiale tant elle redonne confiance en soi et valorise des personnes qui en ont un besoin immense.

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Sans aide publique, à la débrouille, la Ferme poursuit son chemin. Grâce à des partenariats et à la mutualisation de biens et de services, elle a déjà accueilli des centaines de personnes et ne cesse de recevoir des demandes auxquelles l’équipe bénévole prend le temps de répondre en rencontrant chaque personne. Les vies se croisent, les expériences s’échangent et les histoires avancent. En somme, une belle aventure qu’on a eu la chance de voir vivre le temps d’une journée !

Pour plus de détails sur : La Ferme Habitat Solidaire

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Le Nabu, laboratoire urbain dans Béziers !

« Le dialogue de l’architecture et du paysage est le projet Nabuchodonosor. Redécouvrir la ville, voilà ce que l’on propose. ». C’est par ces mots simples, ambitieux et terriblement motivants que le collectif biterrois se définit. Et pour ceux qui aiment ces mots, les mots qui donnent la gnac, ils se définissent également comme un « laboratoire urbain ». Allez, déjà assez parlé, qu’est-ce qu’ils font, concrètement ?

Le Bar des « Nabu », le Barnabu ! 

Dans la vieille ville historique de Béziers, le quartier St Jacques, les commerces ne se marchent pas dessus. Hormis la boulangerie de la Place St Cyr, c’est le calme plat. En face de celle-ci, se trouvait il y a une quinzaine d’années un bar nommé « Le St Cyr ». C’était le lieu de vie sociale du quartier, les boulistes y stockaient leurs boules, les voisins s’y croisaient, et puis… la clef sous la porte. Alors il y a quatre ans, quand le jeune collectif cherchait un lieu où exprimer ses envies les plus folles, ce bar resté dans son jus les a de suite conquis. Le propriétaire est arrangeant, le quartier plein de potentiel, en avant !

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Le Barnabu est un bar associatif que le collectif s’attelle à ouvrir tous les mercredi et vendredi soir, où il est possible de boire un verre, discuter, se rencontrer, voire même chanter ou danser si le cœur vous en dit. Tourné vers la rue, cet espace est véritablement à destination des riverains. La petite place St Cyr prend soudainement un air plus joyeux et plus attrayant lorsqu’elle est éclairée par la lumière du Barnabu. Le collectif ne se prive d’ailleurs pas d’investir cet espace d’un grand tableau d’affichage des infos locales et des animations à venir, de quelques chaises autour d’une table, et d’un petit portant rempli de vêtements d’occasion. Donnez et prenez tant que vous voulez, c’est gratuit. Toutes ces petites choses (re)donnent à l’espace public une dimension plus collective qu’impersonnelle.

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Aujourd’hui le constat que le collectif et les biterrois est clair et commun à grand nombre de villes : les rues se ressemblent, se vident de leurs commerces et les habitants y passent sans plus y faire attention. La vie se passe dans les maisons et appartements, mais plus dans les rues. Le collectif a alors à cœur de requestionner notre rapport à la ville, à ses usages. Permettre aux habitants de redécouvrir leur ville, la faire leur et leur faire lever les yeux sur l’architecture et les trésors devenus cachés de la vieille ville. Le Nabu s’est saisi de ce sujet avec dynamisme et intelligence ! Que ce soit à travers des discussions au Barnabu, des sessions en groupe de dessins dans la ville (« Dessine ta ville » avec Cédric Torne), des Incroyables Comestibles à planter ci et là… à travers des rencontres quoi.

Des rencontres de tous poils ! 

Les « Nabu », comme ils aiment à s’appeler, organisent des rencontres entre les habitants du quartier St Jacques et des intervenants de tous poils. Un artiste photographe y a par exemple fait une résidence de trois mois pendant lesquels chaque dimanche de 15h à 17h il circulait dans le quartier à la rencontre de ses habitants, muni de son appareil photo. L’objectif était de requestionner les habitants sur l’image qu’ils ont de leur ville, de leur quartier, et de se la réapproprier par la photographie. On peut encore croiser les photographies en noir et blanc exposées sur quelques murs de la ville.

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Ils ont également reçu Sophie Ricard, architecte dont on a déjà cité le travail dans un précédent article, afin de s’interroger sur les usages de la ville et ses espaces.

Autre exemple, autre ambiance : le vendredi 8 février au Barnabu, nous avons présenté aux personnes présentes notre exposition retraçant une quinzaine d’initiatives particulièrement marquantes pour nous. Nous avons ainsi pu échanger de manière informelle avec les curieux ou les passionnés au sujet de l’écologie, de l’investissement citoyen, du faire ensemble, etc.

Des conférences, des expos et toutes sortes de rencontres sont donc organisées par le collectif pour nourrir les réflexions des habitants et du collectif au sujet de leur vie de quartier, de leur vie d’habitant. Un programme riche et des questions d’actualité à l’honneur !

« Chouchoux » : un média inter associatif

« Chou-Choux », le journal interassociatif biterrois. Une feuille de choux de huit pages qui donne la parole aux associations de la ville et du quartier St Jacques. Un bilan de ce qu’il s’est fait ces derniers mois, de ce qu’il s’y passera les semaines à venir, le courrier des lecteurs, des édito, tout ce qui fait un bon journal !

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Avec un superbe travail graphique, avec des dessins faits main, des photo d’artistes et plein de couleurs, ce petit journal est largement apprécié et distribué gratuitement à qui veut.

Le Collectif Nabuchodonosor s’entoure entre autres de l’association Tu Tamben qui promeut la culture occitane, du Gem (Groupe d’Entraide Mutuelle), ou encore de la Courte Echelle qui propose du soutien scolaire pour des événements partagés et l’élaboration de différents supports de communication et particulièrement de ce journal « qui appartient à tout le monde ».

Le Grand Nabucho

C’est LE rendez-vous à ne pas manquer ! Avant les grandes vacances d’été, c’est l’événement qui anime le quartier et fait bouger les murs.

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Chaque mois de juin, le collectif organise sur une journée un festival de quartier, sur la grande place St Jacques. C’est le moment de restitution du travail fait tout le long de la saison écoulée. De midi à 1h du matin, le quartier se transforme pour laisser place aux associations locales, aux artistes collaborateurs et à l’exposition des travaux réalisés dans l’année. On retrouve des stands, des jeux, des projections, des ateliers créatifs, une expo, de la musique, une buvette évidemment et toujours des surprises.

Comme dirait Espasces possibles, « la ville elle est à qui ? Elle est à nous ! » ! Ces deux urbanistes de formation présenteront d’ailleurs leur conférence gesticulée au Barnabu le 1er mars prochain. Ce gimmick pourrait également être celui du Collectif Nabuchodonosor. Par l’occupation, l’animation et l’expérimentation de l’espace public, ils testent au cœur du quartier St Jacques une nouvelle manière de faire la ville ensemble. Chaque rue a une histoire à raconter , chaque façade d’immeuble un message à faire passer, chaque recoin une anecdote qui éclairera l’histoire de la ville. Ces espaces nous appartiennent collectivement, alors autant qu’ils nous ressemblent, nous rassemblent.

Pour en savoir plus :

Collectif Nabuchodonosor

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Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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Tous experts ! Comment les citoyens reprennent le contrôle.

Chaque citoyen est un expert. Expert de son territoire, de ses expériences individuelles ou collectives, de son quotidien, etc. Pour en parler, on emploie généralement les expressions de « savoirs citoyens », « savoirs d’usage » ou encore « savoirs ordinaires ». Quel que soit le terme, l’idée est que chaque citoyen cumule des savoirs dans sa vie quotidienne, qui ne dépendent pas forcément d’études ou de diplômes, simplement du fait de sa vie ordinaire. C’est en ce sens que chaque habitant connaît mieux que personne les réalités du quartier dans lequel il vit, ou comme l’imageait John Dewey dès les années 20, « C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal ».

Suivant cette logique, grand nombre des acteurs politiques nous font parfois croire qu’ils l’avaient compris. On a vu alors émerger une nouvelle tendance, un nouveau vocabulaire et de nouvelles pratiques sous la bannière « démocratie participative ». Des instances, des espaces et des outils ayant pour vocation de favoriser la participation des habitants, en tant qu’experts de leur ville, alors que de nombreux chercheurs, journalistes, citoyens ont démontré les dérives de ces méthodes, et surtout l’hypocrisie qui se cache en fond. On entend souvent les habitants dénoncer un écart entre la réalité et les objectifs annoncés dans les instances de démocratie participative, associant facilement ceux-ci à des simulacres. Comme de belles idées et de dignes valeurs que les pouvoirs publics ne maîtrisent pas toujours ou en détournent les principes. La concertation est, en ce sens, un exemple souvent mis en avant. Les habitants sont peu ou mal informés des conditions, ont le sentiment que leur parole est simplement entendue mais trop peu prise en compte comme le prévoient les principes de la concertation, ou pire, les décisions sont déjà prises à l’avance.

Par ailleurs, la société donne une place toujours aussi importante aux experts. Ces personnes sont reconnues socialement et collectivement comme « expertes » par leurs savoirs, leurs publications, leurs diplômes, leurs années d’étude, leurs expériences, mais également, pour certaines, par leur fréquence d’apparition dans les médias. Pourtant, rapprochement avec la classe politique, scandales alimentaires et affaires de données cachées par les multinationales ne cessent d’éclater au grand jour. Fort heureusement, tous ne nous bernent pas. Certains de ces « experts » ont conscience des savoirs détenus par les citoyens. Ils savent également la richesse et les ressources que cela représente. Ils n’hésitent alors pas à faire appel à ces savoirs d’usage, de s’en saisir intelligemment, transformant leur approche et leurs pratiques professionnelles, remettant en question la place de toutes les parties dans l’élaboration d’un projet. Une véritable collaboration s’installe, avec elle une égalité entre expert et société civile qui, de ce fait, rendent les projets plus justes, plus adéquats, plus adaptés à la réalité.

Au cours de notre tour de France, deux exemples de collaboration entre citoyens et figure experte nous ont marqué : la permanence architecturale et la recherche participative.

La permanence architecturale

Avant de partir sur les routes, nous avions été impliqués dans le projet du Tri Postal d’Avignon. L’objectif : réhabiliter 3000 m² de bâtiment appartenant à la SNCF en friche socio-culturelle. C’est à cette occasion, en 2015, que nous avons découvert la permanence architecturale.

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Le Tri Postal d’Avignon

Deux architectes, Hélène Boucher et Agathe Chiron ont passé une année sur les lieux. Elles imaginaient les futurs usages de celui-ci, en étroite collaboration avec les associations avignonnaises impliquées dans le projet et les habitants concernés. Collectifs, individus et architectes s’interrogeaient mutuellement et conjointement sur les envies et les besoins, comme moteurs du projet futur.

Au quotidien, les architectes rencontraient, discutaient, échangeaient avec différents interlocuteurs de la ville (associations, habitants,…). Elles affinaient ainsi leurs idées concernant les projets possibles dans ce lieu. Une fois par mois, « l’Assemblée des Rêveurs » réunissait toutes les personnes physiques et morales intéressées qui avaient envie de participer, d’écouter ou de proposer. Ce temps ouvert à tous était l’occasion de faire un point sur le mois écoulé, donnait la parole aux architectes pour qu’elles exposent leurs avancées et permettait d’enrichir le projet de nouvelles idées.

Dans cette même démarche, nous avons rencontré à Rennes, Sophie Ricard. Architecte passionnée et passionnante, elle s’est établie à L’Hôtel Pasteur de Rennes. Et quand on dit établie, c’est qu’elle y passe toutes ses journées, voire même ses soirées, depuis 3 ans maintenant.

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L’Hôtel Pasteur de Rennes

Ancienne faculté dentaire en plein centre-ville, le bâtiment allait être vendu par la mairie pour un euro symbolique à un groupe hôtelier. Patrick Bouchain, architecte à l’initiative des permanences architecturales en France, a alors proposé au maire de lui confier le bâtiment pour la même somme, afin de mener une expérience. Sophie Ricard a ouvert les lieux en 2015 et a invité tous les rennais, les collectifs et associations de la ville à proposer diverses actions culturelles et moments partagés. Elle en a fait, avec l’ensemble des personnes intéressées, un lieu d’expérimentation ouvert à tous, tout le temps. Un lieu de test, de rencontres, d’imagination, d’expression, de créativité pour définir les futurs aménagements du celui-ci selon les envies et les besoins réels des habitants et collectifs.

Aujourd’hui, le bâtiment est en restauration à partir des plans des futurs usages du lieu que la permanence architecturale a inspiré collectivement. Ce sont ces 3 années où le lieu a pris vie, qui ont permis à l’architecte de définir les futurs usages de celui-ci et donc de dessiner des plans en adéquation avec les envies et besoins émis.

Les expériences de permanences architecturales ont donc surtout été déployées par Patrick Bouchain et Loïc Julienne en France depuis plusieurs années. Eux-mêmes pionniers du réaménagement de lieux industriels en friche en lieux culturels, ils remettent en question les cadres de l’architecture classique. Ils font sortir l’architecte de son bureau et lui permettent de travailler en coopération avec les usagers. Comme toute expérience, la permanence architecturale se vit plus que ce qu’elle se définit sur papier. Vous l’aurez compris, on peut dire qu’il s’agit d’une expérimentation collective visant l’orientation du projet futur du bâtit. L’expérimentation étant le mot phare et l’essence de cette démarche, elle sous-tend son caractère éphémère et empirique. L’objectif de cette démarche est donc de définir une commande architecturale au plus proche des envies et besoins des usagers concernés. Dit comme ça, cette approche semble tellement logique, importante et prendre tout son sens. Pourtant, pour ce faire, cela demande qu’aucun projet ne soit pensé à l’avance. Il se construit au fur et à mesure des rencontres, des propositions faites par les usagers et des moments créés.

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Autre exemple de permanence architecturale que nous avons rencontré : La Grande Halle à Caen.

La recherche participative

Du 22 au 26 août dernier avait lieu « l’Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens », à Grenoble. Lors d’un atelier, nous avons découvert la recherche participative, une autre approche qui relie les experts aux citoyens. C’est l’association Sciences Citoyennes, référente en la matière, qui était présente.

Cyril Fiorini, doctorant et membre des Sciences Citoyennes, définit la recherche participative comme une démarche scientifique co-construite entre différents acteurs (chercheurs scientifiques, étudiants, citoyens, associations, ONG…) dont la question de départ découle d’une demande sociale. Cette méthode ouvre alors un espace de dialogue et d’action entre citoyens et chercheurs. Ensemble, ils définissent le projet de recherche afin de travailler sur un sujet correspondant à un besoin social et qui relève d’un réel intérêt scientifique. La rencontre de ces différents acteurs a lieu notamment dans les Boutiques des Sciences, nées dans les années 70, aux Pays-Bas. Il en existe deux en France, à Lyon depuis 2013 et à Lille depuis 2015. D’autres ont fermé sur le territoire français depuis mais Sciences Citoyennes œuvre à faire connaître ce modèle au plus grand nombre dans le but de voir s’ouvrir de nouvelles Boutiques.

Sciences Citoyennes s’attache à faire reconnaître la démarche participative, ainsi que l’expertise citoyenne et associative. Elle explique que si la science a permis de grandes avancées et a été le moteur d’émancipation de nos sociétés, aujourd’hui il nous faut revoir notre rapport à la science pour qu’elle soit au profit de la nature et des êtres humains. Pour cela, nous devons nous réapproprier les sciences, à l’aide de la recherche participative par exemple.

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Isabelle Goldringer, chercheuse à l’INRA en génétique quantitative et des populations, ainsi que membre de Sciences Citoyennes, apportait son témoignage éclairant sur la démarche participative lors des Universités de Grenoble. Elle expliquait son malaise et sa remise en question lorsqu’au début de sa carrière de scientifique, elle a rencontré des agriculteurs à qui elle ne savait pas toujours répondre aux questions les plus concrètes. Elle a pris conscience qu’elle ne connaissait pas vraiment les réalités du terrain, les problématiques des agriculteurs. Elle a alors entamé un travail en partenariat et en collaboration avec ces derniers, ainsi qu’avec des collègues scientifiques d’autres secteurs (sociologues, statisticiens …). C’est à ce moment-là qu’elle s’est lancée dans la recherche participative. Elle témoigne aujourd’hui de l’apport considérable de cette démarche, pourtant fortement remise en question dans le milieu scientifique. Elle affirme qu’elle y trouve une pratique à la fois plus fructueuse, plus près des besoins du terrain, également plus stimulante et enrichissante pour elle-même.

Depuis 2006, elle travaille sur la sélection participative de blé. En collaboration avec des chercheurs de domaines variés et des paysans, l’objectif est de créer nouvelles populations adaptées au système agricole souhaité selon une méthode et une stratégie adaptée. Cette méthode permet également aux paysans d’apprendre et s’approprier les techniques. Par ce biais, les paysans acquièrent techniques et compétences qui les rendent autonomes pour améliorer et maintenir leur semences au fil du temps. La démarche participative a l’avantage de tenir compte de tous les aspects du collectif de travail et, par exemple, d’adapter et de faire évoluer le protocole et les outils selon les besoins et les attentes, ou encore de faciliter la transmission de connaissances et d’expériences.

Pour en savoir plus : 

L’image de couverture illustre un temps de partage à la Biennale Internationale d’Architecture actuellement à Venise. Au Pavillon français, 10 « Lieux infinis » y sont représentés, parmi lesquels L’Hôtel Pasteur, Le Tri Postal et La Grande Halle. 

L’Hôtel Pasteur de Rennes

Le Tri Postal d’Avignon

La Grande Halle de Caen

Sciences Citoyennes

Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens

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Créations artistiques ou militantisme happening : la force des habitants des quartiers.

De Grenoble à Metz, du social à la culture, du militantisme au spectacle vivant, de l’ennemi commun à l’ami commun, de la rencontre à… la rencontre aussi. Si différentes par leurs philosophies, leurs modes d’actions et leurs sujets de préoccupation, l’association Bouche à Oreille à Metz et Alliance Citoyenne à Grenoble n’en restent pas moins de proches cousines. Elles font naître des aventures collectives insoupçonnées entre voisins d’un même immeuble ou d’un même quartier. Quand les Lorrains misent sur l’art comme moyen de rencontre, de partage et d’ouverture, les Isérois misent sur le respect des droits, l’égalité et la justice.

Implantés toutes deux dans des quartiers dits « prioritaires », elles rendent accessible la création et la pratique artistique pour les premiers cités, et le pouvoir d’agir ou l’affirmation d’une voix commune influente pour les seconds. Ce ne sont pas des solutions miracles ou des recettes toute-faite au sujet de l’accès à la culture ou à la mobilisation revendicatrice, mais nous tenions à souligner la pertinence, l’ingéniosité et le travail de fond que mènent ces deux associations de terrain. Par cet article, leur montrer également qu’elles ne sont pas seules, que d’autres personnes ailleurs en France, sur d’autres domaines redoublent sans cesse d’inventivité pour donner une place, une voix, et de la confiance à ceux dont la parole et l’avis ne comptent plus, ne sont plus écoutés, voire même méprisés.

2 associations, 2 histoires

A Grenoble, l’association Alliance Citoyenne est née de la pensée de l’Américain Saul Alinsky. Dans les années 1930 à Chicago, cet Américain fédérait les habitants d’un même quartier contre les propriétaires qui ne prenait pas soin de leurs immeubles, ou contre la commune qui n’organisait pas un ramassage des ordures assez décent, etc. Il en a écrit un ouvrage qui s’intitule « Rules for Radicals », ou « Radicaux, réveillez-vous ! » dans sa traduction française. Ce livre constitue pour l’association grenobloise une base solide tant sur la méthodologie que l’idéologie.

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Toujours à Grenoble, Elies, salarié de l’association, nous raconte le quotidien et la méthode de travail ici. L’objectif est de recréer un rapport de force d’égal à égal entre des individus isolés et un pouvoir uni et organisé. Quand l’ascenseur d’un immeuble tombe en panne 50 fois par an, les premières victimes que sont les locataires sont, de prime abord, tous énervés, mais de manière dispersée. L’un enverra peut-être quelques courriers, et au mieux quelques-uns se réuniront pour afficher leur mécontentement ensemble. Mais ils auront toutes les chances de se heurter à, au choix : 1) un directeur de cabinet qui ne parle pas le même langage qu’eux. 2) un.e secrétaire qui ne cesse de répéter l’absence de M. le Directeur, il est en réunion. 3) au renvoi de la patate chaude entre différentes institutions. 4) des promesses de changement et d’actions qui ne seront pas tenues. 5) Un répondeur interminable. 6) Etc.

Le rapport de force n’est pas égal. Pour le rétablir, les locataires décident de cotiser à l’Alliance Citoyenne pour se payer un organisateur, qui ira toquer aux portes avec eux pour mobiliser les voisins, qui les aidera à formuler des revendications claires et gagnables, les formera aux méthodes de négociation et d’action directe-non violente.

A Metz, l’association Bouche à Oreille est implantée dans le quartier de Borny depuis 2012. Plus précisément dans la grande Cour du Languedoc, entourée de barres d’immeubles. Issus des arts visuels, du spectacle vivant et des sciences humaines, un collectif découvre le site où : « Plus de 30 langues sont parlées couramment dans cet espace grand comme un terrain de foot », explique Julie, l’une des instigatrices du collectif.

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Le projet qui les y mène en 2012, prend la forme d’un spectacle participatif son et lumière dont cette grande cour et les immeubles sont le décor. Simplement en allumant et en éteignant la lumière de chez lui, chaque habitant participe à la chorégraphie de lumière se jouant sur la façade de l’immeuble. L’opération est une réussite et le coup de cœur est immédiat entre l’association et les habitants. L’association se sédentarise alors à Borny. Les projets de ce type se développent, l’équipe grandit et l’adhésion des habitants se renforce.

L’artiste Jepoy viendra, par exemple, y passer trois mois et mettre en place son projet « Manger son quartier ». Il commence par enquêter auprès des habitants sur le ressenti qu’ils ont à propos de chaque rue ou passage de leur quartier. Quel endroit vous semble le plus épicé, le plus sucré, amer, croustillant, fondant, doux, acide, gourmand, etc. Puis il cuisine avec chaque participant et produit un maquette comestible du quartier de 25m². On peut s’y promener, passer entre les rues épicées et sucrées, humer l’amertume d’une autre et finir par en croquer une dernière !

Le dernier projet en date est un roman photo musical et théâtral : Story Bordes. Un metteur en scène et un réalisateur ont travaillé avec 96 habitants volontaires ainsi qu’un musicien et deux comédiens professionnels. L’originalité du projet tient dans le fait que la musique est jouée en direct au moment de la projection sur écrans géants et que les comédiens sortent parfois de l’écran pour jouer des scènes en direct devant le public.

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Les 35 créations de l’association Bouche à Oreille depuis 2012 ont ça de particulier : elles font travailler ensemble des professionnels du spectacle et des habitants du quartier. Ces derniers ne sont pas là que pour la figuration. Ils sont investis dans la réflexion du projet, la création, les répétitions et le jeu. Peuvent en attester notamment les projets musicaux qui ont donné lieu à l’édition de CD où des chants traditionnels sont interprétés et enregistrer dans le studio d’enregistrement de l’association, au cœur du quartier.

Le porte à porte comme première rencontre

Chez Alliance Citoyenne, le procédé est aussi original qu’efficace. Lors d’un porte à porte d’une demi-journée dans tout l’immeuble, Elies ou un autre salarié se présente, présente l’association et pose très vite une première question : « Qu’est-ce qui vous met en colère ? ». Suite à cette entrée en matière, généralement les langues se délient. Les ordures, l’ascenseur, l’entretien ou les fissures en ce qui concerne l’habitat. Les discussions s’étendent également aux transports, à l’école du quartier, au centre social, à la vie du quartier, etc.

Suite à ce temps de porte à porte, les organisateurs de l’Alliance Citoyenne invitent tous les habitants rencontrés à venir faire le bilan des sujets qui ont été les plus récurrents lors d’une grande assemblée citoyenne. Ce moment collectif permettra, dans un premier temps, d’identifier le responsable de la situation, l’adversaire (bailleur, propriétaire, commune, ascensoriste, etc.). Aussi, nous pouvons compter les forces en présence, rencontrer ses voisins, échanger sur le sujet, se rendre compte que nous sommes nombreux, mais surtout programmer la prochaine action. Afin de veiller à ce que la pression ne retombe pas, la première action doit intervenir rapidement après ce premier échange collectif.

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Et la liste d’actions potentielles à l’Alliance Citoyenne est longue. Suivant les principes d’Alinsky, une des pistes possibles à suivre est de faire vivre la situation vécue à son responsable, ou du moins lui exposer directement ce que vivent les personnes Exemple : Face à des ascenseurs sans cesse en panne, les membres de l’Alliance Citoyenne s’organisent avec l’aide d’un salarié de l’association pour faire du porte à porte, des réunions d’immeubles et enquêter auprès du bailleur pour comprendre les raisons du problème. Il se trouve que selon tous les contrats et conventions signées, le responsable n’est pas l’ascensoriste mais le bailleur lui-même. Alors après plusieurs appels, la personne au standard, sans doute fatiguée par la ténacité des locataires, finit par dire « eh ben prenez les escaliers, ça vous fera faire du sport. » Ni une, ni deux, voilà une cinquantaine de locataires qui arrivent quelques jours plus tard dans les locaux du bailleur, en tenue de sport. Bandeaux sur la tête, débardeur, short, baskets. Et c’est parti pour un cours de fitness, du renforcement dans les escaliers,… le tout sous le regard attentif de la presse locale invitée pour l’occasion et friande de ce type de happening ! Le directeur se retrouve alors acculé et dans l’obligation de recevoir la délégation dans son bureau afin d’écouter leurs doléances et de prendre des engagements en conséquence. Le rapport de force est rééquilibré.

A Borny, on fait également du porte à porte. Pour rencontrer de nouvelles personnes et les sensibiliser à une action ou un événement, la rencontre individuelle est un atout majeur. Mais l’association Bouche à Oreille a surtout multiplié les portes d’entrée dans son association afin de fédérer les habitants du quartier autour de leurs projets.

L’association dispose de trois points d’accroche : un studio d’enregistrement, des ateliers de pratiques pour enfants et des ateliers de pratiques pour adultes. Depuis le début, un studio d’enregistrement professionnel est en accès libre pour les musiciens débutants ou confirmés du quartier. A l’occasion de projets précis, ils sont accompagnés de musiciens professionnels.

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Pour les ateliers pratiques pour enfants et adultes, ils sont tout public, et ont pour thème le dessin, la couture, la peinture, etc. On vient se faire plaisir, se perfectionner, découvrir, apprendre, rencontrer.

Des financements adaptés à chaque action

Dans le milieu associatif, la question de l’autofinancement attise toutes les curiosités, les attentions et les ingéniosités afin d’être le plus libre possible de la puissance publique, mais tout en cherchant son soutien potentiel (moral, technique…). Quid des financements privés (fondations ou mécénats) ? Nous tenons ici deux exemples mettant en lumière la singularité de chaque action et de chaque association.

Pour nos amis grenoblois, il va de soi que la commune n’en sera pas le premier financeur, ni même le second, ni même financeur du tout. La liberté totale de ton et d’action est une condition siné qua none à l’action de l’Alliance Citoyenne. On ne se fait pas financer par son (potentiel) opposant. Suivant la même logique, le bailleur et les collectivités territoriales ne peuvent être source de financement pour eux, à l’exception de la région qui les finance à hauteur de 15 %.

La cotisation des membres (5 euros par mois pour se « payer » un « directeur de cabinet ») en représente 20 % supplémentaires, tandis que les formations que les salariés dispensent sur le thème du comunity organizing et de la méthode Alinsky comptent pour 25 %. Les 40 % restant proviennent de fondations privées (« pas la fondation McDo ou Vinci bien sûr », souligne Elies).

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On est souvent d’accord pour dire que l’argent public doit servir à la défense des intérêts et des droits des citoyens, et donc au financement des associations telles qu’Aliance Citoyenne. Pourtant, on comprend aussi que la relation serait ambiguë voire même insoutenable entre l’association et le pouvoir public financeur, dans l’état actuel du pouvoir politique : clientélisme et corruption. Alors comme beaucoup de structures associatives en France, le volet formation vient compléter les cotisations et les différentes aides privées.

Et les associations culturelles, alors ? Comme pour sa cousine grenobloise, les financements privés comptent pour 40 % du budget annuel de l’association messine. Notamment au lancement de l’association, trois fondations (Fondation Abbé Pierre entre autres) les ont aidé à s’installer et à pérenniser leur activité. Le bailleur social figure aussi parmi les soutiens de poids de Bouche à oreille. Présent depuis le début, ce dernier continue d’accompagner la structure dans le développement de ses projets.

Enfin, les 60 % restants proviennent de fonds publics. Les différentes collectivités territoriales et les services étatiques liés à la culture et à la cohésion sociale sont des partenaires majeurs de l’association. Le temps d’élaboration des dossiers dissuade parfois, mais la qualité et la pérennité de leur travail sur le quartier leur offre une confiance non négligeable de la part des décideurs. Une relation de confiance mutuelle s’installe alors.

A chaque activité son financement propre !

En somme, ce que nous disent ces deux associations aux activités et aux profils assez différents c’est que l’action collective, le combat et l’altruisme ne font pas partie du passé. Et ce n’est pas être faussement naïfs de dire qu’ensemble, en se réunissant, nous sommes capables de grandes choses. Et si toutes les voix doivent être entendues, elles doivent trouver l’espace propice à leur épanouissement pour s’exprimer. Et toutes les voix compteront alors.

Pour en savoir plus :

Bouche à oreilles

Alliance Citoyenne Grenoble

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