Itinérant ou dans un ancien vidéoclub, la Lozère modernise le cinéma associatif

Nous sommes en Lozère côté Cévennes, c’est-à-dire plutôt au sud du département. Ça sent bon la châtaigne et les champignons, au bord des rivières et en forêts, ou en hauteur sur les grands causses. Dans ce décor préservé, deux associations font vivre leur passion pour le bonheur de publics curieux. Voisines, cousines et copines, elles ont un territoire rural en partage et le cinéma en passion depuis bien des années. Cinéco d’abord transporte le cinéma dans beaucoup de villages du cœur des Cévennes, La Nouvelle Dimension ensuite a redonné vie à un vidéo-club à Florac et propose animations et festivals toute l’année.

Cinéco en a déroulé de la bobine !

Cinéco fait voyager le cinéma d’un village à l’autre. Les films se déplacent dans les anciennes salles de cinéma, en plein air l’été, dans les salle des fêtes ou même dans la cantine de l’école. Les bénévoles et les salariés de l’association se chargent des projections, de la programmation à la vente des billets jusqu’à l’installation du matériel. Et c’est une activité qui plaît beaucoup sur le territoire puisque pas moins de 80 personnes offrent de leur temps libre bénévolement, aux côtés des sept salariés de Cinéco, pour faire vivre l’association et apporter le cinéma dans plus de 60 communes.

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« C’est une sacrée organisation pour les salariés et les bénévoles. S’assurer que le matériel soit disponible, qu’il y ait des bénévoles pour chaque séance sans salarié, que les bande-annonces et le court-métrage d’avant séance soient prêts, etc. Mais on adore ce métier ! » nous raconte Stéphane, salarié de Cinéco.

Avant chaque film, un court-métrage en lien avec la thématique du film fait office d’ouverture de la projection. On a eu la chance de voir le monologue d’une maman à une petit garçon dans « Dinosaure » qui traite de l’enfance et des valeurs inculquées avec humour et distance, avant de nous plonger dans l’univers atypique d’un Institut Médico-Educatif « Dans la Terrible Jungle ».

Cinéco est donc un cinéma itinérant et l’a toujours été depuis… 37 ans ! Un très bel âge pour une association culturelle. Alors il faut dire que l’association en a vécu des bouleversements liés à l’histoire du cinéma.

Lorsque Cinéco est né, le numérique n’existait pas encore. A cette époque, on utilisait le « 16 mm », un format qui doit son nom à la largeur des bobines de pellicules utilisées à partir des années 1920. Ensuite, le temps a été celui des pellicules « 35 mm ». Et là, le nombre de bobines par films était en quantité limitée. Elles étaient livrées en priorité aux grandes salles de cinéma. Les petits cinémas et les cinémas itinérants se partageaient donc le stock restant. Puis, au fil du temps, le nombre de pellicules a diminué pour laisser place au format numérique uniquement. Alors à ce moment-là, les cinémas itinérants ne reçoivent plus de « 35 mm » et n’ont pas les moyens de changer leur matériel pour projeter en numérique. Pas de plan B !

Une période de doute s’installe et Cinéco se demande s’il va être possible de poursuivre son activité. Mais c’était sans compter sur une équipe déterminée et poussée par l’enthousiasme de son public fidèle. Quelques rendez-vous et plusieurs heures de discussion plus tard, l’« Association Nationale des Cinémas Itinérants » (ANCI) émerge pour porter aux institutions une voix commune. L’association parle des difficultés qui mettent en péril l’accès au cinéma dans les milieux ruraux et donc sur une zone très étendue compte tenu du nombre de communes que couvrent les cinémas itinérants de France : 1 200 ! L’association entame des négociations avec le « Centre Nationale du Cinéma et de l’Image Animée » (CNC) qui trouve rapidement une solution convaincu du bénéfice de telles activités sur le territoire national. Le CNC aide alors financièrement les cinémas itinérants et dont Cinéco à moderniser son matériel et à accueillir le format numérique avec succès. L’aventure continue !

Aujourd’hui, Cinéco diffuse exclusivement des films numériques, ce qui demande quand même une bonne part d’organisation car pour acquérir les films, il faut suivre tout un protocole les protégeant par des clés, des mots de passe et autres méthodes techniques et secrètes. Affaire de gros sous et lobbies, le cinéma n’échappe pas aux règles de l’industrie. Ce sont les grandes salles qui bénéficient de l’exclusivité, faisant patienter les cinémas itinérants et leurs publics. Cinéco s’est d’ailleurs adapter à recevoir les films cinq semaines après leur sortie officielle dans les grandes salles, et s’en est fait un atout en prenant le temps de sélectionner finement sa programmation.

Ce sont les bénévoles qui établissent la programmation pour les trois prochains mois. Elle est décidée de manière collective par les bénévoles présents et selon une méthode qui fonctionne depuis 10 ans après moultes essais et expérimentations de prise de décision collective. En sort une programmation variée et actuelle, privilégiant les films qui apportent une réflexion ou qui témoignent d’une qualité. Faire réfléchir via un beau et agréable support, c’est un des pouvoirs du cinéma !

Les super pouvoirs du cinéma

Le cinéma a ces pouvoirs de poser question, d’informer et de divertir. La programmation de Cinéco les met bien en avant et veut en faire profiter le plus grand nombre : les habitants des villages, on l’aura compris, mais pas que.

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Cinéco intervient dans les établissements scolaires de la région. 150 séances sont organisées en écoles et collèges. Dans le cadre d’un dispositif régional, Cinéco fait entrer le cinéma parmi les activités « d’éducation artistiques et culturelles » auprès des jeunes publics.

Dans cette même perspective de développement de ses propositions, Cinéco intervient en milieu carcéral comme c’est le cas à la Maison d’Arrêt de Mende. Une façon d’apporter du divertissement, d’accéder à un cinéma de qualité et de réfléchir sur certaines thématiques, comme c’était le cas le jour de notre rencontre avec Stéphane et Vincent qui revenaient de leur intervention, où ils avaient projeté « Les Invisibles », une histoire de solidarité et de femmes, projetée dans une Maison d’Arrêt pour hommes.

 

Depuis la naissance de Cinéco, l’association a développé ses activités, pour un accès toujours plus important auprès du public et parce que le cinéma a aussi le pouvoir de réunir, de faire se rencontrer les gens et de partager un moment privilégié. En 37 ans, les membres de l’association ont été témoins des changements ruraux dont on parle de plus en plus, de la disparition de lieux symboliques de rencontre tels que les bars et de la transformation des habitudes individuelles.

Le cinéma, dernière lumière dans la ville

En milieu rural, on parle beaucoup de ces changements, des commerces qui se raréfient, des bars qui ferment tôt dans la soirée ou qui mettent la clé sous la porte. Certains villages trouvent des solutions et créent de nouveaux espaces tels que des bars associatifs, des commerces gérés collectivement, des salons de thé-librairie, des lieux où les activités se croisent et les publics se mêlent. La Lozère est un de ces territoires ruraux, il est même le département le moins peuplé de France. Alors le cinéma a un rôle plus important qu’on ne le pense.

« C’est souvent le dernier endroit, ouvert au public, éclairé le soir dans la ville », témoigne Vincent, directeur de Cinéco.

Les soirées cinéma sont donc l’occasion de se retrouver, de voir ses voisins, de se donner rendez-vous autour d’un moment agréable et de détente. Vincent est certain de cette place centrale des salles de cinéma dans les bourgs et encourage ceux-ci à prendre conscience de ce rôle et à étoffer leurs propositions vers plus de rencontres et de convivialité : un cinéma qui fait bar en même temps, avant et après la séance, ou bien restaurant, ou bien salle de spectacle…

S’il y a un exemple local de lieu qui mêle cinéma et rencontres, c’est bien La Nouvelle Dimension, à Florac. Il s’agit d’une association singulière en la matière. Pour connaître son histoire, il faut remonter dans nos propres souvenirs d’enfance.

Qu’ont bien pu devenir les vidéos-clubs de notre enfance ?

Vous vous souvenez de ces étagères remplies de VHS, de cette virée en début de soirée pour choisir le film à regarder entre amis ou de ce rideau qui cachait un espace réservé aux adultes ?

Florac aussi avait son vidéo-club. Et comme partout, il a cessé de fonctionner il y a quelques années. Sauf qu’ici, il a eu un second souffle.

Guillaume, un passionné, un amoureux du cinéma et de ses supports devenus DVD, a décidé de poursuivre l’aventure. Lui qui tenait ce vidéo-club a conservé le stock et a été l’un des initiateurs de l’association La Nouvelle Dimension en 2015.

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Guillaume a été rejoint par des nostalgiques tout aussi passionnés que lui par les supports du cinéma car ce sont des bénévoles qui font vivre l’association aux côtés des salariés. Les 150 adhérents peuvent emprunter ces DVD grâce à leur abonnement annuel. L’association est également très connue localement pour son accent canadien lors de leur événement annuel phare : le festival de cinéma franco-québécois « 48 images par seconde ».

Tout au long de l’année, l’équipe accompagne le public dans sa cinéphilie, à travers des ateliers d’éducation à l’image où l’on découvre les métiers du cinéma, où l’on s’attarde sur une thématique particulière, etc. Elle tisse des partenariats locaux quand les idées se rejoignent autour de projets captivants. Un lâché de vautours prochainement sur le causse ? L’opportunité de se pencher sur cet oiseau avec le Parc Naturel des Cévennes et de programmer ensemble une soirée thématique. Un pont à quelques encablures qui fut central lors de tournages passés ? Plus qu’à le mettre à l’honneur lors d’une rando-ciné aux Journées du Patrimoine. Des habitants amateurs qui tournent des courts-métrages dans les Cévennes ? La date anniversaire de La Nouvelle Dimension est l’occasion de les diffuser sur grand écran devant un public curieux.

Le contexte cinématographique et culturel dans son ensemble est en pleine évolution. A l’heure des places de cinéma trop chères dans les gros complexes, d’un essor du cinéma indépendant, de l’accès à la culture foisonnant mais en grande difficulté financière, d’un besoin sociétal criant de se réunir et d’échanger, du domaine de l’art qui n’échappe pas à la financiarisation sauvage, ces deux associations participent d’un élan qui sera assurément à soutenir dans les prochaines années.

Pour en savoir plus :

Cinéco, cinéma itinérant en Cévennes

La Nouvelle Dimension, à Florac

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A Rennes, les lieux intermédiaires font commun de leurs vécus et de leurs utopies.

Pendant deux jours, la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires et Indépendants (CNLII) a tenu son 3ème Forum national des lieux intermédiaires et indépendants aux « Ateliers du Vent » à Rennes. Après les éditions de 2014 et 2016, cette année était placée sous le signe des communs : « Faire commun(s), comment faire ? ». Un moment de rencontres, de retrouvailles et d’échanges au cours duquel les 250 participant.e.s ont témoigné leur besoin de reconnaissance auprès de l’État et des pouvoirs publics, de s’unir et faire front face à des défis de plus en plus complexes.

Qu’est-ce que la CNLII ?

« La CNLII a été constituée le 29 janvier 2014 lors du « Forum national des lieux intermédiaires ». Ce regroupement en coordination répond au besoin urgent exprimé pendant ce Forum d’une reconnaissance de la place et du rôle de ces lieux intermédiaires dans le paysage culturel français et d’une mise en réseau de leurs projets respectifs. » Il s’agit donc d’un regroupement informel de lieux indépendants qui disposent pour la plupart au moins d’un volet création et/ou diffusion artistique.

En deux jours, une véritable montée en puissance.

L’organisation de ces deux jours de rencontres était prise en main par ARTfactories/Autre(s)pARTsgroupe d’acteurs culturels et d’artistes, réunis autour d’un projet commun de transformation de l’action culturelle par l’expérimentation d’autres rapports entre art, territoires et société), le réseau Hybrides (qui porte une dynamique de structuration des lieux intermédiaires en région Bretagne) et les Ateliers Du Vent (ensemble d’artistes et de personnes engagé.e.s dans des démarches citoyennes qui font vivre collectivement un lieu d’expérimentations).

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Trois rencontres préparatoires ont eu lieu à Rennes au mois de mars, puis à Lille et Marseille au mois de mai. C’est au plus près des futur.e.s participant.e.s qu’ils.elles sont allés chercher les thématiques pertinentes à développer au cours du grand Forum. En sont ressortis les thèmes de la co-évaluation, de l’urbanisme transitoire et des communs. Des sujets suffisamment précis et pointus qu’il aurait été facile de tomber dans un jargon et un entre soi inaccessible au grand public.

Alors c’est par une première matinée assez dense que le Forum s’est ouvert. Quatre conférences-éclair de 30 minutes au choix parmi les huit possibles, pour une (re)mise à niveau sur des thèmes variés. On a abordé les droits culturels, les communs, les chartes d’usage, l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), l’évaluation ou encore les friches et les enjeux spatiaux.

L’après-midi, les participants se sont répartis selon qu’ils souhaitaient travailler sur les communs, la co-évaluation ou l’urbanisme transitoire. Deux groupes se sont constitués par thème et ont dégagé chacun trois problématiques.

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Le lendemain matin, chaque groupe a envoyé ses trois problématiques à la discussion au sein des trois micro-plénières. Chaque micro-plénière disposait alors de deux problématiques sur chaque thème (co-évaluation, urbanisme transitoire et communs) qu’ils ont dû mettre en lien, regrouper, se faire correspondre, afin de dégager des questionnements et des pistes de travail plus ou moins transversaux.

Point d’orgue du Forum, la plénière de l’après-midi a vu les trois micro-plénières mettre en commun et discuter leurs conclusions respectives. Ce processus d’ateliers successifs (plus agréable à vivre qu’à lire et expliquer, on vous l’accorde) a permis, d’une part la prise de paroles de tou.te.s les participant.e.s sur un sujet choisi, et surtout sa prise en compte dans le résultat final de la plénière. L’organisation de cet événement a su créer une intelligence collective porteuse de sens et efficace.

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L’événement a rencontré son public. Des lieux de toute la France se sont déplacés pour l’occasion. Une moitié de bretons, également des personnes et des collectifs venus entre autres de Lyon (Friche Lamartine), Marseille, Annecy (L’Ecrevis), Bordeaux (La Fabrique Pola), Lille, Nantes, Toulouse (Mixart Mirys), Paris (59 Rivoli), Caen (Collectif Bazarnaöm, le Wip), Tours, etc. Si le milieu urbain était dignement représenté, le milieu rural n’était pas en reste avec notamment l’association cévenole Bouillon Cube ou la sud bretonne La Cimenterie.

« En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »

La diversité d’intervenant.e.s a permis de recadrer certaines notions et lancer les participant.e.s sur de nouveaux élans de réflexion. Plusieurs pays voisins étaient présents pour mettre en avant les avancées remarquables et inspirantes dans leurs pays. Les représentant.e.s de l’Asilo à Naples ont par exemple animé un atelier sur les chartes d’usage qui a permis de faire un pas de côté et d’avoir connaissance d’une expérience novatrice et de leur lutte pour une reconnaissance des droits d’usage des lieux intermédiaires dans les villes pour en faire un droit commun et affirmé dont l’État devient un soutien. La Belgique nous a requestionné sur les systèmes et les processus d’évaluation, remettant en cause les indicateurs et critères souvent quantitatifs avant tout des pouvoirs publics pour mettre en avant les valeurs culturelles qui animent nos projets, les apports qualitatifs et du bon sens dans des démarches d’évaluation collective et coopératives au long court. L’organisation avait également dépêché des intervenant.e.s plus institutionnel.le.s comme Anne-Christine Micheu (Ministère de la Culture) au sujet des droits culturels, ou encore des universitaires géographes, juristes, sociologues.

Et pour compléter le tableau, la proportion d’artistes présent.e.s a permis une certaine poésie dans les échanges sur des sujets parfois complexes et très terre-à-terre.

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Condensé des plus belles questions et réflexions entendues les 19 et 20 mai lors de ce 3ème Forum des lieux intermédiaires et indépendants :

Comment penser le commun par enjeux plutôt que par objectif ?
– A la question « Quelles traces laissons-nous derrière nos occupations de lieux ? », la réponse « En tissant des liens, on laisse un tissu derrière nous… »
– Comment s’assurer qu’un projet respecte l’intégrité d’un territoire et des personnes qui l’habitent ?
– Imaginer un jumelage entre projets au sein de la CNLII, afin de faciliter les partenariats et stimuler la solidarité entre lieux.
– Exiger l’excellence politique pour nous accompagner plutôt que nous contrôler.
– Comment passer du transitoire à la transition ?
– Placer la médiation culturelle plus en amont de nos pratiques.
– Pour les préserver et les reconnaître, est-il imaginable de donner la personnalité juridique aux lieux intermédiaires de Marseille, comme les néo-zélandais l’ont fait avec une rivière ?
– Entamer un travail commun avec les réseaux RFF (Réseau Français des Fablabs) et TILIOS (Tiers Lieux Libres et Open Source) qui rencontrent des difficultés très semblables aux notres.

Pour retrouver toutes ces questions, certaines réponses, d’autres débats et présentations, la CNLII propose toutes les interventions filmées sur son site internet : http://cnlii.org/2019/06/conferences-eclair-les-videos/

Stabilité, inaliénation, création, territoire, politique, soutien, conflit, hybridation, expression, pédagogie, militantisme, devenir, pédagogie, profits, … au cours des différents débats, les digressions ont été aussi nombreuses qu’intéressantes. Les prochaines éditions disposent d’un puissant réservoir de thèmes à développer !

Un Théâtre dans les vignes

On peut le dire, Michèle et Pierre ne s’ennuient pas à la retraite. A plus de cinquante ans, le couple s’est lancé dans une sacrée aventure ! Celle de créer et d’ouvrir un théâtre au milieu des vignes de l’Aude. Forts de leurs expériences professionnelles dans le monde des arts vivants, entourés de complices locaux, de quelques salariés très investis et d’une belle équipe bénévole, ils font vivre ce théâtre depuis 8 ans.

Ambiance bois

Le Théâtre dans les vignes est le premier bâtiment sur votre droite quand vous arrivez au hameau de Cornèze, à Couffoulens. Imaginé et créé de toute pièce par Michèle et Pierre Heydorff, avec l’aide de proches, ils ont transformé un ancien chais dans lequel on stockait les tonneaux de vin, lorsque son locataire a quitté les lieux, en théâtre.

Pierre, qui avait travaillé au Théâtre de Bussang, dans les Vosges, avait à cœur de donner une âme, une chaleur et un cachet similaire. Il s’est alors appliqué à mettre le bois à l’honneur, offrir une proximité entre la scène et les 150 places assises, faire le choix d’une machinerie entièrement manuelle, etc. Et il est vrai qu’en entrant, l’image du Théâtre de Bussang, appelé Théâtre du Peuple, nous est rapidement venue.

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Ce dernier est un bijou. Entièrement en bois aussi, il est mondialement connu pour son fond de scène qui s’ouvre sur la forêt, offrant des moments et des spectacles uniques. Il a traversé les époques sans bouger. Devenu monument historique depuis 1976, il a été construit par Maurice Pottecher. En 1895, ce dernier quitte le milieu artistique parisien, revient dans son village natal et profite de l’aide financière de son père et son frère qui dirigent une grande usine locale, pour créer ce théâtre singulier.

 

Ingrédients secrets !

Comme son nom l’indique, le Théâtre dans les vignes n’est pas dans la forêt, plutôt entouré de vignes avec vue sur les Pyrénées. Il se situe dans un hameau de 42 habitants « quand tout le monde est là », rigole Michèle. Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lieux culturels dans des hameaux ou de petits villages. Pourtant, ce qui nous frappe à chaque fois, c’est ce même constat qui est fait par les membres de ces lieux : le public est présent au rendez-vous, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les habitants du hameau se déplacent très peu, voire pas du tout. La proximité ne semble pas être l’unique garant. C’est pourtant chez eux, on ne peut plus proche. Alors si la proximité ne fait pas tout, est-ce une question de familiarité avec la culture ? D’éducation à la culture et à ses établissements ? Est-ce là, la représentation à l’échelle locale de la proportion de Français qui ont une pratique culturelle ? Nous n’avons pas encore trouvé la réponse, mais il semble important d’en pendre conscience et de continuer à faciliter l’accès à la culture, par des facilités économiques mais pas que… également par une éducation à la culture, à ses objets, à ses acteurs, à ses lieux.

Le Théâtre dans les vignes s’est longuement questionné sur le sujet. Dans le même temps, par leurs expériences passées ou leurs volontés présentes, l’équipe a toujours travaillé avec les gens, les habitants, l’Autre. Ils nous ont alors dévoilé deux de leurs secrets.

D’abord, artistes et équipes du théâtre initient, travaillent et échangent avec les enfants. A travers des ateliers, des jeux, des stages dans les écoles, ils font découvrir le théâtre et la culture de manière plus générale aux plus jeunes. C’est là un moyen de les ouvrir à ce monde pour maintenant et pour plus tard, ainsi que de toucher indirectement les parents.

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Leur second secret est l’implication des habitants dans le théâtre. Michèle, qui est aussi metteuse en scène, aime proposer des créations en collaboration avec les habitants. Ces derniers peuvent d’abord participer à des ateliers, puis intégrer la création. Aux beaux jours, ils donneront plusieurs représentations. De cette manière, il s’agit de désacraliser le théâtre et le rendre accessible à tous. Mais aussi venir voir ses voisins, amis ou collègues sur scène, aux côtés de professionnels, lors de la représentation. Cette démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Théâtre du Peuple qui, depuis son origine, mêle amateurs et professionnels dans ses spectacles et propose une pièce commune l’été.

Un lieu de convivialité.

Tout au long de l’année, le théâtre propose une programmation avec un spectacle ou deux par mois, ce qui suscite d’autant plus l’envie des spectateurs pour qui il s’agit du rendez-vous mensuel. Toujours tourné vers le théâtre, l’équipe cherche à rendre la proposition éclectique. Jeune public, lectures de textes, troupe, seul en scène, chacun peut y trouver son bonheur.

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Les soirs de représentation, une petite restauration et des boissons locales sont proposées. Dès le matin, une équipe de cuisinières bénévoles s’active aux fourneaux. Le soir, un bol de soupe de saison et un verre de Blanquette de Limoux, ou de jus de fruits, réchauffent les cœurs et laissent du temps pour discuter avant ou après avoir vu le spectacle.

En dehors des jours de représentation, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre du mouvement. C’est certainement les comédiens qui écrivent, travaillent, finalisent leur création pendant une résidence dans les lieux. Au milieu des vignes et excentrés des villes, les artistes aiment se retrouver et laisser venir leurs idées dans ce climat apaisant et calme.

Des actions culturelles à destination des habitants du territoire, des pratiques pour les plus petits et les plus grands, un espace de convivialité les soirs de spectacle particulièrement… Bref, un amour du théâtre, des gens et du territoire que l’équipe du Théâtre dans les vignes partage depuis longtemps et pour de belles années encore. Pour toutes ces raisons, ce dernier a reçu le soutien du Ministère de la Culture en devenant « Atelier de Fabrique Artistique » depuis 2016, comme d’autres lieux culturels en milieu rural.

 

Pour en savoir plus :

https://www.letheatredanslesvignes.fr/

http://www.theatredupeuple.com/

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Aventures féminines dans le Nord de l’Ardèche.

Cette fois, c’est proche de Valence que l’on vous propose une virée. Dans les vallées de l’Eyrieux et du Doux. Vallées réputées pour leur activité foisonnante tant culturelle qu’industrielle. La vie y semble si agréable. Nous y avons rencontré deux projets singuliers qui ont donné un ton féminin à ce territoire. Des femmes qui se bougent en milieu rural !

Des femmes à la campagne, des femmes à la montagne ?

Les femmes entreprennent, les femmes mettent en place des projets qui fonctionnent, les femmes tiennent la barque, les femmes s’entraident. Si notre société ne nous donne que très peu d’exemples de femmes en ce sens, en milieu rural, ce constat n’est que plus amer. Les femmes aussi ont de bonnes idées, sont capables de gérer un projet et le prouvent. Il nous semble alors très important d’en parler à notre échelle et de faire connaître quelques exemples pour que cette vision change, pour que toujours plus de femmes qui le veulent ne reculent pas devant leur envie d’entreprendre et de créer.

Loin des clichés des femmes « au foyer », pendant que les hommes travaillent la terre, nous avons rencontré un milieu rural très actif. Un territoire où l’activité fourmille, où les programmations culturelles sont chargées et de qualité, où la volonté de vivre avec plus de solidarité et de lien entre les habitants résonne… C’est d’ailleurs cette envie qui est à l’origine du groupe des « Odette & Co ». Des femmes installées en Ardèche depuis plus ou moins longtemps se sont réunies pour s’entraider d’abord autour de la notion de travail. Mutualisant leurs réseaux, leurs compétences et leurs expériences, elles ont permis au fil du temps à de nombreuses femmes de trouver un emploi sur le territoire. Chacune a apporté au groupe son histoire et a partagé ses savoirs. Ensemble, elles ont permis de rompre l’isolement de la vie en milieu rural pour démontrer que trouver un emploi est possible, rencontrer du monde est possible et faire vivre un projet commun est aussi possible.

« Nous faisons tout cela avec un amateurisme sérieux », Céline.

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Aujourd’hui fort de cette expérience, le groupe continue à faire vivre les projets professionnels de chacune, à mettre en avant les initiatives individuelles ou collectives de ces femmes actives. Et après huit années déjà, les « Odette » – comme elles s’appellent entre elles – ont créé une vraie solidarité dans le groupe. Chacune raconte avec grand enthousiasme le plaisir qu’elle prend à venir aux réunions hebdomadaires, ou lors des différents événements organisés. Nous avons d’ailleurs de suite capté cette énergie et cette complicité : un sentiment de bienveillance et le rire communicatif de ce groupe de femmes nous ont enveloppé dès notre arrivée.

« La vie collective des « Odette » et les dynamiques qui se sont mises en place au fil du temps, c’est magique ! », Annie

A Lamastre, les « Odette » ont les idées qui bouillonnent pour préparer le retour du printemps. Et ce dynamisme se retrouve dans d’autres projets féminins, notamment celui de Pascale. Cette brune pétillante aux grands yeux, nomade dans l’âme, est pleine d’enthousiasme quand elle raconte les débuts de son aventure à bord de « Mokiroule ».

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Mokiroule, c’est son gros camion rouge et illustré par Magali Attiogbé (illustratrice) que vous avez peut-être croisé sur les routes, même les plus étroites d’Ardèche du Nord, et sur quelques unes de la Drôme. Elle aussi est une entrepreneuse courageuse. Elle transporte son activité partout où elle peut, ne comptant pas ses heures. Présente sur les différents salons ou festivals de la région, elle travaille également avec les CDI de collèges et lycées permettant aux élèves de choisir une partie des livres du CDI pour l’année, stationner devant les médiathèque ou sur des marchés le reste de la semaine, on la trouve facilement.

Le choix des mots ou les mots de choix

Ce qui relie également ces deux projets féminins est le mot. Mots écrits, ou mots parlés, ils sont un objet précieux. Pascale, l’a compris et les dévorent. Elle a décidé de le partager. Faire circuler la culture, la littérature et le mot, rencontrer les habitants, à travers l’Ardèche et la Drôme, c’est le pari qu’elle s’est lancé et qui fonctionne plutôt très bien depuis 2016. Ses clients sont fidèles aux rendez-vous, et se retrouvent au marché ou devant la médiathèque pour feuilleter les nouveautés du Mokiroule, tout autant que pour bavarder avec Pascale ou d’autres clients.

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Le Mokiroule a d’ailleurs sa renommée. La presse et les médias télévisés lui rendent régulièrement visite. Faut dire que Pascale ne recule pas devant les difficultés. Par toutes les météos, tous les jours de l’année, elle anime son projet et le fait vivre du mieux qu’elle peut.

« Certaines villes m’appellent pour que je fasse une halte avec le camion chez eux pendant ma tournée », Pascale

Dans son 10 tonnes aménagé en librairie, ça sent bon le livre ! Des livres de qualité, choisis avec soin par Pascale. Engagée, militante, laissant la place aux petites maisons d’édition, la sélection de 3000 ouvrages environ est beaucoup moins importante qu’en librairie ordinaire, mais non moins attrayante. De plus, le Mokiroule n’ayant pas de stock, les rayons sont renouvelés tout le temps. Vous pouvez y venir autant de fois que vous voulez, le choix ne sera pas deux fois le même. Et si vous avez des idées d’ouvrages, vous pouvez les suggérer à Pascale pour de prochains arrivages ou passer une commande rien que pour vous.

D’une autre manière, le mot est devenu un vecteur commun au sein des « Odette & Co ». Très rapidement après l’émergence de leur groupe, elles ont décidé de créer un magazine pour parler d’elles, et surtout relayer les initiatives de leur territoire. Interviews, reportages, témoignages, conseils, articles, composent le sommaire de leur magazine devenu aujourd’hui un « Pli » spécialisé sur une thématique à chaque édition. Aidées d’une graphiste et d’une photographe, l’ensemble du travail est collectif. Elles décident toutes ensemble du chemin de fer, de la rédaction, de la thématique, des titres, etc.

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Une façon encore de travailler en groupe et de partager ces moments de plaisir. Car le mot d’ordre chez les « Odette » est bien de se faire plaisir en donnant une place à chacune. Pour cela, elles ont assimilé la méthode québécoise de la démarche appréciative. Une approche, une façon de réfléchir, un état d’esprit qui pousse à oser, à être soi-même, à aborder les expériences positives avant le reste. Sonia Racine, consultante canadienne spécialisée dans l’approche appréciative a été un relais privilégié au sein des « Odette » pour mettre en place cette méthode de travail.

A travers le mot pour les deux élans féminins que nous avons rencontré, ou grâce à d’autres vecteurs, les femmes savent entreprendre et prendre la tête d’initiatives. Elles donnent même une touche singulière au milieu rural et savent ne faire cas des clichés qui les entourent.

Pour plus d’infos : 

Le Mokiroule

Odette & Co

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Kacalou, comme à la maison !

Accueillis auprès de la chaleur du poêle à bois sous les six petits degrés d’un mois de novembre corrézien, l’accueil ne pouvait pas être plus chaleureux. Un thé bien chaud et quelques discussions plus tard, nous imaginions déjà la mise en place d’une monnaie sociale révolutionnaire dans notre rapport au temps et à l’argent… Wowowow ! C’est quoi cette énergie dans ce lieu ?? En Occitan, Kacalou répond au doux sobriquet de noix, et cette « maison conviviale » portée par Corinne et Kim lui va à merveille !

Une programmation libre et participative

Au cœur de Beaulieu sur Dordogne, dans une petite rue reliant les deux places principales du village, à savoir la place de la mairie et la place du marché, Kacalou est ouvert tous les mercredis et les vendredis de 10h à 22h. Au programme ? Des concerts, des conférences, des ateliers divers, des spectacles, des rencontres, et des projections de films et de documentaires…

Nous, nous étions là pour la projection du film de Robert Coudray « J’demande pas la lune, juste quelques étoiles ». Une trentaine de personnes était réunie ce soir-là pour voir le film de ce poète ferrailleur qui a auto-réalisé son long-métrage en totale indépendance. Nos copains de Side Ways sont allés le rencontrer, allez jeter un œil à leur web série en cliquant ici !

Ce soir-là, nous rencontrions quelques bénévoles, et la chaleur humaine en plus de la chaleur du poêle nous faisait oublier les températures quasi hivernales. Avec Cyril, nous discutons des enfants non scolarisés faisant l’école à la maison, avec Thomas de l’émergence porteuse d’espoir de ce genre d’initiatives et de lieux, et les autres de Robert Coudray et ses incroyables constructions.

Comme à chaque soirée, la participation financière est libre. C’est une règle d’or ici, les artistes viennent jouer au chapeau. Les jus de pomme, la bière, le vin, et le café sont aussi à prix libre et conscient, laissant la possibilité aux personnes de payer ce qu’ils peuvent, et la responsabilité de payer un prix qu’ils estiment « juste » pour le spectacle auquel ils ont assisté, ou pour la boisson qu’ils ont bu.

« Ce qui me tient vraiment à cœur, c’est d’arriver à valoriser, et à laisser s’exprimer le talent de chacun » Corinne

Pour Kacalou, la participation libre est à double sens. Les spectateurs paient librement leur spectacle, et toute personne peut également venir proposer d’animer un spectacle ou un atelier, avec ses compétences. Pour Corinne, l’ancienne enseignante, laisser la place et la possibilité à chacun d’exprimer et de développer son talent ou ses envies est primordial ! De cette manière, parallèlement à une programmation culturelle riche et variée, récemment un jeune du village se lançant dans le Human Beatbox (faire de la musique en imitant des instruments uniquement avec sa bouche) a par exemple pu s’exercer en live le temps d’une soirée devant un public, et repartir avec le petit pécule laissé par les spectateurs.

Participation libre donc, mais aussi sur scène. Véritable essence de Kacalou à sa naissance et dans son fonctionnement, ce n’était pas une idée en l’air !

Attention, chantier en cours !

La participation libre s’étend même jusqu’au chantier de rénovation de la maison Kacalou. Acquise en 2014, la maison n’était franchement pas en capacité d’accueillir du public. Ni les murs ni la toiture n’étaient en état, abandonnés depuis une vingtaine d’années. Alors Kim s’est emparé du chantier, avec tous les volontaires désireux de voir s’ouvrir une maison conviviale au cœur de Beaulieu sur Dordogne. Les chantiers participatifs s’enchaînent, les dons de matériel et d’équipements dépassent les espérances jusqu’à permettre de rénover le rez-de-chaussée pour y accueillir le bar, ainsi qu’une grande salle pour les spectacles ou les réunions.

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Mais la maison compte encore deux étages supplémentaires. En cours de rénovation déjà bien avancée, le premier étage accueillera un restaurant associatif, tandis que le deuxième aménagé en mezzanine se profile plus comme un atelier afin de stocker les matériaux et outils utiles à la rénovation du lieu et à ses travaux courants.

A cet égard, la maison Kacalou incarne à merveille l’immense champ des possibles, en comptant uniquement sur la solidarité de ses membres, et des habitants d’un territoire désireux d’y trouver un coin chaud, chaleureux, et participatif… à l’image d’une coquille de noix, quoi !

En route pour une nouvelle gouvernance…

Le weekend précédant notre venue, dix membres actifs de Kacalou, et désireux de le rester, avaient participé à un séminaire dont l’objectif était de mettre en place un nouveau système de gouvernance, afin de mieux se répartir les tâches et les rôles entre tous les bénévoles. Corinne et Kim étaient à l’initiative de cette maison conviviale, et en étaient les bénévoles les plus investis. La majeure partie des décisions était donc prise par eux, et les responsabilités assumées par eux. Seulement, cette organisation ne correspondait pas du tout à leur idéal de gouvernance pour un lieu comme celui-ci. Durant ce séminaire, ils ont alors opté pour l’holacratie… L’hola quoi ?

L’holacratie est un système d’organisation de la gouvernance permettant la pleine valorisation de l’intelligence collective, des potentiels et des capacités de chacun, de stimuler la motivation de tous à prendre part au projet et d’y apporter sa contribution. C’est la complémentarité des savoirs, des compétences et des initiatives qui s’occupera de faire lien, et de tirer l’organisation vers le haut.

Assez parlé. Concrètement, l’organisme est structuré en cercles inter dépendants et auto organisés. A Kacalou, nous retrouvons un cercle Animation, un cercle Communication, un cercle Argent, un cercle Humain, un cercle Maison, et un cercle Réseau. Chaque cercle s’occupera donc de son domaine de compétences, et en aura la pleine responsabilité. Chaque cercle décide de la cadence de ses réunions, et de leur fonctionnement. De cette manière, les personnes investies disposent d’une vision claire de leur champ d’action, tout en ayant une grande liberté en son sein. Pour l’exemple de Kacalou, une réunion de gouvernance se tient chaque semaine afin de centraliser les infos et les avancées de chaque cercle, les mettre en lien, et les accorder. Tous les membres des différents cercles participent à cette réunion.

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Kacalou en est pour l’heure à la phase de test de ce type d’organisation. Elle le modèlera certainement à sa sauce, l’adaptera selon ses envies, mais c’est aussi une manière pour les membres qui y participent d’apprendre à travailler en groupe autrement, en permettant à tous à la fois de s’exprimer librement, et à la fois de compter et de s’appuyer sur ses partenaires.

De Kacalou, nous retiendrons la chaleur du poêle, la convivialité de ses membres, le charme de la bâtisse, l’inventivité et l’envie d’une gouvernance la plus riche possible, mais nous retiendrons également cette phrase de Foiz lors d’une discussion en réunion de gouvernance sur la fermeture, ou non, de Kacalou le temps de l’hiver : « Je ne veux pas que Kacalou ferme, alors je serai là. » Ce sont précisément ce genre d’idées et de phrases qui donnent une force aux projets que nous vous donnons à voir, qui les font vivre, et qui nous donnent un espoir immense dans nos capacités à nous rassembler.

Le Fabuleux Destin, café spectacle à la p’tite semaine !

Un café culturel qui programme Amnesty International le jeudi soir, des courts métrages liés au thème de l’exil le vendredi soir, et un concert le samedi soir, il ne nous en fallait pas plus pour nous motiver à prendre la route direction Aubusson ! On ne savait pas exactement ce qui nous attendait…

En haut de la petite montée du quartier Saint-Jean, il est un lieu qui donne vie aux mots, qui les laisse vivre, divaguer, et s’entremêler… Un lieu qui laisse libre cours aux idées créatives, à l’initiative et à la participation populaire. Au Fabuleux Destin, on a le beau bar et la bonne bière du bar traditionnel, la convivialité et la chaleur d’un bar associatif, et cet esprit poétique, ailé et presque romanesque… du « Fabuleux », comme les habitués aiment à l’appeler.

 

Faites entrer les artistes…

Revenons aux débuts. On a Daniel, personnage haut en couleur, un ch’ti au parcours aussi riche que tumultueux qui vient s’installer en Creuse. Daniel, il a baigné dans le monde du théâtre subventionné, du théâtre itinérant indépendant, des écoles de théâtre, de la musique, des écoles de musique, etc. et il est encore en contact avec certains anciens étudiants, comédiens ou musiciens pour la plupart. Avec David et Olivier, ils créent une maison d’éditions, Sans sucre ajouté. De la simple édition d’ouvrages, les trois comparses décident de proposer à leurs auteurs de venir tester leurs textes, à voix haute, devant un public. Bistrot de quartier en déclin, mais séduit par l’idée, le Fabuleux Destin accueille alors ces soirées de lecture, puis à l’occasion une troupe de théâtre, des vieux copains de Daniel qui cherchent un lieu où rôder leur dernière création.

Mais le bistrot ne marche plus, et va devoir fermer ses portes… Un de plus, me direz-vous. Un quartier de plus sans commerce, obligeant ses habitants à se déplacer en centre-ville pour trouver un peu de vie sociale. Eh non. Opposée à la fermeture du bar, la propriétaire négocie et un accord est trouvé avec Sans sucre ajouté pour créer un bar associatif où auteurs, comédiens, et musiciens pourraient prendre place. Ce n’était pas une idée en l’air ! Ne pouvant assumer seuls un tel chantier, ils lancent un appel aux associations du coin, et c’est à près de 40 qu’ils se lancent tous ensemble dans cette aventure courant de l’année 2012.

« On n’a jamais eu de projet, c’est une aventure ! Déjà cinq ans de fonctionnement, c’est un miracle ! » Daniel, bénévole.

… Et que l’aventure commence !

Déjà en rentrant dans le café, on sent, on perçoit une ambiance. Le présentoir à l’entrée vous propose des journaux locaux et indépendants, des cartes postales de décoration plus originales les unes que les autres, ou encore quelques autocollants militants. Le bar tout de suite sur la gauche propose tartines de fromage, et soupe ou salade selon la saison à prix libre. Accompagnés d’une bière locale, d’un verre de vin bio, ou d’un sirop de violette, restez au bar à discuter avec la joyeuse équipe de bénévoles, ou installez-vous juste derrière dans la bibliothèque. Celle-ci d’une richesse et d’une diversité rare, prenez le temps d’apprécier la souplesse du canapé, ou quelques pages des auteurs les plus classiques aux plus révolutionnaires.

L’esprit embué après une bière et quelques livres feuilletés, la partie « salle de spectacle » est prête à jouer sa partition.

Lors de notre première venue le jeudi soir, il y avait Marie au Violoncelle pour accompagner Arnaud et Daniel sur des lectures de textes traitant, de près ou de loin, de l’exil et des droits de l’Homme de Stefan Zweig, Prévert, Hugo, ou Bernanos. La soirée était sous le signe d’Amnesty International. Cinq bénévoles de la section creusoise étaient présents pour nous présenter de courts ou moyens métrages sur leurs actions. Le lendemain, des courts métrages sur le thème de l’exil ont nourri les discussions, tandis que samedi soir c’était une clarinette et une batterie qui animaient la scène pour un concert de musique improvisée.

Tous les jeudi, vendredi et samedi soir le café ouvre ses portes pour proposer une programmation « à la p’tite semaine ». Le programme est établi au trimestre. Et chaque trimestre, il y a des invariables. On retrouve par exemple tous les mois la projection d’un documentaire, une exposition, un club jazz, une après-midi goûter pour les enfants, et une réunion informative animée par Stop Mines. En plus, viennent donc se glisser des pièces de théâtre, des concerts, des débats, etc.

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Bar de quartier pour certains, café philosophique pour d’autres, ou encore café spectacle, ce lieu se décline au gré des envies de chacun. D’ailleurs, nous retrouvons également une scène ouverte tous les mois, « Le Sac à Malices », où chacun peut venir s’exprimer, chanter, dire un texte, …

Ils sont aujourd’hui entre 15 et 20 bénévoles pour assurer la vie du lieu, qu’il s’agisse du service au bar, du ménage hebdomadaire, de la programmation, de la comptabilité, de l’accueil des artistes, des petits travaux réguliers, etc.

Au Fabuleux Destin on retrouve donc une bande de passionnés et d’amis, autant que l’on peut découvrir des artistes de toute la France. Toujours à prix libre !

Le Chapeau, une institution du Fabuleux Destin !

Ici, chacun sait que la participation de tous fait le fonctionnement du lieu.

L’association n’assure jamais de cachet aux artistes qui viennent : ils viennent jouer au chapeau, ou ne viennent pas. Ne touchant aucun financement public par choix, la rétribution des artistes se fait selon ce que veut, et ce que peut le spectateur. Mais l’équipe de bénévoles veille à rappeler à chaque début de spectacle la singularité financière du bar et à sensibiliser sur l’importance de leur participation au chapeau. A la fin du spectacle, le beau chapeau clignote fièrement, on ne peut pas le louper ! Mais Daniel nous l’assure, ce n’est pas le chapeau qui freine les artistes dans leur majorité, parce qu’ils savent qu’ils trouveront en ce lieu une qualité d’écoute extraordinaire de la part des spectateurs, habitués du lieu ou non. Ainsi, le service n’est pas assuré au bar durant le spectacle, et un écrito sur la porte d’entrée indique « Spectacle en cours, entrez discrètement ».

Pour le reste, seules les boissons ont un prix fixe. Alors les petits prix du bar font recette, pendant que les grignotages à base de pain et de fromage, et la soupe ou la salade selon la saison sont à prix libre. Chacun met ce qu’il veut, ou ce qu’il peut, dans la petite caisse du comptoir.

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Et la communauté de communes à laquelle appartient Aubusson étant la plus endettée de France, ce choix d’autofinancement s’est peut-être avéré être le plus judicieux et le plus stable financièrement. Un choix payant qui permet au Fabuleux de poursuivre son aventure sur les mêmes rails, sans changement, que la collectivité territoriale se relève ou non. Toutes les initiatives de ce type sur le territoire n’ayant pas fait le choix de l’autofinancement, ils se voient amputés pour certains d’entre eux d’une part conséquente de leur budget, allant même jusqu’à requestionner sérieusement la viabilité et la poursuite de leur projet.

Merci à Marie, Alex, Fanny, Denis, Daniel, et les autres bénévoles pour leur accueil. Il est de ces lieux qui offrent une perspective culturelle et une singularité à un territoire qui serait impossible sans cette force bénévole. La vie culturelle des jeudi, vendredi, et samedi soir à Aubusson n’aurait sans doute pas le même ton et la même mélodie sans la savoureuse note du Fabuleux Destin.

 

BSP, et si on reliait ville et campagne ?

Hier, Antonin était étudiant en architecture à Saint-Etienne, aujourd’hui le collectif BSP rêve de voir leurs plans et leur projet redonner sens et cohérence au réseau de transports ferroviaire de la région de Limoges. Le principe : faire circuler sur le réseau ferroviaire existant (étoile à huit branches autour de Limoges) cinq lignes de TramTrain, transport collectif fonctionnant comme un train en campagne et comme un tramway dans les agglomérations.

 

Un projet étudiant qui n’est pas resté dans les placards

Les placards et les archives des Universités françaises débordent littéralement de projets pensés, conçus et rédigés par des étudiants issus de toutes filières. Rares sont les projets d’étudiants qui arrivent à sortir des murs de l’enseignement supérieur et à être mis en pratique, car pour bon nombre ils répondent uniquement à une évaluation de fin d’année.

Le TramTrain aurait pu finir comme beaucoup d’autres, dans le placard. Mais une fois son diplôme en poche et rentré au bercail dans le Limousin, ce sont les amis d’Antonin qui se sont rendu compte de la nécessité de la mise en valeur et de l’enrichissement de ce projet de fin d’études. Ce n’était pas une idée en l’air ! 

Ensemble, ils ont créé le collectif BSP il y a trois ans dont le noyau est formé par 4 amis d’enfance. Ce projet, qui a résonné chez plus d’une personne, mobilise aujourd’hui environ 50 contributeurs, soit autant de personnes qui ont apporté leur pierre à l’édifice (aide au design, idées nouvelles…).

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Le cœur du TramTrain Limousin porté par le  BSP vise à « réconcilier ville et territoire ». Permettre à tout un chacun de se déplacer aisément à travers le territoire en reliant Limoges, les villes  périphériques (Bellac, Saint-Junien, Thiviers, ou encore La Souterraine et Guéret en Creuse) et les communes intermédiaires, dans un rayon de 60 km correspondant au bassin de vie.

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Sur ce schéma, un départ toutes les 30 minutes aux extrémités des  lignes, permet du fait de la convergence des voies, d’obtenir un battement de 5 à 12 minutes entre les rames au sein de l’agglomération de Limoges.

« Je voulais re-questionner un endroit que j’ai connu » Antonin Boyer

Les membres de BSP ne sont pas spécialement des passionnés de trains et de tramways, c’est la question de la mobilité sur un territoire donné qui les taraudent et qui a guidé le projet depuis ses débuts.

La mobilité, une question centrale pour un territoire.

Réduction des lignes, réduction des cadences, retards, trajets qui s’allongent à cause de l’entretien défectueux des voies ou du matériel roulant,… tous ces désagréments rendent la circulation en train dans cette région, comme dans beaucoup d’autres, de plus en plus compliquée.

De ce fait, les 450 000 personnes vivant dans le périmètre de 60 km autour de Limoges délaissent peu à peu le réseau ferroviaire pour se tourner, plus simplement, vers la voiture. Mais que faire de ces 400 km de voies ferroviaires desservant les 50 gares du territoire ? Quand nous savons que le nombre de morts sur la route est reparti à la hausse et que nous mesurons l’impact écologique d’un déplacement en voiture, nous trouvons vite quelques idées pour faire quelque chose de cet héritage ferroviaire.

De plus, Antonin nous explique les yeux emplis de passion et de curiosité qu’en abordant la question de la mobilité, peuvent découler des sujets aussi nombreux que divers.

« Quand on parle de mobilité, ça ouvre les portes à des discussions sur tout ! » Antonin Boyer

Emploi, culture, sport, santé, économie… ce sont autant de sujets que la question centrale de la mobilité aborde, mettant en avant les atouts d’une mobilité plus fluide entre ville et campagne. Que l’on parle d’accès à l’emploi, de pratiques culturelles, d’intérêts sportifs, etc., la mobilité offre autant d’arguments dont BSP a pu se saisir au cours des réunions et des rencontres avec les différentes institutions et collectivités territoriales ces trois dernières années. Cette clé d’accroche en forme de pinces multiprises a, pour l’instant, séduit 73 municipalités à s’engager en faveur du projet. Efficace !

Couvrant le Sud-Ouest de la Haute Vienne et bordée par l’agglomération de Limoges, la région de la Chataigneraie Limousine regroupe six communautés de communes, soit 73 communes. Ce sont ces 73 communes qui ont apporté leur soutien officiel au projet BSP avec le vote d’une motion de sauvegarde des lignes ferroviaires, assorti d’un soutien au projet TramTrain Limousin.

Le territoire, un bien commun.

Le territoire, un bien commun ? C’est-à-dire ?

C’est du moins un concept élaboré par Magnaghi auquel nous fait penser le projet BSP.

Avant de savoir si le territoire peut en être un, revenons sur la notion de bien commun. L’ouvrage Propriété et communs, idées reçues et propositions (Editions Utopia), que nous conseillons pour sa clarté sur le sujet, en apporte le cadrage suivant :

« C’est un concept qui demande la coexistence de trois éléments fondamentaux : une ressource collective définie, une communauté déterminée, un mode de gouvernance collectif. Cela signifie qu’un bien ou un service n’est pas commun par nature, mais par son usage. En revanche, certains biens ou services ont plus vocation que d’autres à devenir commun : l’eau, la forêt, les semences, un espace de jeu… plutôt qu’une résidence, une centrale nucléaire, ou une voiture par exemple. […] Ce qu’on appelle commun est donc un principe selon lequel une communauté d’usage choisit de se donner des règles communes pour prendre soin d’une ressource, les met en pratique pour partager l’usage par une gestion commune, dans le respect des générations futures. En effet, une ressource n’est jamais commune par nature, mais le devient par volonté politique. »

Précurseur dans le domaine des communs, Magnaghi est considéré comme le fondateur de l’école territorialiste en Italie. Cette dernière part du principe que notre développement économique souffre d’une déterritorialisation, dans la mesure où les habitants d’un territoire n’ont plus la main sur leur économie locale et ses ressorts. Ils n’en sont plus au centre, mais relégués à la périphérie, exploités selon des impératifs pensés par d’autres, ailleurs : dans un chef-lieu, une préfecture, une capitale, voire depuis des organisations internationales. Afin d’endiguer le phénomène, l’approche territorialiste propose donc de revisiter un développement local comme alternative à ce processus de déterritorialisation. L’implication citoyenne y occupe une place de choix. La reprise en main de leur espace de vie est une condition selon lui à une transformation des styles de vie, de consommation et de production. Une fois ce changement opéré avec les nouveaux partenariats entre acteurs locaux alors créés, le territoire pourra alors retrouver ses caractéristiques propres, différentes et complémentaires des territoires voisins. En somme, une mondialisation par le bas, avec les territoires comme communs.

Pour part, nous avons l’esprit du projet BSP dans ces théories. En redonnant une mobilité soutenable et durable à tous les habitants, c’est un pouvoir qui leur est redonné, laissant place à des partenariats locaux émergeant plus facilement, et retrouver des caractéristiques propres au territoire, qui le rendront soutenable économiquement, environnementalement, et socialement.

Si ces sujets vous intéressent, allez lire Magnaghi, allez discuter avec le collectif, laissez reposer le temps qu’il faudra, et regardez votre territoire de vie. Tout n’est pas figé, tout peut bouger, et vous les premiers ! Et comme ils aiment à le faire, une petite déclinaison pour le collectif BSP : Bravo pour Son Projet !

L’atelier du Soleil et du Vent, décidez de votre énergie !

Construire son poêle de masse, avoir une plancha dans le jardin, fabriquer une éolienne, ou simplement revoir fonctionner ses appareils cassés, est-ce que ça ne donne pas envie de le faire tout seul, comme des grands ? Ça tombe bien, L’Atelier du Soleil et du Vent est là pour nous aider à faire, à fabriquer, à imaginer et à élaborer. Dans ce groupe composé d’artisans et d’ingénieurs, on a toujours de bons conseils et une grande aide. 

Etre acteur de sa propre transition énergétique, c’est le pari fou que s’est lancée l’association voilà six ans, à Lusignan (86).

Le pouvoir de la jeunesse

A l’origine, des copains tout droit sortis d’écoles d’ingénieurs et d’un Master européen en énergies renouvelables qui voulaient allier théorie et pratique. On les imagine facilement étudiants, travailler des heures durant sur un futur prototype, calculer, mesurer, dessiner, etc. On les imagine derrière un bureau, élaborer des machines sur des logiciels, les mains propres et le veston nickel. Pourtant, sortis d’études, ce n’est pas du tout ce schéma qu’ils avaient en tête pour leurs prochaines années. Ils voulaient savoir conceptualiser avec leur tête comme leurs études leur avaient appris, mais aussi savoir faire, avec leurs mains. Ce n’était pas une idée en l’air ! 

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Alors le petit groupe s’improvise et s’organise un premier concentrateur solaire, puis une éolienne et les expériences s’enchaînent entre copains dans des garages ou des ateliers improvisés. Rapidement, nos ingénieurs touche-à-tout se rendent compte que cadrer cette activité par une forme associative leur offrirait un double avantage. D’une part, cela leur permettrait de créer un compte en banque, puis de bénéficier d’un compte chez leurs fournisseurs. D’autre part, cela leur permettrait de développer de manière plus formelle cette activité. Leur idée était de redonner tout son sens au mot « énergie » et d’offrir un pouvoir aux consommateurs qui les rendrait acteurs de leur énergie…

Acteurs de leur énergie ?

Alors constitués en association, les possibilités d’évolution se multiplient. S’ils ont effleuré l’idée d’y trouver leur activité économique, il ne s’agit pas là de l’orientation actuelle de l’association. Celle-ci s’inscrit dans une démarche de diffusion des savoirs et de partage des connaissances et des expériences.

La principale activité consiste à organiser de petites formations payantes de deux à six à jours.

  • La première formation vise à se former au fonctionnement d’une éolienne et à sa fabrication. Elle dure six jours, vous êtes logés et nourris en produits bio et locaux. L’éolienne de 18m de haut alors construite par le groupe de 15 personnes maximum sera donnée à un agriculteur bio de la région. Découpe de métaux, travail du bois, systèmes électriques, tout se fait en auto-construction, par vous !
  • La deuxième formation ne dure que deux jours et permet à chacun de repartir avec son cuiseur à bois. De manière vulgarisé, nous pourrions dire que c’est un coude en métal sur lequel vient se poser une plaque en fer, qui fait plancha. Vous avez l’idée ? Ca s’appelle un cuiseur à bois de type rocket stove… Voilà. En deux jours, Guillaume et Antoine ont le temps d’amener un peu plus de théorie, que notre petite description, sur les flux d’airs, la combustion, la diffusion de la chaleur, etc. L’ingénieur et l’artisan en énergies renouvelables seront ravis de répondre à toutes vos questions, ce sont des pédagogues avertis !

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  • Et pédagogues il faut l’être pour nous avoir fait comprendre, à nous, bricolos du dimanche, la logique de fonctionnement d’un poêle de masse. Une formation est en préparation sur cet aménagement, mais nous avons pu assister à un chantier participatif sur lequel nos artisans et ingénieurs se faisaient la main.
  • Dernière formation, plus généraliste, plus « tout terrain ». Sur une journée, on peut découvrir les solutions les plus adaptées à notre habitat concernant notre production d’électricité, notre eau, notre cuisson ou notre chauffage. Florent, co-fondateur de l’association se fera un plaisir de vous renseigner !

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L’activité de l’association est complétée par l’ouverture au grand public du fablab, toute l’année, selon les horaires d’ouverture disponibles sur leur site. C’est ainsi que dans ce grand local qui abrite l’association, ce fablab, que dis-je, cette caverne d’Ali Baba, on trouve des machines de toutes les tailles, de toutes les formes, des établis construits en palette, des postes de travail en acier fait maison, fruits de récup’ et de dons … Enfin, de quoi donner envie dès notre arrivée de toucher à tout !

Du coup, quand on parle de personnes « acteurs de leur énergie », vous comprenez mieux ? 😊

Une ouverture sur l’extérieur

Au-delà d’un groupe de jeunes ingénieurs, on rencontre aujourd’hui dans l’association une palette de passionnés des matériaux en tout genre : charpentier, menuisier, chauffagiste… Chacun apporte son regard sur une nouvelle création, ses techniques à l’amélioration du grand local, ou échange son savoir avec les plus curieux. Les formations, le fablab et son équipement, ont, depuis quatre ans, ramené nombre de personnes différentes : des amateurs, des curieux, des bricoleurs et des professionnels.

De plus, l’animation de nouvelles formations plus spécialisées encore pourrait même bientôt s’ouvrir à des artisans professionnels de la région, qui viendraient partager et transmettre leurs savoirs et leurs compétences.

Il faut dire que le public est friand et demandeur. Pour moitié composé des habitants du coin, l’autre moitié se déplace de la France entière pour assister aux activités proposées. Et c’est tant mieux, car sans aucun financement public, l’association s’auto-finance grâce à ses formations ouvertes à tous et aux adhésions.

 

L’Atelier du Soleil et du Vent, ça se passe autant dans la tête que dans les mains. Ça se passe pas mal dans la tête (déjà pour comprendre le fonctionnement du poêle de masse on s’est concentré fort !) parce que pouvoir requestionner la place de l’énergie dans nos vies et nos habitats est une démarche qui en englobe beaucoup d’autres. Mais ça se passe aussi dans les mains (quand on a dû remplir des briques de terres ça allait, mais bâtir un mur avec un niveau, on a appris !) lors des formations éoliennes ou rocket-stove, ou au fablab !

Pour les contacter :
https://atelierdusoleiletduvent.org

 

Les Usines Nouvelles, une friche devenue « Tiers Espace »

Comme pour faire correspondre et faire parler les époques entre elles. Deux époques si différentes, mais qui ont tant à apprendre l’une de l’autre. Les deux nous parlent de la notion de travail, de sa place dans nos vies. Mais chacune le fait avec ses termes, ses références contemporaines et son actualité.

Une manufacture bien du XIXe et un « Tiers Espace » profondément du XXIe, l’un qui succède à l’autre, sur un seul et même lieu, en conservant les murs comme pour garder un témoin de l’évolution de notre rapport au travail.

Investir une ancienne filature à l’abandon pour en faire un espace de travail partagé, mais pas que, voici le projet des Usines Nouvelles, à Ligugé, dans la Vienne.

Un lieu de Production, hier et aujourd’hui.

Cette filature est un témoin historique significatif de ce que fut l’aventure de la Révolution Industrielle du XIXe Siècle et de ses suites au XXe. Fondée en 1830, elle constituera un important vivier d’emplois dans la région durant plus d’un siècle. Elle fermera en 1976 et passera 30 ans à se dégrader doucement, laissant seulement le souvenir d’une économie croissante (dé)passée.

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La notion de production a gardé sa place centrale dans la nouvelle vie du lieu. Bureaux individuels, bureaux partagés et ateliers ont redessiné l’intérieur des bâtiments rénovés. Rénovés, ils ne le sont pas tous encore, mais les quelques-uns ayant eu cette chance affichent complets : les 6 bureaux individuels, les 6 bureaux en espace partagé, les 4 ateliers et le fablab de 400m² accueillent 24 structures, pour 35 personnes salariées. Si nous y rajoutons les 17 entrepreneurs-salariés de la Coopérative d’Activité et d’Emploi, ce sont 52 emplois qui ont été développés au sein des Usines Nouvelles.

Y sont rassemblés des professionnels des secteurs du développement durable, des métiers d’art, des nouvelles technologies, des arts, de la culture, et de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). Et c’est bien cette diversité qui est recherchée et mise en avant.

Cette mutualisation et cette proximité des espaces de travail entre secteurs d’activité divers ouvrent la voie à de multiples objectifs. En premier lieu, c’est justement de leur montrer qu’ils ne sont pas si opposés en suscitant l’intérêt de collaborations. Ainsi, un restaurateur de documents anciens a pu travailler avec l’ébéniste sur la réfection d’une couverture de livre en bois ancien, l’ébéniste et le forgeron, tous deux fabricants de meubles, ont pu mettre en place une gamme commune « Bois Métal », pendant que le forgeron a travaillé avec le fablab sur une œuvre d’art et la brasserie locale sur leurs machines de brassage, etc.

Et puis, après avoir impulsé ces collaborations et cette dynamique économique transversale, l’objectif suivant est de faciliter le lancement d’activité. D‘ailleurs, c’est le manque d’espace de travail pour les artisans et entrepreneurs de la région qui a été une des motivations centrales dans l’acquisition du site. Ce n’était pas une idée en l’air ! Avec ce nouvel espace disponible, les Usines Nouvelles facilitent déjà ce lancement en proposant des loyers très attractifs, des espaces communs tels que la salle de repas pour tous les porteurs de projet, une salle de réunion, et surtout des voisins aux compétences et aux réseaux aussi divers qu’utiles.

Enfin, l’ultime objectif se situe au niveau du territoire : qu’il en sorte gagnant, en termes d’emplois, d’activités et d’attractivité !

« C’est une sorte de grand laboratoire expérimental et l’on souhaite que toutes les personnes qui le désirent viennent s’en servir » Denis Meunier, co-fondateur, s’exprime au sujet du lieu.

Les partenariats se développent donc vite. Par exemple, « Rurart » (dispositif culturel en milieu rural) y a trouvé un terrain de jeu parfait, pendant que l’Ecole Européenne Supérieure de l’Image imagine avec Les Usines Nouvelles un projet pour ses étudiants.

En termes de programmation, le site s’ouvre à l’occasion de la Journée Européenne du Patrimoine chaque mois de septembre, lors de la Journée Européenne des Métiers d’Arts chaque mois d’avril, et lors de sortie de résidence d’artistes. Aussi, la Brasserie vend ses produits tous les vendredi et samedi après-midi.

Une ascension fulgurante

« On n’a jamais lâché le morceau » en rigole Denis.

L’acquisition complexe du lieu puis le développement de l’activité ont pris forme sur un rythme effréné. En effet, l’ensemble de l’activité décrite ci-dessus fait suite à seulement 4 ans d’ouverture effective. La filature en ruines a été achetée en 2011 par les quatre co-fondateurs du lieu sur leurs deniers personnels, suivront deux ans de travaux, avant une ouverture en 2013. Au départ, sont proposés 4 bureaux, une salle de réunion, un fablab de 40m², et deux ateliers. Les possibilités d’accueil sont au départ limitées, mais les travaux s’enchaînent, les espaces utilisés grandissent, et les projets avec.

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Récemment, une subvention européenne du FEDER a permis au fablab de passer de 40 à 400 m² et d’acquérir de nouvelles machines professionnelles. A cela s’ajoute le développement « Do It Yourself » au sein du fablab avec la mise en place de formations, en plus des machines mises à disposition. Un citoyen peut venir avec une idée de projet, se former à sa mise en œuvre et le créer tout seul, à l’aide des machines disponibles.

 « L’idée c’est de renforcer cet éco système pour développer encore plus de possibilités. Dans le rêve idéal, on a une idée ou un problème, on vient, et on trouve la solution sur place » Denis Meunier.

Il nous avouera bien volontiers que « quand on se lance dans ce genre de projets, on ne peut pas s’investir à moitié », d’autant plus aux Usines Nouvelles qui fourmillent de nouveaux projets :

  • Une nouvelle aile devrait être réhabilitée pour 15 nouveaux bureaux, 6 nouveaux ateliers, 1 grande salle de réunion et une halle multi-usages. Sur la lancée de leur développement rapide, cette nouvelle aile permettrait de quasi-doubler le nombre de porteurs de projets.
  • Déjà labellisé Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE) par le Labo ESS, qui leur apporte un réseau, une reconnaissance, une porte d’entrée significative dans le monde de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), le palier supplémentaire serait le label ZAE (Zone d’Activité Economique) qui leur apporterait une entrée nettement plus économique et des liens plus étroits avec les pouvoirs publics sur ce volet.
  • Enfin, toujours dans l’objectif de mixer les publics et les expériences et susciter des collaborations inventives et nouvelles, ils aimeraient attirer des entrepreneurs venant de plus loin que le département de la Vienne. Peut-être pour la prochaine aile rénovée ?

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Profondément du XXIe siècle, ce Tiers Espace ambitionne naturellement d’arriver à l’autoconsommation et à l’autonomie énergétique. Dans cette perspective, ils ont obtenu un permis de construire pour 800 m² de panneau solaire, et étudient la possibilité d’un projet hydro-électrique exploitant le barrage existant de la rivière passante.

Un « Tiers Espace »

Dans le monde des alternatives, la notion de Tiers Lieu est largement répandue et c’est généralement de ce nom que nous appelons les bars associatifs, les centres comme Les Usines Nouvelles, les fablab, et tout autre lieu qui sortirait du cadre traditionnel.

Au départ, c’est le sociologue américain Ray Oldenburg en 1989, qui parlait de « Third Place » (comprenez « Lieu Tiers ») pour désigner tout lieu autre que la maison ou le travail, où se rencontrent des gens qui n’avaient pas vocation à le faire. Puis le temps passant et différents organismes tels que le Labo ESS ou le Réseau des Tiers Lieux Open Sources naissant et se développant, des définitions plus complètes ont été apportées.

Alors certes le plus long, mais également le plus facile, c’est ce document rédigé par Movilab et le Réseau des Tiers Lieux Open source, Le Manifeste des Tiers Lieux, qui résume le mieux l’idée que nous mettons derrière ces Tiers Lieux : Manifeste des Tiers-Lieux

Pour leur part, Les Usines Nouvelles ont opté pour un concept plus large et moins répandu, mais tout aussi intéressant. Hugues Bazin, l’auteur en étant à l’initiative, définit les Tiers Espace. Ces derniers comprennent les Contre Espace, les Tiers Paysage, et les Tiers Lieux.

Profondément Tiers-Lieux par leur volet co-working, les Usines Nouvelles peuvent aussi être vues comme un Contre Espace dans leur manière de penser le travail et sa place dans notre espace, dans notre urbanité. Elles peuvent également être Tiers Paysage avec leur activité de jardins partagés et le parc de verdure qui entoure la filature. La notion d’Hugues Bazin a l’avantage de conceptualiser et de théoriser de manière plus précise ce qui se cache derrière la simple entité « Tiers Lieux », incapable d’assumer la diversité sans fin des projets et des lieux qui s’en réclament. Une classification de ce type permet de faire un premier tri entre les différents lieux alternatifs pouvant exister et peut-être de se faire rapprocher entre eux des projets similaires, plutôt que de les noyer dans la masse des « Tiers Lieux », comme nous les entendons de manière habituelle.

Tant sur son volet pratique que théorique, le projet des Usines Nouvelles s’avère passionnant. En se baladant sur le site, nous saute aux yeux aussi rapidement l’une que l’autre, l’ambiance « nouvelles technologies, co-working, fablab » que l’ambiance « ruines et gros tags ». C’est la théorie des Tiers Lieux et des Tiers Espaces « mixer les espaces et les gens » qui rencontre la pratique.

 

Pour les contacter :
http://www.lesusinesnouvelles.com/

Le Rouge Gorge, le militantisme à la Parthenaise !

C’est un mercredi soir du mois de septembre, au cœur de Parthenay, dans les Deux Sèvres. Il fait beau, la température commence doucement à redescendre, mais le soleil nous rappelle quand même que l’automne n’est pas encore arrivé. Il est 18h, la petite ville de 10 000 âmes commence à voir ses habitants rentrer à la maison, ses volets se refermer, et ses petites ruelles médiévales retrouver leur calme et leur silence. Et puis au bout d’une rue du centre-ville qui semblerait presque piétonne tellement l’idée de marcher sur le trottoir n’effleure pas l’esprit, s’offre à la vue des passants une devanture colorée, un rouge-gorge peint sur le mur, des inscriptions appelant à la solidarité sur la vitre, et une porte ouverte : Bienvenue au Rouge-Gorge.

C’est ici que nous retrouvons Vincent, le vitrailliste à la longue barbe, Omar le cuisto bon vivant, et Jean-Luc le militant de la première heure.

Un lieu de culture, citoyen et indépendant.

Un lieu de culture, dans tous les sens du terme.

En France, on a la culture du bar. C’est le cœur du village, c’est le lieu où les gens se retrouvent, se parlent, se croisent, où les infos passent, et où des amitiés se créent. Au Rouge-Gorge, le bar trône fièrement au fond de la grande salle du rez-de-chaussée. Et de la même manière que dans un bar traditionnel de village, les gens se retrouvent, se parlent, se croisent, les infos passent, et des amitiés se créent. Nos trois compères du soir se sont d’ailleurs rencontrés ici.

Omar et Jean-Luc faisaient partie de l’association « Le début de la faim » dès 2010 lors de sa création, qui s’est vue offrir par l’un de ses membres ce local de 260m² sur deux étages, en plein centre de Parthenay. Vincent est arrivé en 2013 à l’ouverture du lieu.

Mais un lieu de culture aussi pour sa programmation artistique variée. Des concerts, de expos, des ateliers collectifs, une bibliothèque, le tout mis en place par un collectif d’associations locales qui fait vivre ce lieu telle une maison commune. En l’absence de Maison pour tous, de Maison des associations, le Rouge-Gorge joue ce rôle pour créer du lien. Ce n’était pas une idée en l’air ! 

« La mairie elle nous aide pas mal aussi, dans la mesure où ils ne proposent rien, pour personne. Donc on a champ libre… » Un des membres actifs

Ne touchant aucune subvention publique, et n’en demandant pas plus, le Rouge-Gorge se veut indépendant de toute institution, collectivité, ou service étatique. Le financement du lieu se fait donc par le bar, les adhésions, et les quelques concerts payants.

Des activités au gré des envies

Il est un rendez-vous à ne pas oublier quand on est membre du Rouge-Gorge, c’est le premier vendredi soir de chaque mois. C’est la réunion des adhérents, l’assemblée, la réunion de préparation, elle n’a pas vraiment de nom, on l’appelle comme on veut ! Toujours est-il que viennent à cette réunion tous les adhérents qui souhaitent y participer (ils sont entre 20 et 30 en moyenne) pour : accueillir les nouvelles propositions, les discuter et les mettre en place, rediscuter des points qui ont fait litige sur le mois écoulé, faire le point sur les projets en cours, etc.

« La réunion est décisionnaire, et les membres présents décident. Ceux qui ne sont pas d’accord n’avaient qu’à être présents », Maurège.

Toute personne membre de l’association peut lors de cette réunion mensuelle proposer un événement, une animation, une soirée, ce qu’il a envie ! L’idée est débattue en groupe, et une décision est prise le jour même, à l’appréciation générale. Ni de vote, ni de majorité, il faut que l’idée arrive à un consensus accepté par tout le monde. A la suite de ça, la personne à l’initiative de la proposition la gèrera de bout en bout. Elle demande des bénévoles, du matériel, de l’aide si besoin, mais elle a la responsabilité de mener à bien son projet jusqu’au bout.

« On est chez nous ici ». Omar

Même si Omar nous l’a avoué en premier, l’esprit se retrouve à la fois dans les attitudes de chacun en les voyant évoluer comme à la maison, et à la fois dans le lieu. Les canapés, le bar, la cuisine, les jeux, et l’esprit de camaraderie, tout pousse à s’y sentir bien et à proposer de nouvelles activités.

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C’est ainsi que Yannick et Paul se sont retrouvés à être présents tous les mercredi soir à partir de 20h pour animer des « Soirées Jeux ».

Quelles activités, au juste ?

Paul, on ne sait pas ce qu’il fait dans la vie, mais il pourrait faire « expliqueur des jeux de société ». Donnez-lui le plus tordu des jeux, et dans trois minutes vous avez compris le but du jeu, les règles, les personnages, les cartes, comment on gagne, comment on perd, le sens du plateau, et peut-être même qu’il vous aura servi une bière entre temps !!

Yannick, c’est le mec qui est toujours de bon conseil. Il vous manque une pièce dans le jeu, une personne, une règle, Yannick est là pour vous servir !

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Et ces deux amis disposent d’une belle collection de jeux pour satisfaire les envies de chacun. Ce mercredi soir on a eu le droit à Magic Maze, Battle sheep, Quoridor, et FIP. Et on a même fini avec « Le jeu des 1000 euros » de France Inter. Et toujours de bon conseil, c’est Yannick qui nous a fait gagner le SUPER BANCO !

Autre événement hebdomadaire, le lundi soir, un accueil solidaire. Depuis le début de l’année 2017, une trentaine de migrants ont été accueillis dans différentes structures de la région. Le Rouge-Gorge s’est donc proposé d’ouvrir ses portes tous les lundi soir, afin de les accueillir et leur proposer un moment de vie ordinaire : jouer à des jeux de société, jouer ou écouter de la musique, discuter, boire un coup.

Le seul objectif est d’être là, présent, d’échanger tout simplement, avec thé, café, petits gateaux, et leur offrir un autre cadre que leurs cours de français, leurs galères administratives, et l’attente de leur régularisation. Projet inscrit dans une démarche d’Education populaire, les jeux de société permettent par exemple de générer du vocabulaire, d’apprendre autrement, par le jeu et les échanges.

Et durant tout le reste de l’année, sont organisés des concerts de groupes locaux, et moins locaux. C’est ainsi que sont venus se produire dans cette petite ville des Deux-Sèvres, un jeune auteur compositeur parisien « qui a mis le feu » selon Omar, un chanteur burkinabé, et bien d’autres encore.

Le Rouge-Gorge participe également au FLIP, le festival de jeux de société qui se déroule pendant 15 jours sur toute la commune de Parthenay.

Une bonne dose de militantisme

Arrivée la fin de soirée et le moment pour chacun de rentrer dans son vrai chez soi, Maurège, un sacré personnage, nous invite à venir samedi pour une journée militante au Rouge-Gorge.

Il nous avait dit de venir plutôt en fin de matinée. Un samedi midi dans les rues paisibles de Parthenay, ce n’est pas le moment de la semaine le plus agité. Les boutiques baissent le rideau le temps du déjeuner, les bars se désertent, chacun cuisine à la maison, les passants se font rares… Dans ce décor, le Rouge-Gorge dénote. Bien 200 mètres avant d’arriver, on entend résonner les Béruriers noirs dans ces rues apaisées, il n’y a pas de doute le Rouge-Gorge est ouvert !

Vers 11h30 ils ne sont encore pas nombreux, mais déjà actifs. Maurège travaille sur un pochoir avec la faucille et la fourchette, surplombés d’un « Eat The Rich » (Mangez les riches) pendant que Vincent et X repeignent en noir une banderole de Nuit Debout, qui ne servira plus. Le « Eat the Rich » en rouge sera du plus bel effet !

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La musique continue de battre son plein, musiques festives et révolutionnaires s’enchainent pendant que l’atelier peinture gagne petits et grands, et qu’une partie de palet s’improvise dans la rue. D’un bonjour amical, les passants saluent les habitués du lieu, et la partie de palet peut reprendre.

Retrouvez toute l’équipe tous les lundis et tous les mercredis, et au mois de Décembre pour une ouverture non-stop pendant une semaine à l’occasion de leur « Marché des affamés ». Petit Marché de Noël local façon Rouge-Gorge avec des artisans locaux et des concerts en soirée.

Pour les contacter :
debutdelafaim.wixsite.com
debutdelafaim@gmail.com