A Rennes, les lieux intermédiaires font commun de leurs vécus et de leurs utopies.

Pendant deux jours, la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires et Indépendants (CNLII) a tenu son 3ème Forum national des lieux intermédiaires et indépendants aux « Ateliers du Vent » à Rennes. Après les éditions de 2014 et 2016, cette année était placée sous le signe des communs : « Faire commun(s), comment faire ? ». Un moment de rencontres, de retrouvailles et d’échanges au cours duquel les 250 participant.e.s ont témoigné leur besoin de reconnaissance auprès de l’État et des pouvoirs publics, de s’unir et faire front face à des défis de plus en plus complexes.

Qu’est-ce que la CNLII ?

« La CNLII a été constituée le 29 janvier 2014 lors du « Forum national des lieux intermédiaires ». Ce regroupement en coordination répond au besoin urgent exprimé pendant ce Forum d’une reconnaissance de la place et du rôle de ces lieux intermédiaires dans le paysage culturel français et d’une mise en réseau de leurs projets respectifs. » Il s’agit donc d’un regroupement informel de lieux indépendants qui disposent pour la plupart au moins d’un volet création et/ou diffusion artistique.

En deux jours, une véritable montée en puissance.

L’organisation de ces deux jours de rencontres était prise en main par ARTfactories/Autre(s)pARTsgroupe d’acteurs culturels et d’artistes, réunis autour d’un projet commun de transformation de l’action culturelle par l’expérimentation d’autres rapports entre art, territoires et société), le réseau Hybrides (qui porte une dynamique de structuration des lieux intermédiaires en région Bretagne) et les Ateliers Du Vent (ensemble d’artistes et de personnes engagé.e.s dans des démarches citoyennes qui font vivre collectivement un lieu d’expérimentations).

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Trois rencontres préparatoires ont eu lieu à Rennes au mois de mars, puis à Lille et Marseille au mois de mai. C’est au plus près des futur.e.s participant.e.s qu’ils.elles sont allés chercher les thématiques pertinentes à développer au cours du grand Forum. En sont ressortis les thèmes de la co-évaluation, de l’urbanisme transitoire et des communs. Des sujets suffisamment précis et pointus qu’il aurait été facile de tomber dans un jargon et un entre soi inaccessible au grand public.

Alors c’est par une première matinée assez dense que le Forum s’est ouvert. Quatre conférences-éclair de 30 minutes au choix parmi les huit possibles, pour une (re)mise à niveau sur des thèmes variés. On a abordé les droits culturels, les communs, les chartes d’usage, l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), l’évaluation ou encore les friches et les enjeux spatiaux.

L’après-midi, les participants se sont répartis selon qu’ils souhaitaient travailler sur les communs, la co-évaluation ou l’urbanisme transitoire. Deux groupes se sont constitués par thème et ont dégagé chacun trois problématiques.

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Le lendemain matin, chaque groupe a envoyé ses trois problématiques à la discussion au sein des trois micro-plénières. Chaque micro-plénière disposait alors de deux problématiques sur chaque thème (co-évaluation, urbanisme transitoire et communs) qu’ils ont dû mettre en lien, regrouper, se faire correspondre, afin de dégager des questionnements et des pistes de travail plus ou moins transversaux.

Point d’orgue du Forum, la plénière de l’après-midi a vu les trois micro-plénières mettre en commun et discuter leurs conclusions respectives. Ce processus d’ateliers successifs (plus agréable à vivre qu’à lire et expliquer, on vous l’accorde) a permis, d’une part la prise de paroles de tou.te.s les participant.e.s sur un sujet choisi, et surtout sa prise en compte dans le résultat final de la plénière. L’organisation de cet événement a su créer une intelligence collective porteuse de sens et efficace.

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L’événement a rencontré son public. Des lieux de toute la France se sont déplacés pour l’occasion. Une moitié de bretons, également des personnes et des collectifs venus entre autres de Lyon (Friche Lamartine), Marseille, Annecy (L’Ecrevis), Bordeaux (La Fabrique Pola), Lille, Nantes, Toulouse (Mixart Mirys), Paris (59 Rivoli), Caen (Collectif Bazarnaöm, le Wip), Tours, etc. Si le milieu urbain était dignement représenté, le milieu rural n’était pas en reste avec notamment l’association cévenole Bouillon Cube ou la sud bretonne La Cimenterie.

« En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »

La diversité d’intervenant.e.s a permis de recadrer certaines notions et lancer les participant.e.s sur de nouveaux élans de réflexion. Plusieurs pays voisins étaient présents pour mettre en avant les avancées remarquables et inspirantes dans leurs pays. Les représentant.e.s de l’Asilo à Naples ont par exemple animé un atelier sur les chartes d’usage qui a permis de faire un pas de côté et d’avoir connaissance d’une expérience novatrice et de leur lutte pour une reconnaissance des droits d’usage des lieux intermédiaires dans les villes pour en faire un droit commun et affirmé dont l’État devient un soutien. La Belgique nous a requestionné sur les systèmes et les processus d’évaluation, remettant en cause les indicateurs et critères souvent quantitatifs avant tout des pouvoirs publics pour mettre en avant les valeurs culturelles qui animent nos projets, les apports qualitatifs et du bon sens dans des démarches d’évaluation collective et coopératives au long court. L’organisation avait également dépêché des intervenant.e.s plus institutionnel.le.s comme Anne-Christine Micheu (Ministère de la Culture) au sujet des droits culturels, ou encore des universitaires géographes, juristes, sociologues.

Et pour compléter le tableau, la proportion d’artistes présent.e.s a permis une certaine poésie dans les échanges sur des sujets parfois complexes et très terre-à-terre.

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Condensé des plus belles questions et réflexions entendues les 19 et 20 mai lors de ce 3ème Forum des lieux intermédiaires et indépendants :

Comment penser le commun par enjeux plutôt que par objectif ?
– A la question « Quelles traces laissons-nous derrière nos occupations de lieux ? », la réponse « En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »
– Comment s’assurer qu’un projet respecte l’intégrité d’un territoire et des personnes qui l’habitent ?
– Imaginer un jumelage entre projets au sein de la CNLII, afin de faciliter les partenariats et stimuler la solidarité entre lieux.
– Exiger l’excellence politique pour nous accompagner plutôt que nous contrôler.
– Comment passer du transitoire à la transition ?
– Placer la médiation culturelle plus en amont de nos pratiques.
– Pour les préserver et les reconnaître, est-il imaginable de donner la personnalité juridique aux lieux intermédiaires de Marseille, comme les néo-zélandais l’ont fait avec une rivière ?
– Entamer un travail commun avec les réseaux RFF (Réseau Français des Fablabs) et TILIOS (Tiers Lieux Libres et Open Source) qui rencontrent des difficultés très semblables aux notres.

Pour retrouver toutes ces questions, certaines réponses, d’autres débats et présentations, la CNLII propose toutes les interventions filmées sur son site internet : http://cnlii.org/2019/06/conferences-eclair-les-videos/

Stabilité, inaliénation, création, territoire, politique, soutien, conflit, hybridation, expression, pédagogie, militantisme, devenir, pédagogie, profits, … au cours des différents débats, les digressions ont été aussi nombreuses qu’intéressantes. Les prochaines éditions disposent d’un puissant réservoir de thèmes à développer !

Chronique d’un repas sauvage

Nous sommes en juin, par une belle journée d’été. Nous venons tout juste d’arriver à Caen, ville qui nous était inconnue jusqu’alors. Une fois notre camping-car stationné sur le grand boulevard qui longe la Grâce de Dieu, nous avançons à travers ces grands immeubles plus ou moins récents, délimités par de courts buissons et des places de stationnement. Quelques mètres plus bas, le cœur du quartier, la Place centrale, en travaux actuellement. Une boulangerie, une boucherie, un salon de coiffure, un bar tabac et au milieu, le restaurant « Sauvage sur un plateau ». Voilà, il est là. On en a entendu parlé depuis la Bretagne… On sait juste que c’est une association innovante, active dans la ville et incontournable.

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Sa vitrine est modeste, à peine le nom peint dessus et quelques tables à l’extérieur, sous des parasols. Des hommes du quartier y boivent un café en refaisant le monde. Et en période de Coupe du Monde, les discussions vont bon train en attendant la diffusion du prochain match sur la petite télévision de la salle de restaurant ! La demande avait été faite par une partie des bénévoles, validée à la dernière réunion hebdomadaire de programmation. C’est ce que nous expliquent Lisa, Mathieu et Violaine, les trois salariés permanents du lieu. Car ici, tout le monde peut proposer une activité, elle est exposée à la réunion du mardi, ouverte à tou-te-s, et validée ou non par le collectif présent.

De ce groupe bénévole, on en rencontre une partie à l’intérieur du restaurant. On entre par la première porte d’entrée qui donne directement sur un salon dans lequel les canapés moelleux se partagent les lieux avec un espace de jeux vidéos, le bureau des salariés, ainsi qu’une zone de gratuité. Nos regards se baladent d’un espace à l’autre, il y a tant à observer, tant de détails qui attirent notre attention. Les plantations en bac, les aromatiques qui sèchent sur un fil d’étendage, ou encore diverses brochures et documentations que l’on ne peut s’empêcher de feuilleter. Le lieu est à la fois chaleureux et captivant.

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Demi-tour sur nous-même et on se trouve devant le long bar. Au-dessus du bar sur le mur en ardoise, sont indiqués la carte des boissons, le principe de l’association, le fonctionnement du restaurant, les recettes et les dépenses. On commande un sirop de menthe et on s’installe sur un tabouret pour prendre le temps de tout lire. Ici tous les prix sont indicatifs, les clients participent à hauteur de leurs moyens et de leur envie. Les recettes permettent de payer les différentes charges et de compléter les quelques subventions perçues.

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Derrière le bar, on aperçoit les cuisines. Et là-bas ça s’active. L’heure du repas approche et tout doit être prêt. Une dernière répétition : « J’annonce deux plats du jour – il indique deux sur ses doigts – et vous me faîtes passer deux assiettes de clafoutis à la courgette », rappelle Mathieu à une bénévole qui apprend le français. Aujourd’hui, c’est lui le référent en cuisine, lui qui a imaginé le menu à partir de produits locaux ou glanés, et lui qui a guidé l’équipe de bénévoles ce matin. Un tableau est disponible en salle pour que chaque bénévole et référent s’inscrive le jour où il peut participer au repas en cuisine ou au service. Pour cela, il doit préalablement suivre une petite formation au sein du restaurant avec l’un des référents habituels pour avoir les bases du travail en cuisine ou en salle. Nous avons jeté un œil à ce tableau et le nombre de bénévoles est impressionnant ! Des gens du quartier, plus ou moins jeunes, des résidents du CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) voisin, des habitués de l’ancien local de l’association en centre ville, des gens de passage, des stagiaires ponctuels, des jeunes en service civique plusieurs mois… les horizons, les nationalités et les origines se croisent. Les accents se mélangent, les menus prennent de nouvelles saveurs, les compétences se complètent, et la magie opère !

Midi. On peut passer à table. Avant, on prend notre plateau au bar et on passe commande pour l’entrée, le dessert et le plat du jour (entre 4 et 6€ en prix choisi) ou le plat de récup’ (à prix libre). Une fois installés en terrasse ou dans la salle de restaurant, on a tout le temps pour inscrire sur notre ticket le prix que l’on veut mettre pour chaque plat servi. Le repas était délicieux et copieux. Et pour tout vous dire, on a tellement apprécié que l’on est revenu manger quelques jours plus tard…

Cette Bande de Sauvages, nom de l’association, ne s’active pas qu’en cuisine. En discutant avec les salariés, nous avons découvert la multitude de projets et d’actions qui entourent le restaurant. On les retrouve en intervention dans les écoles ou en prison à travers des ateliers d’écritures ou des animations autour de l’alimentation. Ils proposent aussi ponctuellement au restaurant des concerts, projections, AMAP, boum, conférences, troc de graines, goûters, etc. Parce qu’ils sont sauvages, ils sont nomades aussi (c’est eux qui le disent) et déplacent leur activité à bord d’une caravane. Et puis cette année, ils ont décidé d’envahir la côté bretonne ! Ils proposent un camp de vacances à prix libre sur un terrain sans eau ni électricité, avec un puits dans la clairière et une cabane en bois !

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Sauvages, fous, créatifs, malins, ambitieux, cette bande de surmotivés est bel et bien incontournable lors de votre prochain passage à Caen, ou même la meilleure raison de vous arrêter à Caen. En plus, dans les environs, on vous conseille de prendre la direction de Saint-Contest, vous avancer à « La Demeurée » et rencontrer cette autre bande de 12 coloc, pour la plupart artistes et portés par l’envie de programmer divers événements dans leur grande ferme. Ou encore de suivre la direction de Colombelles pour aller jeter un œil à la Cité de Chantier du WIP. C’est là-bas que l’on réfléchit collectivement à la future vie de cette ancienne usine de métallurgie dont il ne reste que la Grande Halle en travaux actuellement ! Bref… de quoi rassasier votre appétit de découvertes.

Pour en savoir plus :

Sauvages sur un plateau : https://www.facebook.com/sauvagessurunplateau/

La Demeurée : http://blog.la-demeuree.fr/

Le WIP : https://le-wip.com/

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Rennes, la pratique artistique pour se rencontrer.

Qui habite, ou a habité une ville, sait à quel point plus nous sommes nombreux, plus il est compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Rennes, avec ses 200 000 habitants, ne déroge pas à la règle. Dans le même temps, des structures associatives se développent dans tous les domaines pour contrer cet effet, et/ou pour préserver l’environnement, promouvoir les artistes locaux, redonner vie à un quartier, s’entraider, etc. Si Keur Eskemm a pour objet de favoriser l’interculturalité dans la vie rennaise et Les ateliers du vent de soutenir et diffuser les artistes, toutes les deux participent d’une dynamique de se faire rencontrer des gens, en se servant de l’art comme d’un simple prétexte. Reportage croisé sur ces deux actions.

Faire de l’Art pour se rencontrer ?

Donner les clés d’un local de 200m² en plein cœur de Rennes, Place des Lices, à disposition de 30 jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, et qui ont été sélectionnés pour être issus d’horizons les plus variés possibles. Et reprendre les clés six mois plus tard. C’est le projet fou et génial que tente l’association Keur Eskemm pour donner naissance au Laboratoire Artistique Populaire, le LAP.

Certains sont étudiants, d’autres travaillent, certains font les deux, quelques-uns sont au chômage ou sont accompagnés par la mission locale, et tous constituent ce groupe qui vivra plus ou moins ensemble pendant six mois. L’idée générale du LAP est de favoriser et susciter la création et l’apprentissage artistique. Quelques ateliers avec des intervenants professionnels sont prévus par l’association, et charge au groupe de jeunes d’en prévoir d’autres, entre eux ou non, s’ils le désirent.

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Les différences de parcours et la dizaine de nationalités représentées rendent cette aventure unique pour chacun. Tous y côtoient des jeunes qu’ils n’auraient rencontré nulle part ailleurs. Ils n’ont aucune connaissance en commun, n’habitent pas le même quartier, n’écoutent pas la même musique, sont passionnés par des choses différentes, mais ici, au LAP, l’un va apprendre à l’autre à faire de la gravure sur TetraPack. De la quoi ??

C’est l’atelier auquel nous avons participé pendant leurs portes ouvertes, point d’orgue et point final de leur résidence de six mois entre ces murs. Durant ces quelques jours, ils présentent au public tout ce qu’ils ont appris et fait ensemble. Les visiteurs ont le droit à une visite guidée du lieu par ceux qui l’ont fait vivre, et à un atelier. Aujourd’hui, c’était gravure sur TetraPack. Explications : prendre une boite de lait et faire un dessin au feutre ou au crayon sur la partie grise, la partie intérieure. Repasser les traits à la pointe sèche ou au cutter, sans toutefois traverser le carton, seulement pour créer un petit sillon. Y étaler énergiquement une peinture bien grasse, spéciale linogravure, jusqu’à la faire pénétrer dans les sillons formant le dessin, et la faire disparaître des surfaces lisses. Nous avons notre modèle. Ensuite, il suffit d’insérer ensemble notre modèle et notre support final (une feuille de dessin) dans un appareil à faire des pâtes fraîches. La pression exercée viendra appliquer la peinture contenue dans les sillons du TetraPack vers notre feuille de papier à dessin.

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Sur les trente jeunes qui constituent ce groupe, les savoirs de ce type peuvent être très nombreux ! Mais un groupe a également besoin de s’organiser pour vivre, manger, prendre des décisions, faire le ménage, etc. C’est aussi un des grands aspects de cette expérience : apprendre à faire ensemble tant sur les pratiques artistiques en se transmettant des savoirs et techniques, que sur la vie en collectivité. A cet effet, le groupe de cette année a produit un petit guide sur les différents outils qu’il ont testé et mis en place pour s’organiser ensemble.

Ou bien, se rencontrer pour faire de l’Art ?

Plus à l’Ouest dans la ville, l’association « Les Ateliers du Vent » est installée dans une ancienne usine à moutarde du quartier Arsenal Redon. L’association est créée dans le milieu des années 90 de la réunion de copains étudiants désireux d’inventer un lieu de création et de diffusion de la culture. Cet espace se voulait être « hors cadre » et non institutionnalisé afin de décloisonner les pratiques artistiques de ses carcans traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, la structure œuvre aussi bien dans le soutien à la création, que dans la diffusion de ses artistes associés, ou encore dans l’expérimentation citoyenne par la participation des habitants de ce quartier en cours de rénovation.

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Nous y sommes allés un jeudi soir, à l’occasion de la restitution publique des travaux menés par les participants des Ateliers de Création Libre, les ACL. Le micro résonne un peu dans ce grand rez-de-chaussée aux murs blancs qui servent aux expositions, aux installations et diverses présentations. La vingtaine de personnes présentes est debout et écoute les cinq présentations successives des cinq personnes qui ont eu à travailler ce mois-ci sur le thème « Quelle heure est-il, Madame persil ? ». Les résultats sont variés ! Car les raisonnements de chacun sont partis de points très différents. L’une d’entre elles a créé un petit jeu visuel mettant en avant l’incongruité de cette petite comptine qui fait se répondre deux personnes s’appelant successivement Mme Persil, puis Mme Chaussure ainsi que Mme Placard qui devient Mme Piment deux vers plus bas. Une autre a requestionné notre rapport au temps toujours plus court, compressé et oppressant dans un texte vindicatif qu’elle nous a lu, pendant qu’un troisième participant a créé une machine loufoque capable de nous prédire l’heure de notre mort en touchant un cintre d’une main et une botte de persil d’une autre.

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Tous ces travaux individuels sont le résultat d’une réflexion de groupe qui a duré un mois. Tous les mercredis à 19h, ils se retrouvent autour de quelques pizzas afin d’imaginer des travaux qu’ils pourraient développer individuellement ou en groupe. Les ACL sont ouverts à toute nouvelle personne. L’adhésion à l’association, cinq euros, est obligatoire et en avant pour l’aventure ! Certains sont des artistes professionnels ou amateurs et prennent ces ateliers comme un moyen de travailler et d’entraîner leurs réflexions librement. D’autres ne le sont pas du tout, mais saisissent cette opportunité pour élargir leurs cadres de réflexions habituels. Réfléchir à d’autres choses, autrement, avec d’autres personnes, ailleurs. En somme, comme au LAP, c’est de la rencontre et de l’échange que naissent l’évolution et l’émancipation de chacun.

Et si, afin de mener un travail d’éducation populaire encore plus ambitieux, les structures se mettaient en lien comme elles invitent ses adhérents à le faire entre eux ? Et si le rendu mensuel des ACL se faisait dans les locaux du LAP ? Et si le LAP se déplaçait les mercredi soir aux ACL ? Et rêvons même encore plus grand à Rennes avec Chahut, l’Elabo, Au bout du plongeoir, etc…

 

Pour plus d’infos :

Les Ateliers du Vent
Les ACL de La Sophiste

Keur Eskemm
Le LAP

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A La Cimenterie, l’histoire commence…

Le Golfe du Morbihan a cette réputation d’être la partie riche de la Bretagne et souvent peu habitée à l’année. Quelques villes font exceptions. Nous avons d’ailleurs découvert l’émergence d’une aventure dans l’une de ces communes qui se compose principalement de résidences principales, mais dont le manque d’activité et d’espaces communs devenaient un poids pour ses habitants. Nous avons vécu un moment clef à La Cimenterie, lieu dédié à cette aventure.

A Theix-Noyalo, la mairie a un projet d’aménagement urbain. Elle envisage la construction de 1000 nouveaux logements individuels et groupés, et d’un quartier alternatif composé d’habitats légers, mobiles, d’auto-construction et d’habitats partagés. Dans ce cadre, elle rachète également le terrain de la cimenterie qui a cessé ses activités il y a quelques années.

L’ambition affichée est alors d’en faire un espace au service des arts de la rue, d’un lieu de convivialité et de rencontre pour répondre aux envies et besoins sur le territoire. La Cimenterie devrait devenir le théâtre commun de ces volontés.

Mairie rencontrée et partenaires potentiels contactés, l’association TAV signe une convention de 50 000 euros annuels avec la mairie pour le lancement et la mise en œuvre de ce projet. Les Jeudis de la Cimenterie sont alors créés pour réunir une fois par semaine les personnes qui veulent s’investir dans l’élaboration et l’animation de ce lieu immense. Le 10 mai dernier se tenait la première d’entre elles.

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L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale : aujourd’hui on pose la première pierre d’une réflexion commune sur les envies que nous donnent ce lieu.

Alors que Samuel prend la parole, après un mot d’introduction de François, Président de l’association TAV, la quarantaine de personnes présentes est studieuse et attentive. Samuel présente l’association TAV, le projet de La Cimenterie, puis les quelques événements ayant déjà animé le lieu pour le faire connaître ces derniers mois.

Benoit Rassouw poursuit avec une présentation de son activité de préfiguration urbaine, notamment au sein de l’association Yes We Camp. Le Banya Tour, Les Grands Voisins… l’artiste plasticien donne à voir ce qu’il est possible de proposer en termes d’occupation et d’aménagement de l’espace, de manière collective.

Nous intervenons ensuite rapidement sur notre tour de France, les différents lieux similaires rencontrés, et surtout sur les différents modes d’organisation qui s’offrent à eux en termes de gouvernance et d’organisation interne, selon les différents exemples que nous avons déjà découvert.

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La quantité d’informations reçues en une heure était conséquente. Les esprits avaient été mis à rude épreuve et Samuel profite de ce moment pour en tirer pleinement profit en proposant un petit exercice de groupe fort intéressant : chacun écrit sur un papier qu’on lui fournit, ce qu’il sait faire d’un côté et ce qu’il a envie de faire de l’autre. Quelques minutes de réflexion plus tard, les papiers sont mélangés et redistribués au hasard. Chacun se retrouve alors avec les savoirs et les envies de quelqu’un d’autre. Le but est de les lire à l’assemblée et de trouver son auteur dans la salle. Celui-ci peut alors s’exprimer et développer ses quelques lignes. Il récupère son papier, y inscrit ses coordonnées au dos, et le glisse dans la grande boîte des idées.

Léa, membre du TAV, se fera un plaisir le lendemain de toutes les rassembler et les mettre en commun !

Quel moment rare et précieux ont-ils partagé ce soir-là !! Si nous parlions de la préservation de nos espaces communs à Brest il y a quelques jours, le projet étant ici communal, il ne correspond pas exactement aux mêmes logiques. Toutefois, il a ça en commun avec eux qu’on peut y voir comment un groupe de personnes peut se surpasser et même créer une magie collective quand il a un objectif et un rêve commun.

La Cimenterie dispose à cette heure-ci devant elle d’une multitude de chemins de vie possibles. Le choix de l’un ou l’autre dépend en grande partie du groupe d’habitants qui s’en saisira. Et chaque personne l’intégrant lui donnera une teinte, une orientation, une forme, ce qui mènera chaque groupe constitué autour du projet à en faire quelque chose de différent.

Ce jeudi 10 mai, nous avons eu une première esquisse des personnalités présentes, donnant un premier aperçu du groupe en formation, et ainsi une idée de La Cimenterie qu’ils pourraient construire ensemble.

Ce soir-là à La Cimenterie ils ont rêvé sur leurs petits papiers de jardin collectif, de dépassement de la matrice pour les ambitieux, d’espace de création collective, d’envie d’apprendre aux autres et d’apprendre des autres, de ciné débat, de recyclerie, de bar, de café philo, de bricolage, de méditation, etc. Les envies et les savoirs fusaient. Ils se croisaient parfois, interrogeaient l’assemblée, la faisaient rire, suscitaient une discussion, et plus que tout, faisaient vivre le groupe.

La première pierre de la nouvelle Cimenterie a ainsi été posée. Et bien posée. De nouvelles pierres devront être posées ces prochaines semaines et ces prochains mois. Non pas pour faire un mur, mais pour construire un édifice ensemble capable d’accueillir les velléités de chacun dans toute leurs singularités. Bonne route les amis !

Photo prise par Mélissa Jallé.

Pour en savoir plus :

La Cimenterie : https://www.facebook.com/LaCimenteriePetitPlaisance/

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Radio Pikez, hauts-parleurs d’une vie brestoise.

Le quartier Saint-Martin, c’est comme un village dans la ville. Un quartier vivant, militant, historique, au cœur de Brest. C’est un quartier qui a une âme, qui a quelque chose à raconter, sur Radio Pikez ou au détour d’une rencontre. Nous y avons passé quelques jours au mois d’avril. Voici ce qu’on a découvert…

Lundi matin, l’émission « La Midinale » sur Radio Pikez va commencer. Deux heures de direct. On parle agenda culturel, actualités et rencontres. On entre dans le studio, c’est-à-dire dans le salon d’un appartement. Autour de la table et des micros, Cat, Pierre et Thomas accueillent les invités et expliquent rapidement les différentes parties de l’émission. L’ambiance est décontractée. On se sent comme chez les copains. Installés dans le canapé, on a le temps de reprendre notre souffle, après avoir couru dans les rues pour rejoindre le groupe. Ce sont les étudiants de l’AG de lutte qui interviendront en premier. Ils annoncent les prochains rendez-vous et les dernières infos sur l’occupation de l’université de Brest. Pause musicale. Il n’est pas loin de 12h, c’est à nous de prendre place, de visser les casques sur nos oreilles, de régler les micros et de partager notre expérience sur les routes de France. On raconte notre aventure. Radio Pikez, c’est ça, une webradio qui invite les gens à parler, à causer ensemble. Brestois(es) ou gens de passage, la parole est libre.

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Ici personne ne joue l’expert, tout le monde se forme à la radio au fil du temps. Et puis ce sont les expériences de chacun et leur opinion qui enrichissent le débat. L’objectif est clair : donner la parole au plus grand nombre. Faire vivre la vie locale, apprendre des expériences de chacun, partager des savoirs, s’amuser et donner à entendre des émissions que l’on ne retrouve pas sur les radios traditionnelles. A Radio Pikez, on parle d’amour, de mots, de jeux, d’actualités… à travers des émissions en direct qui ponctuent la playlist éclectique en continu toute la journée. Comme son nom l’évoque en breton, son ton impertinent, drôle et chipie, à l’image de cette pie masquée, font sa particularité.

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Ce jour-là, Pierre s’exprime sur les dégradations survenues la nuit même sur le local de campagne de la République en Marche installé depuis peu dans le quartier. Ou plutôt sur le tweet du député qui s’offusque de tant de violence à l’encontre du parti. Qui du tag en rose sur un local de campagne ou de la loi asile-immigration incarne la plus grande violence ? Et plus largement, qui d’une cabane construite dans un champ aux abords de Nantes ou de 11 000 grenades lacrymogènes tirées en quatre jours incarne la plus grande violence ?

Arrêt sur Image, Lundi matin ou encore Ouest Torch sont cités ce matin-là, comme références d’une information libre, indépendante, impertinente, drôle, …

Parties d’une idée entre copains, la webradio et l’association ne cessent d’accueillir de nouveaux « Pikez » (comme ils aiment à s’appeler) depuis trois ans déjà. Tous bénévoles, les Pikez sont autant actifs dans la programmation musicale, dans les propositions d’émissions, que dans l’organisation d’événements ponctuels. Ce média libre revendique son indépendance en fonctionnant sans subvention ni publicité. L’activité repose sur l’autofinancement, à partir de dons et de recettes lors de différents événements, notamment leur kermesse tant attendue au mois de septembre. De plus, c’est en toute transparence qu’ils s’organisent. Des comptes rendus de réunions aux supports audio, on peut tout retrouver sur leur site internet en libre accès.

En résumé, une bande de copains qui s’agrandit, une webradio, un ton décalé et chaleureux, une énergie communicative, Radio Pikez a toute sa place dans ce quartier si singulier de Brest.

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Mardi soir, au Mouton à cinq pattes, Place Guérin, place centrale du quartier Saint-Martin. On s’est donné rendez-vous là avec une partie de l’équipe Pikez. On s’installe, on commande à boire et les discussions s’enchaînent. On refait le monde et on croise du monde. Les habitants du quartier aiment se retrouver dans ce café culturel et solidaire ! Et puis, faut dire que la bière locale est bonne, les produits sont frais et bio, l’ambiance est conviviale et la programmation du tonnerre. Tout le monde a l’air de se connaître, et si ce n’est pas le cas, on vous cause facilement. Nous étions donc en train de bavarder, quand la pluie nous a fait nous installer à l’intérieur où les clients se sont groupés. On ne perd pas le fil, on parle éducation populaire, monde du travail, vie associative… Cat nous raconte l’histoire de Saint-Martin et la vie de quartier qui le rend unique dans la ville. Alors forcément, on vient à parler de la salle de L’Avenir, en face de nous.

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Cette salle emblématique de la Place Guérin est devenue le symbole d’une réappropriation de nos espaces face aux projets inutiles et non concertés des dirigeants. La municipalité veut en faire une voie de gentrification à travers la construction de nouveaux logements par exemple, pensant mieux connaître les besoins et les attentes de la population sans même lui demander son avis. A cela, les habitants répondent par une occupation culturelle, artistiques, populaire et massive de cet espace ancré dans le paysage depuis 1898. Depuis deux ans, le collectif « Pas d’Avenir sans Avenir » propose des activités, ouvre les portes à d’autres collectifs, et poursuit l’occupation de cet espace détruit par la mairie entre temps. Festivals, jardinage, projections, concerts, repas… animent le lieu ouvert à toutes et tous.

Les actions, collectifs, lieux et associations que nous mettons en avant chaque jour mériteraient tous une Radio Pikez sur leur territoire ! Quand nos classes sociales n’ont pas la main sur les médias traditionnels, elles en fabriquent d’autres pour se donner la parole, et s’offrir cet espace de dialogue et de diffusion. Radio Pikez est donc un haut parleur vivant de la vie festive et militante de Brest, au cœur du quartier Saint-Martin. Connectez-vous et laissez-vous emporter !

 

Pour en savoir plus :

Radio Pikez : http://www.pikez.space/

Le Mouton à cinq pattes : https://www.lemouton5pattes.fr/

« Pas d’Avenir sans Avenir », à lire un article pour connaître l’histoire en détail : https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article866

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A Brest, garder la main sur nos espaces communs.

Entre deux danses traditionnelles bretonnes, une crêpe, la grisaille, et deux trois clichés, les brestois nous ont montré une âme militante et concernée par le sort réservé à leurs espaces communs. D’une ferme bio en milieu péri-urbain qui voit ses terres menacées par l’urbanisation toujours croissante, à un café culturel défendant les pavés et la libre organisation de sa ruelle, il n’y a qu’un pas que nous franchirons aujourd’hui : bétonner certains espaces, ou non, n’est pas l’affaire exclusive de trois technocrates enfermés dans un bureau. Cette question nous concerne tous.

Danger : projet inutile en cours…

En périphérie proche de Brest, plus de cinquante hectares de terres agricoles actuellement cultivées, dont une vingtaine par la Ferme bio Traon Bihan, sont compris dans un vaste projet de Brest Métropole visant à construire quelques 1500 logements, une zone d’activité et une zone artisanale. Le projet de Fontaine Margot a su rassembler autour de lui des opposants déterminés à soutenir Philippe et Valérie, les deux paysans de la Ferme Traon Bihan.

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Sur l’ensemble de nos territoires, les zones agricoles laissent de plus en plus place à une urbanisation toujours croissante. Entre les velléités politiques d’agrandissement de la commune et celles des industriels de couler toujours plus de béton, les zones cultivées, bio de surcroît, font parfois figure de résistantes dans nos paysages. Mais dans cette partie Ouest du Finistère, c’était sans compter le collectif de citoyens mobilisé autour du couple d’exploitants. La quinzaine de personnes qui s’investie à leurs côtés depuis un peu plus d’un an remue ciel et terre pour contrer le projet fou, et surtout, essayer de sauver les terres bio.

Urbanisation dans les zones périphériques, et aseptisation du bâti en milieu urbain. L’association « Vivre la rue » se bat depuis maintenant trente ans afin de préserver la rue Saint Malo, dans le quartier populaire de Recouvrance, au cœur de Brest. Dans une ville quasi entièrement reconstruite à la suite de la seconde guerre mondiale, les pavés du bout de la rue Saint Malo sont une exception dans ce décor. Mireille y a posé ses valises en 1990, dans l’une de ses maisons abandonnées, squattées, salies. Deux ans de nettoyage et d’arrangements décoratifs lui ont été nécessaires pour rendre ses lettres de noblesse à cette rue pleine de charme, avec l’aide des habitants du quartier qu’elle a su ramener auprès d’elle dans cette aventure.

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Depuis, les mêmes politiques qu’à Traon Bihan ont essayé à de maintes reprises de tout détruire, tout rénover aux normes donc autant dire aseptiser, tout casser, etc. Mais trente ans après le grand nettoyage et la nouvelle beauté qu’a connu la rue Saint Malo, les pavés sont toujours là, et ses amoureux aussi. Ses amoureux se comptent maintenant par dizaines. Les habitants du quartier résistent désormais ensemble face aux attaques de la mairie et de la métropole pour se réapproprier cet îlot de tranquillité.

 « Il ne faut rien lâcher, toujours être à l’affût ». Depuis dix ans, Mireille n’a pas quitté sa rue plus de 24 heures. Pour défendre ces espaces, des citoyens constitués en collectifs ou en association se mobilisent et passent du temps pour rester à l’affût de la moindre réunion ou décision administrative les concernant.

Action, réaction, création !

Afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur leurs combats, les collectifs redoublent d’inventivité. La mobilisation par des réunions, des tracts et des manifestations constituent une forme de militantisme qui n’a eu de cesse d’être renouvelée au cours du XXIe siècle. Loin de l’image bête et méchante véhiculée par les médias traditionnels à la botte du pouvoir qui font de ces collectifs de simples opposants à tout, énervés par principe et dépourvus de solutions alternatives, ces derniers nous ont montré de quel côté se trouvent l’inventivité, la créativité et le sens du partage. Ils savent dire non et faire des propositions dans le même temps.

A Recouvrance, pour préserver la singularité du quartier, ils l’ont investi par la culture et la rencontre. Une fois nettoyée et aménagée, la petite ruelle est le théâtre depuis trente ans de nombreux concerts et spectacles. La rue Saint Malo accueille parfois jusqu’à 2 000 personnes pour un concert des Ramoneurs de Menhirs ou des Monty Picon.

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Extrêmement soucieux du devenir des artistes dans nos sociétés, le collectif veille à les payer au prix juste, soit le prix qu’ils demandent, au moins. Fait rare dans le monde actuel qui a de plus en plus tendance à les voir inconsciemment comme des saltimbanques vivant d’amour et d’eau fraîche. Le prix libre et conscient pratiqué par l’association « Vivre la rue » permet un partage de ce moment festif entre ceux qui auraient pu se payer le billet et ceux qui ne le pourraient pas. Choisir ce que l’on paye, c’est aussi se responsabiliser quant à la rémunération des artistes : la survie de la personne et de son métier dans notre société dépend de ma participation.

Puis en 2010, l’association franchit une nouvelle étape en décidant d’investir un local abandonné appartenant à la mairie, situé cent mètres plus haut, dans la même rue Saint Malo. D’abord simple point d’accès à une connexion internet, puis lieu d’exposition, puis bar bio, puis point de vente de différents artistes (bijoux, cartes postales, …), le local s’aménage et s’embellit avec le temps.

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Il est aujourd’hui un lieu de rencontre permanent ouvert du mardi au dimanche de 14h à 21h. Wannah, ancienne et future salariée de l’association en contrat aidé, actuellement bénévole, est comme un poisson dans l’eau pour vous accueillir dans ce lieu chaleureux plein de bonnes énergies. Qu’il s’agisse d’assister à une soirée de musique improvisée, ou à une conférence, ou encore à un atelier, toutes les raisons sont bonnes pour s’y arrêter.

Dans la périphérie brestoise, le collectif rassemblé autour de Philippe et Valérie ne sont pas en reste pour imaginer des moyens de se rassembler. Le 22 avril 2018, nous étions quelques 300 personnes à nous rassembler sur l’une des prairies, propriété de Brest Métropole Habitat.

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Jusqu’alors mis à disposition pour la Ferme de Traon Bihan, cette parcelle bio fait partie de celles menacées par le projet de Fontaine Margot. Après un pique-nique partagé où chacun a ramené ses bons produits, nous nous unissions tous main dans la main sur ce qu’il reste de cette prairie. Les premiers tracteurs de chantier y sont passé pour retourner grossièrement l’ensemble du champ et le rendre inexploitable. La chaîne humaine était filmée par drone afin de montrer à la population brestoise et ses élus que les terres bio constituent un bien commun vital que nous ne laisserons pas aux mains des bétonneuses sans résistance.

L’innovation dont nous sommes capables lorsque nous nous réunissons nous offre un champ des possibles infini. Tant en termes d’opposition à un pouvoir fou et déraisonné qu’en termes de vivre et faire ensemble. La société civile se passe volontiers des experts, des élus, des technocrates et des costards cravates pour savoir ce dont elle a besoin, et le mettre en place. Elle sait dire non et faire des propositions pour avancer en toute conscience.

 

Pour en savoir plus :

La ferme de Traon Bihan : http://lafermedetraonbihan.fr/

L’association Vivre la rue :  www.vivrelarue.net

 

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A Nantes, des solidarités nouvelles !

Nantes, 300 000 habitants, combien de SDF ? Cette question a forcément traversé l’esprit de Yannick et Denis, deux nantais que l’on a rencontré et qui, chacun à leur manière, ont voulu combattre une injustice qui les indignait. La dignité que l’on a ôté à ces personnes, ils ont voulu la leur redonner à travers deux actions aussi singulières qu’innovantes.

Des aventures 100% citoyennes

Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des mouvements qui sont nés face à une situation d’injustice jugée plus tolérable par ses instigateurs. Ils ont de commun leur naissance à la suite d’une histoire de relation humaine et d’une prise de conscience individuelle.

Nous sommes en 2008. Le jeune retraité Yannick, ancien cadre, fait la rencontre d’un gars de la rue bien connu du quartier, Serge, dit Le Gaulois. Ce jour-là, Serge est ronchon et n’affiche pas le sourire et l’amabilité qui lui sont habituels avec les passants. Engageant la conversation, Yannick apprend du Gaulois qu’il a enterré trois copains en 10 jours. Il raconte que chaque fois, c’est la même scène insoutenable : Les sans abris sont enterrés tôt le matin, le soleil n’étant parfois pas encore levé, sans un mot ou ni même une chanson, et souvent sans personne.

« Enterrés comme des chiens » disait Le Gaulois avant son décès il y a cinq ans. Pour son enterrement à lui, ils étaient une foule jamais vue pour un sans-abri à entonner « L’Auvergnat » de Georges Brassens et sa chanson fétiche « Rue des trois matelots ». Cette foule, c’était la Chorale « Au Clair de la Rue » qu’il avait fondé cinq ans plus tôt, en 2008 donc, avec Yannick, suite à leur échange. Composée uniquement de personnes en situation de précarité, à la rue ou non, elle a déjà accompagné quelques 300 enterrements de SDF. Ils mouraient « comme des chiens », aujourd’hui un élan de solidarité et de citoyenneté leur offre, à Nantes, un départ digne.

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Toujours à Nantes, Denis profite d’un après-midi ensoleillé de 2006 pour rester un peu en terrasse et prendre son café tranquillement. Il ne savait pas encore que ce café et cet instant allaient changer sa vie et celle de dizaines de personnes. Un homme s’avance vers lui et fait la manche, Denis lui donne un euro. Juste un euro. Puis, il réfléchit quelques instants : si on est plusieurs, voire beaucoup, à lui donner un euro, il n’aurait plus besoin de faire la manche cet homme-là ! Il aurait un chez-lui !

Deux ou trois calculs et une discussion avec son collègue Gwen plus tard, ils tiennent une idée qu’ils ne perdront pas de temps à mettre en place : avec 100 personnes qui font un don régulier de 20 euros par mois pendant cinq ans, ils achètent un studio ou un T1 dans Nantes, qui coute à peu près 100 000 euros, dans lequel reloger une personne à la rue !  Après déduction des impôts, un don de 20 euros revient effectivement à 5 euros par mois, soit un euro par semaine. Ce n’était pas une idée en l’air !

C’est parti ! Si la première année ne voit pas le nombre de donateurs s’envoler, ils finissent tout de même par acheter leur premier appartement et à y reloger une première personne. Parallèlement à ces dons réguliers qui financent l’achat des appartements, Gwen et Denis vont frapper aux portes des entreprises pour trouver de quoi financer l’accompagnement des personnes relogées, comprenant notamment le salaire d’une assistante sociale.

Onze ans plus tard, « Toit à moi » s’est développée à Paris, Angers, et Toulouse, et a permis de reloger, pour le moment, un peu plus de 50 personnes dans les 19 appartements achetés par les 1200 donateurs réguliers.

« Ce n’était rien qu’un bout de pain… »

« Toit à moi » reloge les personnes sans logement, et les accompagne au quotidien pour « recréer des étincelles » dans leurs vies. Pour cela, il faut des appartements achetés par les donateurs, des accompagnants salariés par les mécènes, et une équipe de 35 bénévoles.

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Une sortie cinéma, un après-midi couture, une ballade en ville, un repas, etc. les activités partagées avec les bénévoles participent à la reconstruction des personnes. Margaux, la salariée responsable des bénévoles se charge de faire coïncider les envies et les propositions de chacun : les deux fadas de l’OM iront regarder le match ensemble, pendant que les deux chineurs se rendront ensemble à la brocante le weekend suivant ! Ces activités ont le pouvoir de redonner goût à la vie à certains, comme un doux plaisir, un luxe, une madeleine de Proust, une chance, dans ces liens retrouvés et ces moments de partage. Que l’on ait un peu de temps ou un peu d’argent, on a tous à donner à « Toit à moi » !

Et quand on évoque un moment de partage et de convivialité, on pense au mardi après-midi dans la salle Colligny à Nantes. Jour de répétition hebdomadaire de la chorale « Au clair de la rue ». Selon les semaines, ils sont entre 20 et 30, à répéter leur répertoire traditionnel pour une heure ou deux. Les boiteux, les fous, les alcolo, les pas-tout-seul-dans-sa-tête, les lunaires, et les délirants forment tous ensemble « la seule chorale qui chante faux, mais avec le ton juste », comme ils aiment à le rappeler. Ils viennent trouver dans ce groupe une écoute et un environnement solidaire, non jugeant, et joyeux. Essayez de chanter la chanson « L’herbe tendre » à tue-tête avec vos copains, vous verrez que c’est une vraie bouffée d’air frais !

La chorale n’étant pas faite pour « obtenir des bons points pour le paradis », elle est réservée avant tout pour les personnes en situation de précarité. Les bénévoles ou les personnes voulant s’y impliquer ne peuvent le faire qu’à certaines conditions à voir avec la chorale.

Et loin d’être l’essentiel, mais la cerise sur le gâteau, la singularité de cette chorale les a menés à être invités à chanter aux quatre coins de l’Europe. A Bruxelles au Parlement européen, à Rome devant le Pape, ou accompagnés d’une cantatrice au Palais de Justice de Nantes, ce sont souvent des décalages et des moments de vie savoureux pour ceux qui les vivent. Avant tout, c’est la trentaine d’enterrements de personnes de la rue qu’ils honorent de leur présence chaque année, qui les motivent à répéter tous ensemble les chansons de Brassens, Gainsbourg, Nougaro, et autres airs plus paillards et franchouillards !

Nos sociétés occidentales vivent un étonnant paradoxe dont nous sommes les témoins tous les jours. Nous excluons, divisons, appauvrissons, et marginalisons tous les jours un peu plus. Dans le même temps, nous innovons, inventons, rassemblons et soudons des liens tous les jours un peu plus forts. Bien que de plus en plus de personnes meurent d’isolement, de faim et de froid dans les rues de Nantes et de France chaque année, de véritables ingénieurs de la solidarité se mobilisent pour que cette situation ne soit pas une simple fatalité.

 

Pour en savoir plus :

http://www.toitamoi.net/

https://www.choraleauclairdelarue.com/

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Embarquez pour l’aventure « Ohé du Bateau » !

C’est une histoire comme on les aime, celle d’une aventure collective, d’une résistance citoyenne au nom de la culture et du spectacle vivant.

Vous avez dit « culture » ?

La culture avec un grand C, celle des ââârtistes, des beaux arts, des conservatoires et de la culture « dominante » dans ce que son terme a de plus condescendant. Mais aussi la culture en ce qu’elle nous unit, nous réunit, qui dessine les contours de notre société, de notre histoire, de nos valeurs, de nos codes, et de nos habitudes… Qu’elles aillent de nos loisirs, sportifs ou créatifs, à notre alimentation, en passant par notre musique, nos rires, nos angoisses, nos rythmes de vie, nos habits, notre intimité, et jusqu’à notre tout. Et entre les deux « culture », un mur. Une barrière. Comme s’il y avait deux cultures. De deux pays, ou de deux régions différentes. Pourtant, force est de constater que l’on partage les mêmes. Que l’on ne peut faire autrement car elles ne forment qu’une, et qu’elles s’enrichissent l’une de l’autre, par de-là les grands C et les petits C. D’ailleurs, plus de grands et plus de petits quand une chanson nous fait pleurer ou danser. Plus de grands et plus de petits quand le repas dans nos assiettes nous fait saliver, quand un tableau nous emmène voyager, quand une sculpture nous ennuie, ou qu’une photo nous parle.

C’est l’histoire du collectif « Ohé du Bateau », à Tours. Ils se sont réunis à 1700 citoyens, artistes, entrepreneurs, associatifs, collectivités, petits et grands, pour que le petit C et le grand C trouvent un espace de rencontre, de dialogue et de vie.

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Ils se sont battus pour la réouverture et le rachat d’une salle de spectacle, promise à la fermeture et à la démolition. Ce n’était pas une idée en l’air ! Humblement, nous voulons rendre hommage à cette bande de héros. Toutes considérations tenant à la politique et au climat sociétal actuel mises de côté, il est de ces actions dont une société ne peut ressortir que gagnante, grandie, plus forte, plus riche, plus intelligente et plus ouverte vers l’avenir.

En 2010, l’aventure commence !

Pour comprendre la singularité de cette aventure, il faut remonter à 2010. Cette année-là la cofondatrice de la mythique salle tourangelle du Bateau Ivre prend sa retraite. Le lieu doit fermer. Le gratin de la scène française (notamment rock et alterno) était passé enflammer les planches et faire transpirer le public. Et pour les habitants, il n’est pas question que ce haut lieu de notre culture cesse de nous réunir, de nous faire chanter et de nous ouvrir. De cette volonté, les quelques précurseurs de la future SCIC se montent en collectif afin d’engager les premières réflexions sur une possible reprise de la salle, et surtout afin d’amorcer les premières discussions avec la multitude de parties prenantes gravitant autour : institutions culturelles, mairies, département, région, banques, financeurs, institutions publiques, etc.

La première phase de ce double combat durera alors cinq ans. Les visions de chacun s’entrechoquent parfois, mais le collectif parvient à développer et mettre en page un projet qu’ils sont de plus en plus nombreux à construire ensemble. Issus du monde de la culture, de l’éducation populaire, du commerce, du secteur public, du secteur privé, du secteur primaire, secondaire, tertiaire,  une vision commune de ce qu’ils veulent faire de la salle émerge et parvient à se coucher sur le papier de plus en plus précisément. Parallèlement, les partenaires et interlocuteurs prennent mesure du projet qui se construit et tendent à le considérer plus sérieusement.

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C’est en 2015 que la SCIC lance un appel à souscription d’une nouvelle ampleur, atteignant ainsi plus de 1700 personnes physiques ou morales. En avril 2016,  les souscriptions provenant des citoyens, des différentes associations et entreprises s’élevent à 270 000 €, en plus des 101000 € investies par les collectivités. L’achat du bâtiment a ainsi pu se finaliser à la fin de l’année 2017. Tous les papiers sont signés et les clés changent définitivement de main.

On peut tout imaginer !

L’objectif n’est pas de retrouver le Bateau Ivre comme on l’a quitté il y a 8 ans, la nouvelle équipe souhaite écrire une nouvelle page. Attaché à la diffusion de la culture et des arts vivants, le collectif tient à créer un espace privilégié d’expression de ces domaines. Projections de cinéma, concerts, expos, et un café culturel animeront la salle. Ils imaginent une salle dont les artistes quels qu’ils soient pourraient se saisir, ainsi que les entreprises, les associations, etc, à l’image de la diversité des membres du collectif. Pour le moment, la mobilisation est aux chantiers participatifs pour rafraîchir le lieu et préparer les futures installations.

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L’aventure au cœur de cet espace démontre à la fois que la mobilisation citoyenne peut dépasser les situations de stagnations, voire de désengagements politiques, et proposer de vraies solutions en matière de culture : même à beaucoup, et quand bien même différents, on peut faire de grandes choses ! Si la culture connaît des coupes budgétaires et des difficultés sévères d’années en années, alors le collectif « Ohé du Bateau » a fait le pari de s’en saisir et de relever le défi en lui offrant une place nouvelle et innovante.

« Finies les réunions à 600… »

Mais à 1700, ça fait quand même beaucoup autour d’une table pour se réunir et prendre des décisions… Il faut penser organisation. Accompagné un temps par l’Union Régionale des Scop, le groupe qui n’a cessé de grossir – et grossira encore espérons-le – semble avoir trouvé aujourd’hui une forme d’organisation qui permette à chacun de trouver sa place et d’avancer ensemble dans la même direction. Finies les réunions à 600…

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Répartis en laboratoires (à l’image des cercles déjà évoqués au sein des organisations en holacratie), les sociétaires peuvent s’investir selon leur envie et leurs compétences dans un des labo de travail. Pour la communication, la distillation, les travaux, ou encore l’administration, les membres de chaque labos apprennent à se connaître et commencent à trouver leur voie de travail. Dans un groupe humain si important, il a fallu du temps pour faire connaissance et donc du temps encore pour s’accorder sur les formes de travail collectif, mais aujourd’hui celui-ci semble s’approcher de son rythme de croisière.

Citoyens, entreprises, compagnies de théâtre, artistes, collectivités territoriales,… ce sont eux les sociétaires. C’est ensemble qu’ils font avancer l’histoire du Bateau Ivre. Être sociétaire ne se résume pas à faire un don financier, il s’agit également de s’engager moralement, de prendre part aux étapes et aux décisions. Voilà un enjeu de taille pour le collectif « Ohé du Bateau » : faire collaborer cet ensemble hétérogène, décloisonner ces différents milieux, créer des synergies. Action ! Ici on casse les murs à coups de marteaux lors des chantiers, et l’on casse les barrières entre citoyens et collectivités, entre artistes et entreprises, entre théâtre et arts plastiques !

Pour plus d’infos :
https://www.ohedubateau.com/
https://www.facebook.com/CollectifOheduBateau/

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Aventures féminines dans le Nord de l’Ardèche.

Cette fois, c’est proche de Valence que l’on vous propose une virée. Dans les vallées de l’Eyrieux et du Doux. Vallées réputées pour leur activité foisonnante tant culturelle qu’industrielle. La vie y semble si agréable. Nous y avons rencontré deux projets singuliers qui ont donné un ton féminin à ce territoire. Des femmes qui se bougent en milieu rural !

Des femmes à la campagne, des femmes à la montagne ?

Les femmes entreprennent, les femmes mettent en place des projets qui fonctionnent, les femmes tiennent la barque, les femmes s’entraident. Si notre société ne nous donne que très peu d’exemples de femmes en ce sens, en milieu rural, ce constat n’est que plus amer. Les femmes aussi ont de bonnes idées, sont capables de gérer un projet et le prouvent. Il nous semble alors très important d’en parler à notre échelle et de faire connaître quelques exemples pour que cette vision change, pour que toujours plus de femmes qui le veulent ne reculent pas devant leur envie d’entreprendre et de créer.

Loin des clichés des femmes « au foyer », pendant que les hommes travaillent la terre, nous avons rencontré un milieu rural très actif. Un territoire où l’activité fourmille, où les programmations culturelles sont chargées et de qualité, où la volonté de vivre avec plus de solidarité et de lien entre les habitants résonne… C’est d’ailleurs cette envie qui est à l’origine du groupe des « Odette & Co ». Des femmes installées en Ardèche depuis plus ou moins longtemps se sont réunies pour s’entraider d’abord autour de la notion de travail. Mutualisant leurs réseaux, leurs compétences et leurs expériences, elles ont permis au fil du temps à de nombreuses femmes de trouver un emploi sur le territoire. Chacune a apporté au groupe son histoire et a partagé ses savoirs. Ensemble, elles ont permis de rompre l’isolement de la vie en milieu rural pour démontrer que trouver un emploi est possible, rencontrer du monde est possible et faire vivre un projet commun est aussi possible.

« Nous faisons tout cela avec un amateurisme sérieux », Céline.

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Aujourd’hui fort de cette expérience, le groupe continue à faire vivre les projets professionnels de chacune, à mettre en avant les initiatives individuelles ou collectives de ces femmes actives. Et après huit années déjà, les « Odette » – comme elles s’appellent entre elles – ont créé une vraie solidarité dans le groupe. Chacune raconte avec grand enthousiasme le plaisir qu’elle prend à venir aux réunions hebdomadaires, ou lors des différents événements organisés. Nous avons d’ailleurs de suite capté cette énergie et cette complicité : un sentiment de bienveillance et le rire communicatif de ce groupe de femmes nous ont enveloppé dès notre arrivée.

« La vie collective des « Odette » et les dynamiques qui se sont mises en place au fil du temps, c’est magique ! », Annie

A Lamastre, les « Odette » ont les idées qui bouillonnent pour préparer le retour du printemps. Et ce dynamisme se retrouve dans d’autres projets féminins, notamment celui de Pascale. Cette brune pétillante aux grands yeux, nomade dans l’âme, est pleine d’enthousiasme quand elle raconte les débuts de son aventure à bord de « Mokiroule ».

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Mokiroule, c’est son gros camion rouge et illustré par Magali Attiogbé (illustratrice) que vous avez peut-être croisé sur les routes, même les plus étroites d’Ardèche du Nord, et sur quelques unes de la Drôme. Elle aussi est une entrepreneuse courageuse. Elle transporte son activité partout où elle peut, ne comptant pas ses heures. Présente sur les différents salons ou festivals de la région, elle travaille également avec les CDI de collèges et lycées permettant aux élèves de choisir une partie des livres du CDI pour l’année, stationner devant les médiathèque ou sur des marchés le reste de la semaine, on la trouve facilement.

Le choix des mots ou les mots de choix

Ce qui relie également ces deux projets féminins est le mot. Mots écrits, ou mots parlés, ils sont un objet précieux. Pascale, l’a compris et les dévorent. Elle a décidé de le partager. Faire circuler la culture, la littérature et le mot, rencontrer les habitants, à travers l’Ardèche et la Drôme, c’est le pari qu’elle s’est lancé et qui fonctionne plutôt très bien depuis 2016. Ses clients sont fidèles aux rendez-vous, et se retrouvent au marché ou devant la médiathèque pour feuilleter les nouveautés du Mokiroule, tout autant que pour bavarder avec Pascale ou d’autres clients.

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Le Mokiroule a d’ailleurs sa renommée. La presse et les médias télévisés lui rendent régulièrement visite. Faut dire que Pascale ne recule pas devant les difficultés. Par toutes les météos, tous les jours de l’année, elle anime son projet et le fait vivre du mieux qu’elle peut.

« Certaines villes m’appellent pour que je fasse une halte avec le camion chez eux pendant ma tournée », Pascale

Dans son 10 tonnes aménagé en librairie, ça sent bon le livre ! Des livres de qualité, choisis avec soin par Pascale. Engagée, militante, laissant la place aux petites maisons d’édition, la sélection de 3000 ouvrages environ est beaucoup moins importante qu’en librairie ordinaire, mais non moins attrayante. De plus, le Mokiroule n’ayant pas de stock, les rayons sont renouvelés tout le temps. Vous pouvez y venir autant de fois que vous voulez, le choix ne sera pas deux fois le même. Et si vous avez des idées d’ouvrages, vous pouvez les suggérer à Pascale pour de prochains arrivages ou passer une commande rien que pour vous.

D’une autre manière, le mot est devenu un vecteur commun au sein des « Odette & Co ». Très rapidement après l’émergence de leur groupe, elles ont décidé de créer un magazine pour parler d’elles, et surtout relayer les initiatives de leur territoire. Interviews, reportages, témoignages, conseils, articles, composent le sommaire de leur magazine devenu aujourd’hui un « Pli » spécialisé sur une thématique à chaque édition. Aidées d’une graphiste et d’une photographe, l’ensemble du travail est collectif. Elles décident toutes ensemble du chemin de fer, de la rédaction, de la thématique, des titres, etc.

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Une façon encore de travailler en groupe et de partager ces moments de plaisir. Car le mot d’ordre chez les « Odette » est bien de se faire plaisir en donnant une place à chacune. Pour cela, elles ont assimilé la méthode québécoise de la démarche appréciative. Une approche, une façon de réfléchir, un état d’esprit qui pousse à oser, à être soi-même, à aborder les expériences positives avant le reste. Sonia Racine, consultante canadienne spécialisée dans l’approche appréciative a été un relais privilégié au sein des « Odette » pour mettre en place cette méthode de travail.

A travers le mot pour les deux élans féminins que nous avons rencontré, ou grâce à d’autres vecteurs, les femmes savent entreprendre et prendre la tête d’initiatives. Elles donnent même une touche singulière au milieu rural et savent ne faire cas des clichés qui les entourent.

Pour plus d’infos : 

Le Mokiroule

Odette & Co

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Aventures collectives vers l’autonomie dans le sud Ardèche.

Ah l’Ardèche… On vous aurait bien dit de fermer les yeux et d’imaginer ses collines, ses champs, ses montagnes, son air pur, son herbe grasse, ses forêts, son air libre, son histoire, … Mais les yeux fermés, on lit moins bien ! Alors gardez les bien ouverts, et laissez-vous embarquer au départ d’Aubenas. Si vous venez de Montélimar, prenez la N102, on vous attend. On est partis. En prenant la direction Sud sur la très agréable D104, nous roulons doucement en admirant sur notre droite le massif des Cévennes et les Monts d’Ardèche. La neige sur les sommets et les immenses forêts de conifères laissent rêveurs, tandis que le charme des petits villages traversés ne nous fait pas perdre la route des yeux. Les vieilles maisons en pierre, les vieux corps de ferme, les oliviers ici et là, la route qui commence à tourner, un champ de lavande, une forêt, le charme de l’Ardèche réside exactement dans son mélange d’Auvergne et de Provence. La rudesse de la première, mêlée à la rêverie de la seconde. L’authenticité de la première, et la flânerie de la seconde.

L’esprit presque embué, nous arrivons déjà à l’embouchure de la vallée de Valgorge, à Uzer, duquel nous pourrons monter vers Largentière, puis Rocles, et Loubaresse. Sortons un peu de notre carcasse et allons discuter…

A chaque territoire ses problématiques et ses envies. Pour cette partie de l’Ardèche, les habitants nous ont très vite fait état des questions liées à la mobilité. Ce territoire peu ou mal desservi en transports en commun conduit chacun à s’adapter et à être autonome. Individuellement ou collectivement, ici on s’organise. Parmi les solutions imaginées et mises en place par les habitants, deux d’entre elles ont attiré notre attention. Deux façons d’être autonomes collectivement. Deux aventures qui témoignent de l’adage : « la nécessité est mère de l’invention ».

Les villageois au fournil

Entre leurs montagnes, les habitants de la vallée de Valgorge voient les commerces de leurs villages fermer un à un. Convaincus de la nécessité d’avoir un commerce de proximité, pour limiter les déplacements, ils prennent les devants et ouvrent récemment une épicerie collective. Avec le soutien de la municipalité de Rocles, c’est courant 2017 que « L’épicerie au fournil » ouvre ses portes pour le plus grand bonheur de ses habitants. En effet, le dernier fond de commerce d’un village central dans la vallée, Rocles, a été vendu puis racheté à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le dernier boulanger ne trouve pas repreneur. Un petit groupe d’habitants grandissant à mesure que le projet avançait s’est donc mobilisé afin de maintenir ce lieu de vie sociale d’un territoire peu peuplé, mais vivant.

Après avoir récolté 20 000€ grâce à un financement participatif, ils rachètent le fond de commerce et proposent d’en faire une épicerie tournée vers les produits locaux et bio en majeure partie. Ce lieu permet à la fois aux habitants de s’y approvisionner, ainsi qu’aux producteurs locaux de bénéficier d’un point de vente. On y trouve également une boulangerie. Celle-ci est tenue par deux boulangers qui se relaient. Les fournées uniquement en journée permettent d’avoir du pain frais et autres petites gourmandises qui valent le détour dès 16h.

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Pour faire tourner la boutique, c’est en collectif que cela s’organise. Le noyau d’adhérents de l’association donne de son temps pour gérer l’épicerie. De la relation aux producteurs, à la caisse, en passant par l’entretien, chacun participe. Et pour une meilleure cohésion et une organisation plus efficace, les différents espaces de décision sont répartis en commission. Les représentants de ces commissions se réunissent régulièrement pour faire le point sur les dernières avancées.

Si l’épicerie permet de faire quelques courses, elle offre aussi un espace de programmation culturelle de plus en plus importante. D’abord dans la salle de la Mairie, bientôt dans la salle polyvalente en construction, et dès cet été, une fois le chantier participatif terminé, ce sera sur la terrasse de l’épicerie que les différents événements seront proposés. Au soleil, face à la montagne, on s’y voit déjà !

Autopia, apprendre à se débrouiller !

A Autopia, (comme dans tous les garages solidaires, nous l’expliquions avec le Garage Moderne de Bordeaux) le principe est simple. Après s’être acquitté d’une cotisation de 25 euros par an, l’adhérent peut venir réparer soi-même sa voiture, en étant assisté d’un mécanicien professionnel pour 17 euros de l’heure. Ici, le mécano c’est Sébastien. Ses vingt ans de métier et de passion offrent à n’importe qui la possibilité d’apprendre à faire une vidange, changer ses plaquettes, son embrayage, ou son joint de culasse pour les plus motivés. Et comme Sébastien est généreux dans l’effort, il vous enseignera l’apprentissage, mais surtout l’envie d’apprendre. Pour preuve, après s’être lancés dans l’inconnu en changeant nos filtres à huile et à gazole, on avait nous même envie de changer nos amortisseurs !

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Le garage associatif a une importante toute particulière dans un territoire rural comme l’Ardèche et comme on le disait, où la mobilité pose difficulté. Apprendre à réparer son véhicule lorsque l’on habite un territoire vaste, peu peuplé, en partie montagneux, et où les distances se mesurent plus en minutes qu’en km devient vite une question de logique. Les réseaux de transports (bus et trains), étant peu développés, ne permettent pas à ses habitants de se déplacer autrement qu’en voiture pour aller d’un village à un autre, pour travailler, faire ses courses, accéder aux loisirs, faire garder ses enfants, etc. La recherche même d’un emploi nécessite également une voiture en état de marche.

Dans cette zone rurale, un garage n’est pas qu’un garage. A Uzer, il est un lieu d’apprentissage, ainsi que d’échanges, de rencontres et de bénévolat. Un volet culturel est en réflexion pour proposer des projections, des spectacles, et bien d’autres activités.

Si Sébastien a les mains dans le cambouis avec les adhérents, c’est que derrière le bureau de l’accueil ils sont une dizaine à assumer le reste du boulot. Accueillir les nouveaux adhérents, leur présenter l’association et son fonctionnement, fixer un rendez-vous si besoin, prendre le temps de discuter, gérer la caisse, répondre au téléphone, s’occuper du site internet, etc. Les tâches sont multiples et nombreuses, et ils ne sont pas de trop pour s’en occuper !

Ces aventures collectives sont toujours inspirantes. Elles démontrent la force de l’intelligence collective face à des difficultés communes. Ici les habitants ont vite compris l’importance de s’organiser pour être autonomes. Nous avons rencontré ces deux passionnants collectifs, on aurait pu également citer les actions très connues sur le territoire des « Recycl’arts » ou de « Changement de Cap » qui œuvrent aussi pour l’autonomie sous la forme principale de recycleries.

 Pour en savoir plus et mieux connaître ces actions :

L’épicerie au fournil
Autopia garage solidaire
Les Recyclarts
Changement de cap

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