Aventures collectives vers l’autonomie dans le sud Ardèche.

Ah l’Ardèche… On vous aurait bien dit de fermer les yeux et d’imaginer ses collines, ses champs, ses montagnes, son air pur, son herbe grasse, ses forêts, son air libre, son histoire, … Mais les yeux fermés, on lit moins bien ! Alors gardez les bien ouverts, et laissez-vous embarquer au départ d’Aubenas. Si vous venez de Montélimar, prenez la N102, on vous attend. On est partis. En prenant la direction Sud sur la très agréable D104, nous roulons doucement en admirant sur notre droite le massif des Cévennes et les Monts d’Ardèche. La neige sur les sommets et les immenses forêts de conifères laissent rêveurs, tandis que le charme des petits villages traversés ne nous fait pas perdre la route des yeux. Les vieilles maisons en pierre, les vieux corps de ferme, les oliviers ici et là, la route qui commence à tourner, un champ de lavande, une forêt, le charme de l’Ardèche réside exactement dans son mélange d’Auvergne et de Provence. La rudesse de la première, mêlée à la rêverie de la seconde. L’authenticité de la première, et la flânerie de la seconde.

L’esprit presque embué, nous arrivons déjà à l’embouchure de la vallée de Valgorge, à Uzer, duquel nous pourrons monter vers Largentière, puis Rocles, et Loubaresse. Sortons un peu de notre carcasse et allons discuter…

A chaque territoire ses problématiques et ses envies. Pour cette partie de l’Ardèche, les habitants nous ont très vite fait état des questions liées à la mobilité. Ce territoire peu ou mal desservi en transports en commun conduit chacun à s’adapter et à être autonome. Individuellement ou collectivement, ici on s’organise. Parmi les solutions imaginées et mises en place par les habitants, deux d’entre elles ont attiré notre attention. Deux façons d’être autonomes collectivement. Deux aventures qui témoignent de l’adage : « la nécessité est mère de l’invention ».

Les villageois au fournil

Entre leurs montagnes, les habitants de la vallée de Valgorge voient les commerces de leurs villages fermer un à un. Convaincus de la nécessité d’avoir un commerce de proximité, pour limiter les déplacements, ils prennent les devants et ouvrent récemment une épicerie collective. Avec le soutien de la municipalité de Rocles, c’est courant 2017 que « L’épicerie au fournil » ouvre ses portes pour le plus grand bonheur de ses habitants. En effet, le dernier fond de commerce d’un village central dans la vallée, Rocles, a été vendu puis racheté à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le dernier boulanger ne trouve pas repreneur. Un petit groupe d’habitants grandissant à mesure que le projet avançait s’est donc mobilisé afin de maintenir ce lieu de vie sociale d’un territoire peu peuplé, mais vivant.

Après avoir récolté 20 000€ grâce à un financement participatif, ils rachètent le fond de commerce et proposent d’en faire une épicerie tournée vers les produits locaux et bio en majeure partie. Ce lieu permet à la fois aux habitants de s’y approvisionner, ainsi qu’aux producteurs locaux de bénéficier d’un point de vente. On y trouve également une boulangerie. Celle-ci est tenue par deux boulangers qui se relaient. Les fournées uniquement en journée permettent d’avoir du pain frais et autres petites gourmandises qui valent le détour dès 16h.

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Pour faire tourner la boutique, c’est en collectif que cela s’organise. Le noyau d’adhérents de l’association donne de son temps pour gérer l’épicerie. De la relation aux producteurs, à la caisse, en passant par l’entretien, chacun participe. Et pour une meilleure cohésion et une organisation plus efficace, les différents espaces de décision sont répartis en commission. Les représentants de ces commissions se réunissent régulièrement pour faire le point sur les dernières avancées.

Si l’épicerie permet de faire quelques courses, elle offre aussi un espace de programmation culturelle de plus en plus importante. D’abord dans la salle de la Mairie, bientôt dans la salle polyvalente en construction, et dès cet été, une fois le chantier participatif terminé, ce sera sur la terrasse de l’épicerie que les différents événements seront proposés. Au soleil, face à la montagne, on s’y voit déjà !

Autopia, apprendre à se débrouiller !

A Autopia, (comme dans tous les garages solidaires, nous l’expliquions avec le Garage Moderne de Bordeaux) le principe est simple. Après s’être acquitté d’une cotisation de 25 euros par an, l’adhérent peut venir réparer soi-même sa voiture, en étant assisté d’un mécanicien professionnel pour 17 euros de l’heure. Ici, le mécano c’est Sébastien. Ses vingt ans de métier et de passion offrent à n’importe qui la possibilité d’apprendre à faire une vidange, changer ses plaquettes, son embrayage, ou son joint de culasse pour les plus motivés. Et comme Sébastien est généreux dans l’effort, il vous enseignera l’apprentissage, mais surtout l’envie d’apprendre. Pour preuve, après s’être lancés dans l’inconnu en changeant nos filtres à huile et à gazole, on avait nous même envie de changer nos amortisseurs !

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Le garage associatif a une importante toute particulière dans un territoire rural comme l’Ardèche et comme on le disait, où la mobilité pose difficulté. Apprendre à réparer son véhicule lorsque l’on habite un territoire vaste, peu peuplé, en partie montagneux, et où les distances se mesurent plus en minutes qu’en km devient vite une question de logique. Les réseaux de transports (bus et trains), étant peu développés, ne permettent pas à ses habitants de se déplacer autrement qu’en voiture pour aller d’un village à un autre, pour travailler, faire ses courses, accéder aux loisirs, faire garder ses enfants, etc. La recherche même d’un emploi nécessite également une voiture en état de marche.

Dans cette zone rurale, un garage n’est pas qu’un garage. A Uzer, il est un lieu d’apprentissage, ainsi que d’échanges, de rencontres et de bénévolat. Un volet culturel est en réflexion pour proposer des projections, des spectacles, et bien d’autres activités.

Si Sébastien a les mains dans le cambouis avec les adhérents, c’est que derrière le bureau de l’accueil ils sont une dizaine à assumer le reste du boulot. Accueillir les nouveaux adhérents, leur présenter l’association et son fonctionnement, fixer un rendez-vous si besoin, prendre le temps de discuter, gérer la caisse, répondre au téléphone, s’occuper du site internet, etc. Les tâches sont multiples et nombreuses, et ils ne sont pas de trop pour s’en occuper !

Ces aventures collectives sont toujours inspirantes. Elles démontrent la force de l’intelligence collective face à des difficultés communes. Ici les habitants ont vite compris l’importance de s’organiser pour être autonomes. Nous avons rencontré ces deux passionnants collectifs, on aurait pu également citer les actions très connues sur le territoire des « Recycl’arts » ou de « Changement de Cap » qui œuvrent aussi pour l’autonomie sous la forme principale de recycleries.

 Pour en savoir plus et mieux connaître ces actions :

L’épicerie au fournil
Autopia garage solidaire
Les Recyclarts
Changement de cap

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Immersion au Garage Moderne, un garage associatif pas comme les autres !

Le budget alloué à la voiture dans les ménages français est en constante augmentation. Les garages associatifs en constituent une alternative en pleine mutation. Installé dans une imposante friche industrielle, véritable cathédrale d’une ère industrielle passée, le Garage Moderne est la mémoire vivante du passé ouvrier de Bacalan, un quartier en pleine mutation, en pleine rénovation. Non sans mal, le garage traverse les époques et les ambiances de ce quartier, dont il reste l’un des derniers témoins de ce passé si proche, et déjà si lointain.

Garage participatif, Kézako ?

Les garages associatifs sont également appelés garages solidaires, ou garages participatifs, mais ces trois dénominations ramènent à la même idée et à la même manière de faire.

GARAGE

Comme dans toute association, pour se rendre dans ce genre de garages et pouvoir bénéficier de ses services, il faut d’abord adhérer à l’association et régler la cotisation annuelle. Généralement, pour ce genre de services, elle se situe autour de 50 euros.

Une fois adhérent, il est possible d’y réparer sa voiture avec tout le matériel d’un garage traditionnel, avec l’aide d’un mécanicien professionnel. Ce dernier sera présent à toutes les étapes (diagnostic de la panne puis réparation) pour aider, et faire avec. L’objectif sera alors d’apprendre pourquoi la panne est intervenue et comment la réparer. Changer un embrayage, ses disques et ses plaquettes de frein, ou simplement faire une vidange devient un jeu d’enfants ! 😊

On peut aussi faire réparer son véhicule, comme dans un garage classique. On laisse son véhicule et on le récupère plus tard en état de marche. A la différence qu’au vu de la forme associative du garage, les coûts en seront réduits, jusqu’à 40% moins chers.

Attention toutefois à ne pas les confondre avec les « Self garage ». Ces derniers proposent de louer les outils, l’espace, un pont si besoin, et laissent la personne réparer son véhicule seule. Aucune aide technique n’est proposée, et ces garages ne sont pas sous forme associative.

Solidaires à plus d’un titre !

Ces garages d’une nouvelle forme ont connu un essor au début des années 2000, et un développement croissant jusqu’au milieu des années 2010. La difficulté actuelle rencontrée par ces organisations est la même que toutes les autres entreprises d’insertion : la réduction des subventions publiques.

En effet, le volet « solidaire » de ces garages s’exprime à première vue par des tarifs permettant aux plus précaires d’y avoir accès, ainsi que par une volonté marquée de participer à l’insertion de publics précaires, éloignés de l’emploi et peu qualifiés. Les contrats d’insertion permettent donc d’employer ces publics plus facilement grâce à une aide financière de l’Etat.

Ainsi, le Garage Moderne a pu avoir jusqu’à 35 salariés à la fin des années 2000. Aujourd’hui, les subventions publiques sur ce genre de contrats s’amenuisant, leur modèle économique ne peut plus l’assumer et ils abandonnent cette optique d’insertion. Ils sont aujourd’hui toujours 8 salariés, en contrat de travail plus classique, en CDI. Il a tout de même reçu un soutien de poids, avec la commune de Bordeaux, qui s’est portée acquéreuse du bâtiment à la vente de ce dernier il y a quelques années. Ce signe de soutien de la commune a pu rassurer autant les habitants quant à la survie du lieu, que les banques et les administrateurs quant à sa viabilité économique. L’association bénéficie d’un bail emphytéotique de 12 ans avec un loyer modéré.

Au Garage Moderne : voitures et vélos, mais aussi bar, concerts, expos & Cie !

Le Garage Moderne est un de ces garages associatifs. « Poumon économique » du lieu, le garage pour voitures n’est pas la seule activité. Sur le même principe que les voitures, un garage à vélos prend également place. On peut y acheter un vélo d’occasion, réparer le sien, ou le faire réparer.

Mais ce n’est pas tout, l’imposante cathédrale industrielle dans laquelle est installé le Garage Moderne laisse la possibilité aux imaginaires les plus débordants de s’exprimer.

Les 15 mètres sous plafond et les quelques 2 500m² du bâtiment rendent ce lieu « unique, qui parle à l’imagination, la stimule, impressionne sans intimider, et donne chaque jour des preuves de sa capacité à accueillir les projets les plus divers et les plus inattendus ».

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Alors il n’y fait pas que de la réparation de vélos et de voitures, mais il y accueille également des artistes en résidence, des expositions, des concerts, des marchés des créateurs, des apéros concerts, des projections de films, etc. En somme, tout ce qui peut rassembler les habitants d’un quartier et se faire croiser ceux qui ne l’auraient pu ailleurs. Le bar et la partie restauration veilleront à ce que les convives ne manquent ni à boire ni à manger !

Bacalan, toute une histoire…

Le Garage Moderne a ouvert en 2003 en plein cœur du quartier de Bacalan. Anciens marécages, Bacalan se développe aux XIXe et XXe siècles au rythme des chantiers navals qui gagnent les bassins à flots, et de la Révolution Industrielle qui fait croitre les industries aux abords des ports grandissants. Ainsi, une population ouvrière vient s’installer peu à peu dans ce quartier Nord de Bordeaux, sur la rive gauche de la Garonne.

Relativement éloigné géographiquement du centre-ville, ce quartier portuaire centralise autour de lui, bien malgré lui, toutes les peurs et les frustrations d’un monde urbain. « Pauvreté », « violence », « misère », « insalubrité », et autres « insécurité » vont devenir au fil du temps les qualificatifs récurrents des médias et des bordelais pour qualifier ce quartier excentré. Les associations de quartier et les habitants s’en défendent vertement mettant plutôt en avant la solidarité et la vraie vie de quartier s’y développant.

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Bacalan n’échappera pas au phénomène de gentrification (embourgeoisement soudain d’un quartier populaire, conjugué à une hausse importante du prix de l’immobilier) du quartier voisin. Ainsi, le début des années 2000 voit les premières friches industrielles être détruites, et peu à peu tout le patrimoine de cette époque et de cette histoire s’effondrer. Au milieu de ce grand chambardement, un bâtiment résiste, et s’érige par la force des choses en véritable institution du quartier. Lieu de fête et de rencontres, le Garage Moderne installé dans cet ancien atelier de constructions mécaniques est à la fois témoin de l’âme de ce quartier, et véritable catalyseur de cette nouvelle mixité.

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Ce rôle de témoin et de catalyseur prendra la forme, dans le courant de l’année 2018, d’une exposition murale retraçant toute l’histoire du quartier. Sa transformation allant bon train, la façade Ouest du Garage s’est retrouvée attenante à une petite place piétonne et arborée, donnant sur deux résidences neuves. En partenariat avec la Mairie et les associations du quartier comme l’Amicale Laïque les murs du Garage Moderne accueilleront une exposition permanente rappelant ainsi aux passants et habitants l’histoire du quartier et du lieu.

Pour les curieux, il est un outil en or pour apprendre auprès d’un professionnel. Pour les habitants de Bacalan, il est un repère où réparer sa voiture, rencontrer des gens du quartier, découvrir des artistes bordelais en tous genres, et militer pour une survie de l’âme qui a fait ce quartier. Et c’est pour toutes ces raisons que nous avons eu un vrai coup de cœur pour cet immense hangar atypique et ce décor unique !  

 

Pour en savoir plus : http://legaragemoderne.org/

https://www.facebook.com/LeGarageModerne/

 

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