A notre tour de ne pas garder nos idées en l’air

Vous avez suivi notre voyage depuis deux ans à la rencontre d’associations et d’initiatives collectives porteuses d’espoir. Vous avez aussi fait notre voyage en nous accueillant une heure, un jour ou une semaine. Ou alors vous étiez derrière « Minus » sur une petite route départementale, péniblement à 60km/h. Son charme a opéré sur vous et vous nous suivez depuis. Ou encore plein d’autres possibilités pour en arriver à nous lire aujourd’hui.

Au cours de ces kilomètres sur la route, nous avons vu des dizaines d’idées qui ne sont pas restées en l’air… Nous les avons comprises, aimées, enviées parfois. Aujourd’hui, ce sont nos idées que nous avons voulu ne pas voir s’envoler. Alors elles ne resteront pas en l’air, nous habiterons entre Toulouse et les Pyrénées, Arnaud sera charpentier et Doriane intégrera l’association 3PA et son Ecole de la Transition Ecologique (ETRE). Ce résultat est la mise en application concrète du principal enseignement de ces dernières années : tout est possible !

Le tour de France nous a nourri, fait grandir et donné beaucoup de forces. Nous avons retenu quelques enseignements que l’on partage avec plaisir.

Il se passe des choses de partout !

D’abord sillonner la France, c’était aller à la rencontre de tous les territoires, tant urbain que rural. On a pris du plaisir partout et surtout on a découvert que ça bouge de partout.

Alors on ne sait pas si les initiatives se font plus nombreuses, si « ça bouge » de plus en plus, parce que plongés dans cet univers à temps plein depuis deux ans, nous avons rapidement arrêté de nous poser ces questions. Notre regard était biaisé.

En revanche, nous pouvons dire que des initiatives existent dans tous les territoires, des gens se rassemblent et créent ensemble chez eux. A la ville, à la campagne, à la mer, à, la montagne, dans un petite village, dans une région pauvre ou une région riche, tous les territoires connaissent, en réalité, les mêmes envies de faire ensemble, de construire des projets, d’apporter des solutions aux problèmes contemporains, de faire parler leurs envies et leurs passions. Oui, le dynamisme culturel n’est pas l’apanage des grandes villes et les thématiques environnementales ne sont pas réservées au milieu rural.

En tout cas, les initiatives sont nombreuses, fonctionnent, prennent toutes sortes de formes, sur toutes sortes de sujets de société (agriculture, action sociale, culture, écologie, arts, alimentation, commerces, etc.). Et l’important se situe peut-être précisément ici : montrer que c’est possible, que des chemins existent et qu’ils mènent quelque part. Non pas pour changer le monde ou « faire sa part », plutôt pour ouvrir les esprits habitués à être trop fermés, permettre à chacun.e de nous inventer un autre demain, de stimuler la capacité de réflexion et d’action de tou.te.s ensemble.

Les territoires sont uniques.

Chaque territoire est unique, comme chaque projet l’est de fait. On a vite compris qu’un projet se construit sur un territoire selon ses besoins, ses envies, ses habitant.e.s et qu’on ne peut ni arriver quelque part avec une idée en tête et la réaliser exactement comme on l’imaginait, ni déplacer un projet de quelques kilomètres seulement et s’attendre à voir le même projet grandir.

La spécificité des territoires donne la couleur des initiatives qui l’habitent. Cela demande de connaître et de comprendre un espace avant d’y construire un projet, le plus beau soit-il. C’est ce qui fait le charme de tous les projets que l’on a rencontré.

Tout est possible !

Tout est possible.

Une organisation verticale ou horizontale, fixe ou itinérante, avec des subventions publiques ou en autofinancement, par le salariat ou le bénévolat… Un champ d’action n’est pas cantonné à un type de financement précis, encore moins à un type d’organisation défini. On associe souvent une salle de spectacles à des financements publics et un café associatif à une organisation horizontale. Pourtant, bien des exemples nous ont prouvé qu’un croisement des modèles est possible : une salle de spectacles basée sur l’échange ou l’autofinancement, comme un café associatif organisé de manière verticale avec une commission pilote et décisionnaire.

Chaque groupe trouve ses propres réponses. Il n’y a pas de recette.

On est tous capables de tout !

« Ohé du bateau » et ses 1800 sociétaires, « La Colporteuse » et ses 12 ans d’existence en milieu rural, « Toit à moi » et ses presque 15 logements achetés, etc. nous ont démontré que nos initiatives ne sont pas moins sérieuses, moins pertinentes et moins ambitieuses que ce que feraient des institutions établies ou des « professionnels » de longue date.

Pas besoin de costards-cravate ou d’un titre d’« expert » pour inventer et mettre en action des projets fous et qui fonctionnent ! Se regrouper, créer des synergies, se faire confiance, se demander de quoi on a envie tout simplement et puis se mettre en piste à plusieurs, c’est rassembler toutes nos compétences, nos histoires, notre vécu, nos savoirs, nos capacités et faire naître un projet commun.

Dans un groupe, on a forcément quelqu’un de créatif, quelqu’un de plus à l’aise avec les chiffres, quelqu’un qui a un réseau riche, quelqu’un qui aime rédiger, quelqu’un qui… vous pensez à des ami.e.s là, non ? Et bien les projets que l’on a rencontré, sont partis delà et n’ont simplement pas garder ces idées et ces potentialités en l’air ! A nous tous, on sait tout faire.

Ça nous a donné tellement d’espoir et d’élan quand on a compris qu’on était capable de tout !

MERCI à vous.

Pendant ces deux ans, on a été très heureux de vous partager nos découvertes, d’animer le jeu coopératif que l’on a créé à la fin de la première année et de bavarder avec vous devant les panneaux de notre expo.

On a pris un plaisir immense à réaliser ces deux années sur la route. Et on veut vous remercier sincèrement pour votre accueil, votre soutien, vos lectures, vos remarques, nos échanges, votre aide… On ne veut pas « en faire des caisses », simplement vous dire merci.

A bientôt chez vous, ou chez nous !

PS : le site cestpasdesideesenlair.com reste actif, les articles sont lisibles à souhait, comme la cartographie.

Itinérant ou dans un ancien vidéoclub, la Lozère modernise le cinéma associatif

Nous sommes en Lozère côté Cévennes, c’est-à-dire plutôt au sud du département. Ça sent bon la châtaigne et les champignons, au bord des rivières et en forêts, ou en hauteur sur les grands causses. Dans ce décor préservé, deux associations font vivre leur passion pour le bonheur de publics curieux. Voisines, cousines et copines, elles ont un territoire rural en partage et le cinéma en passion depuis bien des années. Cinéco d’abord transporte le cinéma dans beaucoup de villages du cœur des Cévennes, La Nouvelle Dimension ensuite a redonné vie à un vidéo-club à Florac et propose animations et festivals toute l’année.

Cinéco en a déroulé de la bobine !

Cinéco fait voyager le cinéma d’un village à l’autre. Les films se déplacent dans les anciennes salles de cinéma, en plein air l’été, dans les salle des fêtes ou même dans la cantine de l’école. Les bénévoles et les salariés de l’association se chargent des projections, de la programmation à la vente des billets jusqu’à l’installation du matériel. Et c’est une activité qui plaît beaucoup sur le territoire puisque pas moins de 80 personnes offrent de leur temps libre bénévolement, aux côtés des sept salariés de Cinéco, pour faire vivre l’association et apporter le cinéma dans plus de 60 communes.

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« C’est une sacrée organisation pour les salariés et les bénévoles. S’assurer que le matériel soit disponible, qu’il y ait des bénévoles pour chaque séance sans salarié, que les bande-annonces et le court-métrage d’avant séance soient prêts, etc. Mais on adore ce métier ! » nous raconte Stéphane, salarié de Cinéco.

Avant chaque film, un court-métrage en lien avec la thématique du film fait office d’ouverture de la projection. On a eu la chance de voir le monologue d’une maman à une petit garçon dans « Dinosaure » qui traite de l’enfance et des valeurs inculquées avec humour et distance, avant de nous plonger dans l’univers atypique d’un Institut Médico-Educatif « Dans la Terrible Jungle ».

Cinéco est donc un cinéma itinérant et l’a toujours été depuis… 37 ans ! Un très bel âge pour une association culturelle. Alors il faut dire que l’association en a vécu des bouleversements liés à l’histoire du cinéma.

Lorsque Cinéco est né, le numérique n’existait pas encore. A cette époque, on utilisait le « 16 mm », un format qui doit son nom à la largeur des bobines de pellicules utilisées à partir des années 1920. Ensuite, le temps a été celui des pellicules « 35 mm ». Et là, le nombre de bobines par films était en quantité limitée. Elles étaient livrées en priorité aux grandes salles de cinéma. Les petits cinémas et les cinémas itinérants se partageaient donc le stock restant. Puis, au fil du temps, le nombre de pellicules a diminué pour laisser place au format numérique uniquement. Alors à ce moment-là, les cinémas itinérants ne reçoivent plus de « 35 mm » et n’ont pas les moyens de changer leur matériel pour projeter en numérique. Pas de plan B !

Une période de doute s’installe et Cinéco se demande s’il va être possible de poursuivre son activité. Mais c’était sans compter sur une équipe déterminée et poussée par l’enthousiasme de son public fidèle. Quelques rendez-vous et plusieurs heures de discussion plus tard, l’« Association Nationale des Cinémas Itinérants » (ANCI) émerge pour porter aux institutions une voix commune. L’association parle des difficultés qui mettent en péril l’accès au cinéma dans les milieux ruraux et donc sur une zone très étendue compte tenu du nombre de communes que couvrent les cinémas itinérants de France : 1 200 ! L’association entame des négociations avec le « Centre Nationale du Cinéma et de l’Image Animée » (CNC) qui trouve rapidement une solution convaincu du bénéfice de telles activités sur le territoire national. Le CNC aide alors financièrement les cinémas itinérants et dont Cinéco à moderniser son matériel et à accueillir le format numérique avec succès. L’aventure continue !

Aujourd’hui, Cinéco diffuse exclusivement des films numériques, ce qui demande quand même une bonne part d’organisation car pour acquérir les films, il faut suivre tout un protocole les protégeant par des clés, des mots de passe et autres méthodes techniques et secrètes. Affaire de gros sous et lobbies, le cinéma n’échappe pas aux règles de l’industrie. Ce sont les grandes salles qui bénéficient de l’exclusivité, faisant patienter les cinémas itinérants et leurs publics. Cinéco s’est d’ailleurs adapter à recevoir les films cinq semaines après leur sortie officielle dans les grandes salles, et s’en est fait un atout en prenant le temps de sélectionner finement sa programmation.

Ce sont les bénévoles qui établissent la programmation pour les trois prochains mois. Elle est décidée de manière collective par les bénévoles présents et selon une méthode qui fonctionne depuis 10 ans après moultes essais et expérimentations de prise de décision collective. En sort une programmation variée et actuelle, privilégiant les films qui apportent une réflexion ou qui témoignent d’une qualité. Faire réfléchir via un beau et agréable support, c’est un des pouvoirs du cinéma !

Les super pouvoirs du cinéma

Le cinéma a ces pouvoirs de poser question, d’informer et de divertir. La programmation de Cinéco les met bien en avant et veut en faire profiter le plus grand nombre : les habitants des villages, on l’aura compris, mais pas que.

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Cinéco intervient dans les établissements scolaires de la région. 150 séances sont organisées en écoles et collèges. Dans le cadre d’un dispositif régional, Cinéco fait entrer le cinéma parmi les activités « d’éducation artistiques et culturelles » auprès des jeunes publics.

Dans cette même perspective de développement de ses propositions, Cinéco intervient en milieu carcéral comme c’est le cas à la Maison d’Arrêt de Mende. Une façon d’apporter du divertissement, d’accéder à un cinéma de qualité et de réfléchir sur certaines thématiques, comme c’était le cas le jour de notre rencontre avec Stéphane et Vincent qui revenaient de leur intervention, où ils avaient projeté « Les Invisibles », une histoire de solidarité et de femmes, projetée dans une Maison d’Arrêt pour hommes.

 

Depuis la naissance de Cinéco, l’association a développé ses activités, pour un accès toujours plus important auprès du public et parce que le cinéma a aussi le pouvoir de réunir, de faire se rencontrer les gens et de partager un moment privilégié. En 37 ans, les membres de l’association ont été témoins des changements ruraux dont on parle de plus en plus, de la disparition de lieux symboliques de rencontre tels que les bars et de la transformation des habitudes individuelles.

Le cinéma, dernière lumière dans la ville

En milieu rural, on parle beaucoup de ces changements, des commerces qui se raréfient, des bars qui ferment tôt dans la soirée ou qui mettent la clé sous la porte. Certains villages trouvent des solutions et créent de nouveaux espaces tels que des bars associatifs, des commerces gérés collectivement, des salons de thé-librairie, des lieux où les activités se croisent et les publics se mêlent. La Lozère est un de ces territoires ruraux, il est même le département le moins peuplé de France. Alors le cinéma a un rôle plus important qu’on ne le pense.

« C’est souvent le dernier endroit, ouvert au public, éclairé le soir dans la ville », témoigne Vincent, directeur de Cinéco.

Les soirées cinéma sont donc l’occasion de se retrouver, de voir ses voisins, de se donner rendez-vous autour d’un moment agréable et de détente. Vincent est certain de cette place centrale des salles de cinéma dans les bourgs et encourage ceux-ci à prendre conscience de ce rôle et à étoffer leurs propositions vers plus de rencontres et de convivialité : un cinéma qui fait bar en même temps, avant et après la séance, ou bien restaurant, ou bien salle de spectacle…

S’il y a un exemple local de lieu qui mêle cinéma et rencontres, c’est bien La Nouvelle Dimension, à Florac. Il s’agit d’une association singulière en la matière. Pour connaître son histoire, il faut remonter dans nos propres souvenirs d’enfance.

Qu’ont bien pu devenir les vidéos-clubs de notre enfance ?

Vous vous souvenez de ces étagères remplies de VHS, de cette virée en début de soirée pour choisir le film à regarder entre amis ou de ce rideau qui cachait un espace réservé aux adultes ?

Florac aussi avait son vidéo-club. Et comme partout, il a cessé de fonctionner il y a quelques années. Sauf qu’ici, il a eu un second souffle.

Guillaume, un passionné, un amoureux du cinéma et de ses supports devenus DVD, a décidé de poursuivre l’aventure. Lui qui tenait ce vidéo-club a conservé le stock et a été l’un des initiateurs de l’association La Nouvelle Dimension en 2015.

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Guillaume a été rejoint par des nostalgiques tout aussi passionnés que lui par les supports du cinéma car ce sont des bénévoles qui font vivre l’association aux côtés des salariés. Les 150 adhérents peuvent emprunter ces DVD grâce à leur abonnement annuel. L’association est également très connue localement pour son accent canadien lors de leur événement annuel phare : le festival de cinéma franco-québécois « 48 images par seconde ».

Tout au long de l’année, l’équipe accompagne le public dans sa cinéphilie, à travers des ateliers d’éducation à l’image où l’on découvre les métiers du cinéma, où l’on s’attarde sur une thématique particulière, etc. Elle tisse des partenariats locaux quand les idées se rejoignent autour de projets captivants. Un lâché de vautours prochainement sur le causse ? L’opportunité de se pencher sur cet oiseau avec le Parc Naturel des Cévennes et de programmer ensemble une soirée thématique. Un pont à quelques encablures qui fut central lors de tournages passés ? Plus qu’à le mettre à l’honneur lors d’une rando-ciné aux Journées du Patrimoine. Des habitants amateurs qui tournent des courts-métrages dans les Cévennes ? La date anniversaire de La Nouvelle Dimension est l’occasion de les diffuser sur grand écran devant un public curieux.

Le contexte cinématographique et culturel dans son ensemble est en pleine évolution. A l’heure des places de cinéma trop chères dans les gros complexes, d’un essor du cinéma indépendant, de l’accès à la culture foisonnant mais en grande difficulté financière, d’un besoin sociétal criant de se réunir et d’échanger, du domaine de l’art qui n’échappe pas à la financiarisation sauvage, ces deux associations participent d’un élan qui sera assurément à soutenir dans les prochaines années.

Pour en savoir plus :

Cinéco, cinéma itinérant en Cévennes

La Nouvelle Dimension, à Florac

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Toulouse par l’image

Raconter. Voilà ce que pourrait être le maître mot en commun des trois associations Toulousaines « Un Oeil sur ma ville », « Les Vidéophages » et « Les bobines sauvages ». Ils racontent. Ils racontent des histoires, parfois l’Histoire, des fictions, des souvenirs, des vies, des quartiers, des récits. Chacun avec leur support et leur spécificité, ils participent de la construction d’une mémoire collective des quartiers oubliés ou mal connus de la ville rose, en même temps qu’ils les mettent en vie et en lumière.

De la Reynerie…

Bienvenue au Mirail, plus précisément à la Reynerie. Comme tout bon quartier populaire qui se respecte en France, pour y entrer vous venez de passer de l’autre côté du périphérique. Prêts pour la visite, vous êtes entre les mains d’Ibrahim Reziga. Notre hôte est en ce moment même le seul salarié de l’association « Les Bobines Sauvages ». En instance de recrutement, ils sont en temps normal entre trois et quatre. Plus les personnes en services civiques. Plus les stagiaires. Plus les bénévoles. C’est simple, à peine quinze minutes après notre arrivée dans les locaux de l’association, nous avons déjà rencontré un dizaine de jeunes occupés à ranger, discuter ou préparer le tournage de cet après midi.

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Quelque chose nous dit que nous ne sommes pas les premiers visiteurs. D’un simple coup d’œil et d’un « présente-toi » d’Ibrahim, Amine nous explique du tac au tac qu’il est membre du CA de l’association, bénévole, qu’il y a déjà tourné deux courts métrages en son nom, et qu’un troisième est en préparation. A la présentation limpide d’un autre jeune, Ibrahim rétorque « Oh tu l’as appris par cœur ton discours ? » « Nan j’te jure, tout en impro, frère ! ». Ils se présenteront petit à petit tous à nous comme s’ils étaient rompus à l’exercice, ou comme si leur travail face caméra les avait aidé à être particulièrement à l’aise à l’oral.

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Tous ces jeunes habitent Le Mirail, ce quartier chargé d’histoire sociale et architecturale. Ça, nous l’apprenons avec Ludo de l’association « Un Oeil sur ma ville ». Historien de formation, il nous raconte l’histoire de Georges Candilis, l’architecte de ces grands ensembles. Héritier de Le Corbusier, Candilis avait imaginé la configuration et l’agencement du quartier de telle manière que ses habitants s’y croisent le plus possible. Voisins d’un même immeuble, voisins d’immeuble, piétons, usagers des transports en commun ou de sa voiture individuelle, les chemins quotidiens de chacun devaient pouvoir croiser ceux de ses voisins indifféremment des différents styles de vie. Le tout en laissant la part belle aux zones piétonnes et commerçantes.

…Au centre-ville…

Et si Ludo peut si bien nous parler de ce quartier et de son Histoire, c’est que l’association, et particulièrement Anissa, y a mené des ateliers de discussion, de mémoire et de recherche avec ses habitants. Tant les archives municipales que les souvenirs des habitants ont ainsi enrichi la création d’« un parcours de balade mettant en valeur son patrimoine et ses histoires ». Différents supports éparpillés dans tout le quartier permettent ainsi de prendre connaissance tant de ses petites histoires que de son Histoire. Se réapproprier son quartier, l’image de son quartier, être acteur de son territoire, la valorisation de son espace de vie sont autant de valeurs et de concepts que l’association toulousaine partage, sur des formats différents, avec d’autres exemples que nous avons rencontré : Nabuchodonosor à Béziers, Alliance Citoyenne à Grenoble, ou encore Bouche à Oreille à Metz.

Parce que la ville est à notre image, elle vit, elle bouge, elle évolue, Ludo, Audrey, Tomas, Pierre, et tous les autres bénévoles travaillent à mettre en avant ses mutations et ses évolutions que chaque ville connaît à travers le temps. Parce que par ses évolutions, nous pouvons lire et découvrir l’identité de la ville. C’est donc par différents supports tous aussi originaux les uns que les autres que cette jeune association tente de rendre compte de ces transformations de manière ludique. Anaïs et Alice viennent d’ailleurs de créer une chasse au trésor dans différents quartiers de la ville.

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Une de leurs premières actions a été l’installation au cœur de la « Prairie des Filtres » d’un grand panneau transparent du paysage tel qu’elle était autrefois. En trouvant le bon angle, nous pouvons alors superposer la vision actuelle et l’ancienne. En un coup d’œil, nous identifions l’émergence d’un espace vert ou d’un immeuble, la pérennité de l’église, la rénovation (ou bétonisation) des quais de la Garonne, etc.

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Ces jeunes Toulousains ne se cantonnent pas à la Haute-Garonne et sa préfecture. Depuis le cœur des Cévennes, à Arre, l’association de « La Mainlèv » a entendu parler d’ « Un œil sur ma ville » et a fait appel à eux. Alors en pleine rénovation d’une immense usine de textile abandonnée, l’association compte inclure pleinement l’histoire de ce lieu dans sa nouvelle vie, à savoir une fabrique à initiatives, un lieu de mutualisation d’espaces et de moyens pour les acteurs du territoire. Les deux associations ont alors conjointement menés des ateliers d’expression auprès des anciens salariés de l’usine afin de recueillir leurs souvenirs et leur vision du lieu. Une exposition avec photos et témoignages est en préparation pour occuper les murs du hall d’accueil de ce bâtiment.

A la Reynerie aussi, l’association « Bobines Sauvages » tente de dépasser son environnement toulousain. Les courts métrages qu’ils produisent et réalisent sont régulièrement envoyés à des festivals partout en France. Car ce qui importe pour Ibrahim, chargé du Pôle Cinéma, c’est habituer les adhérents aux circuits, au langage et aux habitudes professionnelles. Il fait quotidiennement cet effort d’inscrire les jeunes dans un environnement professionnel afin de leur donner les armes adéquates pour l’avenir.

« Si demain par hasard, un jeune rencontre un réalisateur, je veux qu’ils puissent parler la même langue et se comprendre. ». Ibrahim poursuit : « Il faut que les jeunes se servent de l’association pour apprendre des choses. Et que l’association se serve des jeunes pour exister, se développer, s’enrichir et être prête à accueillir les générations suivantes ! C’est gagnant gagnant, les jeunes se servent de l’association et l’association se sert des jeunes. »

Sur Toulouse, les jeunes réalisateurs de Haute-Garonne et d’ailleurs disposent d’un espace de diffusion et d’expression non négligeable. Tous les premiers lundis du mois à l’Abbaye de la Sainte Dynamo, l’association « Les Vidéophages » organise une soirée dédiée aux jeunes réalisateurs.

…Toulouse se raconte par l’image !

Symbole du foisonnement culturel toulousain, l’association « Les Vidéophages » œuvre depuis 20 ans à la promotion du format court qui peine à trouver sa place ailleurs que dans les festivals qui lui sont dédiés. Alors c’est dans des bars, des bus ou des prisons qu’ils amènent ce format peu diffusé en France. Seule salariée de l’association, Delphine nous raconte que lors de leur festival annuel « Faites de l’image », ils élargissent leur proposition à l’audio, aux installations insolites, etc. Rendez-vous les 5 et 6 juillet prochain, à Toulouse. Sans cesse à la recherche d’un nouveau public, ils s’attachent à changer de quartier chaque année.

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S’ils ont choisi un élan pour symbole, ce n’est pas pour rien ! « Allons de l’élan » est leur devise et ils le prouvent largement par la diversité de leurs propositions (Ciné-Tambouille, Vidéo-bus, soirées mensuelles, itinérance en Occitanie, les ateliers avec les enfants, Driv’in, etc etc etc!).

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A travers leurs aventures propres, ces trois-là nous racontent plus qu’une histoire. Ils nous expliquent comment une passion peut s’exprimer en collectif et à quel point nous faisons les choses avec sens et sérieux quand elles nous parlent et nous font vibrer.

Pour en savoir plus :

Les Bobines Sauvages 

Un Oeil sur ma Ville

Les Vidéophages

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Le Nabu, laboratoire urbain dans Béziers !

« Le dialogue de l’architecture et du paysage est le projet Nabuchodonosor. Redécouvrir la ville, voilà ce que l’on propose. ». C’est par ces mots simples, ambitieux et terriblement motivants que le collectif biterrois se définit. Et pour ceux qui aiment ces mots, les mots qui donnent la gnac, ils se définissent également comme un « laboratoire urbain ». Allez, déjà assez parlé, qu’est-ce qu’ils font, concrètement ?

Le Bar des « Nabu », le Barnabu ! 

Dans la vieille ville historique de Béziers, le quartier St Jacques, les commerces ne se marchent pas dessus. Hormis la boulangerie de la Place St Cyr, c’est le calme plat. En face de celle-ci, se trouvait il y a une quinzaine d’années un bar nommé « Le St Cyr ». C’était le lieu de vie sociale du quartier, les boulistes y stockaient leurs boules, les voisins s’y croisaient, et puis… la clef sous la porte. Alors il y a quatre ans, quand le jeune collectif cherchait un lieu où exprimer ses envies les plus folles, ce bar resté dans son jus les a de suite conquis. Le propriétaire est arrangeant, le quartier plein de potentiel, en avant !

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Le Barnabu est un bar associatif que le collectif s’attelle à ouvrir tous les mercredi et vendredi soir, où il est possible de boire un verre, discuter, se rencontrer, voire même chanter ou danser si le cœur vous en dit. Tourné vers la rue, cet espace est véritablement à destination des riverains. La petite place St Cyr prend soudainement un air plus joyeux et plus attrayant lorsqu’elle est éclairée par la lumière du Barnabu. Le collectif ne se prive d’ailleurs pas d’investir cet espace d’un grand tableau d’affichage des infos locales et des animations à venir, de quelques chaises autour d’une table, et d’un petit portant rempli de vêtements d’occasion. Donnez et prenez tant que vous voulez, c’est gratuit. Toutes ces petites choses (re)donnent à l’espace public une dimension plus collective qu’impersonnelle.

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Aujourd’hui le constat que le collectif et les biterrois est clair et commun à grand nombre de villes : les rues se ressemblent, se vident de leurs commerces et les habitants y passent sans plus y faire attention. La vie se passe dans les maisons et appartements, mais plus dans les rues. Le collectif a alors à cœur de requestionner notre rapport à la ville, à ses usages. Permettre aux habitants de redécouvrir leur ville, la faire leur et leur faire lever les yeux sur l’architecture et les trésors devenus cachés de la vieille ville. Le Nabu s’est saisi de ce sujet avec dynamisme et intelligence ! Que ce soit à travers des discussions au Barnabu, des sessions en groupe de dessins dans la ville (« Dessine ta ville » avec Cédric Torne), des Incroyables Comestibles à planter ci et là… à travers des rencontres quoi.

Des rencontres de tous poils ! 

Les « Nabu », comme ils aiment à s’appeler, organisent des rencontres entre les habitants du quartier St Jacques et des intervenants de tous poils. Un artiste photographe y a par exemple fait une résidence de trois mois pendant lesquels chaque dimanche de 15h à 17h il circulait dans le quartier à la rencontre de ses habitants, muni de son appareil photo. L’objectif était de requestionner les habitants sur l’image qu’ils ont de leur ville, de leur quartier, et de se la réapproprier par la photographie. On peut encore croiser les photographies en noir et blanc exposées sur quelques murs de la ville.

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Ils ont également reçu Sophie Ricard, architecte dont on a déjà cité le travail dans un précédent article, afin de s’interroger sur les usages de la ville et ses espaces.

Autre exemple, autre ambiance : le vendredi 8 février au Barnabu, nous avons présenté aux personnes présentes notre exposition retraçant une quinzaine d’initiatives particulièrement marquantes pour nous. Nous avons ainsi pu échanger de manière informelle avec les curieux ou les passionnés au sujet de l’écologie, de l’investissement citoyen, du faire ensemble, etc.

Des conférences, des expos et toutes sortes de rencontres sont donc organisées par le collectif pour nourrir les réflexions des habitants et du collectif au sujet de leur vie de quartier, de leur vie d’habitant. Un programme riche et des questions d’actualité à l’honneur !

« Chouchoux » : un média inter associatif

« Chou-Choux », le journal interassociatif biterrois. Une feuille de choux de huit pages qui donne la parole aux associations de la ville et du quartier St Jacques. Un bilan de ce qu’il s’est fait ces derniers mois, de ce qu’il s’y passera les semaines à venir, le courrier des lecteurs, des édito, tout ce qui fait un bon journal !

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Avec un superbe travail graphique, avec des dessins faits main, des photo d’artistes et plein de couleurs, ce petit journal est largement apprécié et distribué gratuitement à qui veut.

Le Collectif Nabuchodonosor s’entoure entre autres de l’association Tu Tamben qui promeut la culture occitane, du Gem (Groupe d’Entraide Mutuelle), ou encore de la Courte Echelle qui propose du soutien scolaire pour des événements partagés et l’élaboration de différents supports de communication et particulièrement de ce journal « qui appartient à tout le monde ».

Le Grand Nabucho

C’est LE rendez-vous à ne pas manquer ! Avant les grandes vacances d’été, c’est l’événement qui anime le quartier et fait bouger les murs.

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Chaque mois de juin, le collectif organise sur une journée un festival de quartier, sur la grande place St Jacques. C’est le moment de restitution du travail fait tout le long de la saison écoulée. De midi à 1h du matin, le quartier se transforme pour laisser place aux associations locales, aux artistes collaborateurs et à l’exposition des travaux réalisés dans l’année. On retrouve des stands, des jeux, des projections, des ateliers créatifs, une expo, de la musique, une buvette évidemment et toujours des surprises.

Comme dirait Espasces possibles, « la ville elle est à qui ? Elle est à nous ! » ! Ces deux urbanistes de formation présenteront d’ailleurs leur conférence gesticulée au Barnabu le 1er mars prochain. Ce gimmick pourrait également être celui du Collectif Nabuchodonosor. Par l’occupation, l’animation et l’expérimentation de l’espace public, ils testent au cœur du quartier St Jacques une nouvelle manière de faire la ville ensemble. Chaque rue a une histoire à raconter , chaque façade d’immeuble un message à faire passer, chaque recoin une anecdote qui éclairera l’histoire de la ville. Ces espaces nous appartiennent collectivement, alors autant qu’ils nous ressemblent, nous rassemblent.

Pour en savoir plus :

Collectif Nabuchodonosor

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Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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Tous experts ! Comment les citoyens reprennent le contrôle.

Chaque citoyen est un expert. Expert de son territoire, de ses expériences individuelles ou collectives, de son quotidien, etc. Pour en parler, on emploie généralement les expressions de « savoirs citoyens », « savoirs d’usage » ou encore « savoirs ordinaires ». Quel que soit le terme, l’idée est que chaque citoyen cumule des savoirs dans sa vie quotidienne, qui ne dépendent pas forcément d’études ou de diplômes, simplement du fait de sa vie ordinaire. C’est en ce sens que chaque habitant connaît mieux que personne les réalités du quartier dans lequel il vit, ou comme l’imageait John Dewey dès les années 20, « C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal ».

Suivant cette logique, grand nombre des acteurs politiques nous font parfois croire qu’ils l’avaient compris. On a vu alors émerger une nouvelle tendance, un nouveau vocabulaire et de nouvelles pratiques sous la bannière « démocratie participative ». Des instances, des espaces et des outils ayant pour vocation de favoriser la participation des habitants, en tant qu’experts de leur ville, alors que de nombreux chercheurs, journalistes, citoyens ont démontré les dérives de ces méthodes, et surtout l’hypocrisie qui se cache en fond. On entend souvent les habitants dénoncer un écart entre la réalité et les objectifs annoncés dans les instances de démocratie participative, associant facilement ceux-ci à des simulacres. Comme de belles idées et de dignes valeurs que les pouvoirs publics ne maîtrisent pas toujours ou en détournent les principes. La concertation est, en ce sens, un exemple souvent mis en avant. Les habitants sont peu ou mal informés des conditions, ont le sentiment que leur parole est simplement entendue mais trop peu prise en compte comme le prévoient les principes de la concertation, ou pire, les décisions sont déjà prises à l’avance.

Par ailleurs, la société donne une place toujours aussi importante aux experts. Ces personnes sont reconnues socialement et collectivement comme « expertes » par leurs savoirs, leurs publications, leurs diplômes, leurs années d’étude, leurs expériences, mais également, pour certaines, par leur fréquence d’apparition dans les médias. Pourtant, rapprochement avec la classe politique, scandales alimentaires et affaires de données cachées par les multinationales ne cessent d’éclater au grand jour. Fort heureusement, tous ne nous bernent pas. Certains de ces « experts » ont conscience des savoirs détenus par les citoyens. Ils savent également la richesse et les ressources que cela représente. Ils n’hésitent alors pas à faire appel à ces savoirs d’usage, de s’en saisir intelligemment, transformant leur approche et leurs pratiques professionnelles, remettant en question la place de toutes les parties dans l’élaboration d’un projet. Une véritable collaboration s’installe, avec elle une égalité entre expert et société civile qui, de ce fait, rendent les projets plus justes, plus adéquats, plus adaptés à la réalité.

Au cours de notre tour de France, deux exemples de collaboration entre citoyens et figure experte nous ont marqué : la permanence architecturale et la recherche participative.

La permanence architecturale

Avant de partir sur les routes, nous avions été impliqués dans le projet du Tri Postal d’Avignon. L’objectif : réhabiliter 3000 m² de bâtiment appartenant à la SNCF en friche socio-culturelle. C’est à cette occasion, en 2015, que nous avons découvert la permanence architecturale.

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Le Tri Postal d’Avignon

Deux architectes, Hélène Boucher et Agathe Chiron ont passé une année sur les lieux. Elles imaginaient les futurs usages de celui-ci, en étroite collaboration avec les associations avignonnaises impliquées dans le projet et les habitants concernés. Collectifs, individus et architectes s’interrogeaient mutuellement et conjointement sur les envies et les besoins, comme moteurs du projet futur.

Au quotidien, les architectes rencontraient, discutaient, échangeaient avec différents interlocuteurs de la ville (associations, habitants,…). Elles affinaient ainsi leurs idées concernant les projets possibles dans ce lieu. Une fois par mois, « l’Assemblée des Rêveurs » réunissait toutes les personnes physiques et morales intéressées qui avaient envie de participer, d’écouter ou de proposer. Ce temps ouvert à tous était l’occasion de faire un point sur le mois écoulé, donnait la parole aux architectes pour qu’elles exposent leurs avancées et permettait d’enrichir le projet de nouvelles idées.

Dans cette même démarche, nous avons rencontré à Rennes, Sophie Ricard. Architecte passionnée et passionnante, elle s’est établie à L’Hôtel Pasteur de Rennes. Et quand on dit établie, c’est qu’elle y passe toutes ses journées, voire même ses soirées, depuis 3 ans maintenant.

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L’Hôtel Pasteur de Rennes

Ancienne faculté dentaire en plein centre-ville, le bâtiment allait être vendu par la mairie pour un euro symbolique à un groupe hôtelier. Patrick Bouchain, architecte à l’initiative des permanences architecturales en France, a alors proposé au maire de lui confier le bâtiment pour la même somme, afin de mener une expérience. Sophie Ricard a ouvert les lieux en 2015 et a invité tous les rennais, les collectifs et associations de la ville à proposer diverses actions culturelles et moments partagés. Elle en a fait, avec l’ensemble des personnes intéressées, un lieu d’expérimentation ouvert à tous, tout le temps. Un lieu de test, de rencontres, d’imagination, d’expression, de créativité pour définir les futurs aménagements du celui-ci selon les envies et les besoins réels des habitants et collectifs.

Aujourd’hui, le bâtiment est en restauration à partir des plans des futurs usages du lieu que la permanence architecturale a inspiré collectivement. Ce sont ces 3 années où le lieu a pris vie, qui ont permis à l’architecte de définir les futurs usages de celui-ci et donc de dessiner des plans en adéquation avec les envies et besoins émis.

Les expériences de permanences architecturales ont donc surtout été déployées par Patrick Bouchain et Loïc Julienne en France depuis plusieurs années. Eux-mêmes pionniers du réaménagement de lieux industriels en friche en lieux culturels, ils remettent en question les cadres de l’architecture classique. Ils font sortir l’architecte de son bureau et lui permettent de travailler en coopération avec les usagers. Comme toute expérience, la permanence architecturale se vit plus que ce qu’elle se définit sur papier. Vous l’aurez compris, on peut dire qu’il s’agit d’une expérimentation collective visant l’orientation du projet futur du bâtit. L’expérimentation étant le mot phare et l’essence de cette démarche, elle sous-tend son caractère éphémère et empirique. L’objectif de cette démarche est donc de définir une commande architecturale au plus proche des envies et besoins des usagers concernés. Dit comme ça, cette approche semble tellement logique, importante et prendre tout son sens. Pourtant, pour ce faire, cela demande qu’aucun projet ne soit pensé à l’avance. Il se construit au fur et à mesure des rencontres, des propositions faites par les usagers et des moments créés.

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Autre exemple de permanence architecturale que nous avons rencontré : La Grande Halle à Caen.

La recherche participative

Du 22 au 26 août dernier avait lieu « l’Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens », à Grenoble. Lors d’un atelier, nous avons découvert la recherche participative, une autre approche qui relie les experts aux citoyens. C’est l’association Sciences Citoyennes, référente en la matière, qui était présente.

Cyril Fiorini, doctorant et membre des Sciences Citoyennes, définit la recherche participative comme une démarche scientifique co-construite entre différents acteurs (chercheurs scientifiques, étudiants, citoyens, associations, ONG…) dont la question de départ découle d’une demande sociale. Cette méthode ouvre alors un espace de dialogue et d’action entre citoyens et chercheurs. Ensemble, ils définissent le projet de recherche afin de travailler sur un sujet correspondant à un besoin social et qui relève d’un réel intérêt scientifique. La rencontre de ces différents acteurs a lieu notamment dans les Boutiques des Sciences, nées dans les années 70, aux Pays-Bas. Il en existe deux en France, à Lyon depuis 2013 et à Lille depuis 2015. D’autres ont fermé sur le territoire français depuis mais Sciences Citoyennes œuvre à faire connaître ce modèle au plus grand nombre dans le but de voir s’ouvrir de nouvelles Boutiques.

Sciences Citoyennes s’attache à faire reconnaître la démarche participative, ainsi que l’expertise citoyenne et associative. Elle explique que si la science a permis de grandes avancées et a été le moteur d’émancipation de nos sociétés, aujourd’hui il nous faut revoir notre rapport à la science pour qu’elle soit au profit de la nature et des êtres humains. Pour cela, nous devons nous réapproprier les sciences, à l’aide de la recherche participative par exemple.

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Isabelle Goldringer, chercheuse à l’INRA en génétique quantitative et des populations, ainsi que membre de Sciences Citoyennes, apportait son témoignage éclairant sur la démarche participative lors des Universités de Grenoble. Elle expliquait son malaise et sa remise en question lorsqu’au début de sa carrière de scientifique, elle a rencontré des agriculteurs à qui elle ne savait pas toujours répondre aux questions les plus concrètes. Elle a pris conscience qu’elle ne connaissait pas vraiment les réalités du terrain, les problématiques des agriculteurs. Elle a alors entamé un travail en partenariat et en collaboration avec ces derniers, ainsi qu’avec des collègues scientifiques d’autres secteurs (sociologues, statisticiens …). C’est à ce moment-là qu’elle s’est lancée dans la recherche participative. Elle témoigne aujourd’hui de l’apport considérable de cette démarche, pourtant fortement remise en question dans le milieu scientifique. Elle affirme qu’elle y trouve une pratique à la fois plus fructueuse, plus près des besoins du terrain, également plus stimulante et enrichissante pour elle-même.

Depuis 2006, elle travaille sur la sélection participative de blé. En collaboration avec des chercheurs de domaines variés et des paysans, l’objectif est de créer nouvelles populations adaptées au système agricole souhaité selon une méthode et une stratégie adaptée. Cette méthode permet également aux paysans d’apprendre et s’approprier les techniques. Par ce biais, les paysans acquièrent techniques et compétences qui les rendent autonomes pour améliorer et maintenir leur semences au fil du temps. La démarche participative a l’avantage de tenir compte de tous les aspects du collectif de travail et, par exemple, d’adapter et de faire évoluer le protocole et les outils selon les besoins et les attentes, ou encore de faciliter la transmission de connaissances et d’expériences.

Pour en savoir plus : 

L’image de couverture illustre un temps de partage à la Biennale Internationale d’Architecture actuellement à Venise. Au Pavillon français, 10 « Lieux infinis » y sont représentés, parmi lesquels L’Hôtel Pasteur, Le Tri Postal et La Grande Halle. 

L’Hôtel Pasteur de Rennes

Le Tri Postal d’Avignon

La Grande Halle de Caen

Sciences Citoyennes

Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens

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Créations artistiques ou militantisme happening : la force des habitants des quartiers.

De Grenoble à Metz, du social à la culture, du militantisme au spectacle vivant, de l’ennemi commun à l’ami commun, de la rencontre à… la rencontre aussi. Si différentes par leurs philosophies, leurs modes d’actions et leurs sujets de préoccupation, l’association Bouche à Oreille à Metz et Alliance Citoyenne à Grenoble n’en restent pas moins de proches cousines. Elles font naître des aventures collectives insoupçonnées entre voisins d’un même immeuble ou d’un même quartier. Quand les Lorrains misent sur l’art comme moyen de rencontre, de partage et d’ouverture, les Isérois misent sur le respect des droits, l’égalité et la justice.

Implantés toutes deux dans des quartiers dits « prioritaires », elles rendent accessible la création et la pratique artistique pour les premiers cités, et le pouvoir d’agir ou l’affirmation d’une voix commune influente pour les seconds. Ce ne sont pas des solutions miracles ou des recettes toute-faite au sujet de l’accès à la culture ou à la mobilisation revendicatrice, mais nous tenions à souligner la pertinence, l’ingéniosité et le travail de fond que mènent ces deux associations de terrain. Par cet article, leur montrer également qu’elles ne sont pas seules, que d’autres personnes ailleurs en France, sur d’autres domaines redoublent sans cesse d’inventivité pour donner une place, une voix, et de la confiance à ceux dont la parole et l’avis ne comptent plus, ne sont plus écoutés, voire même méprisés.

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A Grenoble, l’association Alliance Citoyenne est née de la pensée de l’Américain Saul Alinsky. Dans les années 1930 à Chicago, cet Américain fédérait les habitants d’un même quartier contre les propriétaires qui ne prenait pas soin de leurs immeubles, ou contre la commune qui n’organisait pas un ramassage des ordures assez décent, etc. Il en a écrit un ouvrage qui s’intitule « Rules for Radicals », ou « Radicaux, réveillez-vous ! » dans sa traduction française. Ce livre constitue pour l’association grenobloise une base solide tant sur la méthodologie que l’idéologie.

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Toujours à Grenoble, Elies, salarié de l’association, nous raconte le quotidien et la méthode de travail ici. L’objectif est de recréer un rapport de force d’égal à égal entre des individus isolés et un pouvoir uni et organisé. Quand l’ascenseur d’un immeuble tombe en panne 50 fois par an, les premières victimes que sont les locataires sont, de prime abord, tous énervés, mais de manière dispersée. L’un enverra peut-être quelques courriers, et au mieux quelques-uns se réuniront pour afficher leur mécontentement ensemble. Mais ils auront toutes les chances de se heurter à, au choix : 1) un directeur de cabinet qui ne parle pas le même langage qu’eux. 2) un.e secrétaire qui ne cesse de répéter l’absence de M. le Directeur, il est en réunion. 3) au renvoi de la patate chaude entre différentes institutions. 4) des promesses de changement et d’actions qui ne seront pas tenues. 5) Un répondeur interminable. 6) Etc.

Le rapport de force n’est pas égal. Pour le rétablir, les locataires décident de cotiser à l’Alliance Citoyenne pour se payer un organisateur, qui ira toquer aux portes avec eux pour mobiliser les voisins, qui les aidera à formuler des revendications claires et gagnables, les formera aux méthodes de négociation et d’action directe-non violente.

A Metz, l’association Bouche à Oreille est implantée dans le quartier de Borny depuis 2012. Plus précisément dans la grande Cour du Languedoc, entourée de barres d’immeubles. Issus des arts visuels, du spectacle vivant et des sciences humaines, un collectif découvre le site où : « Plus de 30 langues sont parlées couramment dans cet espace grand comme un terrain de foot », explique Julie, l’une des instigatrices du collectif.

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Le projet qui les y mène en 2012, prend la forme d’un spectacle participatif son et lumière dont cette grande cour et les immeubles sont le décor. Simplement en allumant et en éteignant la lumière de chez lui, chaque habitant participe à la chorégraphie de lumière se jouant sur la façade de l’immeuble. L’opération est une réussite et le coup de cœur est immédiat entre l’association et les habitants. L’association se sédentarise alors à Borny. Les projets de ce type se développent, l’équipe grandit et l’adhésion des habitants se renforce.

L’artiste Jepoy viendra, par exemple, y passer trois mois et mettre en place son projet « Manger son quartier ». Il commence par enquêter auprès des habitants sur le ressenti qu’ils ont à propos de chaque rue ou passage de leur quartier. Quel endroit vous semble le plus épicé, le plus sucré, amer, croustillant, fondant, doux, acide, gourmand, etc. Puis il cuisine avec chaque participant et produit un maquette comestible du quartier de 25m². On peut s’y promener, passer entre les rues épicées et sucrées, humer l’amertume d’une autre et finir par en croquer une dernière !

Le dernier projet en date est un roman photo musical et théâtral : Story Bordes. Un metteur en scène et un réalisateur ont travaillé avec 96 habitants volontaires ainsi qu’un musicien et deux comédiens professionnels. L’originalité du projet tient dans le fait que la musique est jouée en direct au moment de la projection sur écrans géants et que les comédiens sortent parfois de l’écran pour jouer des scènes en direct devant le public.

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Les 35 créations de l’association Bouche à Oreille depuis 2012 ont ça de particulier : elles font travailler ensemble des professionnels du spectacle et des habitants du quartier. Ces derniers ne sont pas là que pour la figuration. Ils sont investis dans la réflexion du projet, la création, les répétitions et le jeu. Peuvent en attester notamment les projets musicaux qui ont donné lieu à l’édition de CD où des chants traditionnels sont interprétés et enregistrer dans le studio d’enregistrement de l’association, au cœur du quartier.

Le porte à porte comme première rencontre

Chez Alliance Citoyenne, le procédé est aussi original qu’efficace. Lors d’un porte à porte d’une demi-journée dans tout l’immeuble, Elies ou un autre salarié se présente, présente l’association et pose très vite une première question : « Qu’est-ce qui vous met en colère ? ». Suite à cette entrée en matière, généralement les langues se délient. Les ordures, l’ascenseur, l’entretien ou les fissures en ce qui concerne l’habitat. Les discussions s’étendent également aux transports, à l’école du quartier, au centre social, à la vie du quartier, etc.

Suite à ce temps de porte à porte, les organisateurs de l’Alliance Citoyenne invitent tous les habitants rencontrés à venir faire le bilan des sujets qui ont été les plus récurrents lors d’une grande assemblée citoyenne. Ce moment collectif permettra, dans un premier temps, d’identifier le responsable de la situation, l’adversaire (bailleur, propriétaire, commune, ascensoriste, etc.). Aussi, nous pouvons compter les forces en présence, rencontrer ses voisins, échanger sur le sujet, se rendre compte que nous sommes nombreux, mais surtout programmer la prochaine action. Afin de veiller à ce que la pression ne retombe pas, la première action doit intervenir rapidement après ce premier échange collectif.

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Et la liste d’actions potentielles à l’Alliance Citoyenne est longue. Suivant les principes d’Alinsky, une des pistes possibles à suivre est de faire vivre la situation vécue à son responsable, ou du moins lui exposer directement ce que vivent les personnes Exemple : Face à des ascenseurs sans cesse en panne, les membres de l’Alliance Citoyenne s’organisent avec l’aide d’un salarié de l’association pour faire du porte à porte, des réunions d’immeubles et enquêter auprès du bailleur pour comprendre les raisons du problème. Il se trouve que selon tous les contrats et conventions signées, le responsable n’est pas l’ascensoriste mais le bailleur lui-même. Alors après plusieurs appels, la personne au standard, sans doute fatiguée par la ténacité des locataires, finit par dire « eh ben prenez les escaliers, ça vous fera faire du sport. » Ni une, ni deux, voilà une cinquantaine de locataires qui arrivent quelques jours plus tard dans les locaux du bailleur, en tenue de sport. Bandeaux sur la tête, débardeur, short, baskets. Et c’est parti pour un cours de fitness, du renforcement dans les escaliers,… le tout sous le regard attentif de la presse locale invitée pour l’occasion et friande de ce type de happening ! Le directeur se retrouve alors acculé et dans l’obligation de recevoir la délégation dans son bureau afin d’écouter leurs doléances et de prendre des engagements en conséquence. Le rapport de force est rééquilibré.

A Borny, on fait également du porte à porte. Pour rencontrer de nouvelles personnes et les sensibiliser à une action ou un événement, la rencontre individuelle est un atout majeur. Mais l’association Bouche à Oreille a surtout multiplié les portes d’entrée dans son association afin de fédérer les habitants du quartier autour de leurs projets.

L’association dispose de trois points d’accroche : un studio d’enregistrement, des ateliers de pratiques pour enfants et des ateliers de pratiques pour adultes. Depuis le début, un studio d’enregistrement professionnel est en accès libre pour les musiciens débutants ou confirmés du quartier. A l’occasion de projets précis, ils sont accompagnés de musiciens professionnels.

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Pour les ateliers pratiques pour enfants et adultes, ils sont tout public, et ont pour thème le dessin, la couture, la peinture, etc. On vient se faire plaisir, se perfectionner, découvrir, apprendre, rencontrer.

Des financements adaptés à chaque action

Dans le milieu associatif, la question de l’autofinancement attise toutes les curiosités, les attentions et les ingéniosités afin d’être le plus libre possible de la puissance publique, mais tout en cherchant son soutien potentiel (moral, technique…). Quid des financements privés (fondations ou mécénats) ? Nous tenons ici deux exemples mettant en lumière la singularité de chaque action et de chaque association.

Pour nos amis grenoblois, il va de soi que la commune n’en sera pas le premier financeur, ni même le second, ni même financeur du tout. La liberté totale de ton et d’action est une condition siné qua none à l’action de l’Alliance Citoyenne. On ne se fait pas financer par son (potentiel) opposant. Suivant la même logique, le bailleur et les collectivités territoriales ne peuvent être source de financement pour eux, à l’exception de la région qui les finance à hauteur de 15 %.

La cotisation des membres (5 euros par mois pour se « payer » un « directeur de cabinet ») en représente 20 % supplémentaires, tandis que les formations que les salariés dispensent sur le thème du comunity organizing et de la méthode Alinsky comptent pour 25 %. Les 40 % restant proviennent de fondations privées (« pas la fondation McDo ou Vinci bien sûr », souligne Elies).

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On est souvent d’accord pour dire que l’argent public doit servir à la défense des intérêts et des droits des citoyens, et donc au financement des associations telles qu’Aliance Citoyenne. Pourtant, on comprend aussi que la relation serait ambiguë voire même insoutenable entre l’association et le pouvoir public financeur, dans l’état actuel du pouvoir politique : clientélisme et corruption. Alors comme beaucoup de structures associatives en France, le volet formation vient compléter les cotisations et les différentes aides privées.

Et les associations culturelles, alors ? Comme pour sa cousine grenobloise, les financements privés comptent pour 40 % du budget annuel de l’association messine. Notamment au lancement de l’association, trois fondations (Fondation Abbé Pierre entre autres) les ont aidé à s’installer et à pérenniser leur activité. Le bailleur social figure aussi parmi les soutiens de poids de Bouche à oreille. Présent depuis le début, ce dernier continue d’accompagner la structure dans le développement de ses projets.

Enfin, les 60 % restants proviennent de fonds publics. Les différentes collectivités territoriales et les services étatiques liés à la culture et à la cohésion sociale sont des partenaires majeurs de l’association. Le temps d’élaboration des dossiers dissuade parfois, mais la qualité et la pérennité de leur travail sur le quartier leur offre une confiance non négligeable de la part des décideurs. Une relation de confiance mutuelle s’installe alors.

A chaque activité son financement propre !

En somme, ce que nous disent ces deux associations aux activités et aux profils assez différents c’est que l’action collective, le combat et l’altruisme ne font pas partie du passé. Et ce n’est pas être faussement naïfs de dire qu’ensemble, en se réunissant, nous sommes capables de grandes choses. Et si toutes les voix doivent être entendues, elles doivent trouver l’espace propice à leur épanouissement pour s’exprimer. Et toutes les voix compteront alors.

Pour en savoir plus :

Bouche à oreilles

Alliance Citoyenne Grenoble

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Des jeunes qui ne perdent pas le Nord !

En France, le paysage associatif souffre d’une image vieillotte, animé par des retraités, dirigé par des retraités, pour des retraités. On grossit un peu le trait, mais quelques chiffres tendent tout de même à donner une orientation.

La frange de la population la plus investie bénévolement dans les associations concerne les plus de 65 ans. Ils sont 35 % de cette catégorie d’âge à s’investir dans une ou plusieurs associations, contre 21 % des moins de 35 ans. Du côté des dirigeants, nous retrouvons en majorité des hommes de plus de 50 ans. En ce qui concerne les simples adhésions, elles concernent 26 % des 16-24 ans, contre 37 % des 60-74 ans.

Voilà pour ce qui est des chiffres ! Maintenant cassons cette image pour mettre en avant des jeunes, des super jeunes même, qui créent, imaginent, s’organisent et s’investissent dans des associations sociales, humanitaires, culturelles, environnementales. Exit les phrases toutes faites « Les jeunes, ils se mobilisent pas », les jeunes-ci, les jeunes-là, gna gna gna… STOP !

Les Parasites

Commençons par de jeunes nordistes, issus de l’Avesnois. L’histoire commence il y a quelques années sur les bancs du lycée de Landrécies. Une bande de copains se forme. Ils décident d’organiser un festival, sur leur territoire, près de chez eux. La mission est franchement réussie et le Collectif Parasites vit ainsi depuis 2011, de ses envies les plus folles.

Pour situer le contexte, c’est ici, dans le pays de l’Avesnois, que débute le film « Merci Patron ! » de François Ruffin. Il y rencontre un couple licencié par une grande entreprise de textile du milliardaire Bernard Arnault, suite à une délocalisation en Europe de l’Est. La région est un témoin d’une ère industrielle (dé)passée et ses habitants les victimes. Le constat de ces jeunes adultes surmotivés était donc un isolement croissant des personnes et une perte de confiance en eux et dans leur territoire. Les Parasites veulent dynamiter tout ça !

Trois d’entre eux se sont salariés, petit à petit, de l’association, et avec plus de soixante bénévoles, leurs activités se sont diversifiées. A travers leurs pôles « Animation / Événementiel », « Média », « Environnement et territoire » et « Atelier » , ils organisent des concerts, des ateliers vidéos, des jardins mobiles, des espaces de rencontre, des chantiers participatifs, des initiations, des ateliers de constructions, etc.

Toutes ces activités touchent un public large. Ils créent des partenariats à la fois avec les mairies, les paysans, les centres sociaux, les écoles, les petits producteurs locaux, les centres de loisirs, etc. De cette manière, ce sont toutes ces personnes et ces institutions qui se réapproprient leur territoire, leur fierté avesnoise et redonnent une dynamique propre à un territoire longtemps pensé comme enclavé.

« Ce qui fait la force du collectif, c’est sa diversité ». On ne pourrait trouver meilleure formule qui représente les activités du « Collectif Parasites ». Et ça tombe bien, puisque c’est comme ça qu’ils se définissent ! Ils sont jeunes et fous et ce que nous aimons chez eux, c’est qu’ils font ce qu’ils veulent et ce qu’ils aiment faire !

L’auberge des migrants

Nous étions déjà bien au Nord de la France dans l’Avesnois, mais si nous remontons encore un peu plus, du côté de Calais, on trouve un sacré exemple d’investissement de la jeunesse. Un lieu où on trouve un beau concentré d’énergies !

Que nous soyons en période d’effervescence médiatique, ou non, les personnes migrantes affluent à Calais toute l’année pour rejoindre l’Angleterre. De la même manière, les bénévoles s’activent pour leur fournir un accès aux soins, à l’eau, aux repas et à internet.

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Dans un immense hangar de la banlieue de Calais, ces différents collectifs bénévoles s’organisent ensemble afin de faire front collectivement à tous ces défis communs. Ils y reçoivent et y trient les dons, mutualisent les forces bénévoles, les bureaux, les contacts, les maraudes, l’organisation, etc.

Chaque jour, ils sont entre 80 et 150 à déballer, ranger, trier, porter, organiser, coudre, vérifier, nettoyer, donner, cuisiner, laver, préparer, etc. Des systèmes de rangement permettent de ranger les pulls à capuche, les pulls chauds pour l’hiver, les pulls mi-saison, les t-shirts manche longue, les t-shirts, les pantalons d’hiver des pantalons d’été, tous les types de vestes, les tentes deux, trois, quatre, cinq places, les chaussures par pointure, etc. La somme de travail est colossale afin de pouvoir fournir à chaque personne un équipement en bon état, propre et approprié selon la saison, sa taille et ses conditions de vie. Par exemple, dans le tri à la réception des vêtements, toutes les affaires fluos, ou trop voyantes sont mises de côté et redonnées à une autre association. Le quotidien d’un migrant étant fait de fuites et de cachettes, les habits les plus sombres seront les plus adaptés.

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A l’intérieur de cet entrepôt, simplement à vue d’œil lors de notre arrivée, nous constatons vite qu’au moins 90 % de cette centaine de personnes avait moins de 30 ans. Nous y avons rencontré Laure qui était présente sur les lieux depuis plus de quatre mois. Elle nous disait « C’est dingue, j’ai 29 ans, je suis presque la plus vieille ici ! ».

Tant à Landrécies qu’à Calais, ce sont des groupes de jeunes qui ont su se mobiliser massivement autour d’un projet commun, tout en étant inventifs et innovants. Ils inventent de nouvelles manières de s’organiser, de travailler ensemble et de rassembler. Alors preuve en est que les jeunes savent se bouger et même de manière collective et organisée.

Pour plus d’infos :
Collectif Parasites
L’Auberge des Migrants

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Sources : https://recherches-solidarites.org/media/uploads/la_france_associative-25-09-2017.pdf

Sans prof, ni élève, l’Université autrement.

Outil d’éducation populaire né il y a bien des années, revisité plus récemment pour un modèle plus militant, les universités populaires se définissent toutes comme des espaces de transmission de savoirs. Elles sont présentes dans un grand nombre de villes en France. Plus modernes que jamais, à l’heure de l’information massive et continue, les universités populaires sont un moyen pertinent de nous aider à mieux comprendre le monde et peut-être mieux nous organiser dans ce flot. Présentation et réflexions sur ces rendez-vous réguliers où les passionnés d’un sujet transmettent leurs savoirs aux participants.

Quand tout a commencé…

Le modèle des universités populaires existe depuis des décennies. A la fin des années 1890, l’Affaire Dreyfus secoue la France et divise l’opinion publique. Dans ce contexte, plusieurs facteurs convergent et mènent à la création des premières universités populaires. Le terme « intellectuel » apparaît et élargit la catégorie au-delà des écrivains et philosophes. Ces derniers prennent conscience de leur impact dans la société et de la place importante de leurs propos qui leur est accordée dans les débats du moment. Dans le même temps, se dessine une détermination à réduire les écarts entre ceux qui sont présentés comme ceux qui savent, et les autres, et donc à faire profiter la classe ouvrière de nouveaux savoirs. Instituées comme de nouvelles formes d’action politique ou bien comme une activité intellectuelle ouverte à tous et toutes, les universités populaires sont fondées pour bonne part par des intellectuels.

J'accuse

Au fil de l’Histoire, le nombre d’universités populaires va fluctuer. A leur apogée en 1902, elles sont plus de 140 en France, puis elles perdent de leur force dans l’entre-deux-guerres, avant de trouver un renouveau entre 1960 et 1980.

Quelles formes ont-elles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, une centaine est active et leurs formes se sont diversifiées. Le modèle traditionnel et le modèle alternatif sont les plus communs actuellement. Ils se retrouvent dans leurs objectifs de partage des savoirs et sur le principe du savoir permettant le développement du libre arbitre.

Les universités populaires traditionnelles sont les héritières historiques. Organisées en fédération nationale, elles sont aussi appelées « universités du temps libre » ou « université inter-âges » selon les communes. L’accès est le plus souvent payant, et les enseignements davantage tournés vers les savoirs pratiques (botanique, santé, bien-être, par exemple) et l’apprentissage des langues.

Les universités populaires dites alternatives sont nées dans les années 2000. Elles s’inspirent en grande partie des principes de l’Université populaire de 2002 fondée par Michel Onfray à Caen. La gratuité, l’accès libre à tous et toutes sans prérequis, les savoirs académiques en définissent les règles. Avec ces nouveaux principes, apparaissent de nouveaux questionnements. Les universités populaires alternatives interrogent le sens de l’apprentissage sous cette forme ouverte et posent donc le débat entre individualité et collectif.

Sont-elles animées d’une visée de transformation collective et sociale par la transmission du savoir à un groupe ou bien d’un objectif d’émancipation personnelle ? Les universités populaires laissent le débat ouvert depuis bien des années sans viser d’ailleurs d’y répondre définitivement. A nous de décider. On peut alors s’en saisir comme d’un outil pour aiguiser nos consciences, notre sens critique. Connaître davantage le monde qui nous entoure sous ses angles multiples pour mieux se situer dans l’information quotidienne, pour se positionner intellectuellement, ou encore simplement pour le plaisir d’apprendre. Loin des contraintes du modèle scolaire classique, notre volonté est (le) seul moteur de notre participation à ce type d’espaces d’éducation populaire. Sans note, sans compétition, sans contrôle, simplement pour apprendre.

Les universités populaires alternatives ? L’exemple de celle d’Avignon.

Pour bon nombre de participants aux universités populaires, le plaisir d’apprendre guide donc leur présence, sinon le plaisir de transmettre et d’enseigner. C’est cette envie qui a conduit les fondateurs de l’Université populaire d’Avignon a créer leur espace de savoirs partagés. Des enseignants avignonnais qui voulaient enseigner sans noter, juste pour le plaisir, face à un auditoire qui partage la démarche.

L’Université populaire d’Avignon a dispensé ses premiers cours en 2005. Elle est née quand le débat sur l’Europe et le sentiment de trahison des politiciens envers le peuple ont suscité l’envie de mieux comprendre les enjeux de notre société, de s’armer de savoirs et de connaissances pour mener plus aisément les débats dans un cercle familier ou plus large.

Suivant le mouvement des années 2000, elle se fixe comme règle la gratuité, la prédominance de sujets pluridisciplinaires, les partenariats locaux et l’accès libre à toutes et tous sans prérequis.

1. La gratuité

Les universités populaires dite alternatives sont en principe toutes gratuites, ce qui tend le plus souvent vers un modèle économique reposant sur des financements publics. Exception faite à Avignon ! La gratuité des enseignements hebdomadaires y est établie et la cotisation d’entrée à prix libre permet de couvrir l’assurance et l’organisation de l’Assemblée générale une fois par an. Les intervenants sont bénévoles et les locaux de l’Université d’Avignon sont prêtés en échange de la création d’un module d’UE (Unité d’Enseignement) pour les étudiants de Licence. La quasi absence de dépenses leur permet de fonctionner presque sans rentrée d’argent. Un sacré problème en moins pour une association !

2. Des sujets choisis

Chaque année un thème est voté par le Conseil d’administration. Il se veut être suffisamment large pour assurer une pluridisciplinarité et pouvoir être étiré dans plusieurs directions. Par exemple, en 2017-2018, le thème du corps abordait différentes questions : « Le corps nous met-il dans tous nos états ? Comment les États gèrent-ils nos corps ? Depuis quand concevons-nous le corps d’abord comme un organisme ? Comment les explorations scientifiques du corps ont-elles modelé et modifié nos conceptions du corps ? Comment l’Antiquité concevait-elle le corps ? Comment les artistes ont-ils représenté le corps ? … »

Le jeu, le temps, la mémoire, l’erreur, la modernité, sont une partie des thèmes annuels qui ont animé les cours du mardi soir depuis 13 ans.

3. Des partenariats locaux

Ancrer l’université populaire dans le paysage culturel avignonnais est une volonté marquée de l’équipe actuelle. Ville bien connue pour son attrait pour la culture, le théâtre et le cinéma, on retrouve là les orientations des différents partenariats avignonnais. Depuis 13 ans, l’Université populaire tisse des liens forts avec, entre autres : l’association emblématique de musiques actuelles de jazz qu’est l’Ajmi, le cinéma Utopia, le Délirium en tant que bar culturel et résidence d’artistes, ou encore l’Université d’Avignon. Ces collaborations prennent différentes formes, comme le prêt de salles, l’intervention d’artistes ou de spécialistes issus de ces structures dans les programmes des cours de l’Université populaire du mardi soir, la programmation d’événements culturels et/ou festifs communs permettant de croiser les publics, etc.

cinema utopia

4. L’accès libre à tous et toutes

Les soirs qui enregistrent le moins de participants avoisinent les 60 personnes présentes. Sinon la moyenne est généralement de 100 à 200 personnes. Des chiffres qui valent certainement leur succès au fonctionnement singulier de cette université populaire. L’intérêt et la fidélité des participants semblent être le fruit des points exposés précédemment.

Plus ou moins militantes, affichées comme tel ou non, plus ou moins engagées vers la transformation sociale, les universités populaires sont un outil d’éducation populaire dont chacun-e peut se saisir en vue de ses propres objectifs. Le plaisir d’apprendre, d’élargir ses savoirs vers des domaines que l’on ne connaît pas ou peu, de s’initier à la philosophie, aux mathématiques, à l’Histoire, aux sciences… sont autant de raisons qui peuvent conduire à participer à ces rendez-vous. Dans un esprit plus altermondialiste, nous pensons que le cadre des universités populaires peut fortement aider et accompagner la création et l’émancipation de collectifs toujours plus avertis vers une transformation globale de la société. C’est d’ailleurs ce que les mouvements sociaux ont compris de cet outil. Sous forme d’occupations de places publiques comme Nuit debout en 2016, ou lors d’occupations d’amphithéâtres universitaires en période de manifestations, voilà les universités populaires dépoussiérées sous un nouvel angle éphémère et exceptionnel. Kwnoledge is a weapon !

Pour plus d’informations :

Université populaire d’Avignon

Ajmi

Cinéma Utopia

Le Délirium

L’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse

Sources :

http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/rapport-2018-01-univpop.pdf

L’université populaure de Lille, un siècle d’histoire 1900-2000 ouvrage coordonné par Alain Lottin, La Voix du Nord , 2000

Les universités populaires en France Un état des lieux à la lumière de trois expériences européennes : Allemagne, Italie et Suède, INJEP notes et rapports, mars 2018, JEAN-CLAUDE RICHEZ

Entretien avec M. Jean-Robert Alcarras, juin 2018, fondateur de l’Université populaire d’Avignon.

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A La Cimenterie, l’histoire commence…

Le Golfe du Morbihan a cette réputation d’être la partie riche de la Bretagne et souvent peu habitée à l’année. Quelques villes font exceptions. Nous avons d’ailleurs découvert l’émergence d’une aventure dans l’une de ces communes qui se compose principalement de résidences principales, mais dont le manque d’activité et d’espaces communs devenaient un poids pour ses habitants. Nous avons vécu un moment clef à La Cimenterie, lieu dédié à cette aventure.

A Theix-Noyalo, la mairie a un projet d’aménagement urbain. Elle envisage la construction de 1000 nouveaux logements individuels et groupés, et d’un quartier alternatif composé d’habitats légers, mobiles, d’auto-construction et d’habitats partagés. Dans ce cadre, elle rachète également le terrain de la cimenterie qui a cessé ses activités il y a quelques années.

L’ambition affichée est alors d’en faire un espace au service des arts de la rue, d’un lieu de convivialité et de rencontre pour répondre aux envies et besoins sur le territoire. La Cimenterie devrait devenir le théâtre commun de ces volontés.

Mairie rencontrée et partenaires potentiels contactés, l’association TAV signe une convention de 50 000 euros annuels avec la mairie pour le lancement et la mise en œuvre de ce projet. Les Jeudis de la Cimenterie sont alors créés pour réunir une fois par semaine les personnes qui veulent s’investir dans l’élaboration et l’animation de ce lieu immense. Le 10 mai dernier se tenait la première d’entre elles.

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L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale : aujourd’hui on pose la première pierre d’une réflexion commune sur les envies que nous donnent ce lieu.

Alors que Samuel prend la parole, après un mot d’introduction de François, Président de l’association TAV, la quarantaine de personnes présentes est studieuse et attentive. Samuel présente l’association TAV, le projet de La Cimenterie, puis les quelques événements ayant déjà animé le lieu pour le faire connaître ces derniers mois.

Benoit Rassouw poursuit avec une présentation de son activité de préfiguration urbaine, notamment au sein de l’association Yes We Camp. Le Banya Tour, Les Grands Voisins… l’artiste plasticien donne à voir ce qu’il est possible de proposer en termes d’occupation et d’aménagement de l’espace, de manière collective.

Nous intervenons ensuite rapidement sur notre tour de France, les différents lieux similaires rencontrés, et surtout sur les différents modes d’organisation qui s’offrent à eux en termes de gouvernance et d’organisation interne, selon les différents exemples que nous avons déjà découvert.

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La quantité d’informations reçues en une heure était conséquente. Les esprits avaient été mis à rude épreuve et Samuel profite de ce moment pour en tirer pleinement profit en proposant un petit exercice de groupe fort intéressant : chacun écrit sur un papier qu’on lui fournit, ce qu’il sait faire d’un côté et ce qu’il a envie de faire de l’autre. Quelques minutes de réflexion plus tard, les papiers sont mélangés et redistribués au hasard. Chacun se retrouve alors avec les savoirs et les envies de quelqu’un d’autre. Le but est de les lire à l’assemblée et de trouver son auteur dans la salle. Celui-ci peut alors s’exprimer et développer ses quelques lignes. Il récupère son papier, y inscrit ses coordonnées au dos, et le glisse dans la grande boîte des idées.

Léa, membre du TAV, se fera un plaisir le lendemain de toutes les rassembler et les mettre en commun !

Quel moment rare et précieux ont-ils partagé ce soir-là !! Si nous parlions de la préservation de nos espaces communs à Brest il y a quelques jours, le projet étant ici communal, il ne correspond pas exactement aux mêmes logiques. Toutefois, il a ça en commun avec eux qu’on peut y voir comment un groupe de personnes peut se surpasser et même créer une magie collective quand il a un objectif et un rêve commun.

La Cimenterie dispose à cette heure-ci devant elle d’une multitude de chemins de vie possibles. Le choix de l’un ou l’autre dépend en grande partie du groupe d’habitants qui s’en saisira. Et chaque personne l’intégrant lui donnera une teinte, une orientation, une forme, ce qui mènera chaque groupe constitué autour du projet à en faire quelque chose de différent.

Ce jeudi 10 mai, nous avons eu une première esquisse des personnalités présentes, donnant un premier aperçu du groupe en formation, et ainsi une idée de La Cimenterie qu’ils pourraient construire ensemble.

Ce soir-là à La Cimenterie ils ont rêvé sur leurs petits papiers de jardin collectif, de dépassement de la matrice pour les ambitieux, d’espace de création collective, d’envie d’apprendre aux autres et d’apprendre des autres, de ciné débat, de recyclerie, de bar, de café philo, de bricolage, de méditation, etc. Les envies et les savoirs fusaient. Ils se croisaient parfois, interrogeaient l’assemblée, la faisaient rire, suscitaient une discussion, et plus que tout, faisaient vivre le groupe.

La première pierre de la nouvelle Cimenterie a ainsi été posée. Et bien posée. De nouvelles pierres devront être posées ces prochaines semaines et ces prochains mois. Non pas pour faire un mur, mais pour construire un édifice ensemble capable d’accueillir les velléités de chacun dans toute leurs singularités. Bonne route les amis !

Photo prise par Mélissa Jallé.

Pour en savoir plus :

La Cimenterie : https://www.facebook.com/LaCimenteriePetitPlaisance/

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