Entraide féminine en milieu urbain

Marion et Valérie ont allié leurs valeurs et leurs vies professionnelles. Elles ont décidé de mener une activité qui leur parle profondément, qui résonne en elles, qui les rend vraiment heureuses. Elles ont créé ensemble « PasserElles Buissonnières » pour accueillir des femmes en difficulté à Lyon. Coup d’œil sur la magie de cette association. Avancez-vous rue des Capucins, dans les pentes emblématiques de la Presqu’île lyonnaise.

Elles se rencontrent à Médecins du Monde

L’une est juriste, la seconde médecin. Elles militent et collaborent à Médecins du Monde. C’est là qu’elles ont l’occasion de travailler ensemble et de mieux faire connaissance. Elles initient à cette époque les consultations en binômes, une innovation dans le secteur.

A Lyon, elles se rendent régulièrement dans l’un des cafés des pentes de la Croix-Rousse et font de ce lieu leur repère à discussions et à rêves. Et par un beau mois d’avril, il y a huit ans, elles imaginent un projet commun : la création d’un lieu pour les femmes. Plus précisément, pour aider les femmes en situation d’isolement à cause d’une maladie ou d’une situation d’exil. Bien que ces contextes soient différents, les mécanismes d’isolement se rejoignent. Elles cogitent chacune de leur côté et c’est au mois de septembre, qu’elles se retrouvent et s’avouent avoir très envie de se lancer dans l’aventure ensemble. Elles lancent « PasserElles Buissonnières » !

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Seules, puis à plusieurs

Dans leurs locaux au second étage d’un vieil immeuble du 1er arrondissement, elles ont accueilli 114 femmes en 2018. Toujours en binôme, elles rencontrent les femmes, travaillent, échangent et débriefent à deux. L’objectif est d’accompagner ces femmes vers une insertion professionnelle en accord avec leurs chemins personnels, selon leur situation familiale et/ou médicale, leurs compétences, leurs envies et leurs désirs.

Dans une atmosphère douce et une écoute bienveillante entre toutes, le groupe de femmes se connaît et partage beaucoup de moments variés. Les accompagnements individuels s’accordent avec une vingtaine d’ateliers hebdomadaires ouverts à toutes, aux choix et quand elles veulent et peuvent : jardinage, alimentation, respect, chant, loisirs créatifs, français, bien-être… des activités qui ont lieu dans les locaux de PasserElles ou à l’extérieur pour s’ouvrir à la ville et ses espaces. Apprendre à connaître sa ville est un des piliers de la démarche vers une autonomie. C’est se sentir lyonnaise comme les autres, avoir des sujets de conversation autres que son parcours personnel difficile et avoir des repères dans la ville.

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Ces femmes courageuses, aux parcours semés d’embûches, ont une place et une grande importance au cœur de cette association. L’équipe constituée de Valérie et Marion, ainsi que des administrateurs et des bénévoles qui sont en charge des différentes activités y met tout son cœur, et ça se sent ! D’ailleurs, la plupart des bénévoles ont poussé eux-mêmes la porte de PasserElles pour proposer leurs compétences au service du groupe de femmes et participer à ce projet qui fait sens. Marion et Valérie parlent avec admiration de l’équipe bénévole. Elles sont très reconnaissantes du travail mené par les intervenants et intervenantes qui ont réussi avec ces femmes à constituer des liens solides et des relations fortes. PasserElles est souvent un endroit précieux pour toutes ces femmes, un cocon où trouver réconfort, où se rendre compte de ses capacités, où apprendre à échanger avec d’autres…

Des écrits pour l’avenir

Les initiatrices du projet se sont rapidement entourées de chercheurs et scientifiques qui apportent un regard et produisent des écrits sur le travail mené à PasserElles. Ces travaux ont le pouvoir aussi bien de laisser une trace, que de prendre du recul, se questionner sur l’apport de l’association auprès de ces femmes ou encore partager leur expérience avec d’autres. Sous forme d’un conseil scientifique, psychanalyste, anthropologue, maître de conférences, sociologue prennent part à la vie associative et apportent de précieux éclairages.

Avec les moyens du bord

Une tache demeure au tableau : le modèle économique. Fragile et toujours en cours d’acquisition, c’est un travail de longue haleine que de bénéficier d’aides financières à court ou moyen terme. Tous les ans, ou presque, les dés sont remis en jeu, il faut renvoyer des dossiers pointus.

Depuis des années, c’est le sort que connaît un grand nombre d’associations, en particulier dans le secteur de l’aide sociale et de la solidarité. Les aides publiques en baisse rendent les tâches administratives chronophages et le travail de terrain précaire. Sauf que les besoins de personnes fragiles accroissent, le contexte politique et social laissant toujours plus de personnes sur le carreau.

On parle alors d’une véritable utilité sociale de la part des associations, de leur solidarité au quotidien et de leur ingéniosité pour prendre en charge les réponses aux problèmes sociaux et sociétaux que l’État leur laisse bien volontiers. Rejointes par les établissements et les services institutionnels sociaux et médico-sociaux, tous tirent la sonnette d’alarme mais personne ne s’affole dans les sphères décisionnaires.

Comme beaucoup d’autres, PasserElles Buissonnières se tourne donc de plus en plus vers le mécénat privé et les fondations. Elles multiplient les dossiers pour faire financer leurs projets et leur fonctionnement, en parallèle des petites aides de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et des collectivités territoriales. La liste de leurs contributeurs s’est étendue depuis six ans et permet ainsi de poursuivre cette aventure humaine et engagée.

PasserElles Buissonnières force le respect. C’est un très bel exemple que de la rencontre naît l’enrichissement mutuel. Un très bel exemple d’idées riches et fortes de sens qui ne sont pas restées en l’air. Un très bel exemple de croisement des disciplines au service de la solidarité. Quelle admiration !

Pour en savoir plus : http://www.passerellesbuissonnieres.org

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Rennes, la pratique artistique pour se rencontrer.

Qui habite, ou a habité une ville, sait à quel point plus nous sommes nombreux, plus il est compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Rennes, avec ses 200 000 habitants, ne déroge pas à la règle. Dans le même temps, des structures associatives se développent dans tous les domaines pour contrer cet effet, et/ou pour préserver l’environnement, promouvoir les artistes locaux, redonner vie à un quartier, s’entraider, etc. Si Keur Eskemm a pour objet de favoriser l’interculturalité dans la vie rennaise et Les ateliers du vent de soutenir et diffuser les artistes, toutes les deux participent d’une dynamique de se faire rencontrer des gens, en se servant de l’art comme d’un simple prétexte. Reportage croisé sur ces deux actions.

Faire de l’Art pour se rencontrer ?

Donner les clés d’un local de 200m² en plein cœur de Rennes, Place des Lices, à disposition de 30 jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, et qui ont été sélectionnés pour être issus d’horizons les plus variés possibles. Et reprendre les clés six mois plus tard. C’est le projet fou et génial que tente l’association Keur Eskemm pour donner naissance au Laboratoire Artistique Populaire, le LAP.

Certains sont étudiants, d’autres travaillent, certains font les deux, quelques-uns sont au chômage ou sont accompagnés par la mission locale, et tous constituent ce groupe qui vivra plus ou moins ensemble pendant six mois. L’idée générale du LAP est de favoriser et susciter la création et l’apprentissage artistique. Quelques ateliers avec des intervenants professionnels sont prévus par l’association, et charge au groupe de jeunes d’en prévoir d’autres, entre eux ou non, s’ils le désirent.

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Les différences de parcours et la dizaine de nationalités représentées rendent cette aventure unique pour chacun. Tous y côtoient des jeunes qu’ils n’auraient rencontré nulle part ailleurs. Ils n’ont aucune connaissance en commun, n’habitent pas le même quartier, n’écoutent pas la même musique, sont passionnés par des choses différentes, mais ici, au LAP, l’un va apprendre à l’autre à faire de la gravure sur TetraPack. De la quoi ??

C’est l’atelier auquel nous avons participé pendant leurs portes ouvertes, point d’orgue et point final de leur résidence de six mois entre ces murs. Durant ces quelques jours, ils présentent au public tout ce qu’ils ont appris et fait ensemble. Les visiteurs ont le droit à une visite guidée du lieu par ceux qui l’ont fait vivre, et à un atelier. Aujourd’hui, c’était gravure sur TetraPack. Explications : prendre une boite de lait et faire un dessin au feutre ou au crayon sur la partie grise, la partie intérieure. Repasser les traits à la pointe sèche ou au cutter, sans toutefois traverser le carton, seulement pour créer un petit sillon. Y étaler énergiquement une peinture bien grasse, spéciale linogravure, jusqu’à la faire pénétrer dans les sillons formant le dessin, et la faire disparaître des surfaces lisses. Nous avons notre modèle. Ensuite, il suffit d’insérer ensemble notre modèle et notre support final (une feuille de dessin) dans un appareil à faire des pâtes fraîches. La pression exercée viendra appliquer la peinture contenue dans les sillons du TetraPack vers notre feuille de papier à dessin.

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Sur les trente jeunes qui constituent ce groupe, les savoirs de ce type peuvent être très nombreux ! Mais un groupe a également besoin de s’organiser pour vivre, manger, prendre des décisions, faire le ménage, etc. C’est aussi un des grands aspects de cette expérience : apprendre à faire ensemble tant sur les pratiques artistiques en se transmettant des savoirs et techniques, que sur la vie en collectivité. A cet effet, le groupe de cette année a produit un petit guide sur les différents outils qu’il ont testé et mis en place pour s’organiser ensemble.

Ou bien, se rencontrer pour faire de l’Art ?

Plus à l’Ouest dans la ville, l’association « Les Ateliers du Vent » est installée dans une ancienne usine à moutarde du quartier Arsenal Redon. L’association est créée dans le milieu des années 90 de la réunion de copains étudiants désireux d’inventer un lieu de création et de diffusion de la culture. Cet espace se voulait être « hors cadre » et non institutionnalisé afin de décloisonner les pratiques artistiques de ses carcans traditionnels et conventionnels. Aujourd’hui, la structure œuvre aussi bien dans le soutien à la création, que dans la diffusion de ses artistes associés, ou encore dans l’expérimentation citoyenne par la participation des habitants de ce quartier en cours de rénovation.

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Nous y sommes allés un jeudi soir, à l’occasion de la restitution publique des travaux menés par les participants des Ateliers de Création Libre, les ACL. Le micro résonne un peu dans ce grand rez-de-chaussée aux murs blancs qui servent aux expositions, aux installations et diverses présentations. La vingtaine de personnes présentes est debout et écoute les cinq présentations successives des cinq personnes qui ont eu à travailler ce mois-ci sur le thème « Quelle heure est-il, Madame persil ? ». Les résultats sont variés ! Car les raisonnements de chacun sont partis de points très différents. L’une d’entre elles a créé un petit jeu visuel mettant en avant l’incongruité de cette petite comptine qui fait se répondre deux personnes s’appelant successivement Mme Persil, puis Mme Chaussure ainsi que Mme Placard qui devient Mme Piment deux vers plus bas. Une autre a requestionné notre rapport au temps toujours plus court, compressé et oppressant dans un texte vindicatif qu’elle nous a lu, pendant qu’un troisième participant a créé une machine loufoque capable de nous prédire l’heure de notre mort en touchant un cintre d’une main et une botte de persil d’une autre.

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Tous ces travaux individuels sont le résultat d’une réflexion de groupe qui a duré un mois. Tous les mercredis à 19h, ils se retrouvent autour de quelques pizzas afin d’imaginer des travaux qu’ils pourraient développer individuellement ou en groupe. Les ACL sont ouverts à toute nouvelle personne. L’adhésion à l’association, cinq euros, est obligatoire et en avant pour l’aventure ! Certains sont des artistes professionnels ou amateurs et prennent ces ateliers comme un moyen de travailler et d’entraîner leurs réflexions librement. D’autres ne le sont pas du tout, mais saisissent cette opportunité pour élargir leurs cadres de réflexions habituels. Réfléchir à d’autres choses, autrement, avec d’autres personnes, ailleurs. En somme, comme au LAP, c’est de la rencontre et de l’échange que naissent l’évolution et l’émancipation de chacun.

Et si, afin de mener un travail d’éducation populaire encore plus ambitieux, les structures se mettaient en lien comme elles invitent ses adhérents à le faire entre eux ? Et si le rendu mensuel des ACL se faisait dans les locaux du LAP ? Et si le LAP se déplaçait les mercredi soir aux ACL ? Et rêvons même encore plus grand à Rennes avec Chahut, l’Elabo, Au bout du plongeoir, etc…

 

Pour plus d’infos :

Les Ateliers du Vent
Les ACL de La Sophiste

Keur Eskemm
Le LAP

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A La Cimenterie, l’histoire commence…

Le Golfe du Morbihan a cette réputation d’être la partie riche de la Bretagne et souvent peu habitée à l’année. Quelques villes font exceptions. Nous avons d’ailleurs découvert l’émergence d’une aventure dans l’une de ces communes qui se compose principalement de résidences principales, mais dont le manque d’activité et d’espaces communs devenaient un poids pour ses habitants. Nous avons vécu un moment clef à La Cimenterie, lieu dédié à cette aventure.

A Theix-Noyalo, la mairie a un projet d’aménagement urbain. Elle envisage la construction de 1000 nouveaux logements individuels et groupés, et d’un quartier alternatif composé d’habitats légers, mobiles, d’auto-construction et d’habitats partagés. Dans ce cadre, elle rachète également le terrain de la cimenterie qui a cessé ses activités il y a quelques années.

L’ambition affichée est alors d’en faire un espace au service des arts de la rue, d’un lieu de convivialité et de rencontre pour répondre aux envies et besoins sur le territoire. La Cimenterie devrait devenir le théâtre commun de ces volontés.

Mairie rencontrée et partenaires potentiels contactés, l’association TAV signe une convention de 50 000 euros annuels avec la mairie pour le lancement et la mise en œuvre de ce projet. Les Jeudis de la Cimenterie sont alors créés pour réunir une fois par semaine les personnes qui veulent s’investir dans l’élaboration et l’animation de ce lieu immense. Le 10 mai dernier se tenait la première d’entre elles.

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L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale : aujourd’hui on pose la première pierre d’une réflexion commune sur les envies que nous donnent ce lieu.

Alors que Samuel prend la parole, après un mot d’introduction de François, Président de l’association TAV, la quarantaine de personnes présentes est studieuse et attentive. Samuel présente l’association TAV, le projet de La Cimenterie, puis les quelques événements ayant déjà animé le lieu pour le faire connaître ces derniers mois.

Benoit Rassouw poursuit avec une présentation de son activité de préfiguration urbaine, notamment au sein de l’association Yes We Camp. Le Banya Tour, Les Grands Voisins… l’artiste plasticien donne à voir ce qu’il est possible de proposer en termes d’occupation et d’aménagement de l’espace, de manière collective.

Nous intervenons ensuite rapidement sur notre tour de France, les différents lieux similaires rencontrés, et surtout sur les différents modes d’organisation qui s’offrent à eux en termes de gouvernance et d’organisation interne, selon les différents exemples que nous avons déjà découvert.

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La quantité d’informations reçues en une heure était conséquente. Les esprits avaient été mis à rude épreuve et Samuel profite de ce moment pour en tirer pleinement profit en proposant un petit exercice de groupe fort intéressant : chacun écrit sur un papier qu’on lui fournit, ce qu’il sait faire d’un côté et ce qu’il a envie de faire de l’autre. Quelques minutes de réflexion plus tard, les papiers sont mélangés et redistribués au hasard. Chacun se retrouve alors avec les savoirs et les envies de quelqu’un d’autre. Le but est de les lire à l’assemblée et de trouver son auteur dans la salle. Celui-ci peut alors s’exprimer et développer ses quelques lignes. Il récupère son papier, y inscrit ses coordonnées au dos, et le glisse dans la grande boîte des idées.

Léa, membre du TAV, se fera un plaisir le lendemain de toutes les rassembler et les mettre en commun !

Quel moment rare et précieux ont-ils partagé ce soir-là !! Si nous parlions de la préservation de nos espaces communs à Brest il y a quelques jours, le projet étant ici communal, il ne correspond pas exactement aux mêmes logiques. Toutefois, il a ça en commun avec eux qu’on peut y voir comment un groupe de personnes peut se surpasser et même créer une magie collective quand il a un objectif et un rêve commun.

La Cimenterie dispose à cette heure-ci devant elle d’une multitude de chemins de vie possibles. Le choix de l’un ou l’autre dépend en grande partie du groupe d’habitants qui s’en saisira. Et chaque personne l’intégrant lui donnera une teinte, une orientation, une forme, ce qui mènera chaque groupe constitué autour du projet à en faire quelque chose de différent.

Ce jeudi 10 mai, nous avons eu une première esquisse des personnalités présentes, donnant un premier aperçu du groupe en formation, et ainsi une idée de La Cimenterie qu’ils pourraient construire ensemble.

Ce soir-là à La Cimenterie ils ont rêvé sur leurs petits papiers de jardin collectif, de dépassement de la matrice pour les ambitieux, d’espace de création collective, d’envie d’apprendre aux autres et d’apprendre des autres, de ciné débat, de recyclerie, de bar, de café philo, de bricolage, de méditation, etc. Les envies et les savoirs fusaient. Ils se croisaient parfois, interrogeaient l’assemblée, la faisaient rire, suscitaient une discussion, et plus que tout, faisaient vivre le groupe.

La première pierre de la nouvelle Cimenterie a ainsi été posée. Et bien posée. De nouvelles pierres devront être posées ces prochaines semaines et ces prochains mois. Non pas pour faire un mur, mais pour construire un édifice ensemble capable d’accueillir les velléités de chacun dans toute leurs singularités. Bonne route les amis !

Photo prise par Mélissa Jallé.

Pour en savoir plus :

La Cimenterie : https://www.facebook.com/LaCimenteriePetitPlaisance/

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