Itinérant ou dans un ancien vidéoclub, la Lozère modernise le cinéma associatif

Nous sommes en Lozère côté Cévennes, c’est-à-dire plutôt au sud du département. Ça sent bon la châtaigne et les champignons, au bord des rivières et en forêts, ou en hauteur sur les grands causses. Dans ce décor préservé, deux associations font vivre leur passion pour le bonheur de publics curieux. Voisines, cousines et copines, elles ont un territoire rural en partage et le cinéma en passion depuis bien des années. Cinéco d’abord transporte le cinéma dans beaucoup de villages du cœur des Cévennes, La Nouvelle Dimension ensuite a redonné vie à un vidéo-club à Florac et propose animations et festivals toute l’année.

Cinéco en a déroulé de la bobine !

Cinéco fait voyager le cinéma d’un village à l’autre. Les films se déplacent dans les anciennes salles de cinéma, en plein air l’été, dans les salle des fêtes ou même dans la cantine de l’école. Les bénévoles et les salariés de l’association se chargent des projections, de la programmation à la vente des billets jusqu’à l’installation du matériel. Et c’est une activité qui plaît beaucoup sur le territoire puisque pas moins de 80 personnes offrent de leur temps libre bénévolement, aux côtés des sept salariés de Cinéco, pour faire vivre l’association et apporter le cinéma dans plus de 60 communes.

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« C’est une sacrée organisation pour les salariés et les bénévoles. S’assurer que le matériel soit disponible, qu’il y ait des bénévoles pour chaque séance sans salarié, que les bande-annonces et le court-métrage d’avant séance soient prêts, etc. Mais on adore ce métier ! » nous raconte Stéphane, salarié de Cinéco.

Avant chaque film, un court-métrage en lien avec la thématique du film fait office d’ouverture de la projection. On a eu la chance de voir le monologue d’une maman à une petit garçon dans « Dinosaure » qui traite de l’enfance et des valeurs inculquées avec humour et distance, avant de nous plonger dans l’univers atypique d’un Institut Médico-Educatif « Dans la Terrible Jungle ».

Cinéco est donc un cinéma itinérant et l’a toujours été depuis… 37 ans ! Un très bel âge pour une association culturelle. Alors il faut dire que l’association en a vécu des bouleversements liés à l’histoire du cinéma.

Lorsque Cinéco est né, le numérique n’existait pas encore. A cette époque, on utilisait le « 16 mm », un format qui doit son nom à la largeur des bobines de pellicules utilisées à partir des années 1920. Ensuite, le temps a été celui des pellicules « 35 mm ». Et là, le nombre de bobines par films était en quantité limitée. Elles étaient livrées en priorité aux grandes salles de cinéma. Les petits cinémas et les cinémas itinérants se partageaient donc le stock restant. Puis, au fil du temps, le nombre de pellicules a diminué pour laisser place au format numérique uniquement. Alors à ce moment-là, les cinémas itinérants ne reçoivent plus de « 35 mm » et n’ont pas les moyens de changer leur matériel pour projeter en numérique. Pas de plan B !

Une période de doute s’installe et Cinéco se demande s’il va être possible de poursuivre son activité. Mais c’était sans compter sur une équipe déterminée et poussée par l’enthousiasme de son public fidèle. Quelques rendez-vous et plusieurs heures de discussion plus tard, l’« Association Nationale des Cinémas Itinérants » (ANCI) émerge pour porter aux institutions une voix commune. L’association parle des difficultés qui mettent en péril l’accès au cinéma dans les milieux ruraux et donc sur une zone très étendue compte tenu du nombre de communes que couvrent les cinémas itinérants de France : 1 200 ! L’association entame des négociations avec le « Centre Nationale du Cinéma et de l’Image Animée » (CNC) qui trouve rapidement une solution convaincu du bénéfice de telles activités sur le territoire national. Le CNC aide alors financièrement les cinémas itinérants et dont Cinéco à moderniser son matériel et à accueillir le format numérique avec succès. L’aventure continue !

Aujourd’hui, Cinéco diffuse exclusivement des films numériques, ce qui demande quand même une bonne part d’organisation car pour acquérir les films, il faut suivre tout un protocole les protégeant par des clés, des mots de passe et autres méthodes techniques et secrètes. Affaire de gros sous et lobbies, le cinéma n’échappe pas aux règles de l’industrie. Ce sont les grandes salles qui bénéficient de l’exclusivité, faisant patienter les cinémas itinérants et leurs publics. Cinéco s’est d’ailleurs adapter à recevoir les films cinq semaines après leur sortie officielle dans les grandes salles, et s’en est fait un atout en prenant le temps de sélectionner finement sa programmation.

Ce sont les bénévoles qui établissent la programmation pour les trois prochains mois. Elle est décidée de manière collective par les bénévoles présents et selon une méthode qui fonctionne depuis 10 ans après moultes essais et expérimentations de prise de décision collective. En sort une programmation variée et actuelle, privilégiant les films qui apportent une réflexion ou qui témoignent d’une qualité. Faire réfléchir via un beau et agréable support, c’est un des pouvoirs du cinéma !

Les super pouvoirs du cinéma

Le cinéma a ces pouvoirs de poser question, d’informer et de divertir. La programmation de Cinéco les met bien en avant et veut en faire profiter le plus grand nombre : les habitants des villages, on l’aura compris, mais pas que.

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Cinéco intervient dans les établissements scolaires de la région. 150 séances sont organisées en écoles et collèges. Dans le cadre d’un dispositif régional, Cinéco fait entrer le cinéma parmi les activités « d’éducation artistiques et culturelles » auprès des jeunes publics.

Dans cette même perspective de développement de ses propositions, Cinéco intervient en milieu carcéral comme c’est le cas à la Maison d’Arrêt de Mende. Une façon d’apporter du divertissement, d’accéder à un cinéma de qualité et de réfléchir sur certaines thématiques, comme c’était le cas le jour de notre rencontre avec Stéphane et Vincent qui revenaient de leur intervention, où ils avaient projeté « Les Invisibles », une histoire de solidarité et de femmes, projetée dans une Maison d’Arrêt pour hommes.

 

Depuis la naissance de Cinéco, l’association a développé ses activités, pour un accès toujours plus important auprès du public et parce que le cinéma a aussi le pouvoir de réunir, de faire se rencontrer les gens et de partager un moment privilégié. En 37 ans, les membres de l’association ont été témoins des changements ruraux dont on parle de plus en plus, de la disparition de lieux symboliques de rencontre tels que les bars et de la transformation des habitudes individuelles.

Le cinéma, dernière lumière dans la ville

En milieu rural, on parle beaucoup de ces changements, des commerces qui se raréfient, des bars qui ferment tôt dans la soirée ou qui mettent la clé sous la porte. Certains villages trouvent des solutions et créent de nouveaux espaces tels que des bars associatifs, des commerces gérés collectivement, des salons de thé-librairie, des lieux où les activités se croisent et les publics se mêlent. La Lozère est un de ces territoires ruraux, il est même le département le moins peuplé de France. Alors le cinéma a un rôle plus important qu’on ne le pense.

« C’est souvent le dernier endroit, ouvert au public, éclairé le soir dans la ville », témoigne Vincent, directeur de Cinéco.

Les soirées cinéma sont donc l’occasion de se retrouver, de voir ses voisins, de se donner rendez-vous autour d’un moment agréable et de détente. Vincent est certain de cette place centrale des salles de cinéma dans les bourgs et encourage ceux-ci à prendre conscience de ce rôle et à étoffer leurs propositions vers plus de rencontres et de convivialité : un cinéma qui fait bar en même temps, avant et après la séance, ou bien restaurant, ou bien salle de spectacle…

S’il y a un exemple local de lieu qui mêle cinéma et rencontres, c’est bien La Nouvelle Dimension, à Florac. Il s’agit d’une association singulière en la matière. Pour connaître son histoire, il faut remonter dans nos propres souvenirs d’enfance.

Qu’ont bien pu devenir les vidéos-clubs de notre enfance ?

Vous vous souvenez de ces étagères remplies de VHS, de cette virée en début de soirée pour choisir le film à regarder entre amis ou de ce rideau qui cachait un espace réservé aux adultes ?

Florac aussi avait son vidéo-club. Et comme partout, il a cessé de fonctionner il y a quelques années. Sauf qu’ici, il a eu un second souffle.

Guillaume, un passionné, un amoureux du cinéma et de ses supports devenus DVD, a décidé de poursuivre l’aventure. Lui qui tenait ce vidéo-club a conservé le stock et a été l’un des initiateurs de l’association La Nouvelle Dimension en 2015.

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Guillaume a été rejoint par des nostalgiques tout aussi passionnés que lui par les supports du cinéma car ce sont des bénévoles qui font vivre l’association aux côtés des salariés. Les 150 adhérents peuvent emprunter ces DVD grâce à leur abonnement annuel. L’association est également très connue localement pour son accent canadien lors de leur événement annuel phare : le festival de cinéma franco-québécois « 48 images par seconde ».

Tout au long de l’année, l’équipe accompagne le public dans sa cinéphilie, à travers des ateliers d’éducation à l’image où l’on découvre les métiers du cinéma, où l’on s’attarde sur une thématique particulière, etc. Elle tisse des partenariats locaux quand les idées se rejoignent autour de projets captivants. Un lâché de vautours prochainement sur le causse ? L’opportunité de se pencher sur cet oiseau avec le Parc Naturel des Cévennes et de programmer ensemble une soirée thématique. Un pont à quelques encablures qui fut central lors de tournages passés ? Plus qu’à le mettre à l’honneur lors d’une rando-ciné aux Journées du Patrimoine. Des habitants amateurs qui tournent des courts-métrages dans les Cévennes ? La date anniversaire de La Nouvelle Dimension est l’occasion de les diffuser sur grand écran devant un public curieux.

Le contexte cinématographique et culturel dans son ensemble est en pleine évolution. A l’heure des places de cinéma trop chères dans les gros complexes, d’un essor du cinéma indépendant, de l’accès à la culture foisonnant mais en grande difficulté financière, d’un besoin sociétal criant de se réunir et d’échanger, du domaine de l’art qui n’échappe pas à la financiarisation sauvage, ces deux associations participent d’un élan qui sera assurément à soutenir dans les prochaines années.

Pour en savoir plus :

Cinéco, cinéma itinérant en Cévennes

La Nouvelle Dimension, à Florac

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La Logeuse, un habitat solidaire dans les Cévennes.

Rendons nous en Lozère. Pour les moins habiles en géographie, nous sommes entre Montpellier et l’Auvergne, à l’Ouest de l’Ardèche. Pour les plus précis, nous ne sommes pas très loin de Florac, dans la moitié sud du département. Et pour les champions olympiques de la géographie, précisément à Saint-Martin-de-Lansuscle, 45 minutes plus loin. Le paysage est à couper le souffle. Le Parc National des Cévennes nous offre ici ce qu’il a de plus beau en petite route, rivière, forêt, dénivelé, panoramas, en vie sauvage et également en vie humaine.

 

Habiter les Cévennes, un sacré défi !

Si les problèmes de logement des grandes aires urbaines sont connues (trop cher, trop de vide, trop insalubre), les zones rurales n’en sont pas pour autant épargnées. Même les zones très rurales, comme c’est le cas à Saint-Martin-de-Lansuscle. Isolé et vallonné, ce village au charme fou n’est pas très peuplé et déborde pourtant d’énergie. Le dynamisme associatif de ces 190 habitants aurait de quoi rendre jaloux des villes et villages bien plus peuplés.

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Mais difficile d’y habiter quand 60 % des logements sont des résidences secondaires occupées quelques semaines dans l’année, que les prix de l’immobilier flambent, que les flancs de montagne n’offrent pas moultes possibilités de construction, ou encore que les bassins d’emploi sont au moins à 45 minutes de petites routes.

Le fait de vivre ici relève donc souvent d’un choix mûrement réfléchi et en cohérence avec un style de vie voulu.

« Ce qui est magique ici, c’est que tous les habitants partagent un point commun. C’est qu’on a tous fait le choix de venir vivre ici, ou de rester vivre ici. Et ça crée des liens, forcément, au-delà des clivages entre néo cévenols et cévenols de souche. » Laurent, membre de La Logeuse.

Alors pour maintenir l’école ouverte et plus largement le dynamisme local, la municipalité et les habitants ont compris depuis longtemps qu’ils devaient porter une attention particulière à l’accueil de nouveaux habitants. Les différentes équipes municipales qui se sont succédées ces dernières décennies ont tenté des choses sur cette question, parfois réussies. Mais un constat demeure : il est rageant de voir les maisons en vente tomber soit dans le circuit de la spéculation, soit dans celui de la résidence secondaire. L’installation de nouvelles personnes relève du casse-tête.

 

L’innovation comme résistance

En 2015, la municipalité a ouvert aux volontaires sa commission « Logement » qui travaillait déjà d’arrache-pied sur le sujet et s’épuisait. Une quinzaine de personnes s’en sont saisies en répondant présents. L’idée première était de faire un état des lieux général des espaces (chambres, maisons, jardins) disponibles à la vente ou à la location. Puis d’essayer de réserver ces logements en vente pour des personnes qui voudraient s’installer dans la région en y vivant toute l’année.

Et l’aubaine arriva. Une maison en vente, pas trop chère, avec quelques travaux. Très vite, une association se constitue dans le but de l’acquérir et de la louer à un loyer modéré.

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Avant de rencontrer des banques, les membres de l’association ont mis tout en œuvre pour collecter un maximum d’argent eux-mêmes pour l’achat et les travaux. Les dons et les prêts de particuliers, les concerts de soutien organisés dans la salle municipale, la « Fondation Abbé Pierre », la plateforme internet « Les Petites Pierres » et toutes les recettes issues de plus ou moins gros évènements ont permis de collecter 70 000 euros.

En manquait 50 000 pour acheter la maison et financer les travaux qui la rendraient belle et confortable. La « Nef » a été la seule banque à leur accorder ce prêt.

Une fois propriétaire avec un emprunt à rembourser, le but pour l’association était de réaliser les travaux le plus vite possible et à moindre frais pour bénéficier rapidement des loyers. Une énergie bénévole incroyable s’est alors déployée, comme nous le montre l’enthousiasme collectif dans cette vidéo de promotion loufoque.

Les travaux terminés et une fois passé le dur moment de la sélection des candidats, une famille emménage en février 2017. Un couple emballé par le projet de la Logeuse, qui a compris les enjeux et qui s’est très bien entendu avec l’équipe dès son arrivé. Les enfants ont rejoint les bancs de l’école.

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La mission est accomplie. Les membres de l’association peuvent être fiers d’avoir atteint leur objectif ! Mais l’histoire ne s’arrête pas vraiment là. La Logeuse doit trouver 3 000 euros par an pour finaliser les remboursements des divers emprunts en cours. Le loyer modéré ne comble pas la totalité des frais de l’association. Alors ? Dons réguliers de particuliers ? Futurs événements décalés comme l’association sait si bien les imaginer et les organiser ? Plusieurs pistes sont possibles, l’asso est sur le dossier.

 

D’autres projets pour demain

Satisfaits, même très satisfaits de cette réussite collective, la Logeuse a de nouvelles envies. Comme ça l’a souvent été démontré, le temps de construction et d’imagination des projets est celui qui fédère le plus un groupe, l’anime, l’unit, libère les idées et la créativité.

La Logeuse l’a bien compris. Toujours sur le thème du logement, elle aimerait se pencher sur de nouvelles voies possibles. Nicole, Richard, Florence, Laurent et Stéphane nous parlent, des étoiles dans les yeux, d’un hameau d’habitat léger en perspective. A l’étape de la discussion, le groupe doit encore s’accorder sur les orientations qu’il veut pour la Logeuse. Ils en sont convaincus, il faut se réunir pour parler du devenir de la Logeuse, des projets sur lesquels avancer et déployer de l’énergie. Mais l’idée de ce hameau léger semble déjà plaire à un certain nombre. Ce hameau d’habitats légers rend rêveur…

La Logeuse est donc une énergie collective dans ce petit village qui ne manque pas d’idées pour développer et entretenir une vie commune. Plusieurs espaces du village révèlent cette dynamique associative exemplaire. Une bibliothèque ouverte 24h sur 24 et auto-gérée par les habitants, un espace collectif à « la Chaloupe » dans lequel ateliers divers, conférences, projections, jeux… ressemblent en fin de semaine, ou encore le Temple protestant devenu une salle des fêtes sont les lieux de Saint-Martin qui créent une attrayante vie de village.

 

Pour en savoir plus :

La Logeuse : https://lalogeuse.wordpress.com/

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Le Nabu, laboratoire urbain dans Béziers !

« Le dialogue de l’architecture et du paysage est le projet Nabuchodonosor. Redécouvrir la ville, voilà ce que l’on propose. ». C’est par ces mots simples, ambitieux et terriblement motivants que le collectif biterrois se définit. Et pour ceux qui aiment ces mots, les mots qui donnent la gnac, ils se définissent également comme un « laboratoire urbain ». Allez, déjà assez parlé, qu’est-ce qu’ils font, concrètement ?

Le Bar des « Nabu », le Barnabu ! 

Dans la vieille ville historique de Béziers, le quartier St Jacques, les commerces ne se marchent pas dessus. Hormis la boulangerie de la Place St Cyr, c’est le calme plat. En face de celle-ci, se trouvait il y a une quinzaine d’années un bar nommé « Le St Cyr ». C’était le lieu de vie sociale du quartier, les boulistes y stockaient leurs boules, les voisins s’y croisaient, et puis… la clef sous la porte. Alors il y a quatre ans, quand le jeune collectif cherchait un lieu où exprimer ses envies les plus folles, ce bar resté dans son jus les a de suite conquis. Le propriétaire est arrangeant, le quartier plein de potentiel, en avant !

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Le Barnabu est un bar associatif que le collectif s’attelle à ouvrir tous les mercredi et vendredi soir, où il est possible de boire un verre, discuter, se rencontrer, voire même chanter ou danser si le cœur vous en dit. Tourné vers la rue, cet espace est véritablement à destination des riverains. La petite place St Cyr prend soudainement un air plus joyeux et plus attrayant lorsqu’elle est éclairée par la lumière du Barnabu. Le collectif ne se prive d’ailleurs pas d’investir cet espace d’un grand tableau d’affichage des infos locales et des animations à venir, de quelques chaises autour d’une table, et d’un petit portant rempli de vêtements d’occasion. Donnez et prenez tant que vous voulez, c’est gratuit. Toutes ces petites choses (re)donnent à l’espace public une dimension plus collective qu’impersonnelle.

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Aujourd’hui le constat que le collectif et les biterrois est clair et commun à grand nombre de villes : les rues se ressemblent, se vident de leurs commerces et les habitants y passent sans plus y faire attention. La vie se passe dans les maisons et appartements, mais plus dans les rues. Le collectif a alors à cœur de requestionner notre rapport à la ville, à ses usages. Permettre aux habitants de redécouvrir leur ville, la faire leur et leur faire lever les yeux sur l’architecture et les trésors devenus cachés de la vieille ville. Le Nabu s’est saisi de ce sujet avec dynamisme et intelligence ! Que ce soit à travers des discussions au Barnabu, des sessions en groupe de dessins dans la ville (« Dessine ta ville » avec Cédric Torne), des Incroyables Comestibles à planter ci et là… à travers des rencontres quoi.

Des rencontres de tous poils ! 

Les « Nabu », comme ils aiment à s’appeler, organisent des rencontres entre les habitants du quartier St Jacques et des intervenants de tous poils. Un artiste photographe y a par exemple fait une résidence de trois mois pendant lesquels chaque dimanche de 15h à 17h il circulait dans le quartier à la rencontre de ses habitants, muni de son appareil photo. L’objectif était de requestionner les habitants sur l’image qu’ils ont de leur ville, de leur quartier, et de se la réapproprier par la photographie. On peut encore croiser les photographies en noir et blanc exposées sur quelques murs de la ville.

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Ils ont également reçu Sophie Ricard, architecte dont on a déjà cité le travail dans un précédent article, afin de s’interroger sur les usages de la ville et ses espaces.

Autre exemple, autre ambiance : le vendredi 8 février au Barnabu, nous avons présenté aux personnes présentes notre exposition retraçant une quinzaine d’initiatives particulièrement marquantes pour nous. Nous avons ainsi pu échanger de manière informelle avec les curieux ou les passionnés au sujet de l’écologie, de l’investissement citoyen, du faire ensemble, etc.

Des conférences, des expos et toutes sortes de rencontres sont donc organisées par le collectif pour nourrir les réflexions des habitants et du collectif au sujet de leur vie de quartier, de leur vie d’habitant. Un programme riche et des questions d’actualité à l’honneur !

« Chouchoux » : un média inter associatif

« Chou-Choux », le journal interassociatif biterrois. Une feuille de choux de huit pages qui donne la parole aux associations de la ville et du quartier St Jacques. Un bilan de ce qu’il s’est fait ces derniers mois, de ce qu’il s’y passera les semaines à venir, le courrier des lecteurs, des édito, tout ce qui fait un bon journal !

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Avec un superbe travail graphique, avec des dessins faits main, des photo d’artistes et plein de couleurs, ce petit journal est largement apprécié et distribué gratuitement à qui veut.

Le Collectif Nabuchodonosor s’entoure entre autres de l’association Tu Tamben qui promeut la culture occitane, du Gem (Groupe d’Entraide Mutuelle), ou encore de la Courte Echelle qui propose du soutien scolaire pour des événements partagés et l’élaboration de différents supports de communication et particulièrement de ce journal « qui appartient à tout le monde ».

Le Grand Nabucho

C’est LE rendez-vous à ne pas manquer ! Avant les grandes vacances d’été, c’est l’événement qui anime le quartier et fait bouger les murs.

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Chaque mois de juin, le collectif organise sur une journée un festival de quartier, sur la grande place St Jacques. C’est le moment de restitution du travail fait tout le long de la saison écoulée. De midi à 1h du matin, le quartier se transforme pour laisser place aux associations locales, aux artistes collaborateurs et à l’exposition des travaux réalisés dans l’année. On retrouve des stands, des jeux, des projections, des ateliers créatifs, une expo, de la musique, une buvette évidemment et toujours des surprises.

Comme dirait Espasces possibles, « la ville elle est à qui ? Elle est à nous ! » ! Ces deux urbanistes de formation présenteront d’ailleurs leur conférence gesticulée au Barnabu le 1er mars prochain. Ce gimmick pourrait également être celui du Collectif Nabuchodonosor. Par l’occupation, l’animation et l’expérimentation de l’espace public, ils testent au cœur du quartier St Jacques une nouvelle manière de faire la ville ensemble. Chaque rue a une histoire à raconter , chaque façade d’immeuble un message à faire passer, chaque recoin une anecdote qui éclairera l’histoire de la ville. Ces espaces nous appartiennent collectivement, alors autant qu’ils nous ressemblent, nous rassemblent.

Pour en savoir plus :

Collectif Nabuchodonosor

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Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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La ZAD de Saint Hilaire, encore une victoire citoyenne !

Il était une fois dans le Gard, 10 années de lutte face à un projet « inutile et imposé » par les pouvoirs publics d’Alès et son agglomération. 10 années d’investigation et de lutte citoyenne pour la défense et la préservation de leur territoire. Nous avons rencontré Rémy et Jo, deux des investigateurs de ce combat local. Voici comment les événements se sont déroulés…

Un beau jour de 2004, l’annonce d’un projet inattendu se fait entendre. Le premier adjoint au Maire de Saint Hilaire de Brethmas souffle à l’oreille de ses camardes son envie de développer un projet à fort impact économique. Il s’agirait, tout simplement, de transformer un quart de la commune en zone résidentielle et touristique. Grandes villas, zone économique, deux golfs (un 9 trous et un 18 trous) et quelques hôtels font rêver ces derniers. Surprise générale ! En effet, ce projet n’était apparu nulle part dans les promesses et projets de campagne de la liste élue. Qu’à cela ne tienne, la municipalité est bien décidée et se voit déjà un club de golf dans une main et un cocktail dans l’autre.

Un détail au passage : Jacques Bueno, en plus de ses fonctions de premier adjoint et d’être joueur de golf, est responsable d’une antenne alésienne d’une société spécialisée dans le BTP et l’installation de réseaux. Tiens, tiens ! Ne serait-ce pas un léger mélange d’intérêt public et privé que l’on apercevrait à l’horizon ?

Le projet prend du temps à s’ébruiter. L’Agglo d’Alès devient porteuse du projet suite à un accord avec la municipalité de Saint Hilaire à l’époque, et commence à parler de racheter les terres agricoles de la zone délimitée pour le projet et ne cache pas les possibilités d’expropriation des plus réticents. L’association « Saint Hilaire Durable » voit alors le jour en 2008. Ce n’est pas une idée en l’air car elle mène alors un vrai travail d’investigation. Ce groupe d’habitants suit de très près les avancées du projet et assiste à toutes les réunions publiques pour s’informer au mieux et affirmer leur désaccord.

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En mai 2012, en pleine enquête d’utilité publique, l’association organise une manifestation. Un convoi en tracteurs se rend à Alès, pendant que le plus grand nombre se mobilise en semant des courges à travers champ. Moment festif pour se faire connaître et aborder les sujets qui fâchent. Comme un symbole de leur contestation, cette année-là la récolte des courges fut très bonne !

Un an plus tard, à la fin de l’enquête d’utilité publique, les consultants appelés à examiner le projet sont unanimes. Tous les experts prononcent un avis défavorable au projet. Rien ne semble tenir la route : la biodiversité est en danger, notamment les prairies humides où poussent orchidées et arbres à papillons ; la consommation en eau que demande un tel projet est disproportionnée (un golf de 18 trous représente l’équivalent d’une ville de 15 000 habitants en consommation en eau, rappelons également que la région est connue pour sa sécheresse et ses restrictions d’eau l’été) ; enfin le volet financier manque de limpidité.

On croit à la victoire, à la fin de ce projet démesuré. Pas du tout ! L’Agglo d’Alès n’en démord pas. Elle revoit sa copie la coloriant de vert, retire le 9 trous et quelques zones résidentielles, et rend l’ensemble « éco » (écotourisme, écohameau, écorésidences…).

Malgré sa ténacité et son attitude suffisante, en 2014, l’Agglo tremble un peu quand la municipalité de Saint Hilaire de Brethmas bascule. La liste élue s’affiche défavorable au projet. Pourtant, l’Agglo vote le second projet en février 2015, notamment grâce à des maires un peu frileux de se mettre l’Agglo à dos.

« Saint Hilaire Durable » redouble d’efforts et diffuse ses premières gazettes pour continuer d’informer les habitants des communes concernées. De son côté, l’Agglo promeut son projet en distribuant dans toutes les boîtes aux lettres des prospectus de 4 pages en papier glacé.

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L’association occupe le terrain, ne relâche jamais l’attention, continue d’enquêter et de s’informer. Les premiers adhérents se démotivent un peu, mais le noyau dur du groupe persiste.

L’année suivante, en 2016, l’Agglo valide l’idée d’organiser un référendum. Certaine que personne ne s’opposera au projet, d’autant plus que quelques terres agricoles ont déjà été achetées pour 20 000€ l’hectare, soit trois à quatre fois le prix d’une terre agricole.

Le 15 octobre 2016, le verdict tombe. A la surprise générale, les scores sont sans équivoque : 60 % des participants ont répondu NON à la question « Etes-vous favorable à l’implantation sur notre commune du complexe immobilier et golfique d’Alès Agglo ? ». Le projet ne verra pas le jour. Face à une participation de 50 % environ des habitants, les porteurs du projet remballent leur sourire et le champagne.

Cependant, une dernière question reste à ce jour en suspens : qui va rembourser les sommes déjà très importantes engagées depuis 10 ans ? Si l’Agglo a d’abord usé de cet argument comme un chantage au remboursement pour faire pression sur les électeurs du référendum, elle a bien été obligée de se rendre à l’évidence en abandonnant cette piste dépourvue de bon sens. Sauf que l’argent a bel et bien été dépensé. Affaire à suivre…

Une fois encore, cette épisode « politico-trompeur » démontre la force de l’action collective et citoyenne. L’association de personnes unies dans la même direction et mutualisant ses compétences permet d’agir comme l’un des contre-pouvoirs les plus solides au sein de notre société. Preuve qu’il est possible de faire infléchir les décideurs et les remettre sur des chemins plus raisonnables. Mais la lutte ne semble jamais cesser car Rémy et Jo sont déjà repartis sur un nouveau combat, celui des emprunts toxiques de l’Agglo d’Alès. On lâche rien !

Pour plus d’infos et pour lire les gazettes : https://www.sainthilairedurable.net/

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Coup de projecteur sur « Les Têtes à Clap »

Situé au beau milieu d’un triangle reliant Arles, Nîmes et Avignon, entre les Alpilles et la Camargue, Beaucaire se trouve également pris entre trois départements et deux régions : Le Gard en Occitanie, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône en PACA. La commune de 16 000 habitants ne disposant d’aucun cinéma sur son territoire, les écoles de la ville étaient face à un dilemme. Soit payer un car excessivement cher pour 30 minutes de route et se rendre à Nîmes, et ainsi rester dans le département pour bénéficier du dispositif « école et cinéma » mis en place par l’Education Nationale, soit marcher 30 minutes pour économiser le prix du transport et se rendre en PACA dans la ville voisine de Tarascon. Pour la caisse d’une école, le choix d’économiser sur le transport a été décisif…

« Si on avait du mal à se rendre au cinéma, on s’est dit qu’on allait faire venir le cinéma à nous ! »

Bien que profitant de l’étincelant soleil de Provence toute l’année, Beaucaire n’en reste pas moins un territoire frappé de lourdes inégalités, avec un taux de chômage élevé, et des difficultés scolaires notoires pour les enfants.

Au début des années 2000, un petit groupe d’enseignants passionnés de leur profession et excédé de l’incohérence administrative dont étaient victimes leurs élèves, se constitue en association pour tenter de faire venir le cinéma là où il n’est pas. Ce n’était pas une idée en l’air !

Parallèlement, un festival de cinéma connu et reconnu se déroule à Alès depuis plus de 20 ans. Le Festival Itinérances diffuse au printemps sur 10 jours près de 200 films, dont une partie « Jeune public ».

En 2005, l’association d’enseignants alors nommée « Les têtes à clap » inaugure son premier Festival de Cinéma Scolaire. Par un partenariat judicieux, le Festival d’Alès leur loue les bandes des films qu’ils ont choisi parmi la sélection du Festival. Leur diffusion se fait au cinéma de Tarascon, à prix réduit.

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La première édition du Festival enregistre quelques 200 entrées en une semaine. Après plus de 10 éditions, les chiffres ont explosé, la quasi-totalité des écoles maternelles, élémentaires, collèges et lycées de Beaucaire et de Tarascon participent à l’évènement, et réunissent plus de 5000 entrées.

Moteur… Ça tourne !

Avec les années, le Festival n’a plus constitué l’unique action de l’association. Bien qu’extrêmement demandeuse de temps et d’énergie, l’organisation de cette semaine partage désormais la vedette au cours de l’année avec les projections rencontres, le projet BOX – OFFICE, et le Festival de Cinéma d’été grand public.

En 2017, pas moins de sept projections rencontres ont eu lieu dans les cinémas de Tarascon, organisées par l’association. La présence du réalisateur ou d’acteurs offre des moments de partage savoureux entre le public et les professionnels. Ludo, l’enseignant président de l’association apporte toute sa convivialité et sa chaleur humaine à accueillir ces invités le plus « normalement possible ». Alors que nous le rencontrons dans une boulangerie autour d’un café et d’un PAGO, il nous raconte : « On leur dit, ici c’est comme une famille. A chaque fois on a une relation en commun donc ça aide, mais on ne déroule pas le tapis rouge ! Comme on est avec vous, on est avec eux ! Leïla Bekhti, Omar Sy, pareil ! »

Le projet BOX – OFFICE a particulièrement retenu notre attention. Nico, commercial dans la vraie vie et seule personne non enseignante investie dans l’association, se rend dans le lycée de Tarascon avec Ludo afin de familiariser les lycéens avec l’outil cinématographique (caméras, logiciel de montage, etc.) et les accompagner dans la réalisation d’un court-métrage. A la fin de l’année, les différentes classes du lycée Daudet sont réunies en cérémonie dans le théâtre de la ville. Après la diffusion de tous les travaux, des prix sont remis au meilleur scénario, meilleur acteur, meilleure actrice, etc. Et pour clore le spectacle, une projection-rencontre est organisée dans la foulée, laissant toute la joie aux lycéens de savoir leur œuvre vue par un professionnel avec lequel ils ont pu échanger et même prendre un selfie.

Et pour finir l’année, l’association organise un nouveau Festival, cette fois-ci ouvert à tout public. Trois films sont diffusés en deux jours au mois de septembre, toujours en présence d’un acteur ou du réalisateur. La projection en plein air permet à l’équipe des Têtes à clap de donner des films à voir à des populations n’allant quasiment jamais au cinéma. Comme le veut l’essence de l’association, c’est le cinéma qui vient là où il n’est pas. Et pour se faire, ils ont développé un puissant réseau de connaissances dans le milieu, leur permettant d’avoir un invité d’honneur par an, tels que Jamel Debbouze, Eric Judor, Elie Semoun, Jean-Pierre Jeunet, etc.

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La passion comme moteur

Youssef Hajdi n’est pas le plus connu des grands noms cités jusqu’ici. Il a récemment joué dans Problemos, Le Bureau des Légendes, ou encore la série Platane. Mais celui qui est devenu parrain de l’association est un enfant du pays, et prend plaisir à venir dès qu’il le peut pour des projections rencontres et surtout tous les mois de septembre accompagner l’invité d’honneur. Et une personne autant appréciée que Youssef dans le milieu du 7e art constitue un atout non négligeable pour l’association.

La passion de ses bénévoles est un autre atout dont l’association se saisit de fait, et qui donne toute l’âme du projet. Et sa transmission aux enfants de leur région se fait notamment lors de la prise de parole de Ludo avant la projection d’un film : « Pendant le film, vous n’aurez pas le droit de parler, de vous lever, mais vous avez aussi des droits : de rire, d’avoir peur, et de pleurer… Moi aussi je pleure souvent devant un film ! »

Pleurer, ils ont failli le faire en 2014 à la suite des élections municipales qui ont vu le candidat Front National arrivé en tête et être élu. Dans l’ensemble des collectivités où le parti a été élu, les subventions pour les associations culturelles ont été drastiquement réduites. Chance pour les Têtes à clap, celles qu’ils touchaient n’étant pas vitale pour la survie de l’association, ils ont su faire sans, sans difficultés. Car avant qu’elle leur aurait pu leur être refusée, l’association avait décidé pour tout plein de raisons évidentes de ne recevoir aucun argent d’une municipalité FN.

Godart disait « Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout. »  Un poil ambitieuse (et pourquoi pas, après tout ?), cette phrase constituerait sûrement une maxime idéale pour l’association. Parler de tout, arriver à tout. Les REP, les REP+, les zones sensibles, les ZEP, les CUCS, en somme les quartiers populaires ont assez attendu. Désormais ils s’organisent pour avoir accès, mais également s’approprier la Culture avec un grand C, qui leur a trop longtemps été rendu inaccessible. Franck Lepage disait que cela ne servait à rien d’« apporter » la culture, de la planter et attendre que ça pousse. A Beaucaire, ils s’organisent pour la faire leur, selon leurs règles et leurs codes.

Pour plus d’infos : http://www.lestetesaclap.fr/

 

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La Mainlèv’, une usine à idées !

Sur les routes, il y a des villages que l’on ne fait que traverser, que tout le monde ne fait que traverser. On y devine une vie de petit village, ses anciens et leurs habitudes, ses quelques commerces, ses couples de néo-ruraux fraîchement arrivés, bref, tout ce qui fait la vie d’un village. Dans le Gard, Arre en fait partie. Mais nous ignorons toujours l’Histoire de ces villages, ce qu’ils ont été, ce qu’il s’y est passé. Des aventures industrielles, paysannes, ou politiques ont parfois marqué ces territoires, sans crier gare à ceux le traversant aujourd’hui. Arre en fait également partie. Certains n’ont pas abandonné cette Histoire, et un sursaut citoyen tente d’en écrire une nouvelle page, sans oublier, ni glorifier, ni fermer les yeux sur le passé. Arre est encore de ceux-là.

Usine à vendre !

Depuis plus de trois siècles, Arre n’a jamais compté plus de 700 habitants. C’est un petit village, qui l’a toujours été. Petit, mais non moins actif ! Pendant plus de deux siècles, une industrie a constitué le poumon économique d’un territoire allant bien au-delà du village. Jusqu’à 1300 personnes au plus fort de l’activité ont travaillé dans les usines d’Arre. Fleuron d’une époque industrielle aujourd’hui révolue, ces usines fabriquaient entre autres les bas de la marque « Lys ». L’aventure familiale et régionale a pris fin en 2007, laissant alors l’usine vacante de toute vie et toute activité. Les 5000 m² au total sont laissés plus ou moins à l’abandon dans un premier temps, puis vendus aux enchères, avant que le nouvel acquéreur ne s’en débarrasse pour une bouchée de pain. 40 000 € plus tard, Martin et son associé sont propriétaires de l’ensemble des bâtiments. Ils étaient au bon endroit au bon moment, le bien leur appartient désormais !

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Après avoir vendu sans spéculation différentes parcelles, Martin se concentre avec Samantha sur l’occupation, la rénovation, et l’animation de la moitié du bâtiment principal, donnant sur la Route Nationale si passante. Le jeune couple fourmille d’idées sur ce que pourrait accueillir cet espace de 900 m². Ils se constituent alors en association, La Mainlèv’, afin d’enrichir à la fois la réflexion sur le projet, et la main d’œuvre pour rénover ce bâtiment qui était en train de tomber en ruines. Ce n’était pas une idée en l’air !

Un projet de territoire

Déjà des idées fusent dans la tête de Samantha, Martin et les premiers adhérents de l’association. Ils imaginent la fonction que pourraient prendre chaque partie du bâtiment : un espace jeune public qui pourrait se tourner vers l’éducation populaire et les arts manuels ; une cuisine collective de transformation de fruits et légumes issus de leur grand potager ou des producteurs voisins ; un hall d’expo ; un étage dédié au travail partagé ; des caves promises à de folles soirées musicales ; etc. Mais ce qui leur tient à cœur avant tout, c’est de faire de la Mainlev’, un lieu des possibles où chacun peut apprendre, apporter ses idées, découvrir la vie associative et collective, prendre des conseils, être accompagné dans son propre projet.

Le bâtiment veut être au service du territoire, permettant à chaque acteur local de s’en saisir, de participer à son évolution et mobiliser ses différents espaces. Arre qui a perdu récemment son dernier bar de village, pourrait alors retrouver cette vie locale grâce à la Mainlev’ où les habitants pourraient s’y retrouver, discuter, et participer à des moments communs… On peut aussi imaginer les écoles environnantes, en manque d’espaces de loisirs, passer des journées pédagogiques dans l’ancienne usine.

Cette volonté d’offrir au territoire un espace de partage prend une dimension symbolique dans la première action sur laquelle se penche la Mainlev’. En partenariat avec d’autres acteurs locaux, et accompagnés des anciens ouvriers de l’usine, ils préparent une exposition relatant l’Histoire de la famille Brun, des activités de l’usine quand elle fonctionnait encore et surtout de la vie de ses ouvriers. En mémoire du passé, la Mainlev’ travaille avec les habitants du village pour recueillir témoignages et photos de cette époque que chacun se fait un devoir de ne pas oublier.

Et q’ça bosse !

A cette heure, l’usine et ses murs défraîchis, ont besoin d’un bon coup de neuf. C’est évidemment en conservant l’esprit industriel et l’histoire des murs que les travaux ont commencé il y a trois ans environ. La Mainlev’ procède par étape. Mise aux normes, travaux dans les règles, respect des consignes de sécurité, sont autant de casse-têtes auxquels la Mainlev’ se frotte tous les étés en vue de la mise au norme ERP (Etablissement recevant du public) du bâtiment.

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C’est donc dans cette ambiance de chantier que Samantha et Martin racontent avec passion les plans du lieu et la future fonction de chaque espace. Le cœur à l’ouvrage et les yeux pétillants, on les suit sans difficulté et on croit à la suite de l’histoire de cette usine.

En hiver, c’est auprès du poêle que l’on discute de l’association et des projets qui l’animent. Mais on imagine facilement l’effervescence en plein été quand les chantiers participatifs battent leur plein, que disqueuse, marteaux et camion benne entrent en scène. Jeunes et moins jeunes, expérimentés ou novices venant des quatre coins du globe sont accueillis par l’association via les plateformes Twiza et Workaway. Dans la bonne humeur et l’esprit bosseur, les travaux avancent. Prochaine étape : le toit et sa charpente, ainsi que les finitions des premiers espaces.

Déjà salariée depuis 2016, Samantha s’épaule de personnes en service civique. La saison à venir, l’association accueillera deux volontaires qui auront en charge l’animation de la vie de groupe des chantiers participatifs, ainsi que l’organisation de quelques événements. Pas de quoi s’ennuyer pour les deux prochaines recrues ! A la fois innovante et profondément ancrée dans l’ère du temps, la Mainlèv’ constitue tant un défi pour ses instigateurs qu’un besoin pour son territoire.

 

Pour plus d’infos : http://lamainlev.org

ou https://www.facebook.com/lamainlev/https://www.facebook.com/lamainlev/

 

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