Embarquez pour l’aventure « Ohé du Bateau » !

C’est une histoire comme on les aime, celle d’une aventure collective, d’une résistance citoyenne au nom de la culture et du spectacle vivant.

Vous avez dit « culture » ?

La culture avec un grand C, celle des ââârtistes, des beaux arts, des conservatoires et de la culture « dominante » dans ce que son terme a de plus condescendant. Mais aussi la culture en ce qu’elle nous unit, nous réunit, qui dessine les contours de notre société, de notre histoire, de nos valeurs, de nos codes, et de nos habitudes… Qu’elles aillent de nos loisirs, sportifs ou créatifs, à notre alimentation, en passant par notre musique, nos rires, nos angoisses, nos rythmes de vie, nos habits, notre intimité, et jusqu’à notre tout. Et entre les deux « culture », un mur. Une barrière. Comme s’il y avait deux cultures. De deux pays, ou de deux régions différentes. Pourtant, force est de constater que l’on partage les mêmes. Que l’on ne peut faire autrement car elles ne forment qu’une, et qu’elles s’enrichissent l’une de l’autre, par de-là les grands C et les petits C. D’ailleurs, plus de grands et plus de petits quand une chanson nous fait pleurer ou danser. Plus de grands et plus de petits quand le repas dans nos assiettes nous fait saliver, quand un tableau nous emmène voyager, quand une sculpture nous ennuie, ou qu’une photo nous parle.

C’est l’histoire du collectif « Ohé du Bateau », à Tours. Ils se sont réunis à 1700 citoyens, artistes, entrepreneurs, associatifs, collectivités, petits et grands, pour que le petit C et le grand C trouvent un espace de rencontre, de dialogue et de vie.

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Ils se sont battus pour la réouverture et le rachat d’une salle de spectacle, promise à la fermeture et à la démolition. Ce n’était pas une idée en l’air ! Humblement, nous voulons rendre hommage à cette bande de héros. Toutes considérations tenant à la politique et au climat sociétal actuel mises de côté, il est de ces actions dont une société ne peut ressortir que gagnante, grandie, plus forte, plus riche, plus intelligente et plus ouverte vers l’avenir.

En 2010, l’aventure commence !

Pour comprendre la singularité de cette aventure, il faut remonter à 2010. Cette année-là la cofondatrice de la mythique salle tourangelle du Bateau Ivre prend sa retraite. Le lieu doit fermer. Le gratin de la scène française (notamment rock et alterno) était passé enflammer les planches et faire transpirer le public. Et pour les habitants, il n’est pas question que ce haut lieu de notre culture cesse de nous réunir, de nous faire chanter et de nous ouvrir. De cette volonté, les quelques précurseurs de la future SCIC se montent en collectif afin d’engager les premières réflexions sur une possible reprise de la salle, et surtout afin d’amorcer les premières discussions avec la multitude de parties prenantes gravitant autour : institutions culturelles, mairies, département, région, banques, financeurs, institutions publiques, etc.

La première phase de ce double combat durera alors cinq ans. Les visions de chacun s’entrechoquent parfois, mais le collectif parvient à développer et mettre en page un projet qu’ils sont de plus en plus nombreux à construire ensemble. Issus du monde de la culture, de l’éducation populaire, du commerce, du secteur public, du secteur privé, du secteur primaire, secondaire, tertiaire,  une vision commune de ce qu’ils veulent faire de la salle émerge et parvient à se coucher sur le papier de plus en plus précisément. Parallèlement, les partenaires et interlocuteurs prennent mesure du projet qui se construit et tendent à le considérer plus sérieusement.

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C’est en 2015 que la SCIC lance un appel à souscription d’une nouvelle ampleur, atteignant ainsi plus de 1700 personnes physiques ou morales. En avril 2016,  les souscriptions provenant des citoyens, des différentes associations et entreprises s’élevent à 270 000 €, en plus des 101000 € investies par les collectivités. L’achat du bâtiment a ainsi pu se finaliser à la fin de l’année 2017. Tous les papiers sont signés et les clés changent définitivement de main.

On peut tout imaginer !

L’objectif n’est pas de retrouver le Bateau Ivre comme on l’a quitté il y a 8 ans, la nouvelle équipe souhaite écrire une nouvelle page. Attaché à la diffusion de la culture et des arts vivants, le collectif tient à créer un espace privilégié d’expression de ces domaines. Projections de cinéma, concerts, expos, et un café culturel animeront la salle. Ils imaginent une salle dont les artistes quels qu’ils soient pourraient se saisir, ainsi que les entreprises, les associations, etc, à l’image de la diversité des membres du collectif. Pour le moment, la mobilisation est aux chantiers participatifs pour rafraîchir le lieu et préparer les futures installations.

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L’aventure au cœur de cet espace démontre à la fois que la mobilisation citoyenne peut dépasser les situations de stagnations, voire de désengagements politiques, et proposer de vraies solutions en matière de culture : même à beaucoup, et quand bien même différents, on peut faire de grandes choses ! Si la culture connaît des coupes budgétaires et des difficultés sévères d’années en années, alors le collectif « Ohé du Bateau » a fait le pari de s’en saisir et de relever le défi en lui offrant une place nouvelle et innovante.

« Finies les réunions à 600… »

Mais à 1700, ça fait quand même beaucoup autour d’une table pour se réunir et prendre des décisions… Il faut penser organisation. Accompagné un temps par l’Union Régionale des Scop, le groupe qui n’a cessé de grossir – et grossira encore espérons-le – semble avoir trouvé aujourd’hui une forme d’organisation qui permette à chacun de trouver sa place et d’avancer ensemble dans la même direction. Finies les réunions à 600…

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Répartis en laboratoires (à l’image des cercles déjà évoqués au sein des organisations en holacratie), les sociétaires peuvent s’investir selon leur envie et leurs compétences dans un des labo de travail. Pour la communication, la distillation, les travaux, ou encore l’administration, les membres de chaque labos apprennent à se connaître et commencent à trouver leur voie de travail. Dans un groupe humain si important, il a fallu du temps pour faire connaissance et donc du temps encore pour s’accorder sur les formes de travail collectif, mais aujourd’hui celui-ci semble s’approcher de son rythme de croisière.

Citoyens, entreprises, compagnies de théâtre, artistes, collectivités territoriales,… ce sont eux les sociétaires. C’est ensemble qu’ils font avancer l’histoire du Bateau Ivre. Être sociétaire ne se résume pas à faire un don financier, il s’agit également de s’engager moralement, de prendre part aux étapes et aux décisions. Voilà un enjeu de taille pour le collectif « Ohé du Bateau » : faire collaborer cet ensemble hétérogène, décloisonner ces différents milieux, créer des synergies. Action ! Ici on casse les murs à coups de marteaux lors des chantiers, et l’on casse les barrières entre citoyens et collectivités, entre artistes et entreprises, entre théâtre et arts plastiques !

Pour plus d’infos :
https://www.ohedubateau.com/
https://www.facebook.com/CollectifOheduBateau/

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Aventures féminines dans le Nord de l’Ardèche.

Cette fois, c’est proche de Valence que l’on vous propose une virée. Dans les vallées de l’Eyrieux et du Doux. Vallées réputées pour leur activité foisonnante tant culturelle qu’industrielle. La vie y semble si agréable. Nous y avons rencontré deux projets singuliers qui ont donné un ton féminin à ce territoire. Des femmes qui se bougent en milieu rural !

Des femmes à la campagne, des femmes à la montagne ?

Les femmes entreprennent, les femmes mettent en place des projets qui fonctionnent, les femmes tiennent la barque, les femmes s’entraident. Si notre société ne nous donne que très peu d’exemples de femmes en ce sens, en milieu rural, ce constat n’est que plus amer. Les femmes aussi ont de bonnes idées, sont capables de gérer un projet et le prouvent. Il nous semble alors très important d’en parler à notre échelle et de faire connaître quelques exemples pour que cette vision change, pour que toujours plus de femmes qui le veulent ne reculent pas devant leur envie d’entreprendre et de créer.

Loin des clichés des femmes « au foyer », pendant que les hommes travaillent la terre, nous avons rencontré un milieu rural très actif. Un territoire où l’activité fourmille, où les programmations culturelles sont chargées et de qualité, où la volonté de vivre avec plus de solidarité et de lien entre les habitants résonne… C’est d’ailleurs cette envie qui est à l’origine du groupe des « Odette & Co ». Des femmes installées en Ardèche depuis plus ou moins longtemps se sont réunies pour s’entraider d’abord autour de la notion de travail. Mutualisant leurs réseaux, leurs compétences et leurs expériences, elles ont permis au fil du temps à de nombreuses femmes de trouver un emploi sur le territoire. Chacune a apporté au groupe son histoire et a partagé ses savoirs. Ensemble, elles ont permis de rompre l’isolement de la vie en milieu rural pour démontrer que trouver un emploi est possible, rencontrer du monde est possible et faire vivre un projet commun est aussi possible.

« Nous faisons tout cela avec un amateurisme sérieux », Céline.

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Aujourd’hui fort de cette expérience, le groupe continue à faire vivre les projets professionnels de chacune, à mettre en avant les initiatives individuelles ou collectives de ces femmes actives. Et après huit années déjà, les « Odette » – comme elles s’appellent entre elles – ont créé une vraie solidarité dans le groupe. Chacune raconte avec grand enthousiasme le plaisir qu’elle prend à venir aux réunions hebdomadaires, ou lors des différents événements organisés. Nous avons d’ailleurs de suite capté cette énergie et cette complicité : un sentiment de bienveillance et le rire communicatif de ce groupe de femmes nous ont enveloppé dès notre arrivée.

« La vie collective des « Odette » et les dynamiques qui se sont mises en place au fil du temps, c’est magique ! », Annie

A Lamastre, les « Odette » ont les idées qui bouillonnent pour préparer le retour du printemps. Et ce dynamisme se retrouve dans d’autres projets féminins, notamment celui de Pascale. Cette brune pétillante aux grands yeux, nomade dans l’âme, est pleine d’enthousiasme quand elle raconte les débuts de son aventure à bord de « Mokiroule ».

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Mokiroule, c’est son gros camion rouge et illustré par Magali Attiogbé (illustratrice) que vous avez peut-être croisé sur les routes, même les plus étroites d’Ardèche du Nord, et sur quelques unes de la Drôme. Elle aussi est une entrepreneuse courageuse. Elle transporte son activité partout où elle peut, ne comptant pas ses heures. Présente sur les différents salons ou festivals de la région, elle travaille également avec les CDI de collèges et lycées permettant aux élèves de choisir une partie des livres du CDI pour l’année, stationner devant les médiathèque ou sur des marchés le reste de la semaine, on la trouve facilement.

Le choix des mots ou les mots de choix

Ce qui relie également ces deux projets féminins est le mot. Mots écrits, ou mots parlés, ils sont un objet précieux. Pascale, l’a compris et les dévorent. Elle a décidé de le partager. Faire circuler la culture, la littérature et le mot, rencontrer les habitants, à travers l’Ardèche et la Drôme, c’est le pari qu’elle s’est lancé et qui fonctionne plutôt très bien depuis 2016. Ses clients sont fidèles aux rendez-vous, et se retrouvent au marché ou devant la médiathèque pour feuilleter les nouveautés du Mokiroule, tout autant que pour bavarder avec Pascale ou d’autres clients.

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Le Mokiroule a d’ailleurs sa renommée. La presse et les médias télévisés lui rendent régulièrement visite. Faut dire que Pascale ne recule pas devant les difficultés. Par toutes les météos, tous les jours de l’année, elle anime son projet et le fait vivre du mieux qu’elle peut.

« Certaines villes m’appellent pour que je fasse une halte avec le camion chez eux pendant ma tournée », Pascale

Dans son 10 tonnes aménagé en librairie, ça sent bon le livre ! Des livres de qualité, choisis avec soin par Pascale. Engagée, militante, laissant la place aux petites maisons d’édition, la sélection de 3000 ouvrages environ est beaucoup moins importante qu’en librairie ordinaire, mais non moins attrayante. De plus, le Mokiroule n’ayant pas de stock, les rayons sont renouvelés tout le temps. Vous pouvez y venir autant de fois que vous voulez, le choix ne sera pas deux fois le même. Et si vous avez des idées d’ouvrages, vous pouvez les suggérer à Pascale pour de prochains arrivages ou passer une commande rien que pour vous.

D’une autre manière, le mot est devenu un vecteur commun au sein des « Odette & Co ». Très rapidement après l’émergence de leur groupe, elles ont décidé de créer un magazine pour parler d’elles, et surtout relayer les initiatives de leur territoire. Interviews, reportages, témoignages, conseils, articles, composent le sommaire de leur magazine devenu aujourd’hui un « Pli » spécialisé sur une thématique à chaque édition. Aidées d’une graphiste et d’une photographe, l’ensemble du travail est collectif. Elles décident toutes ensemble du chemin de fer, de la rédaction, de la thématique, des titres, etc.

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Une façon encore de travailler en groupe et de partager ces moments de plaisir. Car le mot d’ordre chez les « Odette » est bien de se faire plaisir en donnant une place à chacune. Pour cela, elles ont assimilé la méthode québécoise de la démarche appréciative. Une approche, une façon de réfléchir, un état d’esprit qui pousse à oser, à être soi-même, à aborder les expériences positives avant le reste. Sonia Racine, consultante canadienne spécialisée dans l’approche appréciative a été un relais privilégié au sein des « Odette » pour mettre en place cette méthode de travail.

A travers le mot pour les deux élans féminins que nous avons rencontré, ou grâce à d’autres vecteurs, les femmes savent entreprendre et prendre la tête d’initiatives. Elles donnent même une touche singulière au milieu rural et savent ne faire cas des clichés qui les entourent.

Pour plus d’infos : 

Le Mokiroule

Odette & Co

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La Mainlèv’, une usine à idées !

Sur les routes, il y a des villages que l’on ne fait que traverser, que tout le monde ne fait que traverser. On y devine une vie de petit village, ses anciens et leurs habitudes, ses quelques commerces, ses couples de néo-ruraux fraîchement arrivés, bref, tout ce qui fait la vie d’un village. Dans le Gard, Arre en fait partie. Mais nous ignorons toujours l’Histoire de ces villages, ce qu’ils ont été, ce qu’il s’y est passé. Des aventures industrielles, paysannes, ou politiques ont parfois marqué ces territoires, sans crier gare à ceux le traversant aujourd’hui. Arre en fait également partie. Certains n’ont pas abandonné cette Histoire, et un sursaut citoyen tente d’en écrire une nouvelle page, sans oublier, ni glorifier, ni fermer les yeux sur le passé. Arre est encore de ceux-là.

Usine à vendre !

Depuis plus de trois siècles, Arre n’a jamais compté plus de 700 habitants. C’est un petit village, qui l’a toujours été. Petit, mais non moins actif ! Pendant plus de deux siècles, une industrie a constitué le poumon économique d’un territoire allant bien au-delà du village. Jusqu’à 1300 personnes au plus fort de l’activité ont travaillé dans les usines d’Arre. Fleuron d’une époque industrielle aujourd’hui révolue, ces usines fabriquaient entre autres les bas de la marque « Lys ». L’aventure familiale et régionale a pris fin en 2007, laissant alors l’usine vacante de toute vie et toute activité. Les 5000 m² au total sont laissés plus ou moins à l’abandon dans un premier temps, puis vendus aux enchères, avant que le nouvel acquéreur ne s’en débarrasse pour une bouchée de pain. 40 000 € plus tard, Martin et son associé sont propriétaires de l’ensemble des bâtiments. Ils étaient au bon endroit au bon moment, le bien leur appartient désormais !

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Après avoir vendu sans spéculation différentes parcelles, Martin se concentre avec Samantha sur l’occupation, la rénovation, et l’animation de la moitié du bâtiment principal, donnant sur la Route Nationale si passante. Le jeune couple fourmille d’idées sur ce que pourrait accueillir cet espace de 900 m². Ils se constituent alors en association, La Mainlèv’, afin d’enrichir à la fois la réflexion sur le projet, et la main d’œuvre pour rénover ce bâtiment qui était en train de tomber en ruines. Ce n’était pas une idée en l’air !

Un projet de territoire

Déjà des idées fusent dans la tête de Samantha, Martin et les premiers adhérents de l’association. Ils imaginent la fonction que pourraient prendre chaque partie du bâtiment : un espace jeune public qui pourrait se tourner vers l’éducation populaire et les arts manuels ; une cuisine collective de transformation de fruits et légumes issus de leur grand potager ou des producteurs voisins ; un hall d’expo ; un étage dédié au travail partagé ; des caves promises à de folles soirées musicales ; etc. Mais ce qui leur tient à cœur avant tout, c’est de faire de la Mainlev’, un lieu des possibles où chacun peut apprendre, apporter ses idées, découvrir la vie associative et collective, prendre des conseils, être accompagné dans son propre projet.

Le bâtiment veut être au service du territoire, permettant à chaque acteur local de s’en saisir, de participer à son évolution et mobiliser ses différents espaces. Arre qui a perdu récemment son dernier bar de village, pourrait alors retrouver cette vie locale grâce à la Mainlev’ où les habitants pourraient s’y retrouver, discuter, et participer à des moments communs… On peut aussi imaginer les écoles environnantes, en manque d’espaces de loisirs, passer des journées pédagogiques dans l’ancienne usine.

Cette volonté d’offrir au territoire un espace de partage prend une dimension symbolique dans la première action sur laquelle se penche la Mainlev’. En partenariat avec d’autres acteurs locaux, et accompagnés des anciens ouvriers de l’usine, ils préparent une exposition relatant l’Histoire de la famille Brun, des activités de l’usine quand elle fonctionnait encore et surtout de la vie de ses ouvriers. En mémoire du passé, la Mainlev’ travaille avec les habitants du village pour recueillir témoignages et photos de cette époque que chacun se fait un devoir de ne pas oublier.

Et q’ça bosse !

A cette heure, l’usine et ses murs défraîchis, ont besoin d’un bon coup de neuf. C’est évidemment en conservant l’esprit industriel et l’histoire des murs que les travaux ont commencé il y a trois ans environ. La Mainlev’ procède par étape. Mise aux normes, travaux dans les règles, respect des consignes de sécurité, sont autant de casse-têtes auxquels la Mainlev’ se frotte tous les étés en vue de la mise au norme ERP (Etablissement recevant du public) du bâtiment.

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C’est donc dans cette ambiance de chantier que Samantha et Martin racontent avec passion les plans du lieu et la future fonction de chaque espace. Le cœur à l’ouvrage et les yeux pétillants, on les suit sans difficulté et on croit à la suite de l’histoire de cette usine.

En hiver, c’est auprès du poêle que l’on discute de l’association et des projets qui l’animent. Mais on imagine facilement l’effervescence en plein été quand les chantiers participatifs battent leur plein, que disqueuse, marteaux et camion benne entrent en scène. Jeunes et moins jeunes, expérimentés ou novices venant des quatre coins du globe sont accueillis par l’association via les plateformes Twiza et Workaway. Dans la bonne humeur et l’esprit bosseur, les travaux avancent. Prochaine étape : le toit et sa charpente, ainsi que les finitions des premiers espaces.

Déjà salariée depuis 2016, Samantha s’épaule de personnes en service civique. La saison à venir, l’association accueillera deux volontaires qui auront en charge l’animation de la vie de groupe des chantiers participatifs, ainsi que l’organisation de quelques événements. Pas de quoi s’ennuyer pour les deux prochaines recrues ! A la fois innovante et profondément ancrée dans l’ère du temps, la Mainlèv’ constitue tant un défi pour ses instigateurs qu’un besoin pour son territoire.

 

Pour plus d’infos : http://lamainlev.org

ou https://www.facebook.com/lamainlev/https://www.facebook.com/lamainlev/

 

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Immersion au Garage Moderne, un garage associatif pas comme les autres !

Le budget alloué à la voiture dans les ménages français est en constante augmentation. Les garages associatifs en constituent une alternative en pleine mutation. Installé dans une imposante friche industrielle, véritable cathédrale d’une ère industrielle passée, le Garage Moderne est la mémoire vivante du passé ouvrier de Bacalan, un quartier en pleine mutation, en pleine rénovation. Non sans mal, le garage traverse les époques et les ambiances de ce quartier, dont il reste l’un des derniers témoins de ce passé si proche, et déjà si lointain.

Garage participatif, Kézako ?

Les garages associatifs sont également appelés garages solidaires, ou garages participatifs, mais ces trois dénominations ramènent à la même idée et à la même manière de faire.

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Comme dans toute association, pour se rendre dans ce genre de garages et pouvoir bénéficier de ses services, il faut d’abord adhérer à l’association et régler la cotisation annuelle. Généralement, pour ce genre de services, elle se situe autour de 50 euros.

Une fois adhérent, il est possible d’y réparer sa voiture avec tout le matériel d’un garage traditionnel, avec l’aide d’un mécanicien professionnel. Ce dernier sera présent à toutes les étapes (diagnostic de la panne puis réparation) pour aider, et faire avec. L’objectif sera alors d’apprendre pourquoi la panne est intervenue et comment la réparer. Changer un embrayage, ses disques et ses plaquettes de frein, ou simplement faire une vidange devient un jeu d’enfants ! 😊

On peut aussi faire réparer son véhicule, comme dans un garage classique. On laisse son véhicule et on le récupère plus tard en état de marche. A la différence qu’au vu de la forme associative du garage, les coûts en seront réduits, jusqu’à 40% moins chers.

Attention toutefois à ne pas les confondre avec les « Self garage ». Ces derniers proposent de louer les outils, l’espace, un pont si besoin, et laissent la personne réparer son véhicule seule. Aucune aide technique n’est proposée, et ces garages ne sont pas sous forme associative.

Solidaires à plus d’un titre !

Ces garages d’une nouvelle forme ont connu un essor au début des années 2000, et un développement croissant jusqu’au milieu des années 2010. La difficulté actuelle rencontrée par ces organisations est la même que toutes les autres entreprises d’insertion : la réduction des subventions publiques.

En effet, le volet « solidaire » de ces garages s’exprime à première vue par des tarifs permettant aux plus précaires d’y avoir accès, ainsi que par une volonté marquée de participer à l’insertion de publics précaires, éloignés de l’emploi et peu qualifiés. Les contrats d’insertion permettent donc d’employer ces publics plus facilement grâce à une aide financière de l’Etat.

Ainsi, le Garage Moderne a pu avoir jusqu’à 35 salariés à la fin des années 2000. Aujourd’hui, les subventions publiques sur ce genre de contrats s’amenuisant, leur modèle économique ne peut plus l’assumer et ils abandonnent cette optique d’insertion. Ils sont aujourd’hui toujours 8 salariés, en contrat de travail plus classique, en CDI. Il a tout de même reçu un soutien de poids, avec la commune de Bordeaux, qui s’est portée acquéreuse du bâtiment à la vente de ce dernier il y a quelques années. Ce signe de soutien de la commune a pu rassurer autant les habitants quant à la survie du lieu, que les banques et les administrateurs quant à sa viabilité économique. L’association bénéficie d’un bail emphytéotique de 12 ans avec un loyer modéré.

Au Garage Moderne : voitures et vélos, mais aussi bar, concerts, expos & Cie !

Le Garage Moderne est un de ces garages associatifs. « Poumon économique » du lieu, le garage pour voitures n’est pas la seule activité. Sur le même principe que les voitures, un garage à vélos prend également place. On peut y acheter un vélo d’occasion, réparer le sien, ou le faire réparer.

Mais ce n’est pas tout, l’imposante cathédrale industrielle dans laquelle est installé le Garage Moderne laisse la possibilité aux imaginaires les plus débordants de s’exprimer.

Les 15 mètres sous plafond et les quelques 2 500m² du bâtiment rendent ce lieu « unique, qui parle à l’imagination, la stimule, impressionne sans intimider, et donne chaque jour des preuves de sa capacité à accueillir les projets les plus divers et les plus inattendus ».

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Alors il n’y fait pas que de la réparation de vélos et de voitures, mais il y accueille également des artistes en résidence, des expositions, des concerts, des marchés des créateurs, des apéros concerts, des projections de films, etc. En somme, tout ce qui peut rassembler les habitants d’un quartier et se faire croiser ceux qui ne l’auraient pu ailleurs. Le bar et la partie restauration veilleront à ce que les convives ne manquent ni à boire ni à manger !

Bacalan, toute une histoire…

Le Garage Moderne a ouvert en 2003 en plein cœur du quartier de Bacalan. Anciens marécages, Bacalan se développe aux XIXe et XXe siècles au rythme des chantiers navals qui gagnent les bassins à flots, et de la Révolution Industrielle qui fait croitre les industries aux abords des ports grandissants. Ainsi, une population ouvrière vient s’installer peu à peu dans ce quartier Nord de Bordeaux, sur la rive gauche de la Garonne.

Relativement éloigné géographiquement du centre-ville, ce quartier portuaire centralise autour de lui, bien malgré lui, toutes les peurs et les frustrations d’un monde urbain. « Pauvreté », « violence », « misère », « insalubrité », et autres « insécurité » vont devenir au fil du temps les qualificatifs récurrents des médias et des bordelais pour qualifier ce quartier excentré. Les associations de quartier et les habitants s’en défendent vertement mettant plutôt en avant la solidarité et la vraie vie de quartier s’y développant.

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Bacalan n’échappera pas au phénomène de gentrification (embourgeoisement soudain d’un quartier populaire, conjugué à une hausse importante du prix de l’immobilier) du quartier voisin. Ainsi, le début des années 2000 voit les premières friches industrielles être détruites, et peu à peu tout le patrimoine de cette époque et de cette histoire s’effondrer. Au milieu de ce grand chambardement, un bâtiment résiste, et s’érige par la force des choses en véritable institution du quartier. Lieu de fête et de rencontres, le Garage Moderne installé dans cet ancien atelier de constructions mécaniques est à la fois témoin de l’âme de ce quartier, et véritable catalyseur de cette nouvelle mixité.

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Ce rôle de témoin et de catalyseur prendra la forme, dans le courant de l’année 2018, d’une exposition murale retraçant toute l’histoire du quartier. Sa transformation allant bon train, la façade Ouest du Garage s’est retrouvée attenante à une petite place piétonne et arborée, donnant sur deux résidences neuves. En partenariat avec la Mairie et les associations du quartier comme l’Amicale Laïque les murs du Garage Moderne accueilleront une exposition permanente rappelant ainsi aux passants et habitants l’histoire du quartier et du lieu.

Pour les curieux, il est un outil en or pour apprendre auprès d’un professionnel. Pour les habitants de Bacalan, il est un repère où réparer sa voiture, rencontrer des gens du quartier, découvrir des artistes bordelais en tous genres, et militer pour une survie de l’âme qui a fait ce quartier. Et c’est pour toutes ces raisons que nous avons eu un vrai coup de cœur pour cet immense hangar atypique et ce décor unique !  

 

Pour en savoir plus : http://legaragemoderne.org/

https://www.facebook.com/LeGarageModerne/

 

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Ils réinventent le supermarché, plus humain et plus juste !

Supermarché auto-géré, Amap 2.0, nouveau modèle de consommation… Les supermarchés coopératifs prennent de l’ampleur dans les grandes villes françaises. Formule émergente dans l’esprit de certains d’entre nous depuis plusieurs années en France, elle se voit concrétisée par l’ouverture progressive de ces supermarchés aux quatre coins du pays. Tous ont fait le pari de rendre ses membres acteurs de leur consommation. C’est d’ailleurs ce qui fait battre le cœur de tous les coopérateurs de SuperCoop, installé à Bègles, dans la métropole bordelaise.

Faisons un bref voyage dans le passé…

Si on reconnaît aujourd’hui Park Slop Coop Food comme le modèle par excellence tant il a inspiré à travers le monde en traversant les années – il existe depuis 40 ans -, les premiers supermarchés de consommateurs sont apparus en Angleterre dès le milieu du 19ème siècle. La « Société des équitables pionniers de la Rochdale » située à Manchester rassemble dès 1844 des ouvriers qui jettent les bases de ce type de coopérative. Fondée sur la volonté d’obtenir des prix justes, de s’organiser en dehors des circuits de la grande distribution classique, en plus d’une répartition des bénéfices entre sociétaires et de principes démocratiques (une personne = une voix), elle fait parler d’elle et s’exporte à travers le globe.

Ainsi, à Paris, les coopératives de consommateurs connaissent leur apogée courant du 20ème siècle. Elles rassemblent 200 000 adhérents en 1880. Mais petit à petit, le système bat de l’aile et voit son activité s’essouffler. En 1908, Joseph Cernesson en détaille les raisons dans la Revue des Deux Mondes : organisation qui se dégrade, moins de choix, moins d’hygiène, moins de bénéfice. Toutes ferment les unes après les autres, aussi face à la propagation des hypermarchés et supermarchés dans le paysage.

Park Slop Coop Food, le nouveau modèle

C’est donc un renouveau qu’engage le Park Slop Coop Food à l’ouverture de ses portes en 1973, à New York. Il ajoute un volet participatif à ce modèle alternatif. Ici, chaque sociétaire donne la main à la patte et offre 3h de son temps par mois pour faire fonctionner la boutique et donc réduire les coûts de fonctionnement. Poursuivant les mêmes objectifs qu’à l’origine, s’ajoute une envie de solidarité, de partage et de relations humaines. Les coopérateurs de Park Slop Coop Food, parfois membres depuis des années, voire des dizaines d’années, expliquent qu’ils ne pourraient désormais plus envisager de faire leurs courses dans un autre commerce. Les relations sociales qui s’établissent mêlées à la qualité des produits disponibles à des prix accessibles expliquent ce ressenti singulier. D’ailleurs, forte de son succès, la coopérative regroupe plus de 16 000 membres, ne pouvant plus en accueillir de nouveaux pour le moment. C’est donc sur liste d’attente que les new-yorkais s’inscrivent.

Coup de projecteur en France

Ce modèle alternatif fait des émules et se propage encore une fois. En France, les supermarchés coopératifs fleurissent dans toutes les grandes villes depuis peu, certains ont ouvert leurs portes courant 2017, d’autres prévoient une ouverture pour 2018. Le site http://consocollaborative.com propose une carte de France de ces nouveaux lieux tels que : la Louve à Paris, la Cagette à Montpellier, Otsokop à Bayonne, La Chouette Coop à Toulouse, ou encore Scopéli à Nantes.

En Nouvelle-Aquitainte, Anne Monloubou est à l’initiative du projet de supermarché coopératif imaginé dès 2014. Elle est l’actuelle Présidente des « Amis de SuperCoop », l’association qui porte ce projet.

Objectif de SuperCoop : ouvrir un supermarché

Depuis 2017, l’épicerie du 1 place du 14 juillet s’anime tous les soirs de la semaine et le samedi à l’image d’une répétition générale, où les acteurs apprennent à jouer ensemble, à maîtriser de mieux en mieux leurs activités, à comprendre tous les enjeux, en vue de l’ouverture prochaine d’un local plus grand dans Bordeaux.

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Grâce à sa campagne de financement participatif, SuperCoop semble avoir trouvé le local qui lui convient après plusieurs mois de recherche et de collecte. Avec 400 m² de vente proche des quais et des rames de métro, SuperCoop prend de l’ampleur.

Mais c’est quoi être un coopérateur ?

Un coopérateur est une personne qui peut faire ses courses dans le supermarché coopératif parce qu’il a pris part au développement de celui-ci en participant :

– au financement : par l’achat de dix parts à 10€, soit un investissement de 100€ à vie. Les personnes bénéficiant de minimas sociaux peuvent n’acheter qu’une seule part pour 10€.

– au fonctionnement : en donnant 3h par mois aux côtés des deux salariés de SuperCoop.

– à la gouvernance en partant du principe que chacun est utile, que chacun peut éclairer le groupe de ses compétences et en développer de nouvelles.

Attirer de nouveaux coopérateurs

Pour accroître le capital et permettre au groupe de ne pas s’essouffler, il faut gonfler les rangs ! Faire entrer dans la ronde de nouveaux membres. Il en faut 1200 pour une viabilité totale du projet et poursuivre les objectifs. Aujourd’hui, SuperCoop compte 400 coopérateurs qui font vivre le projet et l’épicerie.

Mais comment on s’organise à 400 ?

En apprenant le nombre de coopérateurs et que la liste n’avait pas atteint son maximum, la première question qui vient est celle de l’organisation de la gouvernance. Venus de tous les horizons professionnels et sociaux, les coopérateurs s’organisent dans des groupes. Fondé sur le système de l’Holacratie (voir article sur Kacalou), chaque groupe fonctionne en autonomie sur sa thématique : achat, ressources humaines, communication, comptabilité, etc. et les représentants de ces groupes se réunissent régulièrement en comité de pilotage pour exposer leur avancée et leur travail. L’épicerie de Bègle devient alors un parfait outil d’apprentissage avant l’ouverture prochaine d’une plus grande surface.

Trouver le prix juste

L’un des objectifs poursuivis par les supermarchés coopératifs, depuis leurs origines, est de proposer des produits aux prix justes et bas. Pour fixer un prix juste, un travail de collaboration relie producteurs et coopérateurs. C’est rémunérer les producteurs selon le coût réel des produits. C’est ne jamais tirer les prix vers le bas, comme on sait être un sport répandu dans la grande distribution.

Et dans la pratique :

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* Les prix sont moins chers de 20 à 40 % que dans les magasins spécialisés

Acheter des produits de choix

Sur le modèle du circuit-court, SuperCoop se fait une règle d’or de proposer des produits bio, locaux et étiques. Entendez par éthique, que les membres de la coopérative sont très attentifs à la provenance des produits et à leur production. Ils essaient, dès que leurs disponibilités le leur permettent, de se rendre dans les fermes et autres lieux de production. Sur place, ils veillent à la qualité du produit dans sa chaîne de fabrication et sont également attentifs au bien-être des salariés qui y travaillent.

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Dans cet esprit, les membres de la coopérative souhaitent que l’offre qui leur est faite respecte également le coût écologique. Parce que l’intérêt du produit local, c’est aussi réduire les distances physiques entre les producteurs et les consommateurs. Alors le groupe achat et les producteurs réfléchissent ensemble à une organisation qui optimise les trajets de ces derniers. Ils établissent, dès que cela est possible, un planning pour que le jour de dépôt des produits corresponde à leur tournée des autres lieux de vente dans le secteur géographique.

Et si on discutait en plus d’acheter ?

Consommer autrement, c’est donc consommer sainement avec le souci de la qualité des produits, en plus d’être dans une dynamique sociale différente de celle que l’on connaît dans les grandes surfaces où l’on se croise sans se voir, ni se parler…

En ce sens, SuperCoop, vous l’aurez compris, n’est pas qu’un simple espace de vente, il permet aussi les rencontres. C’est comme ça, qu’un salon de thé (Le Buro des possibles) est né d’une rencontre entre deux membres de l’épicerie, ou que des amitiés ont vu le jour. Une belle aventure que les coopérateurs racontent avec délice. Comblés par le projet, ils aiment en parler et le partager.

Si vous avez des questions supplémentaires, si vous êtes intéressés par le projet, si vous voulez devenir coopérateurs à votre tour, les adhérents de SuperCoop animent des réunions publiques toutes les semaines dans la métropole. Les dates sont à retrouver sur leur site internet. 

 

Pour plus d’infos : http://supercoop.fr/

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