Le Nabu, laboratoire urbain dans Béziers !

« Le dialogue de l’architecture et du paysage est le projet Nabuchodonosor. Redécouvrir la ville, voilà ce que l’on propose. ». C’est par ces mots simples, ambitieux et terriblement motivants que le collectif biterrois se définit. Et pour ceux qui aiment ces mots, les mots qui donnent la gnac, ils se définissent également comme un « laboratoire urbain ». Allez, déjà assez parlé, qu’est-ce qu’ils font, concrètement ?

Le Bar des « Nabu », le Barnabu ! 

Dans la vieille ville historique de Béziers, le quartier St Jacques, les commerces ne se marchent pas dessus. Hormis la boulangerie de la Place St Cyr, c’est le calme plat. En face de celle-ci, se trouvait il y a une quinzaine d’années un bar nommé « Le St Cyr ». C’était le lieu de vie sociale du quartier, les boulistes y stockaient leurs boules, les voisins s’y croisaient, et puis… la clef sous la porte. Alors il y a quatre ans, quand le jeune collectif cherchait un lieu où exprimer ses envies les plus folles, ce bar resté dans son jus les a de suite conquis. Le propriétaire est arrangeant, le quartier plein de potentiel, en avant !

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Le Barnabu est un bar associatif que le collectif s’attelle à ouvrir tous les mercredi et vendredi soir, où il est possible de boire un verre, discuter, se rencontrer, voire même chanter ou danser si le cœur vous en dit. Tourné vers la rue, cet espace est véritablement à destination des riverains. La petite place St Cyr prend soudainement un air plus joyeux et plus attrayant lorsqu’elle est éclairée par la lumière du Barnabu. Le collectif ne se prive d’ailleurs pas d’investir cet espace d’un grand tableau d’affichage des infos locales et des animations à venir, de quelques chaises autour d’une table, et d’un petit portant rempli de vêtements d’occasion. Donnez et prenez tant que vous voulez, c’est gratuit. Toutes ces petites choses (re)donnent à l’espace public une dimension plus collective qu’impersonnelle.

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Aujourd’hui le constat que le collectif et les biterrois est clair et commun à grand nombre de villes : les rues se ressemblent, se vident de leurs commerces et les habitants y passent sans plus y faire attention. La vie se passe dans les maisons et appartements, mais plus dans les rues. Le collectif a alors à cœur de requestionner notre rapport à la ville, à ses usages. Permettre aux habitants de redécouvrir leur ville, la faire leur et leur faire lever les yeux sur l’architecture et les trésors devenus cachés de la vieille ville. Le Nabu s’est saisi de ce sujet avec dynamisme et intelligence ! Que ce soit à travers des discussions au Barnabu, des sessions en groupe de dessins dans la ville (« Dessine ta ville » avec Cédric Torne), des Incroyables Comestibles à planter ci et là… à travers des rencontres quoi.

Des rencontres de tous poils ! 

Les « Nabu », comme ils aiment à s’appeler, organisent des rencontres entre les habitants du quartier St Jacques et des intervenants de tous poils. Un artiste photographe y a par exemple fait une résidence de trois mois pendant lesquels chaque dimanche de 15h à 17h il circulait dans le quartier à la rencontre de ses habitants, muni de son appareil photo. L’objectif était de requestionner les habitants sur l’image qu’ils ont de leur ville, de leur quartier, et de se la réapproprier par la photographie. On peut encore croiser les photographies en noir et blanc exposées sur quelques murs de la ville.

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Ils ont également reçu Sophie Ricard, architecte dont on a déjà cité le travail dans un précédent article, afin de s’interroger sur les usages de la ville et ses espaces.

Autre exemple, autre ambiance : le vendredi 8 février au Barnabu, nous avons présenté aux personnes présentes notre exposition retraçant une quinzaine d’initiatives particulièrement marquantes pour nous. Nous avons ainsi pu échanger de manière informelle avec les curieux ou les passionnés au sujet de l’écologie, de l’investissement citoyen, du faire ensemble, etc.

Des conférences, des expos et toutes sortes de rencontres sont donc organisées par le collectif pour nourrir les réflexions des habitants et du collectif au sujet de leur vie de quartier, de leur vie d’habitant. Un programme riche et des questions d’actualité à l’honneur !

« Chouchoux » : un média inter associatif

« Chou-Choux », le journal interassociatif biterrois. Une feuille de choux de huit pages qui donne la parole aux associations de la ville et du quartier St Jacques. Un bilan de ce qu’il s’est fait ces derniers mois, de ce qu’il s’y passera les semaines à venir, le courrier des lecteurs, des édito, tout ce qui fait un bon journal !

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Avec un superbe travail graphique, avec des dessins faits main, des photo d’artistes et plein de couleurs, ce petit journal est largement apprécié et distribué gratuitement à qui veut.

Le Collectif Nabuchodonosor s’entoure entre autres de l’association Tu Tamben qui promeut la culture occitane, du Gem (Groupe d’Entraide Mutuelle), ou encore de la Courte Echelle qui propose du soutien scolaire pour des événements partagés et l’élaboration de différents supports de communication et particulièrement de ce journal « qui appartient à tout le monde ».

Le Grand Nabucho

C’est LE rendez-vous à ne pas manquer ! Avant les grandes vacances d’été, c’est l’événement qui anime le quartier et fait bouger les murs.

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Chaque mois de juin, le collectif organise sur une journée un festival de quartier, sur la grande place St Jacques. C’est le moment de restitution du travail fait tout le long de la saison écoulée. De midi à 1h du matin, le quartier se transforme pour laisser place aux associations locales, aux artistes collaborateurs et à l’exposition des travaux réalisés dans l’année. On retrouve des stands, des jeux, des projections, des ateliers créatifs, une expo, de la musique, une buvette évidemment et toujours des surprises.

Comme dirait Espasces possibles, « la ville elle est à qui ? Elle est à nous ! » ! Ces deux urbanistes de formation présenteront d’ailleurs leur conférence gesticulée au Barnabu le 1er mars prochain. Ce gimmick pourrait également être celui du Collectif Nabuchodonosor. Par l’occupation, l’animation et l’expérimentation de l’espace public, ils testent au cœur du quartier St Jacques une nouvelle manière de faire la ville ensemble. Chaque rue a une histoire à raconter , chaque façade d’immeuble un message à faire passer, chaque recoin une anecdote qui éclairera l’histoire de la ville. Ces espaces nous appartiennent collectivement, alors autant qu’ils nous ressemblent, nous rassemblent.

Pour en savoir plus :

Collectif Nabuchodonosor

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Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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Créations artistiques ou militantisme happening : la force des habitants des quartiers.

De Grenoble à Metz, du social à la culture, du militantisme au spectacle vivant, de l’ennemi commun à l’ami commun, de la rencontre à… la rencontre aussi. Si différentes par leurs philosophies, leurs modes d’actions et leurs sujets de préoccupation, l’association Bouche à Oreille à Metz et Alliance Citoyenne à Grenoble n’en restent pas moins de proches cousines. Elles font naître des aventures collectives insoupçonnées entre voisins d’un même immeuble ou d’un même quartier. Quand les Lorrains misent sur l’art comme moyen de rencontre, de partage et d’ouverture, les Isérois misent sur le respect des droits, l’égalité et la justice.

Implantés toutes deux dans des quartiers dits « prioritaires », elles rendent accessible la création et la pratique artistique pour les premiers cités, et le pouvoir d’agir ou l’affirmation d’une voix commune influente pour les seconds. Ce ne sont pas des solutions miracles ou des recettes toute-faite au sujet de l’accès à la culture ou à la mobilisation revendicatrice, mais nous tenions à souligner la pertinence, l’ingéniosité et le travail de fond que mènent ces deux associations de terrain. Par cet article, leur montrer également qu’elles ne sont pas seules, que d’autres personnes ailleurs en France, sur d’autres domaines redoublent sans cesse d’inventivité pour donner une place, une voix, et de la confiance à ceux dont la parole et l’avis ne comptent plus, ne sont plus écoutés, voire même méprisés.

2 associations, 2 histoires

A Grenoble, l’association Alliance Citoyenne est née de la pensée de l’Américain Saul Alinsky. Dans les années 1930 à Chicago, cet Américain fédérait les habitants d’un même quartier contre les propriétaires qui ne prenait pas soin de leurs immeubles, ou contre la commune qui n’organisait pas un ramassage des ordures assez décent, etc. Il en a écrit un ouvrage qui s’intitule « Rules for Radicals », ou « Radicaux, réveillez-vous ! » dans sa traduction française. Ce livre constitue pour l’association grenobloise une base solide tant sur la méthodologie que l’idéologie.

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Toujours à Grenoble, Elies, salarié de l’association, nous raconte le quotidien et la méthode de travail ici. L’objectif est de recréer un rapport de force d’égal à égal entre des individus isolés et un pouvoir uni et organisé. Quand l’ascenseur d’un immeuble tombe en panne 50 fois par an, les premières victimes que sont les locataires sont, de prime abord, tous énervés, mais de manière dispersée. L’un enverra peut-être quelques courriers, et au mieux quelques-uns se réuniront pour afficher leur mécontentement ensemble. Mais ils auront toutes les chances de se heurter à, au choix : 1) un directeur de cabinet qui ne parle pas le même langage qu’eux. 2) un.e secrétaire qui ne cesse de répéter l’absence de M. le Directeur, il est en réunion. 3) au renvoi de la patate chaude entre différentes institutions. 4) des promesses de changement et d’actions qui ne seront pas tenues. 5) Un répondeur interminable. 6) Etc.

Le rapport de force n’est pas égal. Pour le rétablir, les locataires décident de cotiser à l’Alliance Citoyenne pour se payer un organisateur, qui ira toquer aux portes avec eux pour mobiliser les voisins, qui les aidera à formuler des revendications claires et gagnables, les formera aux méthodes de négociation et d’action directe-non violente.

A Metz, l’association Bouche à Oreille est implantée dans le quartier de Borny depuis 2012. Plus précisément dans la grande Cour du Languedoc, entourée de barres d’immeubles. Issus des arts visuels, du spectacle vivant et des sciences humaines, un collectif découvre le site où : « Plus de 30 langues sont parlées couramment dans cet espace grand comme un terrain de foot », explique Julie, l’une des instigatrices du collectif.

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Le projet qui les y mène en 2012, prend la forme d’un spectacle participatif son et lumière dont cette grande cour et les immeubles sont le décor. Simplement en allumant et en éteignant la lumière de chez lui, chaque habitant participe à la chorégraphie de lumière se jouant sur la façade de l’immeuble. L’opération est une réussite et le coup de cœur est immédiat entre l’association et les habitants. L’association se sédentarise alors à Borny. Les projets de ce type se développent, l’équipe grandit et l’adhésion des habitants se renforce.

L’artiste Jepoy viendra, par exemple, y passer trois mois et mettre en place son projet « Manger son quartier ». Il commence par enquêter auprès des habitants sur le ressenti qu’ils ont à propos de chaque rue ou passage de leur quartier. Quel endroit vous semble le plus épicé, le plus sucré, amer, croustillant, fondant, doux, acide, gourmand, etc. Puis il cuisine avec chaque participant et produit un maquette comestible du quartier de 25m². On peut s’y promener, passer entre les rues épicées et sucrées, humer l’amertume d’une autre et finir par en croquer une dernière !

Le dernier projet en date est un roman photo musical et théâtral : Story Bordes. Un metteur en scène et un réalisateur ont travaillé avec 96 habitants volontaires ainsi qu’un musicien et deux comédiens professionnels. L’originalité du projet tient dans le fait que la musique est jouée en direct au moment de la projection sur écrans géants et que les comédiens sortent parfois de l’écran pour jouer des scènes en direct devant le public.

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Les 35 créations de l’association Bouche à Oreille depuis 2012 ont ça de particulier : elles font travailler ensemble des professionnels du spectacle et des habitants du quartier. Ces derniers ne sont pas là que pour la figuration. Ils sont investis dans la réflexion du projet, la création, les répétitions et le jeu. Peuvent en attester notamment les projets musicaux qui ont donné lieu à l’édition de CD où des chants traditionnels sont interprétés et enregistrer dans le studio d’enregistrement de l’association, au cœur du quartier.

Le porte à porte comme première rencontre

Chez Alliance Citoyenne, le procédé est aussi original qu’efficace. Lors d’un porte à porte d’une demi-journée dans tout l’immeuble, Elies ou un autre salarié se présente, présente l’association et pose très vite une première question : « Qu’est-ce qui vous met en colère ? ». Suite à cette entrée en matière, généralement les langues se délient. Les ordures, l’ascenseur, l’entretien ou les fissures en ce qui concerne l’habitat. Les discussions s’étendent également aux transports, à l’école du quartier, au centre social, à la vie du quartier, etc.

Suite à ce temps de porte à porte, les organisateurs de l’Alliance Citoyenne invitent tous les habitants rencontrés à venir faire le bilan des sujets qui ont été les plus récurrents lors d’une grande assemblée citoyenne. Ce moment collectif permettra, dans un premier temps, d’identifier le responsable de la situation, l’adversaire (bailleur, propriétaire, commune, ascensoriste, etc.). Aussi, nous pouvons compter les forces en présence, rencontrer ses voisins, échanger sur le sujet, se rendre compte que nous sommes nombreux, mais surtout programmer la prochaine action. Afin de veiller à ce que la pression ne retombe pas, la première action doit intervenir rapidement après ce premier échange collectif.

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Et la liste d’actions potentielles à l’Alliance Citoyenne est longue. Suivant les principes d’Alinsky, une des pistes possibles à suivre est de faire vivre la situation vécue à son responsable, ou du moins lui exposer directement ce que vivent les personnes Exemple : Face à des ascenseurs sans cesse en panne, les membres de l’Alliance Citoyenne s’organisent avec l’aide d’un salarié de l’association pour faire du porte à porte, des réunions d’immeubles et enquêter auprès du bailleur pour comprendre les raisons du problème. Il se trouve que selon tous les contrats et conventions signées, le responsable n’est pas l’ascensoriste mais le bailleur lui-même. Alors après plusieurs appels, la personne au standard, sans doute fatiguée par la ténacité des locataires, finit par dire « eh ben prenez les escaliers, ça vous fera faire du sport. » Ni une, ni deux, voilà une cinquantaine de locataires qui arrivent quelques jours plus tard dans les locaux du bailleur, en tenue de sport. Bandeaux sur la tête, débardeur, short, baskets. Et c’est parti pour un cours de fitness, du renforcement dans les escaliers,… le tout sous le regard attentif de la presse locale invitée pour l’occasion et friande de ce type de happening ! Le directeur se retrouve alors acculé et dans l’obligation de recevoir la délégation dans son bureau afin d’écouter leurs doléances et de prendre des engagements en conséquence. Le rapport de force est rééquilibré.

A Borny, on fait également du porte à porte. Pour rencontrer de nouvelles personnes et les sensibiliser à une action ou un événement, la rencontre individuelle est un atout majeur. Mais l’association Bouche à Oreille a surtout multiplié les portes d’entrée dans son association afin de fédérer les habitants du quartier autour de leurs projets.

L’association dispose de trois points d’accroche : un studio d’enregistrement, des ateliers de pratiques pour enfants et des ateliers de pratiques pour adultes. Depuis le début, un studio d’enregistrement professionnel est en accès libre pour les musiciens débutants ou confirmés du quartier. A l’occasion de projets précis, ils sont accompagnés de musiciens professionnels.

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Pour les ateliers pratiques pour enfants et adultes, ils sont tout public, et ont pour thème le dessin, la couture, la peinture, etc. On vient se faire plaisir, se perfectionner, découvrir, apprendre, rencontrer.

Des financements adaptés à chaque action

Dans le milieu associatif, la question de l’autofinancement attise toutes les curiosités, les attentions et les ingéniosités afin d’être le plus libre possible de la puissance publique, mais tout en cherchant son soutien potentiel (moral, technique…). Quid des financements privés (fondations ou mécénats) ? Nous tenons ici deux exemples mettant en lumière la singularité de chaque action et de chaque association.

Pour nos amis grenoblois, il va de soi que la commune n’en sera pas le premier financeur, ni même le second, ni même financeur du tout. La liberté totale de ton et d’action est une condition siné qua none à l’action de l’Alliance Citoyenne. On ne se fait pas financer par son (potentiel) opposant. Suivant la même logique, le bailleur et les collectivités territoriales ne peuvent être source de financement pour eux, à l’exception de la région qui les finance à hauteur de 15 %.

La cotisation des membres (5 euros par mois pour se « payer » un « directeur de cabinet ») en représente 20 % supplémentaires, tandis que les formations que les salariés dispensent sur le thème du comunity organizing et de la méthode Alinsky comptent pour 25 %. Les 40 % restant proviennent de fondations privées (« pas la fondation McDo ou Vinci bien sûr », souligne Elies).

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On est souvent d’accord pour dire que l’argent public doit servir à la défense des intérêts et des droits des citoyens, et donc au financement des associations telles qu’Aliance Citoyenne. Pourtant, on comprend aussi que la relation serait ambiguë voire même insoutenable entre l’association et le pouvoir public financeur, dans l’état actuel du pouvoir politique : clientélisme et corruption. Alors comme beaucoup de structures associatives en France, le volet formation vient compléter les cotisations et les différentes aides privées.

Et les associations culturelles, alors ? Comme pour sa cousine grenobloise, les financements privés comptent pour 40 % du budget annuel de l’association messine. Notamment au lancement de l’association, trois fondations (Fondation Abbé Pierre entre autres) les ont aidé à s’installer et à pérenniser leur activité. Le bailleur social figure aussi parmi les soutiens de poids de Bouche à oreille. Présent depuis le début, ce dernier continue d’accompagner la structure dans le développement de ses projets.

Enfin, les 60 % restants proviennent de fonds publics. Les différentes collectivités territoriales et les services étatiques liés à la culture et à la cohésion sociale sont des partenaires majeurs de l’association. Le temps d’élaboration des dossiers dissuade parfois, mais la qualité et la pérennité de leur travail sur le quartier leur offre une confiance non négligeable de la part des décideurs. Une relation de confiance mutuelle s’installe alors.

A chaque activité son financement propre !

En somme, ce que nous disent ces deux associations aux activités et aux profils assez différents c’est que l’action collective, le combat et l’altruisme ne font pas partie du passé. Et ce n’est pas être faussement naïfs de dire qu’ensemble, en se réunissant, nous sommes capables de grandes choses. Et si toutes les voix doivent être entendues, elles doivent trouver l’espace propice à leur épanouissement pour s’exprimer. Et toutes les voix compteront alors.

Pour en savoir plus :

Bouche à oreilles

Alliance Citoyenne Grenoble

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Des jeunes qui ne perdent pas le Nord !

En France, le paysage associatif souffre d’une image vieillotte, animé par des retraités, dirigé par des retraités, pour des retraités. On grossit un peu le trait, mais quelques chiffres tendent tout de même à donner une orientation.

La frange de la population la plus investie bénévolement dans les associations concerne les plus de 65 ans. Ils sont 35 % de cette catégorie d’âge à s’investir dans une ou plusieurs associations, contre 21 % des moins de 35 ans. Du côté des dirigeants, nous retrouvons en majorité des hommes de plus de 50 ans. En ce qui concerne les simples adhésions, elles concernent 26 % des 16-24 ans, contre 37 % des 60-74 ans.

Voilà pour ce qui est des chiffres ! Maintenant cassons cette image pour mettre en avant des jeunes, des super jeunes même, qui créent, imaginent, s’organisent et s’investissent dans des associations sociales, humanitaires, culturelles, environnementales. Exit les phrases toutes faites « Les jeunes, ils se mobilisent pas », les jeunes-ci, les jeunes-là, gna gna gna… STOP !

Les Parasites

Commençons par de jeunes nordistes, issus de l’Avesnois. L’histoire commence il y a quelques années sur les bancs du lycée de Landrécies. Une bande de copains se forme. Ils décident d’organiser un festival, sur leur territoire, près de chez eux. La mission est franchement réussie et le Collectif Parasites vit ainsi depuis 2011, de ses envies les plus folles.

Pour situer le contexte, c’est ici, dans le pays de l’Avesnois, que débute le film « Merci Patron ! » de François Ruffin. Il y rencontre un couple licencié par une grande entreprise de textile du milliardaire Bernard Arnault, suite à une délocalisation en Europe de l’Est. La région est un témoin d’une ère industrielle (dé)passée et ses habitants les victimes. Le constat de ces jeunes adultes surmotivés était donc un isolement croissant des personnes et une perte de confiance en eux et dans leur territoire. Les Parasites veulent dynamiter tout ça !

Trois d’entre eux se sont salariés, petit à petit, de l’association, et avec plus de soixante bénévoles, leurs activités se sont diversifiées. A travers leurs pôles « Animation / Événementiel », « Média », « Environnement et territoire » et « Atelier » , ils organisent des concerts, des ateliers vidéos, des jardins mobiles, des espaces de rencontre, des chantiers participatifs, des initiations, des ateliers de constructions, etc.

Toutes ces activités touchent un public large. Ils créent des partenariats à la fois avec les mairies, les paysans, les centres sociaux, les écoles, les petits producteurs locaux, les centres de loisirs, etc. De cette manière, ce sont toutes ces personnes et ces institutions qui se réapproprient leur territoire, leur fierté avesnoise et redonnent une dynamique propre à un territoire longtemps pensé comme enclavé.

« Ce qui fait la force du collectif, c’est sa diversité ». On ne pourrait trouver meilleure formule qui représente les activités du « Collectif Parasites ». Et ça tombe bien, puisque c’est comme ça qu’ils se définissent ! Ils sont jeunes et fous et ce que nous aimons chez eux, c’est qu’ils font ce qu’ils veulent et ce qu’ils aiment faire !

L’auberge des migrants

Nous étions déjà bien au Nord de la France dans l’Avesnois, mais si nous remontons encore un peu plus, du côté de Calais, on trouve un sacré exemple d’investissement de la jeunesse. Un lieu où on trouve un beau concentré d’énergies !

Que nous soyons en période d’effervescence médiatique, ou non, les personnes migrantes affluent à Calais toute l’année pour rejoindre l’Angleterre. De la même manière, les bénévoles s’activent pour leur fournir un accès aux soins, à l’eau, aux repas et à internet.

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Dans un immense hangar de la banlieue de Calais, ces différents collectifs bénévoles s’organisent ensemble afin de faire front collectivement à tous ces défis communs. Ils y reçoivent et y trient les dons, mutualisent les forces bénévoles, les bureaux, les contacts, les maraudes, l’organisation, etc.

Chaque jour, ils sont entre 80 et 150 à déballer, ranger, trier, porter, organiser, coudre, vérifier, nettoyer, donner, cuisiner, laver, préparer, etc. Des systèmes de rangement permettent de ranger les pulls à capuche, les pulls chauds pour l’hiver, les pulls mi-saison, les t-shirts manche longue, les t-shirts, les pantalons d’hiver des pantalons d’été, tous les types de vestes, les tentes deux, trois, quatre, cinq places, les chaussures par pointure, etc. La somme de travail est colossale afin de pouvoir fournir à chaque personne un équipement en bon état, propre et approprié selon la saison, sa taille et ses conditions de vie. Par exemple, dans le tri à la réception des vêtements, toutes les affaires fluos, ou trop voyantes sont mises de côté et redonnées à une autre association. Le quotidien d’un migrant étant fait de fuites et de cachettes, les habits les plus sombres seront les plus adaptés.

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A l’intérieur de cet entrepôt, simplement à vue d’œil lors de notre arrivée, nous constatons vite qu’au moins 90 % de cette centaine de personnes avait moins de 30 ans. Nous y avons rencontré Laure qui était présente sur les lieux depuis plus de quatre mois. Elle nous disait « C’est dingue, j’ai 29 ans, je suis presque la plus vieille ici ! ».

Tant à Landrécies qu’à Calais, ce sont des groupes de jeunes qui ont su se mobiliser massivement autour d’un projet commun, tout en étant inventifs et innovants. Ils inventent de nouvelles manières de s’organiser, de travailler ensemble et de rassembler. Alors preuve en est que les jeunes savent se bouger et même de manière collective et organisée.

Pour plus d’infos :
Collectif Parasites
L’Auberge des Migrants

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Sources : https://recherches-solidarites.org/media/uploads/la_france_associative-25-09-2017.pdf

Sans prof, ni élève, l’Université autrement.

Outil d’éducation populaire né il y a bien des années, revisité plus récemment pour un modèle plus militant, les universités populaires se définissent toutes comme des espaces de transmission de savoirs. Elles sont présentes dans un grand nombre de villes en France. Plus modernes que jamais, à l’heure de l’information massive et continue, les universités populaires sont un moyen pertinent de nous aider à mieux comprendre le monde et peut-être mieux nous organiser dans ce flot. Présentation et réflexions sur ces rendez-vous réguliers où les passionnés d’un sujet transmettent leurs savoirs aux participants.

Quand tout a commencé…

Le modèle des universités populaires existe depuis des décennies. A la fin des années 1890, l’Affaire Dreyfus secoue la France et divise l’opinion publique. Dans ce contexte, plusieurs facteurs convergent et mènent à la création des premières universités populaires. Le terme « intellectuel » apparaît et élargit la catégorie au-delà des écrivains et philosophes. Ces derniers prennent conscience de leur impact dans la société et de la place importante de leurs propos qui leur est accordée dans les débats du moment. Dans le même temps, se dessine une détermination à réduire les écarts entre ceux qui sont présentés comme ceux qui savent, et les autres, et donc à faire profiter la classe ouvrière de nouveaux savoirs. Instituées comme de nouvelles formes d’action politique ou bien comme une activité intellectuelle ouverte à tous et toutes, les universités populaires sont fondées pour bonne part par des intellectuels.

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Au fil de l’Histoire, le nombre d’universités populaires va fluctuer. A leur apogée en 1902, elles sont plus de 140 en France, puis elles perdent de leur force dans l’entre-deux-guerres, avant de trouver un renouveau entre 1960 et 1980.

Quelles formes ont-elles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, une centaine est active et leurs formes se sont diversifiées. Le modèle traditionnel et le modèle alternatif sont les plus communs actuellement. Ils se retrouvent dans leurs objectifs de partage des savoirs et sur le principe du savoir permettant le développement du libre arbitre.

Les universités populaires traditionnelles sont les héritières historiques. Organisées en fédération nationale, elles sont aussi appelées « universités du temps libre » ou « université inter-âges » selon les communes. L’accès est le plus souvent payant, et les enseignements davantage tournés vers les savoirs pratiques (botanique, santé, bien-être, par exemple) et l’apprentissage des langues.

Les universités populaires dites alternatives sont nées dans les années 2000. Elles s’inspirent en grande partie des principes de l’Université populaire de 2002 fondée par Michel Onfray à Caen. La gratuité, l’accès libre à tous et toutes sans prérequis, les savoirs académiques en définissent les règles. Avec ces nouveaux principes, apparaissent de nouveaux questionnements. Les universités populaires alternatives interrogent le sens de l’apprentissage sous cette forme ouverte et posent donc le débat entre individualité et collectif.

Sont-elles animées d’une visée de transformation collective et sociale par la transmission du savoir à un groupe ou bien d’un objectif d’émancipation personnelle ? Les universités populaires laissent le débat ouvert depuis bien des années sans viser d’ailleurs d’y répondre définitivement. A nous de décider. On peut alors s’en saisir comme d’un outil pour aiguiser nos consciences, notre sens critique. Connaître davantage le monde qui nous entoure sous ses angles multiples pour mieux se situer dans l’information quotidienne, pour se positionner intellectuellement, ou encore simplement pour le plaisir d’apprendre. Loin des contraintes du modèle scolaire classique, notre volonté est (le) seul moteur de notre participation à ce type d’espaces d’éducation populaire. Sans note, sans compétition, sans contrôle, simplement pour apprendre.

Les universités populaires alternatives ? L’exemple de celle d’Avignon.

Pour bon nombre de participants aux universités populaires, le plaisir d’apprendre guide donc leur présence, sinon le plaisir de transmettre et d’enseigner. C’est cette envie qui a conduit les fondateurs de l’Université populaire d’Avignon a créer leur espace de savoirs partagés. Des enseignants avignonnais qui voulaient enseigner sans noter, juste pour le plaisir, face à un auditoire qui partage la démarche.

L’Université populaire d’Avignon a dispensé ses premiers cours en 2005. Elle est née quand le débat sur l’Europe et le sentiment de trahison des politiciens envers le peuple ont suscité l’envie de mieux comprendre les enjeux de notre société, de s’armer de savoirs et de connaissances pour mener plus aisément les débats dans un cercle familier ou plus large.

Suivant le mouvement des années 2000, elle se fixe comme règle la gratuité, la prédominance de sujets pluridisciplinaires, les partenariats locaux et l’accès libre à toutes et tous sans prérequis.

1. La gratuité

Les universités populaires dite alternatives sont en principe toutes gratuites, ce qui tend le plus souvent vers un modèle économique reposant sur des financements publics. Exception faite à Avignon ! La gratuité des enseignements hebdomadaires y est établie et la cotisation d’entrée à prix libre permet de couvrir l’assurance et l’organisation de l’Assemblée générale une fois par an. Les intervenants sont bénévoles et les locaux de l’Université d’Avignon sont prêtés en échange de la création d’un module d’UE (Unité d’Enseignement) pour les étudiants de Licence. La quasi absence de dépenses leur permet de fonctionner presque sans rentrée d’argent. Un sacré problème en moins pour une association !

2. Des sujets choisis

Chaque année un thème est voté par le Conseil d’administration. Il se veut être suffisamment large pour assurer une pluridisciplinarité et pouvoir être étiré dans plusieurs directions. Par exemple, en 2017-2018, le thème du corps abordait différentes questions : « Le corps nous met-il dans tous nos états ? Comment les États gèrent-ils nos corps ? Depuis quand concevons-nous le corps d’abord comme un organisme ? Comment les explorations scientifiques du corps ont-elles modelé et modifié nos conceptions du corps ? Comment l’Antiquité concevait-elle le corps ? Comment les artistes ont-ils représenté le corps ? … »

Le jeu, le temps, la mémoire, l’erreur, la modernité, sont une partie des thèmes annuels qui ont animé les cours du mardi soir depuis 13 ans.

3. Des partenariats locaux

Ancrer l’université populaire dans le paysage culturel avignonnais est une volonté marquée de l’équipe actuelle. Ville bien connue pour son attrait pour la culture, le théâtre et le cinéma, on retrouve là les orientations des différents partenariats avignonnais. Depuis 13 ans, l’Université populaire tisse des liens forts avec, entre autres : l’association emblématique de musiques actuelles de jazz qu’est l’Ajmi, le cinéma Utopia, le Délirium en tant que bar culturel et résidence d’artistes, ou encore l’Université d’Avignon. Ces collaborations prennent différentes formes, comme le prêt de salles, l’intervention d’artistes ou de spécialistes issus de ces structures dans les programmes des cours de l’Université populaire du mardi soir, la programmation d’événements culturels et/ou festifs communs permettant de croiser les publics, etc.

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4. L’accès libre à tous et toutes

Les soirs qui enregistrent le moins de participants avoisinent les 60 personnes présentes. Sinon la moyenne est généralement de 100 à 200 personnes. Des chiffres qui valent certainement leur succès au fonctionnement singulier de cette université populaire. L’intérêt et la fidélité des participants semblent être le fruit des points exposés précédemment.

Plus ou moins militantes, affichées comme tel ou non, plus ou moins engagées vers la transformation sociale, les universités populaires sont un outil d’éducation populaire dont chacun-e peut se saisir en vue de ses propres objectifs. Le plaisir d’apprendre, d’élargir ses savoirs vers des domaines que l’on ne connaît pas ou peu, de s’initier à la philosophie, aux mathématiques, à l’Histoire, aux sciences… sont autant de raisons qui peuvent conduire à participer à ces rendez-vous. Dans un esprit plus altermondialiste, nous pensons que le cadre des universités populaires peut fortement aider et accompagner la création et l’émancipation de collectifs toujours plus avertis vers une transformation globale de la société. C’est d’ailleurs ce que les mouvements sociaux ont compris de cet outil. Sous forme d’occupations de places publiques comme Nuit debout en 2016, ou lors d’occupations d’amphithéâtres universitaires en période de manifestations, voilà les universités populaires dépoussiérées sous un nouvel angle éphémère et exceptionnel. Kwnoledge is a weapon !

Pour plus d’informations :

Université populaire d’Avignon

Ajmi

Cinéma Utopia

Le Délirium

L’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse

Sources :

http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/rapport-2018-01-univpop.pdf

L’université populaure de Lille, un siècle d’histoire 1900-2000 ouvrage coordonné par Alain Lottin, La Voix du Nord , 2000

Les universités populaires en France Un état des lieux à la lumière de trois expériences européennes : Allemagne, Italie et Suède, INJEP notes et rapports, mars 2018, JEAN-CLAUDE RICHEZ

Entretien avec M. Jean-Robert Alcarras, juin 2018, fondateur de l’Université populaire d’Avignon.

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Chronique d’un repas sauvage

Nous sommes en juin, par une belle journée d’été. Nous venons tout juste d’arriver à Caen, ville qui nous était inconnue jusqu’alors. Une fois notre camping-car stationné sur le grand boulevard qui longe la Grâce de Dieu, nous avançons à travers ces grands immeubles plus ou moins récents, délimités par de courts buissons et des places de stationnement. Quelques mètres plus bas, le cœur du quartier, la Place centrale, en travaux actuellement. Une boulangerie, une boucherie, un salon de coiffure, un bar tabac et au milieu, le restaurant « Sauvage sur un plateau ». Voilà, il est là. On en a entendu parlé depuis la Bretagne… On sait juste que c’est une association innovante, active dans la ville et incontournable.

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Sa vitrine est modeste, à peine le nom peint dessus et quelques tables à l’extérieur, sous des parasols. Des hommes du quartier y boivent un café en refaisant le monde. Et en période de Coupe du Monde, les discussions vont bon train en attendant la diffusion du prochain match sur la petite télévision de la salle de restaurant ! La demande avait été faite par une partie des bénévoles, validée à la dernière réunion hebdomadaire de programmation. C’est ce que nous expliquent Lisa, Mathieu et Violaine, les trois salariés permanents du lieu. Car ici, tout le monde peut proposer une activité, elle est exposée à la réunion du mardi, ouverte à tou-te-s, et validée ou non par le collectif présent.

De ce groupe bénévole, on en rencontre une partie à l’intérieur du restaurant. On entre par la première porte d’entrée qui donne directement sur un salon dans lequel les canapés moelleux se partagent les lieux avec un espace de jeux vidéos, le bureau des salariés, ainsi qu’une zone de gratuité. Nos regards se baladent d’un espace à l’autre, il y a tant à observer, tant de détails qui attirent notre attention. Les plantations en bac, les aromatiques qui sèchent sur un fil d’étendage, ou encore diverses brochures et documentations que l’on ne peut s’empêcher de feuilleter. Le lieu est à la fois chaleureux et captivant.

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Demi-tour sur nous-même et on se trouve devant le long bar. Au-dessus du bar sur le mur en ardoise, sont indiqués la carte des boissons, le principe de l’association, le fonctionnement du restaurant, les recettes et les dépenses. On commande un sirop de menthe et on s’installe sur un tabouret pour prendre le temps de tout lire. Ici tous les prix sont indicatifs, les clients participent à hauteur de leurs moyens et de leur envie. Les recettes permettent de payer les différentes charges et de compléter les quelques subventions perçues.

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Derrière le bar, on aperçoit les cuisines. Et là-bas ça s’active. L’heure du repas approche et tout doit être prêt. Une dernière répétition : « J’annonce deux plats du jour – il indique deux sur ses doigts – et vous me faîtes passer deux assiettes de clafoutis à la courgette », rappelle Mathieu à une bénévole qui apprend le français. Aujourd’hui, c’est lui le référent en cuisine, lui qui a imaginé le menu à partir de produits locaux ou glanés, et lui qui a guidé l’équipe de bénévoles ce matin. Un tableau est disponible en salle pour que chaque bénévole et référent s’inscrive le jour où il peut participer au repas en cuisine ou au service. Pour cela, il doit préalablement suivre une petite formation au sein du restaurant avec l’un des référents habituels pour avoir les bases du travail en cuisine ou en salle. Nous avons jeté un œil à ce tableau et le nombre de bénévoles est impressionnant ! Des gens du quartier, plus ou moins jeunes, des résidents du CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) voisin, des habitués de l’ancien local de l’association en centre ville, des gens de passage, des stagiaires ponctuels, des jeunes en service civique plusieurs mois… les horizons, les nationalités et les origines se croisent. Les accents se mélangent, les menus prennent de nouvelles saveurs, les compétences se complètent, et la magie opère !

Midi. On peut passer à table. Avant, on prend notre plateau au bar et on passe commande pour l’entrée, le dessert et le plat du jour (entre 4 et 6€ en prix choisi) ou le plat de récup’ (à prix libre). Une fois installés en terrasse ou dans la salle de restaurant, on a tout le temps pour inscrire sur notre ticket le prix que l’on veut mettre pour chaque plat servi. Le repas était délicieux et copieux. Et pour tout vous dire, on a tellement apprécié que l’on est revenu manger quelques jours plus tard…

Cette Bande de Sauvages, nom de l’association, ne s’active pas qu’en cuisine. En discutant avec les salariés, nous avons découvert la multitude de projets et d’actions qui entourent le restaurant. On les retrouve en intervention dans les écoles ou en prison à travers des ateliers d’écritures ou des animations autour de l’alimentation. Ils proposent aussi ponctuellement au restaurant des concerts, projections, AMAP, boum, conférences, troc de graines, goûters, etc. Parce qu’ils sont sauvages, ils sont nomades aussi (c’est eux qui le disent) et déplacent leur activité à bord d’une caravane. Et puis cette année, ils ont décidé d’envahir la côté bretonne ! Ils proposent un camp de vacances à prix libre sur un terrain sans eau ni électricité, avec un puits dans la clairière et une cabane en bois !

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Sauvages, fous, créatifs, malins, ambitieux, cette bande de surmotivés est bel et bien incontournable lors de votre prochain passage à Caen, ou même la meilleure raison de vous arrêter à Caen. En plus, dans les environs, on vous conseille de prendre la direction de Saint-Contest, vous avancer à « La Demeurée » et rencontrer cette autre bande de 12 coloc, pour la plupart artistes et portés par l’envie de programmer divers événements dans leur grande ferme. Ou encore de suivre la direction de Colombelles pour aller jeter un œil à la Cité de Chantier du WIP. C’est là-bas que l’on réfléchit collectivement à la future vie de cette ancienne usine de métallurgie dont il ne reste que la Grande Halle en travaux actuellement ! Bref… de quoi rassasier votre appétit de découvertes.

Pour en savoir plus :

Sauvages sur un plateau : https://www.facebook.com/sauvagessurunplateau/

La Demeurée : http://blog.la-demeuree.fr/

Le WIP : https://le-wip.com/

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A La Cimenterie, l’histoire commence…

Le Golfe du Morbihan a cette réputation d’être la partie riche de la Bretagne et souvent peu habitée à l’année. Quelques villes font exceptions. Nous avons d’ailleurs découvert l’émergence d’une aventure dans l’une de ces communes qui se compose principalement de résidences principales, mais dont le manque d’activité et d’espaces communs devenaient un poids pour ses habitants. Nous avons vécu un moment clef à La Cimenterie, lieu dédié à cette aventure.

A Theix-Noyalo, la mairie a un projet d’aménagement urbain. Elle envisage la construction de 1000 nouveaux logements individuels et groupés, et d’un quartier alternatif composé d’habitats légers, mobiles, d’auto-construction et d’habitats partagés. Dans ce cadre, elle rachète également le terrain de la cimenterie qui a cessé ses activités il y a quelques années.

L’ambition affichée est alors d’en faire un espace au service des arts de la rue, d’un lieu de convivialité et de rencontre pour répondre aux envies et besoins sur le territoire. La Cimenterie devrait devenir le théâtre commun de ces volontés.

Mairie rencontrée et partenaires potentiels contactés, l’association TAV signe une convention de 50 000 euros annuels avec la mairie pour le lancement et la mise en œuvre de ce projet. Les Jeudis de la Cimenterie sont alors créés pour réunir une fois par semaine les personnes qui veulent s’investir dans l’élaboration et l’animation de ce lieu immense. Le 10 mai dernier se tenait la première d’entre elles.

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L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale : aujourd’hui on pose la première pierre d’une réflexion commune sur les envies que nous donnent ce lieu.

Alors que Samuel prend la parole, après un mot d’introduction de François, Président de l’association TAV, la quarantaine de personnes présentes est studieuse et attentive. Samuel présente l’association TAV, le projet de La Cimenterie, puis les quelques événements ayant déjà animé le lieu pour le faire connaître ces derniers mois.

Benoit Rassouw poursuit avec une présentation de son activité de préfiguration urbaine, notamment au sein de l’association Yes We Camp. Le Banya Tour, Les Grands Voisins… l’artiste plasticien donne à voir ce qu’il est possible de proposer en termes d’occupation et d’aménagement de l’espace, de manière collective.

Nous intervenons ensuite rapidement sur notre tour de France, les différents lieux similaires rencontrés, et surtout sur les différents modes d’organisation qui s’offrent à eux en termes de gouvernance et d’organisation interne, selon les différents exemples que nous avons déjà découvert.

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La quantité d’informations reçues en une heure était conséquente. Les esprits avaient été mis à rude épreuve et Samuel profite de ce moment pour en tirer pleinement profit en proposant un petit exercice de groupe fort intéressant : chacun écrit sur un papier qu’on lui fournit, ce qu’il sait faire d’un côté et ce qu’il a envie de faire de l’autre. Quelques minutes de réflexion plus tard, les papiers sont mélangés et redistribués au hasard. Chacun se retrouve alors avec les savoirs et les envies de quelqu’un d’autre. Le but est de les lire à l’assemblée et de trouver son auteur dans la salle. Celui-ci peut alors s’exprimer et développer ses quelques lignes. Il récupère son papier, y inscrit ses coordonnées au dos, et le glisse dans la grande boîte des idées.

Léa, membre du TAV, se fera un plaisir le lendemain de toutes les rassembler et les mettre en commun !

Quel moment rare et précieux ont-ils partagé ce soir-là !! Si nous parlions de la préservation de nos espaces communs à Brest il y a quelques jours, le projet étant ici communal, il ne correspond pas exactement aux mêmes logiques. Toutefois, il a ça en commun avec eux qu’on peut y voir comment un groupe de personnes peut se surpasser et même créer une magie collective quand il a un objectif et un rêve commun.

La Cimenterie dispose à cette heure-ci devant elle d’une multitude de chemins de vie possibles. Le choix de l’un ou l’autre dépend en grande partie du groupe d’habitants qui s’en saisira. Et chaque personne l’intégrant lui donnera une teinte, une orientation, une forme, ce qui mènera chaque groupe constitué autour du projet à en faire quelque chose de différent.

Ce jeudi 10 mai, nous avons eu une première esquisse des personnalités présentes, donnant un premier aperçu du groupe en formation, et ainsi une idée de La Cimenterie qu’ils pourraient construire ensemble.

Ce soir-là à La Cimenterie ils ont rêvé sur leurs petits papiers de jardin collectif, de dépassement de la matrice pour les ambitieux, d’espace de création collective, d’envie d’apprendre aux autres et d’apprendre des autres, de ciné débat, de recyclerie, de bar, de café philo, de bricolage, de méditation, etc. Les envies et les savoirs fusaient. Ils se croisaient parfois, interrogeaient l’assemblée, la faisaient rire, suscitaient une discussion, et plus que tout, faisaient vivre le groupe.

La première pierre de la nouvelle Cimenterie a ainsi été posée. Et bien posée. De nouvelles pierres devront être posées ces prochaines semaines et ces prochains mois. Non pas pour faire un mur, mais pour construire un édifice ensemble capable d’accueillir les velléités de chacun dans toute leurs singularités. Bonne route les amis !

Photo prise par Mélissa Jallé.

Pour en savoir plus :

La Cimenterie : https://www.facebook.com/LaCimenteriePetitPlaisance/

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Radio Pikez, hauts-parleurs d’une vie brestoise.

Le quartier Saint-Martin, c’est comme un village dans la ville. Un quartier vivant, militant, historique, au cœur de Brest. C’est un quartier qui a une âme, qui a quelque chose à raconter, sur Radio Pikez ou au détour d’une rencontre. Nous y avons passé quelques jours au mois d’avril. Voici ce qu’on a découvert…

Lundi matin, l’émission « La Midinale » sur Radio Pikez va commencer. Deux heures de direct. On parle agenda culturel, actualités et rencontres. On entre dans le studio, c’est-à-dire dans le salon d’un appartement. Autour de la table et des micros, Cat, Pierre et Thomas accueillent les invités et expliquent rapidement les différentes parties de l’émission. L’ambiance est décontractée. On se sent comme chez les copains. Installés dans le canapé, on a le temps de reprendre notre souffle, après avoir couru dans les rues pour rejoindre le groupe. Ce sont les étudiants de l’AG de lutte qui interviendront en premier. Ils annoncent les prochains rendez-vous et les dernières infos sur l’occupation de l’université de Brest. Pause musicale. Il n’est pas loin de 12h, c’est à nous de prendre place, de visser les casques sur nos oreilles, de régler les micros et de partager notre expérience sur les routes de France. On raconte notre aventure. Radio Pikez, c’est ça, une webradio qui invite les gens à parler, à causer ensemble. Brestois(es) ou gens de passage, la parole est libre.

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Ici personne ne joue l’expert, tout le monde se forme à la radio au fil du temps. Et puis ce sont les expériences de chacun et leur opinion qui enrichissent le débat. L’objectif est clair : donner la parole au plus grand nombre. Faire vivre la vie locale, apprendre des expériences de chacun, partager des savoirs, s’amuser et donner à entendre des émissions que l’on ne retrouve pas sur les radios traditionnelles. A Radio Pikez, on parle d’amour, de mots, de jeux, d’actualités… à travers des émissions en direct qui ponctuent la playlist éclectique en continu toute la journée. Comme son nom l’évoque en breton, son ton impertinent, drôle et chipie, à l’image de cette pie masquée, font sa particularité.

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Ce jour-là, Pierre s’exprime sur les dégradations survenues la nuit même sur le local de campagne de la République en Marche installé depuis peu dans le quartier. Ou plutôt sur le tweet du député qui s’offusque de tant de violence à l’encontre du parti. Qui du tag en rose sur un local de campagne ou de la loi asile-immigration incarne la plus grande violence ? Et plus largement, qui d’une cabane construite dans un champ aux abords de Nantes ou de 11 000 grenades lacrymogènes tirées en quatre jours incarne la plus grande violence ?

Arrêt sur Image, Lundi matin ou encore Ouest Torch sont cités ce matin-là, comme références d’une information libre, indépendante, impertinente, drôle, …

Parties d’une idée entre copains, la webradio et l’association ne cessent d’accueillir de nouveaux « Pikez » (comme ils aiment à s’appeler) depuis trois ans déjà. Tous bénévoles, les Pikez sont autant actifs dans la programmation musicale, dans les propositions d’émissions, que dans l’organisation d’événements ponctuels. Ce média libre revendique son indépendance en fonctionnant sans subvention ni publicité. L’activité repose sur l’autofinancement, à partir de dons et de recettes lors de différents événements, notamment leur kermesse tant attendue au mois de septembre. De plus, c’est en toute transparence qu’ils s’organisent. Des comptes rendus de réunions aux supports audio, on peut tout retrouver sur leur site internet en libre accès.

En résumé, une bande de copains qui s’agrandit, une webradio, un ton décalé et chaleureux, une énergie communicative, Radio Pikez a toute sa place dans ce quartier si singulier de Brest.

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Mardi soir, au Mouton à cinq pattes, Place Guérin, place centrale du quartier Saint-Martin. On s’est donné rendez-vous là avec une partie de l’équipe Pikez. On s’installe, on commande à boire et les discussions s’enchaînent. On refait le monde et on croise du monde. Les habitants du quartier aiment se retrouver dans ce café culturel et solidaire ! Et puis, faut dire que la bière locale est bonne, les produits sont frais et bio, l’ambiance est conviviale et la programmation du tonnerre. Tout le monde a l’air de se connaître, et si ce n’est pas le cas, on vous cause facilement. Nous étions donc en train de bavarder, quand la pluie nous a fait nous installer à l’intérieur où les clients se sont groupés. On ne perd pas le fil, on parle éducation populaire, monde du travail, vie associative… Cat nous raconte l’histoire de Saint-Martin et la vie de quartier qui le rend unique dans la ville. Alors forcément, on vient à parler de la salle de L’Avenir, en face de nous.

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Cette salle emblématique de la Place Guérin est devenue le symbole d’une réappropriation de nos espaces face aux projets inutiles et non concertés des dirigeants. La municipalité veut en faire une voie de gentrification à travers la construction de nouveaux logements par exemple, pensant mieux connaître les besoins et les attentes de la population sans même lui demander son avis. A cela, les habitants répondent par une occupation culturelle, artistiques, populaire et massive de cet espace ancré dans le paysage depuis 1898. Depuis deux ans, le collectif « Pas d’Avenir sans Avenir » propose des activités, ouvre les portes à d’autres collectifs, et poursuit l’occupation de cet espace détruit par la mairie entre temps. Festivals, jardinage, projections, concerts, repas… animent le lieu ouvert à toutes et tous.

Les actions, collectifs, lieux et associations que nous mettons en avant chaque jour mériteraient tous une Radio Pikez sur leur territoire ! Quand nos classes sociales n’ont pas la main sur les médias traditionnels, elles en fabriquent d’autres pour se donner la parole, et s’offrir cet espace de dialogue et de diffusion. Radio Pikez est donc un haut parleur vivant de la vie festive et militante de Brest, au cœur du quartier Saint-Martin. Connectez-vous et laissez-vous emporter !

 

Pour en savoir plus :

Radio Pikez : http://www.pikez.space/

Le Mouton à cinq pattes : https://www.lemouton5pattes.fr/

« Pas d’Avenir sans Avenir », à lire un article pour connaître l’histoire en détail : https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article866

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A Brest, garder la main sur nos espaces communs.

Entre deux danses traditionnelles bretonnes, une crêpe, la grisaille, et deux trois clichés, les brestois nous ont montré une âme militante et concernée par le sort réservé à leurs espaces communs. D’une ferme bio en milieu péri-urbain qui voit ses terres menacées par l’urbanisation toujours croissante, à un café culturel défendant les pavés et la libre organisation de sa ruelle, il n’y a qu’un pas que nous franchirons aujourd’hui : bétonner certains espaces, ou non, n’est pas l’affaire exclusive de trois technocrates enfermés dans un bureau. Cette question nous concerne tous.

Danger : projet inutile en cours…

En périphérie proche de Brest, plus de cinquante hectares de terres agricoles actuellement cultivées, dont une vingtaine par la Ferme bio Traon Bihan, sont compris dans un vaste projet de Brest Métropole visant à construire quelques 1500 logements, une zone d’activité et une zone artisanale. Le projet de Fontaine Margot a su rassembler autour de lui des opposants déterminés à soutenir Philippe et Valérie, les deux paysans de la Ferme Traon Bihan.

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Sur l’ensemble de nos territoires, les zones agricoles laissent de plus en plus place à une urbanisation toujours croissante. Entre les velléités politiques d’agrandissement de la commune et celles des industriels de couler toujours plus de béton, les zones cultivées, bio de surcroît, font parfois figure de résistantes dans nos paysages. Mais dans cette partie Ouest du Finistère, c’était sans compter le collectif de citoyens mobilisé autour du couple d’exploitants. La quinzaine de personnes qui s’investie à leurs côtés depuis un peu plus d’un an remue ciel et terre pour contrer le projet fou, et surtout, essayer de sauver les terres bio.

Urbanisation dans les zones périphériques, et aseptisation du bâti en milieu urbain. L’association « Vivre la rue » se bat depuis maintenant trente ans afin de préserver la rue Saint Malo, dans le quartier populaire de Recouvrance, au cœur de Brest. Dans une ville quasi entièrement reconstruite à la suite de la seconde guerre mondiale, les pavés du bout de la rue Saint Malo sont une exception dans ce décor. Mireille y a posé ses valises en 1990, dans l’une de ses maisons abandonnées, squattées, salies. Deux ans de nettoyage et d’arrangements décoratifs lui ont été nécessaires pour rendre ses lettres de noblesse à cette rue pleine de charme, avec l’aide des habitants du quartier qu’elle a su ramener auprès d’elle dans cette aventure.

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Depuis, les mêmes politiques qu’à Traon Bihan ont essayé à de maintes reprises de tout détruire, tout rénover aux normes donc autant dire aseptiser, tout casser, etc. Mais trente ans après le grand nettoyage et la nouvelle beauté qu’a connu la rue Saint Malo, les pavés sont toujours là, et ses amoureux aussi. Ses amoureux se comptent maintenant par dizaines. Les habitants du quartier résistent désormais ensemble face aux attaques de la mairie et de la métropole pour se réapproprier cet îlot de tranquillité.

 « Il ne faut rien lâcher, toujours être à l’affût ». Depuis dix ans, Mireille n’a pas quitté sa rue plus de 24 heures. Pour défendre ces espaces, des citoyens constitués en collectifs ou en association se mobilisent et passent du temps pour rester à l’affût de la moindre réunion ou décision administrative les concernant.

Action, réaction, création !

Afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur leurs combats, les collectifs redoublent d’inventivité. La mobilisation par des réunions, des tracts et des manifestations constituent une forme de militantisme qui n’a eu de cesse d’être renouvelée au cours du XXIe siècle. Loin de l’image bête et méchante véhiculée par les médias traditionnels à la botte du pouvoir qui font de ces collectifs de simples opposants à tout, énervés par principe et dépourvus de solutions alternatives, ces derniers nous ont montré de quel côté se trouvent l’inventivité, la créativité et le sens du partage. Ils savent dire non et faire des propositions dans le même temps.

A Recouvrance, pour préserver la singularité du quartier, ils l’ont investi par la culture et la rencontre. Une fois nettoyée et aménagée, la petite ruelle est le théâtre depuis trente ans de nombreux concerts et spectacles. La rue Saint Malo accueille parfois jusqu’à 2 000 personnes pour un concert des Ramoneurs de Menhirs ou des Monty Picon.

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Extrêmement soucieux du devenir des artistes dans nos sociétés, le collectif veille à les payer au prix juste, soit le prix qu’ils demandent, au moins. Fait rare dans le monde actuel qui a de plus en plus tendance à les voir inconsciemment comme des saltimbanques vivant d’amour et d’eau fraîche. Le prix libre et conscient pratiqué par l’association « Vivre la rue » permet un partage de ce moment festif entre ceux qui auraient pu se payer le billet et ceux qui ne le pourraient pas. Choisir ce que l’on paye, c’est aussi se responsabiliser quant à la rémunération des artistes : la survie de la personne et de son métier dans notre société dépend de ma participation.

Puis en 2010, l’association franchit une nouvelle étape en décidant d’investir un local abandonné appartenant à la mairie, situé cent mètres plus haut, dans la même rue Saint Malo. D’abord simple point d’accès à une connexion internet, puis lieu d’exposition, puis bar bio, puis point de vente de différents artistes (bijoux, cartes postales, …), le local s’aménage et s’embellit avec le temps.

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Il est aujourd’hui un lieu de rencontre permanent ouvert du mardi au dimanche de 14h à 21h. Wannah, ancienne et future salariée de l’association en contrat aidé, actuellement bénévole, est comme un poisson dans l’eau pour vous accueillir dans ce lieu chaleureux plein de bonnes énergies. Qu’il s’agisse d’assister à une soirée de musique improvisée, ou à une conférence, ou encore à un atelier, toutes les raisons sont bonnes pour s’y arrêter.

Dans la périphérie brestoise, le collectif rassemblé autour de Philippe et Valérie ne sont pas en reste pour imaginer des moyens de se rassembler. Le 22 avril 2018, nous étions quelques 300 personnes à nous rassembler sur l’une des prairies, propriété de Brest Métropole Habitat.

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Jusqu’alors mis à disposition pour la Ferme de Traon Bihan, cette parcelle bio fait partie de celles menacées par le projet de Fontaine Margot. Après un pique-nique partagé où chacun a ramené ses bons produits, nous nous unissions tous main dans la main sur ce qu’il reste de cette prairie. Les premiers tracteurs de chantier y sont passé pour retourner grossièrement l’ensemble du champ et le rendre inexploitable. La chaîne humaine était filmée par drone afin de montrer à la population brestoise et ses élus que les terres bio constituent un bien commun vital que nous ne laisserons pas aux mains des bétonneuses sans résistance.

L’innovation dont nous sommes capables lorsque nous nous réunissons nous offre un champ des possibles infini. Tant en termes d’opposition à un pouvoir fou et déraisonné qu’en termes de vivre et faire ensemble. La société civile se passe volontiers des experts, des élus, des technocrates et des costards cravates pour savoir ce dont elle a besoin, et le mettre en place. Elle sait dire non et faire des propositions pour avancer en toute conscience.

 

Pour en savoir plus :

La ferme de Traon Bihan : http://lafermedetraonbihan.fr/

L’association Vivre la rue :  www.vivrelarue.net

 

Et rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair/

Embarquez pour l’aventure « Ohé du Bateau » !

C’est une histoire comme on les aime, celle d’une aventure collective, d’une résistance citoyenne au nom de la culture et du spectacle vivant.

Vous avez dit « culture » ?

La culture avec un grand C, celle des ââârtistes, des beaux arts, des conservatoires et de la culture « dominante » dans ce que son terme a de plus condescendant. Mais aussi la culture en ce qu’elle nous unit, nous réunit, qui dessine les contours de notre société, de notre histoire, de nos valeurs, de nos codes, et de nos habitudes… Qu’elles aillent de nos loisirs, sportifs ou créatifs, à notre alimentation, en passant par notre musique, nos rires, nos angoisses, nos rythmes de vie, nos habits, notre intimité, et jusqu’à notre tout. Et entre les deux « culture », un mur. Une barrière. Comme s’il y avait deux cultures. De deux pays, ou de deux régions différentes. Pourtant, force est de constater que l’on partage les mêmes. Que l’on ne peut faire autrement car elles ne forment qu’une, et qu’elles s’enrichissent l’une de l’autre, par de-là les grands C et les petits C. D’ailleurs, plus de grands et plus de petits quand une chanson nous fait pleurer ou danser. Plus de grands et plus de petits quand le repas dans nos assiettes nous fait saliver, quand un tableau nous emmène voyager, quand une sculpture nous ennuie, ou qu’une photo nous parle.

C’est l’histoire du collectif « Ohé du Bateau », à Tours. Ils se sont réunis à 1700 citoyens, artistes, entrepreneurs, associatifs, collectivités, petits et grands, pour que le petit C et le grand C trouvent un espace de rencontre, de dialogue et de vie.

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Ils se sont battus pour la réouverture et le rachat d’une salle de spectacle, promise à la fermeture et à la démolition. Ce n’était pas une idée en l’air ! Humblement, nous voulons rendre hommage à cette bande de héros. Toutes considérations tenant à la politique et au climat sociétal actuel mises de côté, il est de ces actions dont une société ne peut ressortir que gagnante, grandie, plus forte, plus riche, plus intelligente et plus ouverte vers l’avenir.

En 2010, l’aventure commence !

Pour comprendre la singularité de cette aventure, il faut remonter à 2010. Cette année-là la cofondatrice de la mythique salle tourangelle du Bateau Ivre prend sa retraite. Le lieu doit fermer. Le gratin de la scène française (notamment rock et alterno) était passé enflammer les planches et faire transpirer le public. Et pour les habitants, il n’est pas question que ce haut lieu de notre culture cesse de nous réunir, de nous faire chanter et de nous ouvrir. De cette volonté, les quelques précurseurs de la future SCIC se montent en collectif afin d’engager les premières réflexions sur une possible reprise de la salle, et surtout afin d’amorcer les premières discussions avec la multitude de parties prenantes gravitant autour : institutions culturelles, mairies, département, région, banques, financeurs, institutions publiques, etc.

La première phase de ce double combat durera alors cinq ans. Les visions de chacun s’entrechoquent parfois, mais le collectif parvient à développer et mettre en page un projet qu’ils sont de plus en plus nombreux à construire ensemble. Issus du monde de la culture, de l’éducation populaire, du commerce, du secteur public, du secteur privé, du secteur primaire, secondaire, tertiaire,  une vision commune de ce qu’ils veulent faire de la salle émerge et parvient à se coucher sur le papier de plus en plus précisément. Parallèlement, les partenaires et interlocuteurs prennent mesure du projet qui se construit et tendent à le considérer plus sérieusement.

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C’est en 2015 que la SCIC lance un appel à souscription d’une nouvelle ampleur, atteignant ainsi plus de 1700 personnes physiques ou morales. En avril 2016,  les souscriptions provenant des citoyens, des différentes associations et entreprises s’élevent à 270 000 €, en plus des 101000 € investies par les collectivités. L’achat du bâtiment a ainsi pu se finaliser à la fin de l’année 2017. Tous les papiers sont signés et les clés changent définitivement de main.

On peut tout imaginer !

L’objectif n’est pas de retrouver le Bateau Ivre comme on l’a quitté il y a 8 ans, la nouvelle équipe souhaite écrire une nouvelle page. Attaché à la diffusion de la culture et des arts vivants, le collectif tient à créer un espace privilégié d’expression de ces domaines. Projections de cinéma, concerts, expos, et un café culturel animeront la salle. Ils imaginent une salle dont les artistes quels qu’ils soient pourraient se saisir, ainsi que les entreprises, les associations, etc, à l’image de la diversité des membres du collectif. Pour le moment, la mobilisation est aux chantiers participatifs pour rafraîchir le lieu et préparer les futures installations.

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L’aventure au cœur de cet espace démontre à la fois que la mobilisation citoyenne peut dépasser les situations de stagnations, voire de désengagements politiques, et proposer de vraies solutions en matière de culture : même à beaucoup, et quand bien même différents, on peut faire de grandes choses ! Si la culture connaît des coupes budgétaires et des difficultés sévères d’années en années, alors le collectif « Ohé du Bateau » a fait le pari de s’en saisir et de relever le défi en lui offrant une place nouvelle et innovante.

« Finies les réunions à 600… »

Mais à 1700, ça fait quand même beaucoup autour d’une table pour se réunir et prendre des décisions… Il faut penser organisation. Accompagné un temps par l’Union Régionale des Scop, le groupe qui n’a cessé de grossir – et grossira encore espérons-le – semble avoir trouvé aujourd’hui une forme d’organisation qui permette à chacun de trouver sa place et d’avancer ensemble dans la même direction. Finies les réunions à 600…

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Répartis en laboratoires (à l’image des cercles déjà évoqués au sein des organisations en holacratie), les sociétaires peuvent s’investir selon leur envie et leurs compétences dans un des labo de travail. Pour la communication, la distillation, les travaux, ou encore l’administration, les membres de chaque labos apprennent à se connaître et commencent à trouver leur voie de travail. Dans un groupe humain si important, il a fallu du temps pour faire connaissance et donc du temps encore pour s’accorder sur les formes de travail collectif, mais aujourd’hui celui-ci semble s’approcher de son rythme de croisière.

Citoyens, entreprises, compagnies de théâtre, artistes, collectivités territoriales,… ce sont eux les sociétaires. C’est ensemble qu’ils font avancer l’histoire du Bateau Ivre. Être sociétaire ne se résume pas à faire un don financier, il s’agit également de s’engager moralement, de prendre part aux étapes et aux décisions. Voilà un enjeu de taille pour le collectif « Ohé du Bateau » : faire collaborer cet ensemble hétérogène, décloisonner ces différents milieux, créer des synergies. Action ! Ici on casse les murs à coups de marteaux lors des chantiers, et l’on casse les barrières entre citoyens et collectivités, entre artistes et entreprises, entre théâtre et arts plastiques !

Pour plus d’infos :
https://www.ohedubateau.com/
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