Aventures féminines dans le Nord de l’Ardèche.

Cette fois, c’est proche de Valence que l’on vous propose une virée. Dans les vallées de l’Eyrieux et du Doux. Vallées réputées pour leur activité foisonnante tant culturelle qu’industrielle. La vie y semble si agréable. Nous y avons rencontré deux projets singuliers qui ont donné un ton féminin à ce territoire. Des femmes qui se bougent en milieu rural !

Des femmes à la campagne, des femmes à la montagne ?

Les femmes entreprennent, les femmes mettent en place des projets qui fonctionnent, les femmes tiennent la barque, les femmes s’entraident. Si notre société ne nous donne que très peu d’exemples de femmes en ce sens, en milieu rural, ce constat n’est que plus amer. Les femmes aussi ont de bonnes idées, sont capables de gérer un projet et le prouvent. Il nous semble alors très important d’en parler à notre échelle et de faire connaître quelques exemples pour que cette vision change, pour que toujours plus de femmes qui le veulent ne reculent pas devant leur envie d’entreprendre et de créer.

Loin des clichés des femmes « au foyer », pendant que les hommes travaillent la terre, nous avons rencontré un milieu rural très actif. Un territoire où l’activité fourmille, où les programmations culturelles sont chargées et de qualité, où la volonté de vivre avec plus de solidarité et de lien entre les habitants résonne… C’est d’ailleurs cette envie qui est à l’origine du groupe des « Odette & Co ». Des femmes installées en Ardèche depuis plus ou moins longtemps se sont réunies pour s’entraider d’abord autour de la notion de travail. Mutualisant leurs réseaux, leurs compétences et leurs expériences, elles ont permis au fil du temps à de nombreuses femmes de trouver un emploi sur le territoire. Chacune a apporté au groupe son histoire et a partagé ses savoirs. Ensemble, elles ont permis de rompre l’isolement de la vie en milieu rural pour démontrer que trouver un emploi est possible, rencontrer du monde est possible et faire vivre un projet commun est aussi possible.

« Nous faisons tout cela avec un amateurisme sérieux », Céline.

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Aujourd’hui fort de cette expérience, le groupe continue à faire vivre les projets professionnels de chacune, à mettre en avant les initiatives individuelles ou collectives de ces femmes actives. Et après huit années déjà, les « Odette » – comme elles s’appellent entre elles – ont créé une vraie solidarité dans le groupe. Chacune raconte avec grand enthousiasme le plaisir qu’elle prend à venir aux réunions hebdomadaires, ou lors des différents événements organisés. Nous avons d’ailleurs de suite capté cette énergie et cette complicité : un sentiment de bienveillance et le rire communicatif de ce groupe de femmes nous ont enveloppé dès notre arrivée.

« La vie collective des « Odette » et les dynamiques qui se sont mises en place au fil du temps, c’est magique ! », Annie

A Lamastre, les « Odette » ont les idées qui bouillonnent pour préparer le retour du printemps. Et ce dynamisme se retrouve dans d’autres projets féminins, notamment celui de Pascale. Cette brune pétillante aux grands yeux, nomade dans l’âme, est pleine d’enthousiasme quand elle raconte les débuts de son aventure à bord de « Mokiroule ».

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Mokiroule, c’est son gros camion rouge et illustré par Magali Attiogbé (illustratrice) que vous avez peut-être croisé sur les routes, même les plus étroites d’Ardèche du Nord, et sur quelques unes de la Drôme. Elle aussi est une entrepreneuse courageuse. Elle transporte son activité partout où elle peut, ne comptant pas ses heures. Présente sur les différents salons ou festivals de la région, elle travaille également avec les CDI de collèges et lycées permettant aux élèves de choisir une partie des livres du CDI pour l’année, stationner devant les médiathèque ou sur des marchés le reste de la semaine, on la trouve facilement.

Le choix des mots ou les mots de choix

Ce qui relie également ces deux projets féminins est le mot. Mots écrits, ou mots parlés, ils sont un objet précieux. Pascale, l’a compris et les dévorent. Elle a décidé de le partager. Faire circuler la culture, la littérature et le mot, rencontrer les habitants, à travers l’Ardèche et la Drôme, c’est le pari qu’elle s’est lancé et qui fonctionne plutôt très bien depuis 2016. Ses clients sont fidèles aux rendez-vous, et se retrouvent au marché ou devant la médiathèque pour feuilleter les nouveautés du Mokiroule, tout autant que pour bavarder avec Pascale ou d’autres clients.

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Le Mokiroule a d’ailleurs sa renommée. La presse et les médias télévisés lui rendent régulièrement visite. Faut dire que Pascale ne recule pas devant les difficultés. Par toutes les météos, tous les jours de l’année, elle anime son projet et le fait vivre du mieux qu’elle peut.

« Certaines villes m’appellent pour que je fasse une halte avec le camion chez eux pendant ma tournée », Pascale

Dans son 10 tonnes aménagé en librairie, ça sent bon le livre ! Des livres de qualité, choisis avec soin par Pascale. Engagée, militante, laissant la place aux petites maisons d’édition, la sélection de 3000 ouvrages environ est beaucoup moins importante qu’en librairie ordinaire, mais non moins attrayante. De plus, le Mokiroule n’ayant pas de stock, les rayons sont renouvelés tout le temps. Vous pouvez y venir autant de fois que vous voulez, le choix ne sera pas deux fois le même. Et si vous avez des idées d’ouvrages, vous pouvez les suggérer à Pascale pour de prochains arrivages ou passer une commande rien que pour vous.

D’une autre manière, le mot est devenu un vecteur commun au sein des « Odette & Co ». Très rapidement après l’émergence de leur groupe, elles ont décidé de créer un magazine pour parler d’elles, et surtout relayer les initiatives de leur territoire. Interviews, reportages, témoignages, conseils, articles, composent le sommaire de leur magazine devenu aujourd’hui un « Pli » spécialisé sur une thématique à chaque édition. Aidées d’une graphiste et d’une photographe, l’ensemble du travail est collectif. Elles décident toutes ensemble du chemin de fer, de la rédaction, de la thématique, des titres, etc.

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Une façon encore de travailler en groupe et de partager ces moments de plaisir. Car le mot d’ordre chez les « Odette » est bien de se faire plaisir en donnant une place à chacune. Pour cela, elles ont assimilé la méthode québécoise de la démarche appréciative. Une approche, une façon de réfléchir, un état d’esprit qui pousse à oser, à être soi-même, à aborder les expériences positives avant le reste. Sonia Racine, consultante canadienne spécialisée dans l’approche appréciative a été un relais privilégié au sein des « Odette » pour mettre en place cette méthode de travail.

A travers le mot pour les deux élans féminins que nous avons rencontré, ou grâce à d’autres vecteurs, les femmes savent entreprendre et prendre la tête d’initiatives. Elles donnent même une touche singulière au milieu rural et savent ne faire cas des clichés qui les entourent.

Pour plus d’infos : 

Le Mokiroule

Odette & Co

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Aventures collectives vers l’autonomie dans le sud Ardèche.

Ah l’Ardèche… On vous aurait bien dit de fermer les yeux et d’imaginer ses collines, ses champs, ses montagnes, son air pur, son herbe grasse, ses forêts, son air libre, son histoire, … Mais les yeux fermés, on lit moins bien ! Alors gardez les bien ouverts, et laissez-vous embarquer au départ d’Aubenas. Si vous venez de Montélimar, prenez la N102, on vous attend. On est partis. En prenant la direction Sud sur la très agréable D104, nous roulons doucement en admirant sur notre droite le massif des Cévennes et les Monts d’Ardèche. La neige sur les sommets et les immenses forêts de conifères laissent rêveurs, tandis que le charme des petits villages traversés ne nous fait pas perdre la route des yeux. Les vieilles maisons en pierre, les vieux corps de ferme, les oliviers ici et là, la route qui commence à tourner, un champ de lavande, une forêt, le charme de l’Ardèche réside exactement dans son mélange d’Auvergne et de Provence. La rudesse de la première, mêlée à la rêverie de la seconde. L’authenticité de la première, et la flânerie de la seconde.

L’esprit presque embué, nous arrivons déjà à l’embouchure de la vallée de Valgorge, à Uzer, duquel nous pourrons monter vers Largentière, puis Rocles, et Loubaresse. Sortons un peu de notre carcasse et allons discuter…

A chaque territoire ses problématiques et ses envies. Pour cette partie de l’Ardèche, les habitants nous ont très vite fait état des questions liées à la mobilité. Ce territoire peu ou mal desservi en transports en commun conduit chacun à s’adapter et à être autonome. Individuellement ou collectivement, ici on s’organise. Parmi les solutions imaginées et mises en place par les habitants, deux d’entre elles ont attiré notre attention. Deux façons d’être autonomes collectivement. Deux aventures qui témoignent de l’adage : « la nécessité est mère de l’invention ».

Les villageois au fournil

Entre leurs montagnes, les habitants de la vallée de Valgorge voient les commerces de leurs villages fermer un à un. Convaincus de la nécessité d’avoir un commerce de proximité, pour limiter les déplacements, ils prennent les devants et ouvrent récemment une épicerie collective. Avec le soutien de la municipalité de Rocles, c’est courant 2017 que « L’épicerie au fournil » ouvre ses portes pour le plus grand bonheur de ses habitants. En effet, le dernier fond de commerce d’un village central dans la vallée, Rocles, a été vendu puis racheté à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le dernier boulanger ne trouve pas repreneur. Un petit groupe d’habitants grandissant à mesure que le projet avançait s’est donc mobilisé afin de maintenir ce lieu de vie sociale d’un territoire peu peuplé, mais vivant.

Après avoir récolté 20 000€ grâce à un financement participatif, ils rachètent le fond de commerce et proposent d’en faire une épicerie tournée vers les produits locaux et bio en majeure partie. Ce lieu permet à la fois aux habitants de s’y approvisionner, ainsi qu’aux producteurs locaux de bénéficier d’un point de vente. On y trouve également une boulangerie. Celle-ci est tenue par deux boulangers qui se relaient. Les fournées uniquement en journée permettent d’avoir du pain frais et autres petites gourmandises qui valent le détour dès 16h.

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Pour faire tourner la boutique, c’est en collectif que cela s’organise. Le noyau d’adhérents de l’association donne de son temps pour gérer l’épicerie. De la relation aux producteurs, à la caisse, en passant par l’entretien, chacun participe. Et pour une meilleure cohésion et une organisation plus efficace, les différents espaces de décision sont répartis en commission. Les représentants de ces commissions se réunissent régulièrement pour faire le point sur les dernières avancées.

Si l’épicerie permet de faire quelques courses, elle offre aussi un espace de programmation culturelle de plus en plus importante. D’abord dans la salle de la Mairie, bientôt dans la salle polyvalente en construction, et dès cet été, une fois le chantier participatif terminé, ce sera sur la terrasse de l’épicerie que les différents événements seront proposés. Au soleil, face à la montagne, on s’y voit déjà !

Autopia, apprendre à se débrouiller !

A Autopia, (comme dans tous les garages solidaires, nous l’expliquions avec le Garage Moderne de Bordeaux) le principe est simple. Après s’être acquitté d’une cotisation de 25 euros par an, l’adhérent peut venir réparer soi-même sa voiture, en étant assisté d’un mécanicien professionnel pour 17 euros de l’heure. Ici, le mécano c’est Sébastien. Ses vingt ans de métier et de passion offrent à n’importe qui la possibilité d’apprendre à faire une vidange, changer ses plaquettes, son embrayage, ou son joint de culasse pour les plus motivés. Et comme Sébastien est généreux dans l’effort, il vous enseignera l’apprentissage, mais surtout l’envie d’apprendre. Pour preuve, après s’être lancés dans l’inconnu en changeant nos filtres à huile et à gazole, on avait nous même envie de changer nos amortisseurs !

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Le garage associatif a une importante toute particulière dans un territoire rural comme l’Ardèche et comme on le disait, où la mobilité pose difficulté. Apprendre à réparer son véhicule lorsque l’on habite un territoire vaste, peu peuplé, en partie montagneux, et où les distances se mesurent plus en minutes qu’en km devient vite une question de logique. Les réseaux de transports (bus et trains), étant peu développés, ne permettent pas à ses habitants de se déplacer autrement qu’en voiture pour aller d’un village à un autre, pour travailler, faire ses courses, accéder aux loisirs, faire garder ses enfants, etc. La recherche même d’un emploi nécessite également une voiture en état de marche.

Dans cette zone rurale, un garage n’est pas qu’un garage. A Uzer, il est un lieu d’apprentissage, ainsi que d’échanges, de rencontres et de bénévolat. Un volet culturel est en réflexion pour proposer des projections, des spectacles, et bien d’autres activités.

Si Sébastien a les mains dans le cambouis avec les adhérents, c’est que derrière le bureau de l’accueil ils sont une dizaine à assumer le reste du boulot. Accueillir les nouveaux adhérents, leur présenter l’association et son fonctionnement, fixer un rendez-vous si besoin, prendre le temps de discuter, gérer la caisse, répondre au téléphone, s’occuper du site internet, etc. Les tâches sont multiples et nombreuses, et ils ne sont pas de trop pour s’en occuper !

Ces aventures collectives sont toujours inspirantes. Elles démontrent la force de l’intelligence collective face à des difficultés communes. Ici les habitants ont vite compris l’importance de s’organiser pour être autonomes. Nous avons rencontré ces deux passionnants collectifs, on aurait pu également citer les actions très connues sur le territoire des « Recycl’arts » ou de « Changement de Cap » qui œuvrent aussi pour l’autonomie sous la forme principale de recycleries.

 Pour en savoir plus et mieux connaître ces actions :

L’épicerie au fournil
Autopia garage solidaire
Les Recyclarts
Changement de cap

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Immersion au Garage Moderne, un garage associatif pas comme les autres !

Le budget alloué à la voiture dans les ménages français est en constante augmentation. Les garages associatifs en constituent une alternative en pleine mutation. Installé dans une imposante friche industrielle, véritable cathédrale d’une ère industrielle passée, le Garage Moderne est la mémoire vivante du passé ouvrier de Bacalan, un quartier en pleine mutation, en pleine rénovation. Non sans mal, le garage traverse les époques et les ambiances de ce quartier, dont il reste l’un des derniers témoins de ce passé si proche, et déjà si lointain.

Garage participatif, Kézako ?

Les garages associatifs sont également appelés garages solidaires, ou garages participatifs, mais ces trois dénominations ramènent à la même idée et à la même manière de faire.

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Comme dans toute association, pour se rendre dans ce genre de garages et pouvoir bénéficier de ses services, il faut d’abord adhérer à l’association et régler la cotisation annuelle. Généralement, pour ce genre de services, elle se situe autour de 50 euros.

Une fois adhérent, il est possible d’y réparer sa voiture avec tout le matériel d’un garage traditionnel, avec l’aide d’un mécanicien professionnel. Ce dernier sera présent à toutes les étapes (diagnostic de la panne puis réparation) pour aider, et faire avec. L’objectif sera alors d’apprendre pourquoi la panne est intervenue et comment la réparer. Changer un embrayage, ses disques et ses plaquettes de frein, ou simplement faire une vidange devient un jeu d’enfants ! 😊

On peut aussi faire réparer son véhicule, comme dans un garage classique. On laisse son véhicule et on le récupère plus tard en état de marche. A la différence qu’au vu de la forme associative du garage, les coûts en seront réduits, jusqu’à 40% moins chers.

Attention toutefois à ne pas les confondre avec les « Self garage ». Ces derniers proposent de louer les outils, l’espace, un pont si besoin, et laissent la personne réparer son véhicule seule. Aucune aide technique n’est proposée, et ces garages ne sont pas sous forme associative.

Solidaires à plus d’un titre !

Ces garages d’une nouvelle forme ont connu un essor au début des années 2000, et un développement croissant jusqu’au milieu des années 2010. La difficulté actuelle rencontrée par ces organisations est la même que toutes les autres entreprises d’insertion : la réduction des subventions publiques.

En effet, le volet « solidaire » de ces garages s’exprime à première vue par des tarifs permettant aux plus précaires d’y avoir accès, ainsi que par une volonté marquée de participer à l’insertion de publics précaires, éloignés de l’emploi et peu qualifiés. Les contrats d’insertion permettent donc d’employer ces publics plus facilement grâce à une aide financière de l’Etat.

Ainsi, le Garage Moderne a pu avoir jusqu’à 35 salariés à la fin des années 2000. Aujourd’hui, les subventions publiques sur ce genre de contrats s’amenuisant, leur modèle économique ne peut plus l’assumer et ils abandonnent cette optique d’insertion. Ils sont aujourd’hui toujours 8 salariés, en contrat de travail plus classique, en CDI. Il a tout de même reçu un soutien de poids, avec la commune de Bordeaux, qui s’est portée acquéreuse du bâtiment à la vente de ce dernier il y a quelques années. Ce signe de soutien de la commune a pu rassurer autant les habitants quant à la survie du lieu, que les banques et les administrateurs quant à sa viabilité économique. L’association bénéficie d’un bail emphytéotique de 12 ans avec un loyer modéré.

Au Garage Moderne : voitures et vélos, mais aussi bar, concerts, expos & Cie !

Le Garage Moderne est un de ces garages associatifs. « Poumon économique » du lieu, le garage pour voitures n’est pas la seule activité. Sur le même principe que les voitures, un garage à vélos prend également place. On peut y acheter un vélo d’occasion, réparer le sien, ou le faire réparer.

Mais ce n’est pas tout, l’imposante cathédrale industrielle dans laquelle est installé le Garage Moderne laisse la possibilité aux imaginaires les plus débordants de s’exprimer.

Les 15 mètres sous plafond et les quelques 2 500m² du bâtiment rendent ce lieu « unique, qui parle à l’imagination, la stimule, impressionne sans intimider, et donne chaque jour des preuves de sa capacité à accueillir les projets les plus divers et les plus inattendus ».

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Alors il n’y fait pas que de la réparation de vélos et de voitures, mais il y accueille également des artistes en résidence, des expositions, des concerts, des marchés des créateurs, des apéros concerts, des projections de films, etc. En somme, tout ce qui peut rassembler les habitants d’un quartier et se faire croiser ceux qui ne l’auraient pu ailleurs. Le bar et la partie restauration veilleront à ce que les convives ne manquent ni à boire ni à manger !

Bacalan, toute une histoire…

Le Garage Moderne a ouvert en 2003 en plein cœur du quartier de Bacalan. Anciens marécages, Bacalan se développe aux XIXe et XXe siècles au rythme des chantiers navals qui gagnent les bassins à flots, et de la Révolution Industrielle qui fait croitre les industries aux abords des ports grandissants. Ainsi, une population ouvrière vient s’installer peu à peu dans ce quartier Nord de Bordeaux, sur la rive gauche de la Garonne.

Relativement éloigné géographiquement du centre-ville, ce quartier portuaire centralise autour de lui, bien malgré lui, toutes les peurs et les frustrations d’un monde urbain. « Pauvreté », « violence », « misère », « insalubrité », et autres « insécurité » vont devenir au fil du temps les qualificatifs récurrents des médias et des bordelais pour qualifier ce quartier excentré. Les associations de quartier et les habitants s’en défendent vertement mettant plutôt en avant la solidarité et la vraie vie de quartier s’y développant.

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Bacalan n’échappera pas au phénomène de gentrification (embourgeoisement soudain d’un quartier populaire, conjugué à une hausse importante du prix de l’immobilier) du quartier voisin. Ainsi, le début des années 2000 voit les premières friches industrielles être détruites, et peu à peu tout le patrimoine de cette époque et de cette histoire s’effondrer. Au milieu de ce grand chambardement, un bâtiment résiste, et s’érige par la force des choses en véritable institution du quartier. Lieu de fête et de rencontres, le Garage Moderne installé dans cet ancien atelier de constructions mécaniques est à la fois témoin de l’âme de ce quartier, et véritable catalyseur de cette nouvelle mixité.

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Ce rôle de témoin et de catalyseur prendra la forme, dans le courant de l’année 2018, d’une exposition murale retraçant toute l’histoire du quartier. Sa transformation allant bon train, la façade Ouest du Garage s’est retrouvée attenante à une petite place piétonne et arborée, donnant sur deux résidences neuves. En partenariat avec la Mairie et les associations du quartier comme l’Amicale Laïque les murs du Garage Moderne accueilleront une exposition permanente rappelant ainsi aux passants et habitants l’histoire du quartier et du lieu.

Pour les curieux, il est un outil en or pour apprendre auprès d’un professionnel. Pour les habitants de Bacalan, il est un repère où réparer sa voiture, rencontrer des gens du quartier, découvrir des artistes bordelais en tous genres, et militer pour une survie de l’âme qui a fait ce quartier. Et c’est pour toutes ces raisons que nous avons eu un vrai coup de cœur pour cet immense hangar atypique et ce décor unique !  

 

Pour en savoir plus : http://legaragemoderne.org/

https://www.facebook.com/LeGarageModerne/

 

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Un petit village nous montre la marche à suivre !

Initié par le professeur de Permaculture Rob Hopkins en 2006, le mouvement des villes en transition s’est développé dans plus de 2 000 villes différentes, touchant ainsi plus de 20 pays dans le monde entier. A Lalinde, en Dordogne, nous avons rencontré Marie, une femme très investie au sein du groupe « Lalinde en Transition ». Elle nous a parlé du groupe, de sa genèse, de leurs actions, de la place de l’écologie dans nos vies, du rapport à la terre et au travail, et même de monnaies…

Le mouvement en Transition, c’est quoi ?

Tout commence dans la petite ville de Totness, au sud de l’Angleterre, lorsqu’un groupe d’étudiants accompagnés de leur enseignant Rob Hopkins, procèdent à une première mise en application de leurs cours de soutenabilité appliquée.

Le principe de leur projet est simple : arriver à impulser une dynamique au sein de la commune, qui la rendra apte à surmonter avec le moins de difficultés possibles le pic pétrolier à venir. Il s’agit précisément du moment où la production du pétrole commencera à chuter. En effet, la production étant en constante progression depuis la Révolution Industrielle, les réserves planétaires s’amenuisent de plus en plus. Eh oui, nous utilisons plus de pétrole en un an que ce que la planète nous en offre ! De fait, un jour viendra, les stocks s’amenuisant, où nous ne pourrons plus en produire autant que la veille… Mais nos besoins, eux, ne s’adaptant pas du jour au lendemain, seront les mêmes, identiques à la veille. Alors ce jour-là, le prix du pétrole, et de tous les produits y étant liés (notamment le plastique), s’envoleront littéralement. La demande sera plus importante que l’offre.

Cette dynamique à impulser pour surmonter ce pic pétrolier passera, pour le professeur, par une « descente énergétique », c’est-à-dire par une réduction de notre consommation d’énergies fossiles. Par exemple, la consommation de produits locaux réduit énormément les frais de transports pour la planète. En clair, manger une salade de tomates en plein mois de février dans le Nord de la France, demande un acheminement de ces dernières de plus de 2000 km au Sud. Lequel se fera par camion ou par bateau, tous deux très gourmands en pétrole. La remplacer par une poêlée d’artichauts cultivés dans la région réduit énormément ces frais de déplacement. De la même manière, en ce qui concerne le plastique, un achat de 500g de pâtes en vrac aura un coût pour la planète bien moins important, l’emballage pouvant servir plusieurs fois.

Plus de 150 groupes locaux en France.

Voilà l’objectif des petits groupes d’habitants d’une même ville qui se lancent dans la constitution d’un tel mouvement : favoriser les comportements des habitants d’un territoire à vivre de la manière la plus respectueuse qui soit de l’environnement. Cela peut donc impliquer autant l’alimentation, que les transports, les loisirs, où les habitudes ménagères.

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Dans le Sud de la Dordogne, il est une petite ville de 3 000 habitants, Lalinde, qui a vu une petite bande se lancer dans cette entreprise. Dans le pays lindois, le mouvement en Transition n’est, en plus, pas des moins actifs !

Un beau matin…

Au départ, ce sont des connaissances, des copains et des voisins qui décident de se réunir une première fois pour échanger sur ce que peut être une initiative de ville en Transition. Après les premières discussions de présentation et de partage des points de vue sur les concepts de Rob Hopkins, un noyau d’une douzaine de personnes finit par se former. Alors durant un an, la petite bande va se retrouver un dimanche après-midi par mois afin de mettre en commun leurs compétences, leurs moyens, leurs ressources et surtout, leurs envies. Au bout d’un an, nos amis commençaient à avoir des fourmis dans les pattes, et voulaient passer à l’action ! En gardant toujours à l’esprit que cette action devait toucher le champ le plus large possible de personnes vivant sur le territoire.

C’est alors qu’un jour de marché, le village de Lalinde s’est réveillé décoré de nombreuses structures farfelues, accrochées ici et là, posées par là-bas, étalées par ici, et même suspendues un peu plus loin ! Toutes délivraient bien entendu un message, que ce soit sur le gaspillage, la récup’, la pollution, en somme des sujets chers au mouvement en Transition. Mais elles contenaient même un deuxième message… En leur sein, plus ou moins visible, toutes les structures appelaient les personnes intéressées à une réunion publique quelques jours plus tard…

Le Jour J, ils étaient près de 80 lindoises et lindois à avoir répondu présents au rendez-vous. La machine était lancée !

1, 2, 3 … Action !

Ainsi réunis et entourés, le groupe « Lalinde en Transition » pouvait alors se mettre au travail, et faire de même que Rob Hopkins et ses étudiants à Totness, c’est-à-dire agir de manière collective afin de vivre avec l’impact environnemental le plus faible possible.

Cinq ans après ces heureux événements, le groupe a fait des petits, et de nombreuses actions ont vu le jour.

Une ressourcerie a alors ouvert, puis a déménagé pour avoir de plus grands espaces, et projette même de redéménager pour avoir des espaces de stockage et de vente encore plus grands ! Il faut dire que malgré l’extrême application des bénévoles à conserver des locaux rangés, les arrivages de dons, et donc leur chiffre d’affaires grandissant, les poussent à investir des locaux encore plus conséquents. En terme environnemental, l’utilité d’une ressourcerie sur un territoire n’est plus à prouver. Un des cancers de nos sociétés occidentales se trouvant dans la gestion de notre monticule de déchets, les ressourceries permettent aux habitants d’offrir une seconde vie aux objets dont ils ne veulent plus, et ainsi de dégorger les déchetteries et les centres de traitement des déchets.

Une monnaie sociale, le J.E.U. pour Jardin d’Echange Universel. La monnaie sociale diverge des monnaies complémentaires par son indépendance totale vis-à-vis du système bancaire institutionnel. Le principe du JEU est simple : 1 point Jeu = 1 minute, donc 60 points JEU = 60 minutes. Par exemple : si je suis masseur et que je dispense un massage de 30 minutes, j’inscris sur mon carnet d’utilisateur « +30 » alors que la personne massée inscrira « -30 ». Aucun échange de monnaie physique ne se fait entre nous. Ces règles autorisent donc tous les joueurs à être dans le positif, ou dans le négatif, puisque le total de tous les utilisateurs sera toujours égal à 0. Si je suis en positif, c’est que quelqu’un d’autre est en négatif. Si je suis en négatif, c’est que quelqu’un d’autre en positif. Il est possible de s’échanger des services, mais également des biens, à condition de se mettre d’accord sur la valeur de celui-ci en JEU. Aujourd’hui, les utilisateurs sont plus de 130 à s’échanger des services et des biens.

Le principe des Incroyables Comestibles se répand de plus en plus dans nos villes. Et pour cause, il est simple comme bonjour, en plus d’être bénéfique pour tout le monde. Comme on a vu que plus ma nourriture pousse près de chez moi, moins j’ai d’impact sur la planète, alors si elle poussait dans ma rue, sous ma fenêtre ? C’est exactement le principe des Incroyables Comestibles, en plus de nous redonner un lien avec la terre, avec l’origine de notre alimentation (Eh oui, une patate ne pousse pas au rayon légumes du supermarché !). De grandes jardinières ou de grands bacs sont ainsi installés dans nos rues, entretenus et arrosés par les commerçants, pour être mangés par ces derniers ou par les passants qui en auraient envie ou besoin. D’ailleurs, en nous promenant dans Lalinde au début du mois de novembre, il restait quelques tomates presque mûres !

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Le Jardin verger constitue une des principales occupations de Marie au sein du groupe. L’association CIPLET (coopération Intégrale du Pays Lindois En Transition) a été créée par le mouvement de Transition pour être utilisée à plusieurs niveaux et selon les besoins. Grâce à un partenariat avec la mairie de Lalinde, un contrat d’utilisation d’un terrain communal a pu voir le jour. Des arbres et des légumes d’Incroyables Comestibles ont pu y être plantés. Grâce à la sympathie de deux cultivateurs locaux, le groupe peut bénéficier d’une seconde parcelle de terrain sur laquelle cultiver également quelques légumes. Butternuts, oignons et pommes de terre ont pu pousser sur ces terrains. Pour une première année de récolte, le petit collectif d’une bonne quinzaine de personnes est satisfait de la production. L’objectif du Jardin verger, au cours des prochaines années, est de se développer en permaculture, afin d’offrir une autonomie alimentaire plus importante et donner envie aux habitants de la région de s’y intéresser. Quand les coûts de transports des légumes en camions ou en bateaux auront augmenté de manière déraisonné, Lalinde pourrait compter (en partie) sur des initiatives de ce type, initiée par ce groupe en Transition.

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Au cours de l’année 2016, est né un groupe Solidarité. En effet, c’est à cette époque qu’une cinquantaine de jeunes adultes, migrants soudanais, sont arrivés à Mauzac, à côté de Lalinde. Un réseau d’entraide s’est alors développé autour d’eux, afin de compléter l’aide que leur apportait l’association mandatée par la préfecture pour les accompagner dans leurs démarches, au sein du CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation). Des jeux, des vêtements, de l’alimentation, de l’écoute, du rire, et même des JEU sont échangés avec eux. L’objectif était de les intégrer le plus possible à la vie du territoire. Il se dit dans les rues du village que certains auraient choisi Lalinde et ses environs pour venir s’installer suite à l’acceptation de leur titre de séjour !

Mais on ne vous fera pas la liste exhaustive des activités du groupe. Parce que les plus à même d’en parler sont les lindoises et les lindois eux-mêmes, parce qu’ils parleraient de l’impact sur leur lieu de vie mieux que n’importe qui, parce que Marie est vraiment une personne à rencontrer, parce que la région est magnifique et que vous ne ferez pas le trajet pour rien !

Les groupes locaux du mouvement en Transition déploient une énergie immense afin de tester et mettre en application un mode de vie plus soutenable écologiquement, et ancré dans les réalités économiques actuelles et futures. Malgré sa petite taille, la ville de Lalinde a su déployer une énergie et un élan remarquable, preuve que les territoires les moins peuplés ne sont pas les moins informés et les moins innovants. Objectif : bien vivre dans un environnement équilibré et semer une vision positive de la Vie !

Pour aller plus loin :

www.transitionlalinde.wordpress.com

www.transitionfrance.fr

Manuel de la transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Rob Hopkins, Editions Silence.

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Ils réinventent le supermarché, plus humain et plus juste !

Supermarché auto-géré, Amap 2.0, nouveau modèle de consommation… Les supermarchés coopératifs prennent de l’ampleur dans les grandes villes françaises. Formule émergente dans l’esprit de certains d’entre nous depuis plusieurs années en France, elle se voit concrétisée par l’ouverture progressive de ces supermarchés aux quatre coins du pays. Tous ont fait le pari de rendre ses membres acteurs de leur consommation. C’est d’ailleurs ce qui fait battre le cœur de tous les coopérateurs de SuperCoop, installé à Bègles, dans la métropole bordelaise.

Faisons un bref voyage dans le passé…

Si on reconnaît aujourd’hui Park Slop Coop Food comme le modèle par excellence tant il a inspiré à travers le monde en traversant les années – il existe depuis 40 ans -, les premiers supermarchés de consommateurs sont apparus en Angleterre dès le milieu du 19ème siècle. La « Société des équitables pionniers de la Rochdale » située à Manchester rassemble dès 1844 des ouvriers qui jettent les bases de ce type de coopérative. Fondée sur la volonté d’obtenir des prix justes, de s’organiser en dehors des circuits de la grande distribution classique, en plus d’une répartition des bénéfices entre sociétaires et de principes démocratiques (une personne = une voix), elle fait parler d’elle et s’exporte à travers le globe.

Ainsi, à Paris, les coopératives de consommateurs connaissent leur apogée courant du 20ème siècle. Elles rassemblent 200 000 adhérents en 1880. Mais petit à petit, le système bat de l’aile et voit son activité s’essouffler. En 1908, Joseph Cernesson en détaille les raisons dans la Revue des Deux Mondes : organisation qui se dégrade, moins de choix, moins d’hygiène, moins de bénéfice. Toutes ferment les unes après les autres, aussi face à la propagation des hypermarchés et supermarchés dans le paysage.

Park Slop Coop Food, le nouveau modèle

C’est donc un renouveau qu’engage le Park Slop Coop Food à l’ouverture de ses portes en 1973, à New York. Il ajoute un volet participatif à ce modèle alternatif. Ici, chaque sociétaire donne la main à la patte et offre 3h de son temps par mois pour faire fonctionner la boutique et donc réduire les coûts de fonctionnement. Poursuivant les mêmes objectifs qu’à l’origine, s’ajoute une envie de solidarité, de partage et de relations humaines. Les coopérateurs de Park Slop Coop Food, parfois membres depuis des années, voire des dizaines d’années, expliquent qu’ils ne pourraient désormais plus envisager de faire leurs courses dans un autre commerce. Les relations sociales qui s’établissent mêlées à la qualité des produits disponibles à des prix accessibles expliquent ce ressenti singulier. D’ailleurs, forte de son succès, la coopérative regroupe plus de 16 000 membres, ne pouvant plus en accueillir de nouveaux pour le moment. C’est donc sur liste d’attente que les new-yorkais s’inscrivent.

Coup de projecteur en France

Ce modèle alternatif fait des émules et se propage encore une fois. En France, les supermarchés coopératifs fleurissent dans toutes les grandes villes depuis peu, certains ont ouvert leurs portes courant 2017, d’autres prévoient une ouverture pour 2018. Le site http://consocollaborative.com propose une carte de France de ces nouveaux lieux tels que : la Louve à Paris, la Cagette à Montpellier, Otsokop à Bayonne, La Chouette Coop à Toulouse, ou encore Scopéli à Nantes.

En Nouvelle-Aquitainte, Anne Monloubou est à l’initiative du projet de supermarché coopératif imaginé dès 2014. Elle est l’actuelle Présidente des « Amis de SuperCoop », l’association qui porte ce projet.

Objectif de SuperCoop : ouvrir un supermarché

Depuis 2017, l’épicerie du 1 place du 14 juillet s’anime tous les soirs de la semaine et le samedi à l’image d’une répétition générale, où les acteurs apprennent à jouer ensemble, à maîtriser de mieux en mieux leurs activités, à comprendre tous les enjeux, en vue de l’ouverture prochaine d’un local plus grand dans Bordeaux.

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Grâce à sa campagne de financement participatif, SuperCoop semble avoir trouvé le local qui lui convient après plusieurs mois de recherche et de collecte. Avec 400 m² de vente proche des quais et des rames de métro, SuperCoop prend de l’ampleur.

Mais c’est quoi être un coopérateur ?

Un coopérateur est une personne qui peut faire ses courses dans le supermarché coopératif parce qu’il a pris part au développement de celui-ci en participant :

– au financement : par l’achat de dix parts à 10€, soit un investissement de 100€ à vie. Les personnes bénéficiant de minimas sociaux peuvent n’acheter qu’une seule part pour 10€.

– au fonctionnement : en donnant 3h par mois aux côtés des deux salariés de SuperCoop.

– à la gouvernance en partant du principe que chacun est utile, que chacun peut éclairer le groupe de ses compétences et en développer de nouvelles.

Attirer de nouveaux coopérateurs

Pour accroître le capital et permettre au groupe de ne pas s’essouffler, il faut gonfler les rangs ! Faire entrer dans la ronde de nouveaux membres. Il en faut 1200 pour une viabilité totale du projet et poursuivre les objectifs. Aujourd’hui, SuperCoop compte 400 coopérateurs qui font vivre le projet et l’épicerie.

Mais comment on s’organise à 400 ?

En apprenant le nombre de coopérateurs et que la liste n’avait pas atteint son maximum, la première question qui vient est celle de l’organisation de la gouvernance. Venus de tous les horizons professionnels et sociaux, les coopérateurs s’organisent dans des groupes. Fondé sur le système de l’Holacratie (voir article sur Kacalou), chaque groupe fonctionne en autonomie sur sa thématique : achat, ressources humaines, communication, comptabilité, etc. et les représentants de ces groupes se réunissent régulièrement en comité de pilotage pour exposer leur avancée et leur travail. L’épicerie de Bègle devient alors un parfait outil d’apprentissage avant l’ouverture prochaine d’une plus grande surface.

Trouver le prix juste

L’un des objectifs poursuivis par les supermarchés coopératifs, depuis leurs origines, est de proposer des produits aux prix justes et bas. Pour fixer un prix juste, un travail de collaboration relie producteurs et coopérateurs. C’est rémunérer les producteurs selon le coût réel des produits. C’est ne jamais tirer les prix vers le bas, comme on sait être un sport répandu dans la grande distribution.

Et dans la pratique :

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* Les prix sont moins chers de 20 à 40 % que dans les magasins spécialisés

Acheter des produits de choix

Sur le modèle du circuit-court, SuperCoop se fait une règle d’or de proposer des produits bio, locaux et étiques. Entendez par éthique, que les membres de la coopérative sont très attentifs à la provenance des produits et à leur production. Ils essaient, dès que leurs disponibilités le leur permettent, de se rendre dans les fermes et autres lieux de production. Sur place, ils veillent à la qualité du produit dans sa chaîne de fabrication et sont également attentifs au bien-être des salariés qui y travaillent.

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Dans cet esprit, les membres de la coopérative souhaitent que l’offre qui leur est faite respecte également le coût écologique. Parce que l’intérêt du produit local, c’est aussi réduire les distances physiques entre les producteurs et les consommateurs. Alors le groupe achat et les producteurs réfléchissent ensemble à une organisation qui optimise les trajets de ces derniers. Ils établissent, dès que cela est possible, un planning pour que le jour de dépôt des produits corresponde à leur tournée des autres lieux de vente dans le secteur géographique.

Et si on discutait en plus d’acheter ?

Consommer autrement, c’est donc consommer sainement avec le souci de la qualité des produits, en plus d’être dans une dynamique sociale différente de celle que l’on connaît dans les grandes surfaces où l’on se croise sans se voir, ni se parler…

En ce sens, SuperCoop, vous l’aurez compris, n’est pas qu’un simple espace de vente, il permet aussi les rencontres. C’est comme ça, qu’un salon de thé (Le Buro des possibles) est né d’une rencontre entre deux membres de l’épicerie, ou que des amitiés ont vu le jour. Une belle aventure que les coopérateurs racontent avec délice. Comblés par le projet, ils aiment en parler et le partager.

Si vous avez des questions supplémentaires, si vous êtes intéressés par le projet, si vous voulez devenir coopérateurs à votre tour, les adhérents de SuperCoop animent des réunions publiques toutes les semaines dans la métropole. Les dates sont à retrouver sur leur site internet. 

 

Pour plus d’infos : http://supercoop.fr/

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BSP, et si on reliait ville et campagne ?

Hier, Antonin était étudiant en architecture à Saint-Etienne, aujourd’hui le collectif BSP rêve de voir leurs plans et leur projet redonner sens et cohérence au réseau de transports ferroviaire de la région de Limoges. Le principe : faire circuler sur le réseau ferroviaire existant (étoile à huit branches autour de Limoges) cinq lignes de TramTrain, transport collectif fonctionnant comme un train en campagne et comme un tramway dans les agglomérations.

 

Un projet étudiant qui n’est pas resté dans les placards

Les placards et les archives des Universités françaises débordent littéralement de projets pensés, conçus et rédigés par des étudiants issus de toutes filières. Rares sont les projets d’étudiants qui arrivent à sortir des murs de l’enseignement supérieur et à être mis en pratique, car pour bon nombre ils répondent uniquement à une évaluation de fin d’année.

Le TramTrain aurait pu finir comme beaucoup d’autres, dans le placard. Mais une fois son diplôme en poche et rentré au bercail dans le Limousin, ce sont les amis d’Antonin qui se sont rendu compte de la nécessité de la mise en valeur et de l’enrichissement de ce projet de fin d’études. Ce n’était pas une idée en l’air ! 

Ensemble, ils ont créé le collectif BSP il y a trois ans dont le noyau est formé par 4 amis d’enfance. Ce projet, qui a résonné chez plus d’une personne, mobilise aujourd’hui environ 50 contributeurs, soit autant de personnes qui ont apporté leur pierre à l’édifice (aide au design, idées nouvelles…).

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Le cœur du TramTrain Limousin porté par le  BSP vise à « réconcilier ville et territoire ». Permettre à tout un chacun de se déplacer aisément à travers le territoire en reliant Limoges, les villes  périphériques (Bellac, Saint-Junien, Thiviers, ou encore La Souterraine et Guéret en Creuse) et les communes intermédiaires, dans un rayon de 60 km correspondant au bassin de vie.

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Sur ce schéma, un départ toutes les 30 minutes aux extrémités des  lignes, permet du fait de la convergence des voies, d’obtenir un battement de 5 à 12 minutes entre les rames au sein de l’agglomération de Limoges.

« Je voulais re-questionner un endroit que j’ai connu » Antonin Boyer

Les membres de BSP ne sont pas spécialement des passionnés de trains et de tramways, c’est la question de la mobilité sur un territoire donné qui les taraudent et qui a guidé le projet depuis ses débuts.

La mobilité, une question centrale pour un territoire.

Réduction des lignes, réduction des cadences, retards, trajets qui s’allongent à cause de l’entretien défectueux des voies ou du matériel roulant,… tous ces désagréments rendent la circulation en train dans cette région, comme dans beaucoup d’autres, de plus en plus compliquée.

De ce fait, les 450 000 personnes vivant dans le périmètre de 60 km autour de Limoges délaissent peu à peu le réseau ferroviaire pour se tourner, plus simplement, vers la voiture. Mais que faire de ces 400 km de voies ferroviaires desservant les 50 gares du territoire ? Quand nous savons que le nombre de morts sur la route est reparti à la hausse et que nous mesurons l’impact écologique d’un déplacement en voiture, nous trouvons vite quelques idées pour faire quelque chose de cet héritage ferroviaire.

De plus, Antonin nous explique les yeux emplis de passion et de curiosité qu’en abordant la question de la mobilité, peuvent découler des sujets aussi nombreux que divers.

« Quand on parle de mobilité, ça ouvre les portes à des discussions sur tout ! » Antonin Boyer

Emploi, culture, sport, santé, économie… ce sont autant de sujets que la question centrale de la mobilité aborde, mettant en avant les atouts d’une mobilité plus fluide entre ville et campagne. Que l’on parle d’accès à l’emploi, de pratiques culturelles, d’intérêts sportifs, etc., la mobilité offre autant d’arguments dont BSP a pu se saisir au cours des réunions et des rencontres avec les différentes institutions et collectivités territoriales ces trois dernières années. Cette clé d’accroche en forme de pinces multiprises a, pour l’instant, séduit 73 municipalités à s’engager en faveur du projet. Efficace !

Couvrant le Sud-Ouest de la Haute Vienne et bordée par l’agglomération de Limoges, la région de la Chataigneraie Limousine regroupe six communautés de communes, soit 73 communes. Ce sont ces 73 communes qui ont apporté leur soutien officiel au projet BSP avec le vote d’une motion de sauvegarde des lignes ferroviaires, assorti d’un soutien au projet TramTrain Limousin.

Le territoire, un bien commun.

Le territoire, un bien commun ? C’est-à-dire ?

C’est du moins un concept élaboré par Magnaghi auquel nous fait penser le projet BSP.

Avant de savoir si le territoire peut en être un, revenons sur la notion de bien commun. L’ouvrage Propriété et communs, idées reçues et propositions (Editions Utopia), que nous conseillons pour sa clarté sur le sujet, en apporte le cadrage suivant :

« C’est un concept qui demande la coexistence de trois éléments fondamentaux : une ressource collective définie, une communauté déterminée, un mode de gouvernance collectif. Cela signifie qu’un bien ou un service n’est pas commun par nature, mais par son usage. En revanche, certains biens ou services ont plus vocation que d’autres à devenir commun : l’eau, la forêt, les semences, un espace de jeu… plutôt qu’une résidence, une centrale nucléaire, ou une voiture par exemple. […] Ce qu’on appelle commun est donc un principe selon lequel une communauté d’usage choisit de se donner des règles communes pour prendre soin d’une ressource, les met en pratique pour partager l’usage par une gestion commune, dans le respect des générations futures. En effet, une ressource n’est jamais commune par nature, mais le devient par volonté politique. »

Précurseur dans le domaine des communs, Magnaghi est considéré comme le fondateur de l’école territorialiste en Italie. Cette dernière part du principe que notre développement économique souffre d’une déterritorialisation, dans la mesure où les habitants d’un territoire n’ont plus la main sur leur économie locale et ses ressorts. Ils n’en sont plus au centre, mais relégués à la périphérie, exploités selon des impératifs pensés par d’autres, ailleurs : dans un chef-lieu, une préfecture, une capitale, voire depuis des organisations internationales. Afin d’endiguer le phénomène, l’approche territorialiste propose donc de revisiter un développement local comme alternative à ce processus de déterritorialisation. L’implication citoyenne y occupe une place de choix. La reprise en main de leur espace de vie est une condition selon lui à une transformation des styles de vie, de consommation et de production. Une fois ce changement opéré avec les nouveaux partenariats entre acteurs locaux alors créés, le territoire pourra alors retrouver ses caractéristiques propres, différentes et complémentaires des territoires voisins. En somme, une mondialisation par le bas, avec les territoires comme communs.

Pour part, nous avons l’esprit du projet BSP dans ces théories. En redonnant une mobilité soutenable et durable à tous les habitants, c’est un pouvoir qui leur est redonné, laissant place à des partenariats locaux émergeant plus facilement, et retrouver des caractéristiques propres au territoire, qui le rendront soutenable économiquement, environnementalement, et socialement.

Si ces sujets vous intéressent, allez lire Magnaghi, allez discuter avec le collectif, laissez reposer le temps qu’il faudra, et regardez votre territoire de vie. Tout n’est pas figé, tout peut bouger, et vous les premiers ! Et comme ils aiment à le faire, une petite déclinaison pour le collectif BSP : Bravo pour Son Projet !