A notre tour de ne pas garder nos idées en l’air

Vous avez suivi notre voyage depuis deux ans à la rencontre d’associations et d’initiatives collectives porteuses d’espoir. Vous avez aussi fait notre voyage en nous accueillant une heure, un jour ou une semaine. Ou alors vous étiez derrière « Minus » sur une petite route départementale, péniblement à 60km/h. Son charme a opéré sur vous et vous nous suivez depuis. Ou encore plein d’autres possibilités pour en arriver à nous lire aujourd’hui.

Au cours de ces kilomètres sur la route, nous avons vu des dizaines d’idées qui ne sont pas restées en l’air… Nous les avons comprises, aimées, enviées parfois. Aujourd’hui, ce sont nos idées que nous avons voulu ne pas voir s’envoler. Alors elles ne resteront pas en l’air, nous habiterons entre Toulouse et les Pyrénées, Arnaud sera charpentier et Doriane intégrera l’association 3PA et son Ecole de la Transition Ecologique (ETRE). Ce résultat est la mise en application concrète du principal enseignement de ces dernières années : tout est possible !

Le tour de France nous a nourri, fait grandir et donné beaucoup de forces. Nous avons retenu quelques enseignements que l’on partage avec plaisir.

Il se passe des choses de partout !

D’abord sillonner la France, c’était aller à la rencontre de tous les territoires, tant urbain que rural. On a pris du plaisir partout et surtout on a découvert que ça bouge de partout.

Alors on ne sait pas si les initiatives se font plus nombreuses, si « ça bouge » de plus en plus, parce que plongés dans cet univers à temps plein depuis deux ans, nous avons rapidement arrêté de nous poser ces questions. Notre regard était biaisé.

En revanche, nous pouvons dire que des initiatives existent dans tous les territoires, des gens se rassemblent et créent ensemble chez eux. A la ville, à la campagne, à la mer, à, la montagne, dans un petite village, dans une région pauvre ou une région riche, tous les territoires connaissent, en réalité, les mêmes envies de faire ensemble, de construire des projets, d’apporter des solutions aux problèmes contemporains, de faire parler leurs envies et leurs passions. Oui, le dynamisme culturel n’est pas l’apanage des grandes villes et les thématiques environnementales ne sont pas réservées au milieu rural.

En tout cas, les initiatives sont nombreuses, fonctionnent, prennent toutes sortes de formes, sur toutes sortes de sujets de société (agriculture, action sociale, culture, écologie, arts, alimentation, commerces, etc.). Et l’important se situe peut-être précisément ici : montrer que c’est possible, que des chemins existent et qu’ils mènent quelque part. Non pas pour changer le monde ou « faire sa part », plutôt pour ouvrir les esprits habitués à être trop fermés, permettre à chacun.e de nous inventer un autre demain, de stimuler la capacité de réflexion et d’action de tou.te.s ensemble.

Les territoires sont uniques.

Chaque territoire est unique, comme chaque projet l’est de fait. On a vite compris qu’un projet se construit sur un territoire selon ses besoins, ses envies, ses habitant.e.s et qu’on ne peut ni arriver quelque part avec une idée en tête et la réaliser exactement comme on l’imaginait, ni déplacer un projet de quelques kilomètres seulement et s’attendre à voir le même projet grandir.

La spécificité des territoires donne la couleur des initiatives qui l’habitent. Cela demande de connaître et de comprendre un espace avant d’y construire un projet, le plus beau soit-il. C’est ce qui fait le charme de tous les projets que l’on a rencontré.

Tout est possible !

Tout est possible.

Une organisation verticale ou horizontale, fixe ou itinérante, avec des subventions publiques ou en autofinancement, par le salariat ou le bénévolat… Un champ d’action n’est pas cantonné à un type de financement précis, encore moins à un type d’organisation défini. On associe souvent une salle de spectacles à des financements publics et un café associatif à une organisation horizontale. Pourtant, bien des exemples nous ont prouvé qu’un croisement des modèles est possible : une salle de spectacles basée sur l’échange ou l’autofinancement, comme un café associatif organisé de manière verticale avec une commission pilote et décisionnaire.

Chaque groupe trouve ses propres réponses. Il n’y a pas de recette.

On est tous capables de tout !

« Ohé du bateau » et ses 1800 sociétaires, « La Colporteuse » et ses 12 ans d’existence en milieu rural, « Toit à moi » et ses presque 15 logements achetés, etc. nous ont démontré que nos initiatives ne sont pas moins sérieuses, moins pertinentes et moins ambitieuses que ce que feraient des institutions établies ou des « professionnels » de longue date.

Pas besoin de costards-cravate ou d’un titre d’« expert » pour inventer et mettre en action des projets fous et qui fonctionnent ! Se regrouper, créer des synergies, se faire confiance, se demander de quoi on a envie tout simplement et puis se mettre en piste à plusieurs, c’est rassembler toutes nos compétences, nos histoires, notre vécu, nos savoirs, nos capacités et faire naître un projet commun.

Dans un groupe, on a forcément quelqu’un de créatif, quelqu’un de plus à l’aise avec les chiffres, quelqu’un qui a un réseau riche, quelqu’un qui aime rédiger, quelqu’un qui… vous pensez à des ami.e.s là, non ? Et bien les projets que l’on a rencontré, sont partis delà et n’ont simplement pas garder ces idées et ces potentialités en l’air ! A nous tous, on sait tout faire.

Ça nous a donné tellement d’espoir et d’élan quand on a compris qu’on était capable de tout !

MERCI à vous.

Pendant ces deux ans, on a été très heureux de vous partager nos découvertes, d’animer le jeu coopératif que l’on a créé à la fin de la première année et de bavarder avec vous devant les panneaux de notre expo.

On a pris un plaisir immense à réaliser ces deux années sur la route. Et on veut vous remercier sincèrement pour votre accueil, votre soutien, vos lectures, vos remarques, nos échanges, votre aide… On ne veut pas « en faire des caisses », simplement vous dire merci.

A bientôt chez vous, ou chez nous !

PS : le site cestpasdesideesenlair.com reste actif, les articles sont lisibles à souhait, comme la cartographie.

Itinérant ou dans un ancien vidéoclub, la Lozère modernise le cinéma associatif

Nous sommes en Lozère côté Cévennes, c’est-à-dire plutôt au sud du département. Ça sent bon la châtaigne et les champignons, au bord des rivières et en forêts, ou en hauteur sur les grands causses. Dans ce décor préservé, deux associations font vivre leur passion pour le bonheur de publics curieux. Voisines, cousines et copines, elles ont un territoire rural en partage et le cinéma en passion depuis bien des années. Cinéco d’abord transporte le cinéma dans beaucoup de villages du cœur des Cévennes, La Nouvelle Dimension ensuite a redonné vie à un vidéo-club à Florac et propose animations et festivals toute l’année.

Cinéco en a déroulé de la bobine !

Cinéco fait voyager le cinéma d’un village à l’autre. Les films se déplacent dans les anciennes salles de cinéma, en plein air l’été, dans les salle des fêtes ou même dans la cantine de l’école. Les bénévoles et les salariés de l’association se chargent des projections, de la programmation à la vente des billets jusqu’à l’installation du matériel. Et c’est une activité qui plaît beaucoup sur le territoire puisque pas moins de 80 personnes offrent de leur temps libre bénévolement, aux côtés des sept salariés de Cinéco, pour faire vivre l’association et apporter le cinéma dans plus de 60 communes.

dsc08805-web

« C’est une sacrée organisation pour les salariés et les bénévoles. S’assurer que le matériel soit disponible, qu’il y ait des bénévoles pour chaque séance sans salarié, que les bande-annonces et le court-métrage d’avant séance soient prêts, etc. Mais on adore ce métier ! » nous raconte Stéphane, salarié de Cinéco.

Avant chaque film, un court-métrage en lien avec la thématique du film fait office d’ouverture de la projection. On a eu la chance de voir le monologue d’une maman à une petit garçon dans « Dinosaure » qui traite de l’enfance et des valeurs inculquées avec humour et distance, avant de nous plonger dans l’univers atypique d’un Institut Médico-Educatif « Dans la Terrible Jungle ».

Cinéco est donc un cinéma itinérant et l’a toujours été depuis… 37 ans ! Un très bel âge pour une association culturelle. Alors il faut dire que l’association en a vécu des bouleversements liés à l’histoire du cinéma.

Lorsque Cinéco est né, le numérique n’existait pas encore. A cette époque, on utilisait le « 16 mm », un format qui doit son nom à la largeur des bobines de pellicules utilisées à partir des années 1920. Ensuite, le temps a été celui des pellicules « 35 mm ». Et là, le nombre de bobines par films était en quantité limitée. Elles étaient livrées en priorité aux grandes salles de cinéma. Les petits cinémas et les cinémas itinérants se partageaient donc le stock restant. Puis, au fil du temps, le nombre de pellicules a diminué pour laisser place au format numérique uniquement. Alors à ce moment-là, les cinémas itinérants ne reçoivent plus de « 35 mm » et n’ont pas les moyens de changer leur matériel pour projeter en numérique. Pas de plan B !

Une période de doute s’installe et Cinéco se demande s’il va être possible de poursuivre son activité. Mais c’était sans compter sur une équipe déterminée et poussée par l’enthousiasme de son public fidèle. Quelques rendez-vous et plusieurs heures de discussion plus tard, l’« Association Nationale des Cinémas Itinérants » (ANCI) émerge pour porter aux institutions une voix commune. L’association parle des difficultés qui mettent en péril l’accès au cinéma dans les milieux ruraux et donc sur une zone très étendue compte tenu du nombre de communes que couvrent les cinémas itinérants de France : 1 200 ! L’association entame des négociations avec le « Centre Nationale du Cinéma et de l’Image Animée » (CNC) qui trouve rapidement une solution convaincu du bénéfice de telles activités sur le territoire national. Le CNC aide alors financièrement les cinémas itinérants et dont Cinéco à moderniser son matériel et à accueillir le format numérique avec succès. L’aventure continue !

Aujourd’hui, Cinéco diffuse exclusivement des films numériques, ce qui demande quand même une bonne part d’organisation car pour acquérir les films, il faut suivre tout un protocole les protégeant par des clés, des mots de passe et autres méthodes techniques et secrètes. Affaire de gros sous et lobbies, le cinéma n’échappe pas aux règles de l’industrie. Ce sont les grandes salles qui bénéficient de l’exclusivité, faisant patienter les cinémas itinérants et leurs publics. Cinéco s’est d’ailleurs adapter à recevoir les films cinq semaines après leur sortie officielle dans les grandes salles, et s’en est fait un atout en prenant le temps de sélectionner finement sa programmation.

Ce sont les bénévoles qui établissent la programmation pour les trois prochains mois. Elle est décidée de manière collective par les bénévoles présents et selon une méthode qui fonctionne depuis 10 ans après moultes essais et expérimentations de prise de décision collective. En sort une programmation variée et actuelle, privilégiant les films qui apportent une réflexion ou qui témoignent d’une qualité. Faire réfléchir via un beau et agréable support, c’est un des pouvoirs du cinéma !

Les super pouvoirs du cinéma

Le cinéma a ces pouvoirs de poser question, d’informer et de divertir. La programmation de Cinéco les met bien en avant et veut en faire profiter le plus grand nombre : les habitants des villages, on l’aura compris, mais pas que.

56726601_996918727362699_8979343913630302208_n.jpg

Cinéco intervient dans les établissements scolaires de la région. 150 séances sont organisées en écoles et collèges. Dans le cadre d’un dispositif régional, Cinéco fait entrer le cinéma parmi les activités « d’éducation artistiques et culturelles » auprès des jeunes publics.

Dans cette même perspective de développement de ses propositions, Cinéco intervient en milieu carcéral comme c’est le cas à la Maison d’Arrêt de Mende. Une façon d’apporter du divertissement, d’accéder à un cinéma de qualité et de réfléchir sur certaines thématiques, comme c’était le cas le jour de notre rencontre avec Stéphane et Vincent qui revenaient de leur intervention, où ils avaient projeté « Les Invisibles », une histoire de solidarité et de femmes, projetée dans une Maison d’Arrêt pour hommes.

 

Depuis la naissance de Cinéco, l’association a développé ses activités, pour un accès toujours plus important auprès du public et parce que le cinéma a aussi le pouvoir de réunir, de faire se rencontrer les gens et de partager un moment privilégié. En 37 ans, les membres de l’association ont été témoins des changements ruraux dont on parle de plus en plus, de la disparition de lieux symboliques de rencontre tels que les bars et de la transformation des habitudes individuelles.

Le cinéma, dernière lumière dans la ville

En milieu rural, on parle beaucoup de ces changements, des commerces qui se raréfient, des bars qui ferment tôt dans la soirée ou qui mettent la clé sous la porte. Certains villages trouvent des solutions et créent de nouveaux espaces tels que des bars associatifs, des commerces gérés collectivement, des salons de thé-librairie, des lieux où les activités se croisent et les publics se mêlent. La Lozère est un de ces territoires ruraux, il est même le département le moins peuplé de France. Alors le cinéma a un rôle plus important qu’on ne le pense.

« C’est souvent le dernier endroit, ouvert au public, éclairé le soir dans la ville », témoigne Vincent, directeur de Cinéco.

Les soirées cinéma sont donc l’occasion de se retrouver, de voir ses voisins, de se donner rendez-vous autour d’un moment agréable et de détente. Vincent est certain de cette place centrale des salles de cinéma dans les bourgs et encourage ceux-ci à prendre conscience de ce rôle et à étoffer leurs propositions vers plus de rencontres et de convivialité : un cinéma qui fait bar en même temps, avant et après la séance, ou bien restaurant, ou bien salle de spectacle…

S’il y a un exemple local de lieu qui mêle cinéma et rencontres, c’est bien La Nouvelle Dimension, à Florac. Il s’agit d’une association singulière en la matière. Pour connaître son histoire, il faut remonter dans nos propres souvenirs d’enfance.

Qu’ont bien pu devenir les vidéos-clubs de notre enfance ?

Vous vous souvenez de ces étagères remplies de VHS, de cette virée en début de soirée pour choisir le film à regarder entre amis ou de ce rideau qui cachait un espace réservé aux adultes ?

Florac aussi avait son vidéo-club. Et comme partout, il a cessé de fonctionner il y a quelques années. Sauf qu’ici, il a eu un second souffle.

Guillaume, un passionné, un amoureux du cinéma et de ses supports devenus DVD, a décidé de poursuivre l’aventure. Lui qui tenait ce vidéo-club a conservé le stock et a été l’un des initiateurs de l’association La Nouvelle Dimension en 2015.

40406631_1833596246687947_5371535599322791936_n

Guillaume a été rejoint par des nostalgiques tout aussi passionnés que lui par les supports du cinéma car ce sont des bénévoles qui font vivre l’association aux côtés des salariés. Les 150 adhérents peuvent emprunter ces DVD grâce à leur abonnement annuel. L’association est également très connue localement pour son accent canadien lors de leur événement annuel phare : le festival de cinéma franco-québécois « 48 images par seconde ».

Tout au long de l’année, l’équipe accompagne le public dans sa cinéphilie, à travers des ateliers d’éducation à l’image où l’on découvre les métiers du cinéma, où l’on s’attarde sur une thématique particulière, etc. Elle tisse des partenariats locaux quand les idées se rejoignent autour de projets captivants. Un lâché de vautours prochainement sur le causse ? L’opportunité de se pencher sur cet oiseau avec le Parc Naturel des Cévennes et de programmer ensemble une soirée thématique. Un pont à quelques encablures qui fut central lors de tournages passés ? Plus qu’à le mettre à l’honneur lors d’une rando-ciné aux Journées du Patrimoine. Des habitants amateurs qui tournent des courts-métrages dans les Cévennes ? La date anniversaire de La Nouvelle Dimension est l’occasion de les diffuser sur grand écran devant un public curieux.

Le contexte cinématographique et culturel dans son ensemble est en pleine évolution. A l’heure des places de cinéma trop chères dans les gros complexes, d’un essor du cinéma indépendant, de l’accès à la culture foisonnant mais en grande difficulté financière, d’un besoin sociétal criant de se réunir et d’échanger, du domaine de l’art qui n’échappe pas à la financiarisation sauvage, ces deux associations participent d’un élan qui sera assurément à soutenir dans les prochaines années.

Pour en savoir plus :

Cinéco, cinéma itinérant en Cévennes

La Nouvelle Dimension, à Florac

Suivez-nous aussi sur Facebook : https://www.facebook.com/cestpasdesideesenlair/

Ensemble, se réapproprier son épargne !

260 ! C’est le nombre de clubs CIGALES qui couvrent le territoire français aujourd’hui. Après 34 ans d’expérience, ce mouvement d’épargne citoyenne et solidaire n’est pourtant pas toujours très bien connu. Pour faire court, les clubs CIGALES sont des groupes de personnes qui mettent leur épargne en commun, même une toute petite épargne, dans le but de financer un projet sur leur territoire qui leur tient à cœur collectivement. Lors d’une réunion d’information à Bordeaux, organisée par l’association régionale des CIGALES de Nouvelle-Aquitaine, nous avons pu connaître ce mouvement en détail. Allons voir de plus près… 

Ce que je peux, ce que je veux !

Au sein des CIGALES, pour Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire, chacun participe à l’épargne collective selon ses moyens et son envie. Les contributions vont de 10 à 50€ par mois, avec une moyenne de 30€ et un minimum de 7,5€.

En plus de choisir la somme, les 10 à 15 membres peuvent choisir de la fréquence de leur épargne par mois, trimestre, semestre ou année.

Ainsi, le club réunit 3000 à 5000€ par an. Cette somme est alors investie dans un projet choisi. Le projet bénéficie une seule fois de la somme. Une CIGALES, en tant que club d’investissement, a une limite d’investissements prévue par la loi. Elle ne peut pas engager plus de 5400€ dans un projet.

Chaque année la CIGALES trouve un nouveau projet pour lequel épargner. Il arrive que plusieurs CIGALES co-financent un même projet. Un projet a d’ailleurs pu bénéficier de 26 000€ grâce à la collaboration d’au moins cinq clubs.

Une épargne, pas un don !

La durée de vie d’une CIGALES, tel l’insecte, est relativement éphémère. Le groupe disparaît au bout de 5 ans, certains membres volent vers d’autres horizons, ou bien tous donnent vie à un nouveau club.

Cinq ans après l’apport financier donc, la CIGALES désinvestit. Cela signifie que l’argent lui est rendu, et qu’il est redistribué à chaque cigalière et cigalier, proportionnellement à son épargne initiale. Pour cela, une convention avait été signée entre le porteur de projet et la CIGALES épargnante pour fixer les règles dès le début.

Cependant, il ne faut pas oublier que l’épargne solidaire s’entent comme un capital-risque induisant que l’épargne engagée peut être récupérée, ou pas. L’accompagnement du porteur de projet prend alors tout son sens et peut permettre de diminuer le risque.

La CIGALES, c’est aussi une vie de groupe

Si les CIGALES sont des clubs d’investisseurs, on n’y parle pas uniquement argent. L’âme du groupe résonne aussi dans l’esprit de convivialité qui se crée en son sein. Les membres se retrouvent une fois par mois pour discuter de leur activité et de celle du projet qu’ils suivent. Tous ont alors plaisir à décrire cet espace de rencontre, d’échange, de transmission d’expérience et de compétences. En effet, si aucune compétence n’est requise pour intégrer un club, chacun possède en lui des compétences qu’il pourra partager. Beaucoup parlent également de la mixité du groupe. Toutes les générations et tous les profils se retrouvent dans ce mouvement. C’est une de ses forces.

En plus de cet esprit solidaire, les CIGALES témoignent d’une envie de participer à l’économie selon leurs propres choix, en étant eux-mêmes décisionnaires.  A la banque, on ne sait jamais vraiment comment est utilisé notre argent, la voie vers laquelle il est investi. Depuis son origine, le mouvement regroupe des personnes qui décident de donner un sens à leur épargne en le sortant des banques pour l’investir dans des projets pour lesquels ils trouvent un vrai sens. Ils savent exactement pour quel projet profite leur argent, ils ont choisi celui-ci et accompagne son évolution.

« C’est une gestion alternative de son épargne, c’est très riche et très créatif », Charlotte Niewiadowski de « Bicyclaire »

Le local avant tout

Les projets financés sont choisis librement par le club. Chaque CIGALES détermine collectivement et en toute autonomie les critères de sélection d’un projet, tant qu’il a un impact social, environnemental et/ou culturel sur son territoire. Dans ces critères, apparaît notamment le périmètre qui avoisine souvent 30kms.

Le temps de constituer un groupe d’épargnants solidaires, éventuellement de fixer quelques règles, de commencer à bien se connaître, et de constituer une épargne assez conséquente, il est fréquent que le premier choix de projet arrive au bout d’un an.

Le financement prend la forme, soit d’une entrée au capital pour une SARL, SA, SCOP, etc., soit d’un apport financier avec droit de reprise pour une association.

Bien plus que de l’argent pour le projet

Dans le groupe, un ou deux référents sont en contact direct avec le porteur de projet. Ce sont eux qui rapportent au collectif l’avancée du projet, ses réussites et ses difficultés, etc.

Effectivement, le porteur de projet ne reçoit pas uniquement d’une CIGALES un apport financier, il est accompagné au maximum dans sa création. Il profite d’un soutien moral, d’une écoute, de conseils, d’un nouveau réseau, et d’un apport logistique car les membres du club peuvent apporter leurs compétences en comptabilité, en gestion, etc. Il se sent alors soutenu et beaucoup moins seul.

« On a senti qu’on n’était plus deux, mais 42 », Cécile Sauthier du projet « Alizarine »

Une réelle relation de partage et de solidarité s’instaure entre l’ensemble des parties prenantes. Les CIGALES n’hésitent pas à partager leurs informations concernant d’autres pistes de financement qui pourraient aider les porteurs de projet.

Et ce groupe, ce collectif qui avance dans le même sens permet aussi de gagner plus facilement la confiance des banques pour des demandes de prêt, par exemple. C’est ce qu’il s’est passé pour l’EARL « Autour des Plantes ».

« L’aide des CIGALES dans notre capital social a rassuré les banques pour nous faire un prêt bancaire », Sylvain Quet du projet « Autour des Plantes »

Pour se faire connaître des cigalières et cigaliers, les porteurs de projet peuvent déposer leur dossier via le site des CIGALES de sa propre région, ou par le bouche-à-oreille en discutant avec des membres ou futurs membres de clubs.

34 ans, on disait…

En effet, l’Agence de Liaison pour le Développement de l’Économie Alternative (ALDEA) est née au début des années 1980. Dans un esprit militant, elle visait clairement à développer des pratiques permettant à chaque citoyen de gérer son épargne et par la même d’avoir un vrai poids dans l’économie, particulièrement sur son territoire. Le Club CIGALES est donc devenu un outil pour réaliser ce dessein.

Symboliquement, le premier club CIGALES naît le 14 juillet 1983 : la Cigale du Château d’Eau à Paris. Le développement d’un réseau de CIGALES est assez lent et le mouvement prendra réellement son essor en 1985 suite à un travail de développement soutenu.

Mais à la fin des années 1980, l’ALDEA et le mouvement des CIGALES se séparent. La Fédération nationale des CIGALES s’en suivra.

Le mouvement continue de se développer, étant descendu à 60 CIGALES en France au plus mal de son histoire, elle connaît aujourd’hui de meilleurs jours avec 260 clubs ! Afin de les fédérer et promouvoir le mouvement, un travail a été mené ces dernières années pour créer des association régionales de CIGALES.

 

Si redonner du sens à votre épargne, rencontrer des gens, accompagner un porteur de projet vous donne envie et vous intéresse, il vous suffit de transmettre vos coordonnées à une CIGALES ou à l’association de votre région. Vous serez ensuite invités à une réunion d’information, sésame pour une première approche du mouvement. Et contrairement à ce que dit la fable, CIGALES et fourmis peuvent collaborer pour un été chantant ! Alors chantons ensemble maintenant !

Pour en savoir plus : http://cigales.asso.fr/
http://www.cigalespoitoucharentes.org/